‹ Instructions sommaires sur la doctrine chrétienneChapitre 257 sur 318 · W 330. — UN MODÈLE DANS LA PRATIQUE DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

W 330. — UN MODÈLE DANS LA PRATIQUE DE LA RELIGION

Un vieux soldat de l'Empire avait une fille qui fut élevée à la maison impériale des Loges, tenue par des

religieuses. Elle était présidente de l'Association des Enfants de Marie, et faisait par sa piété, l'édification et l'ornement du pensionnat. A dix-huit ans, il fallut partir ; les adieux furent bien tristes. Cette pieuse fille ne pouvait s'arracher de ces lieux où s'étaient écoulées, dans la paix et l'amitié, ses jeunes années. Elle allait de ses compagnes à ses maîtresses, les quittait pour y revenir encore, et les larmes coulaient avec abondance de part et d'autre. Le vieux soldat était là, et impatienté d'attendre, il demande si ces momeries finiront bientôt. L'enfant suit son père et part. Le soir étant arrivé, la jeune fille se met à genoux et commence sa prière. A cette vue, le vieux soldat fronce les sourcils et lui déclare qu'il ne veut pas de bigote chez lui. « Père, répond la jeune fille, c'est pour vous que je prie, je demande au bon Dieu de répandre sur vous ses bénédictions. » Celte réponse provoque des blasphèmes et la défense de jamais prier. La jeune personne garde le silence et ne prie plus que dans le secret. Cependant elle déploie, dans le gouvernement de la maison, une prudence et une activité admirable; elle accueille avec une douceur angélique, les brusqueries de son père ; elle l'entoure de ses soins^ elle lui prodigue les marques de son respect et de son amour. Un jour, en plein café, quelques troupiers, aussi impies que lui, le blâment de favoriser dans son intérieur le fanatisme et la superstition. « Votre fille est dévote », dit l'un d'eux. Cette assertion est accueillie par un grand éclat de rire. « Ma fille est dévote I Ah ! vraiment, je voudrais que vous puissiez me le prouver. — Rien de plus facile, venez demain avec moi, à sept heures à Saint-Sulpice. » Le lendemain

les trois amis étaient à Saint-Sulpice. Vers la fin de la messe, une jeune fille sort de derrière un pilier, s'avance à la Sainte Table ; elle ressemble à un ange bien plus qu'à une mortelle : c'est la fille du vieux soldat. Dire l'impression que cette vue fit sur le père est impossible. Il s'en retourne chez lui tout rêveur ; son souvenir ne peut se détacher de ce. visage si pur, si candide qu'il a vu à la Sainte Table et en revenir illuminé comme d'un rayon céleste.

« Où es-tu allée ce matin? demanda-t-il à sa fille. — Mon père est-ce que vous êtes mécontent de moi? — Je te demande où tu es allée ce matin? — Mais, mon père, est-ce que vous avez trouvé quelque désordre dans le ménage? — Tu détournes la question et tu ne veux pas y répondre. Eh bien ! moi, je vais y répondre. J'étais ce matin à Saint-Sulpice. Tu rougis ; c'est donc vrai. Oui, je sais où tu vas puiser la force de me pardonner mes brusqueries, mes injustices. Ta patience, ta douceur étaient un mystère pour moi ;ildoityavoir quelque chose de divin dans un sacrement qui opère un pareil prodige. Quand tu iras à confesse, j'irai avec toi, et j'espère y trouver la force de redevenir vertueux. » Et ce père fut converti. Voilà ce que produit une bonne éducation. {Mois de Marie de LarfaiL)

Page 1