N° 274. — LE CHAPELET PERDU ET RECOUVRÉ
Un jeune élève des plus distingués de TEcole polytechnique perdit un jour son chapelet dans une des salles. Un condisciple l'ayant trouvé à l'heure de la récréation, appela toute l'École, attacha le chapelet à un des arbres de la cour, et d'un air de défi : « Que celui à qui il appartient vienne le réclamer, s'écria-til! — C'est moi qui l'ai perdu, dit tranquillement le jeune élève en s' avançant au milieu de ses condisciples ; ce chapelet est un souvenir de ma mère, j'y tiens beaucoup et je le récite tous les jours. » — « Bravo, s'écria, une grosse voix. » Tous se retournèrent, c'était le général commandant l'Ecole. — « Bravo, mon ami, dit-il, en serrant la main du jeune chrétien. Vous êtes un homme de cœur et d'énergie. Quand on sait ainsi défendre ses convictions et sa foi, on saura servir son pays, on saura mourir pour sa patrie !... Continuez et vous ferez votre chemin. »
Ce jeune homme sortit le premier de l'Ecole, et
pendant tout le temps qu'il y demeura, il fut le plus estimé, le plus aimé de tous. Comme lui, faites-vous une loi de réciter chaque jour le chapelet de la très sainte Vierge. Peut-être n'attirerez-vous pas sur vous les applaudissements de vos semblables, mais, ce qui vaudra mieux, vous ferez l'admiration des anges, vous serez bénis de Dieu et protégés par la Reine des Anges. {Semaine religieuse de Grenoble.)
N° 275. — l'homme double.
On a inventé dans ces derniers temps une morale commode : celle de l'homme double. Chez lui, il se prétend chrétien ; mais conversant en public avec des impies, on dirait qu'il ignore s'il y a un Christ. Comme paroissien, il salue poliment son curé ; comme conseiller municipal, il expulse de l'école les religieuses et le crucifix. Le vendredi, sa femme sert sa table en maigre; chez un ami il fait gras. Est-il parrain? Il récite son C?'edo sans broncher ; électeur, il vote pour un athée.
L'homme double a existé de tout temps : ce qui est nouveau, c'est la doctrine qui le justifie. On le méprisait autrefois comme un lâche et un hypocrite ; aujourd'hui on le vante comme un homme habile et sage.
Mais l'homme double ce n'est pas un chrétien ; ce n'est même pas un honnête homme. L'honnête homme n'a qu'une parole, le chrétien n'a qu'une seule conscience, éclairée par sa foi. Le chrétien, à son foyer, est chrétien ; en public, il est chrétien ; instituteur, il est chrétien ; maire, il est chrétien; député, il est
chrétien ; avocat, médecin, il est chrétien. Il n'appellera pas le Pape, Vicaire de Jésus-Christ, un étranger; il n'acceptera point un duel ; il ne louera point le divorce ; il ne figurera point dans le cortège d'un enterrement civil. Jamais les actions ni les paroles d'un chrétien ne seront en contradiction avec l'Évangile ; ou s'il lui échappe une faute il s'humiliera en se frappant la poitrine.
Malheur au cœur double I malheur aux lèvres scélérates ! malheur au pécheur qui marche sur la terre par deux chemins !
Est-ce moi qui prononce cette malédiction ? Non, c'est le Saint-Esprit. Vœ duplici corde, et labiis scelestis, et peccatori terrain ingredienti duabus vils! (Eccli. II, 14) (A. Maunoury.)
AUTRES traits HISTORIQUES.
Boileau brave le respect humain. (6° commandement de l'Eglise, N° 569
Brun de Yilleret méprise le respect humain. (Id... No 584. —585. —586.)
N° 276. — COURAGE d'un ouvrier.
Dans un grand meeling organisé à la salle de Rivoli le 27 janvier 1888 par les groupes anarchistes de Paris, un ancien membre de la Commune, nommé Alix, déclare que la cause de l'ignorance des peuples vienttout siuiplement des diverses religions, et surtout des cercles catholiques. En vrai libéral, il demande la suppression de toutes les^religions, puisque d'nprès
lui, tous ceux qui les pratiquent sont de malhonnêtes gens. ~ Un jeune homme alors se lève et proteste avec énergie et demande la parole; on la lui accorde. «Le précédent orateur, dit le jeuneouvrier, vient d'informer que tous ceux qui pratiquent une religion quelconque sont de malhonnêtes gens. Je proleste, je suis catholique et patriote et je ne suis pas plus malhonnête qu'un autre.»
Des cris alors se font entendre dans la salle. Calme et intrépide, le jeune ouvrier attend. « Vous avez demandé des contradicteurs, répond-il bientôt, eh bien, j'en suis un, écoutez-moi. » — Quelques cris : « Ecoutez-le, il a du courage, » s'élèvent de la salle et finalement le silence se rétablit. «J'ai dit que j'étais catholique et je le répète : croyez-vous que je sois plus canaille que les conseillers municipaux et les députés qui se prétendent socialistes et qui ne sont au fond que des sauteurs ?» — On rit et des bravos éclatent de toute part et on applaudit à la foi religieuse du courageux catholique. Tant il est vrai que tôt ou tard ceux qui affirment leur croyance forcent le respect.
Cela me rappelle ce qui se passa, il y a deux ans, à un enterrement civil qui eut lieu dans une petite ville des Landes :
Lorsque le cercueil fut déposé dans le tombeau un paysan se détache et prononce la courte oraison funèbre : « Nous n'avons plus qu'une chose pour honorer la mémoire de notre ami : réciter un Pater noster et un AveMaria. » Et tous s'agenouillant sur la terre humide récitèrent la prière demandée.