N° 406. — LE DOCTEUR PARADIS
Le docteur Paradis, médecin fort habile d'Auxerre, n'était pas^-moins bon praticien. Sa charité égalait son dévouement, mais il ne manquait jamais d'en tirer parti pour ramener ceux qu'il secourait à la pratique des devoirs religieux.
Un jour, le conducteur inattentif d'un grand char de campagne accrocha, par sa faute, le coupé du docteur. Le choc fut si violent que le coupé fut défoncé et que le docteur faillit être tué. L'auteur de l'accident, confondu de sa maladresse, se demandait ce qu'allait lui coûter un tel accident, quand il reconnut qu'il avait afiaire au docteur Paradis ; c'était son salut. — Pardonnez-moi, lui dit-il, j'avoue mes torts, mais je suis un pauvre homme et jamais je ne pourrai payer le dégât que je viens de faire à votre voiture ! — En effet, mon ami, voilà pas mal d'argent qu'il me faudra dépenser pour réparer voire maladresse. Vous réclamer cet argent serait peut-être inutile. Nous allons traiter : je ne vous réclamerai rien à la condition que vous alliez, tous les dimanches de cette année, prier pour moi à la messe. — La proposition, on le pense, fut bientôt acceptée.
Quelque temps après, le pauvre homme vint remercier le docteur et l'assura que depuis l'accident, il ne manquait jamais la messe le dimanche. — Eh bien ! brave homme, puisque vous pouvez bien y aller pendant une année en punition d'avoir défoncé ma voiture, continuez à y aller, pendant toute votre vie, pour vous préserver vous-même, à la fin de vos
jours, d'une catastrophe bien autrement grave que celle de ma voiture. — Le campagnard, touché de l'air de bonté du docteur Paradis, le lui promit, et tint parole. — Je ne puis faire autrement que d'aller à la messe le dimanche, disait-il, car se serait tromper le bon médecin !
Dieu n'a-t-il pas fait pour nous tous mille fois plus que le docteur Paradis pour ce pauvre homme. Pourquoi craignons-nous si peu de le tromper en manquant aux devoirs les plus essentiels que nous lui devons ? {Le Dimanche catholique.)