N°61.— LER. P. LACORDAIRE ET UN COMMIS VOYAGEUR
Le Révérend Père Lacordaire, religieux dominicain et prédicateur célèbre, se trouvait dans un hôtel oîi étaient réunis de nombreux voyageurs. C'était un vendredi, un jour maigre par conséquent. Tout le monde faisait gras ; l'humble religieux seul respectait la loi de l'abstinence. Le commis voyageur ne manqua pas de saisir cette occasion pour pérorer longuement contre les dévots, les préjugés et les superstitions. Ce
bavard, qui ne cessait d'observer le dominicain, s'impatientait du peu d'effet que ses paroles produisaient sur l'humble inconnu ; il l'apostropha directement, tout en lui passant un plat d'omelette dont il venait de s'adjuger le plus beau morceau. « Moi d'abord, monsieur, lui dit-il d'un air goguenard, j'ai pour principe de ne croire que ce que je comprends... N'est-ce pas raisonnable?... Monsieur, répondit poliment le Père Lacordaire en se servant les débris de l'omelette que son interlocuteur avait bien voulu lui laisser, comprenez-vous comment le feu, qui fait fondre le fer et le plomb, a fait durcir ces œufs? — Ma foi, je n'en sais trop rien, repartit le commis voyageur interloqué par cette question singulière. — Et moi non plus, dit finement le religieux ; mais je vois avec plaisir que cela ne vous empêche pas de croire aux omelettes. (Mgr de Ségur.)
n°62. — on croit souvent ce qu'on ne comprend pas.
Incomprékensibilité. — Par là même que Dieu est incompréhensible, il est plein de mystères et sa religion aussi. Faut-il s'en étonner, lorsque tout est mystère dans la nature et dans l'homme lui-même? — Un jeune enfant de douze à treize ans, voyageant en diligence, passa devant une église et se découvrit. « Tiens! dit un avocat, je suis sûr que tu vas au catéchisme ; voyons, qu'y as-tu appris? — Monsieur, j'y ai appris les principaux mystères ; » et sur une nouvelle question, l'enfant se mit à les énumérer, aies dé^ finir. « Gomment! dit le prétendu philosophe, tu crois cela ? Yois-tu, on ne doit croire que ce que l'on com-
prend. — Vous faites donc comme cela, monsieur?
— Oui, mon ami, et tous les gens d'esprit font de même. — Alors, monsieur, dites-moi donc pourquoi votre petit doigt remue quand vous voulez le remuer?
— Cela est tout simple, il remue, parce que je veux le remuer. — Cependant vos oreilles ne remuent pas quand vous le voulez. — Ah ça! petit garçon, tu es trop jeune pour me donner des leçons, laisse-moi tranquille. » C'est la réponse de ceux qui n'en ont pas ; le philosophe était battu par son petit doigt. (L'abbé Gridel, Soirées chrétiennes.)
No 63. — LE MYSTÈRE DE LA SAINTE TRINITÉ.
Le mystère de la sainte Trinité consiste en ce double point : qu'il y a trois personnes en Dieu, savoir : le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; et que ces trois personnes ne sont qu'un seul et même Dieu. Les trois personnes sont de toute éternité, elles sont toutes trois également puissantes, bonnes et parfaites, parce qu'elles ne sont toutes trois qu'un seul i^Dieu. Elles sont égales et ne font qu'un quant à la nature ou à la substance, mais elles sont distinctes quant aux personnes, et cette distinction de personnes provient de ce que le Père n'est pas engendré et ne procède de nul autre, tandis que le Fils est engendré du Père et que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils. Bien que le Père soit le principe et la source des deux autres personnes divines, il n'en est pas pour cela plus ancien, car le Fils est engendré de toute éternité, comme le Saint-Esprit à son tour procède de toute éternité. Le Père se nomme la première personne, le
Fils la seconde et le Saint-Esprit la troisième, non pour exprimer quelque supériorité ou antériorité, mais pour signifier l'ordre d'après lequel elles procèdent éternellement l'une de l'autre. Ce mystère d'un seul Dieu en trois personnes, nous l'appelons le mystère de la Sainte Tinnité.
W 64. — MYSTÈRE DlC LA SAINTE TRINITÉ ENSEIGNÉ
PAR l'Écriture.
Avant son ascension, Jésus-Christ dit à ses Apôtres : allez, baptis'èz toutes les nations au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Au baptême de Notre Seigneur, on trouve distinctement les trois personnes divines : le Père, le Fils et le Saint-Esprit. A l'âge de trente ans, le divin Maître, avant d'aller prêcher l'Evangile aux hommes, alla trouver saint Jean sur le bord du Jourdain et voulut recevoir le baptême de sa main. Au moment 011 le Sauveur sortait de l'eau, les cieux s'ouvrirent et le Saint-Esprit, en forme d'une colombe blanche comme la neige, vint se reposer sur sa tête. Au même instant on entendit une voix venant du ciel qui disait : Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances. On distingue ici sans peine les trois personnes de la Sainte-Trinité. Le Père qui parle, le Fils qui s'est fait homme et qai est baptisé, le Saint-Esprit qui repose sur lui.