DU BLASPHÈME
Sommaire doctrinal.
Où déshonore le nom de Dieu non seulement parle jurement vain dont nous venons de parler, mais encore par le blasphème, par les imprécations, et par la violation des vœux comme nous allons le voir. Et d'abord par le blasphème.
Ou définit le blasphème : toute parole injurieuse à Dieu, à la Sainte Vierge, aux saints, aux choses sacrées.
Le blasphème proprement dit est un péché grave et n'admet pas de légèreté de matière, il ne peut devenir véniel que par le défaut d'une pleine advertance.
Le blasphème devient une imprécation, lorsqu'on maudit Dieu, qu'on désire le voir anéantir ou qu'on voudrait qu'il n'existât pas. C'est là cette haine de
Dieu que saint Thomas regarde comme le plus grand mal, le plus grave des péchés de l'homme.
Lorsque Adam eut péché, il se cacha ; la plupart des pécheurs rougissent également de leurs fautes ; ils voudraient, s'il était possible, se dérober à l'œil de Dieu. 11 est cependant un pécheur qui non seulement ne se cache pas, mais affronte le regard du Tout-Puissant, c'est le blasphémateur. Avec une audace vraiment infernale, ce pécheur se pose devant Dieu et Tomit contre lui toutes les injures que Satan peut lui inspirer. C'est bien de lui que Ton peut dire : « Il a résisté à Dieu et il s'est raidi contre le Tout-Puissant. )) Il y a donc dans le blasphème un caraclère particulier d'insolence, de mépris, de malice qui ne se trouve pas dans les autres péchés.
De plus il y a dans ce crime un outrage public à la foi chrétienne. D'ordinaire le pécheur cherche les ténèbres pour faire le mal et il déteste son péché : Qui inale agit, odit lucem; mais le blasphémateur, loin de cacher son crime, se fait gloire de le commettre en public ou de le publier. C'est devant ses enfants, devant ses serviteurs, ou sur les places publiques que le blasphémateur vomit ses injures contre le ciel.
Qui peut donner à l'homme tant d'audace, tant de malice? Sans doute le mauvais exemple, l'ignorance peuvent quelquefois en être les principes mais le plus souvent il procède d'une grande corruption du cœur, car, dit Jésus-Christ, c'est du cœur que partent les mauvaises pensées, les meurtres, les adultères, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes et les médisances. Le cœur de celui qui blasphème a perdu le sentiment de l'honnêteté, du vrai et
du bien. Il n'y a plus en lui de frein, de pudeur, de respect, de dignité, c Cœur dépravé, temple en ruines, s'écrie Bossuel, Dieu y est honni, flagellé, crucifié; que les hommes s'en éloignent, il porte une contagion funeste. »
Le blasphème est un crime stérile, il ne rapporte à celui qui le commet que l'amertume, la honte devant les hommes et la réprobation devant Dieu. Dans l'ancienne loi le blasphémateur était lapidé ; chez les peuples chrétiens du moyen âge il avait la langue percée d'un fer rouge; au tribunal de Dieu, il sera puni par les tourments de l'enfer ; car, dit l'Evangile, le blasphème contre le Saint-Esprit ne sera pasvemis.
Pour vous mettre en garde contre ce monstre qui dévore tant d'âmes de nos jours, voyons par les traits suivants combien de tout temps le blasphème fut odieux et exécré.