DE L'ENFER
RETIREZ-VOUS Di; MOI, MAUDITS, ALLEZ AU FiilU ÉTERNEL.
{Math. 25. 41.) So m ma i re doctrina l .
Au mot enfer, le juste frissonne et le pécheur est saisi d'épouvante. Nous avons beau nous étourdir, nous illusionner, l'enfer existe, il doit exister. C'est une vérité fondamentale de notre religion ; c'est une sanction légitime de la loi de Dieu. La preuve en est
dans la parole divine, dans nous-mêmes, dans les traditions des hommes.
Le vice n'est pas toujours puni en ce monde ; souvent même il triomphe : à lui les honneurs, les jouissances. La vertu, d'un autre côté, n'est pas toujours récompensée; très souvent même elle est honnie, méprisée, outragée : à elle les délaissements, les persécutions et la misère. Or, s'il n'y a pas d'enfer, il y a là un renversement de l'ordre qui répugne à la justice, à la sagesse, à la sainteté divines. Dieu est juste, il doit donc récompenser et punir chacun selon ses mérites ; s'il ne le fait pas en ce monde, il doit le faire en l'autre ; or, comme il est évident à tous les yeux, cette justice ne s'exerce pas toujours ici-bas ; il faut donc admettre un ciel pour les bons et un enfer pour les méchants. Au surplus Dieu est un maître souverainement sage, et, à ce titre, il doit pourvoir aux moyens d'arriver à la fin qu'il se propose, qui n'est autre que l'observation de sa loi. Or, la loi divine n'a pas en ce bas monde une sanction proprement dite, il faut donc que cette sanction soit placée dans une autre vie. De là encore nécessité d'un lieu où soient punis les prévaricateurs, les violateurs des préceptes divins.
Si cette sanction n'existait pas, Dieu manquerait son but ; et de plus il se montrerait indifl'érent entre le bien et le mal, les traitant tous deux de même manière; ce qni est contraire à sa sainteté.
Si les attributs divins demandent, exigent qu'il y ait un enfer, la concience de l'homme parle dans le même sens. Que dit, en effet, notre conscience? Qu'il y a une distinction essentielle entre le bien et le mal ;
que l'un mérite récompense et l'autre châtiment. Or, où est celle récompense? Où sont ces châtiments? Tous les coupables sont-ils atteints par la justice humaine? Ceux qui le sont, sont-ils toujours suffisamment punis ? Combien d'actes criminels qui échappent à l'œil de la justice humaine? Que de pensées, que de sentiments, que de désirs qui ne sont connus que de Dieu seul et que Dieu seul peut punir et récompenser 1 Serait-il donc juste qu'il n'y eût de récompense ou de châtiment que pour ce qui paraît? Oh! s'il en était ainsi, que de crimes resteraient impunis, que de vertus sans rémunération! Mais non, la juslice des hommes ne suffit pas, il faut celle d*un Dieu qui voit tout, qui pèse tout au poids du sanctuaire et qui seul sait proportionner la récompense au mérite et le châtiment à la grandeur de la faute.
Cette doctrine est une des croyances universelles qui se retrouvent dans les religions même les plus grossières, chez tous les peuples et à toutes les époques de l'histoire. Chez nous, elle est clairement révélée dans nos saints livres où il est expressément enseigné que le souverain Juge dira aux méchants : a Retirezvous de moi maudits, allez au feu éternel... Le mauvais riche mourut et fut précipité dans l'enfer. Les méchants seront précipités dans des supplices éternels. »
N' 233. — LA PENSÉE DE l'kNFKR.
La sainteté du solitaire Martinien faisait grand bruit dans le monde . Chacun parlait de ses hautes vertus et de ses nombreux miracles. Une célèbre courtisane appelée Zoë entendant ces témoignages fiât-
SUR LA DOCTRINi-: CHRETIENNE 235
leurs se mit à dire : « !\îartinieD est un sauvage. Il n'est saint que parce qu'il vit au milieu des animaux du désert ; mais qu'il vienne dans le monde, on verra bientôt s'il ne l'ora pas comme nous. Je me fais forte, ajouta-t-elle, moyennant un salaire, d'aller attaquer cette vertu si austère et de la vaincre. » L'accord ainsi fait, elle prend le chemin du désert. S'étant affublée des haillons d'une pauvre, elle part en cet état pour le désert. Arrivée à la porte de la cellule du saint, elle frappe en disant : « Ayez pitié de moi, serviteur de Dieu. Je suis une pauvre femme égarée dans le désert. ))
Ace langage qu'il croit inspiré par la détresse, Martinien ouvre la porte de sa cellule, réchauffer la pauvresse, lui offre quelques dattes et quelques biscuits qu'il possède, puis l'invite à reprendre le chemin delà cité.
Le lendemain, pendant que l'homme de Dieu se livre à l'oraison, il entend de nouveau frapper à sa porte. Il ouvre... Quelle n'est pas sa surprise quand il voit devant lui, non plus une mendiante, mais une grande dame parée comme une déesse et toute recouverte d'or et de soie. « Homme de Dieu, lui dit-elle, pourquoi venez-vous ensevelir dans les profondeurs du désert vos vertus, votre science et votre santé? Pourquoi, àl'exemple des patriarches et des prophètes, ne viendriez-vous pas au milieu du monde travailler au salut des nombreuses âmes qui courent à la perdition? Venez avec moi ; je suis de Césarée où je possède une grande fortune. Je vous offre l'hospitalité, ma main et le bien-être. Là vous' ferez l'œuvre de Dieu tout en goûtant les douceurs de la vie. »
Martinien, dont le cœur se sentait incliné vers la créature, inspiré par la grâce, allume un grand feu devant sa cellule, puis avance ses pieds dans la fournaise en s'écriant : « Brûle, Martinien, brûle en ce monde pour ne pas brûler éternellement en l'autre. Eh quoi ! si tu n'as pas la force de supporter les ardeurs d'un feu accordé à l'homme par un Dieu dans sa miséricorde, comment pourras-tu endurer les flammes vengeresses allumées par la colère divine? Brûle, Martinien, brûle ici-bas pour ne pas brûler à tout jamais dans Téternité. » A ce spectacle inattendu, la courtisane est éclairée, terrassée et convertie. Se précipitant sur le solitaire, elle le relire des flammes, puis se jette à ses genoux. « Mon père, s'écrie-t-elle, je veux éviter l'enfer ; enseignez-moi le chemin du salut. » Martinien l'envoya dans le monastère de sainte Paule, à Bethléem, où elle vécut dans les rigueurs de la pénitence et mourut en odeur de sainteté. Cette courtisane est sainte Zoë que l'Eglise a placée sur ses autels. {Vie de Martinien).
N 234. —EN enfer: je suis en enferI
Il y a plusieurs siècles passés, un saint missionnaire et un grand thaumaturge prêchait à Naples, ville dltalie. Les populations accouraient en foule pour entendre sa parole entraînante et convaincue; des miracles de conversion s'opéraient à tous les moments; il y avait cependant quelques rebelles et, de ce nombre, une fameuse courtisane qui menait publiquement une vie tout à fait scandaleuse. Pour ne pas se rendre
aux avertissements du prédicateur, elle avait pris le lâche parti, de concert avec d'autres complices, de troubler le sermon par des chants, et des cris et d'ignobles railleries. Tout à conp, l'on apprend que la malheureuse créature vient d'être frappée de mort subite. Le saint est averti de cette catastrophe par une inspiration divine, il suspend l'instruction commencée et s'adressant à la foule : « Suivez-moi, dit-il, je vais vous parler des justices éternelles. » L'auditoire en émoi l'accompagne, on arrive dans la chambre où la victime vient d'expirer; il ordonne de prendre le cadavre et de le porter au milieu du peuple assemblé, et là, étendant la main, il prononce ces paroles de commandement : « 0 vous qui, pour vivre en paix dans le crime, avez méprisé les leçons du prêtre et les conseils de la prudence chrétienne, où êtes-vous, dites, où êtes-vous maintenant? » Et le cadavre s'agite; une voix sépulcrale sort de ces lèvres livides et de cette poitrine glacée : « En enfer, je suis en enfer. » Et le thaumaturge d'ajouter : « L'entendez-vous, chrétiens? En enfer! c'est là que le monde vous conduit, c'est le terme fatal de ses scandales ; à vous de voir si vous voulez suivre et aboutir à cet abîme. » — L'impression de ce prodige fut si vive que presque tous ceux qui en furent les témoins s'approchèrent des sacrements.
N° 235. — IL Y A UN ENFER, ET J'y SUIS.
Monseigneur de Ségur raconte qu'en 1812, à Moscou, le comte Orloff, général aussi brave qu'impie,
était avec un de ses amis, général aussi et voltairien comme lui. Un soir, après de copieuses libations, les deux généraux se moquent de la religion et surtout de l'enfer. « Et si par hasard, dit Orloff, il y avait quelque chose de l'autre côt^ du rideau ? — Eh bien, repartit l'ami d'Orloff, celui de nous deux qui s'en ira le premier reviendra en avertir l'autre. Est-ce convenu? — Excellente idée, répondit le comte Orloff. » Et tous deux, bien qu'à moitié ivres, se donnèrent très sérieusement leur parole d'honneur de ne pas manquer à leur engagement. Quelques semaines plus tard éclata la guerre déclarée p<r Napoléon P^ L'ami d*Orloff reçut l'ordre de partir immédiatement pour prendre un commandement important. Il avait (juitté Moscou depuis trois semaines, lorsqu'un matin debout, pâle, ouvrant brusquement les rideaux du lit d'Orloff, il lui dit : « Mon ami, il y a un enfer, et j'y suis. » Et il disparut. Orloff apprit qu'au moment où son ami lui apparut, son corps avait été traversé par un boulet et qu'il était tombé raide mort.