N"404. — LE MARCHAND ET LE CORDONNIER
Au commencement de ce siècle, un cordonnier de Lyon avait coutume de travailler dans une échoppe au moins pendant la matinée du dimanche. Un marchand très pieux, son voisin, veyait avec peine cette infraction à la loi du saint jour. Un dimanche matin, étant allé le trouver, il se permit de lui faire quelques observations très amicales. Mais l'ouvrier lui répondit : « Vous qui êtçs riche, mon cher voisin, vous pouvez certainement vous reposer le dimanche sans en ressentir aucun dommage, mais moi qui suis pauvre et chargé d'une nombreuse famille, j'éprouverais un dommage trop considérable si je ne travaillais pas. — Je ne veux certainement pas vous occasionner du dommage, reprit le marchand avec douceur; mais je suis disposé à compenser tout celui que vous aurez
essuyé pendant six mois, si vous ne travaillez pas le dimanche et si vous assistez à l'office divin. Acceptezvous la proposition ? — Très volontiers, répondit le cordonnier. Il m'est bien plus agréable d'aller me reposer à l'Eglise que de travailler, surtout quand vous aurez encore la bonté de me tenir compte des dommages que j'aurai éprouvés. » Les deux voisins se serrèrent affectueusement la main, et le traité fut conclu.
Lorsque les six mois furent écoulés, le marchand alla trouver le cordonnier, et lui dit : « Bravo, mon cher voisin, vous avez tenu fidèlement votre parole, je tiendrai aussi la mienne. Dites-moi la perte que vous avez essuyée, je suis disposé à la compenser jusqu'à la dernière obole. — Oh! répondit le cordonnier, je dois vous déclarer, mon cher monsieur, que je n'en ai éprouvé absolument aucune. Que dis-je? Jen'aique des remerciements à vous faire. Depuis votre conseil, que j'ai suivi, je suis heureux et tout prospère dans ma maison. J'ai assisté assidûment aux offices, et en entendant le sermon, j'ai appris une foule de choses que j'avais oubliées. On m'appelait naguère le cordonnier emporté ou le grognard sempiternel ; aujourd'hui je suis devenu patient ; j'ai repris le goût de la prière. La paix la plus parfaite règne dan s ma famille, le travail va mieux que jamais et nous sommes très heureux. » Le marchand, touché de ce langage, tira une petite somme de sa bourse, en lui disant: «Acceptez ceci comme un gage de mon affection, et continuez de sanctifier le dimanche. »
t20 INSTRUCTIONS SOMMAIRES