III. — DES MYSTÈRES
Sommaire doctrinal.
Un mystère est une vérité de foi que nous ne comprenons pas mais que nous croyons parce que Dieu nous l'a révélée.
Le dogme nous enseigne deux sortes de vérités : les unes qui dépassent la raison et que nous n'aurions jamais connues, si Dieu ne nous les avait fait connaître ; les autres que la raison humaine peut atteindre au moins en partie, et qui nous deviennent plus claires quand, à la lumière naturelle de notre intelligence, vient se joindre la lumière surnaturelle de la parole divine.
Y a-t-il des mystères dans la religion? — Oui, il y a des mystères dans la religion. Soutenir qu'il n'existe aucun mystère, ou, en d'autres termes, aucun dogme incompréhensible pour l'homme, serait une absurdité. Qui oserait, en effet, prétendre que la raison humaine soit assez puissante pour atteindre toute vérité? Il faudrait donc quelle fût sans bornes, souveraine et
infinie comme celle de Dieu. Qui oserait le penser? Qui ne sait qu'il suffit d'un brin d'herbe, d'un insecte microscopique pour tenir en échec l'intelligence la plus forte? Mais, loin que l'homme puisse rivaliser d'intelligence avec Dieu, Dieu reste pour lui, comme pour les Athéniens, un Dieu à peu près inconnu.
En dehors de son existence, que sait-il sur ses infinies perfections, sur sa nature intime, sur l'action de sa Providence, sur l'immutabilité de ses décrets?
Mais s'il y a des vérités qui dépassent la raison humaine, est-ce que Dieu ne peut pas les révéler? Estce que Dieu, qui a donné la parole à l'homme, ne peut pas parler? Est-ce que celui qui a donné à l'homme la faculté de communiquer ses pensées à ses semblables ne peut pas communiquer à la créature ses propres pensées? Est-ce que Tintelligence infinie ne peut pas éclairer une intelligence bornée? La révélation du mystère est donc possible du côté de Dieu, ne le serait-elle pas du côté de l'homme?
11 faudrait pour cela soutenir que la raison humaine doit repousser toute vérité qu'elle ne comprend pas; mais alors le cercle des vérités admissibles se restreindrait considérablement pour le plus grand nombre deshommes, et même pour ceux que l'on appelle savants ; car ceux-ci, comme ceux-là, admettent un grand nombre de vérités sur le témoignage d'autrui. S'ils ne devaient admettre que ce qu'ils comprennent, ils seraient arrêtés à chaque instant. Est-ce qu'il répugne à un homme raisonnable de croire, à ce qui peut non seulement être vrai, mais encore être connu d'une manière certaine, surtout lorsque celui qui affirme ne peut ni se tromper, ni tromper. Il n'est plus
alors question que de constater un fait. Dieu a-t-il parlé ou non? Tout est là, et dès qu'il est certain que Dieu a parlé, tout doute doit cesser à l'instant même. Persister dans l'hésitation serait aussi déraisonnable qu'impie. Or, Dieu a parlé, Dieu a révélé des mystères, c'est là un fait établi par l'histoire, par la Bible, par l'évangile, par des miracles incontestables, par l'enseignement de l'Église. — Donc il faut admettre qu'il y a des mystères dans la religion. Et ces mystères ne sont pas des inutilités ; ils ont, au contraire, de trèsgrands avantages. Ils font tout le mérite de la foi et produisent des vertus dont la nature humaine ne paraissait pas capable. Que l'on compare la vie des chrétiens qui croient aux mystères à celle de ceux qui n'y croient pas, et l'on verra combien celle-là est supérieure à celle-ci. C'était l'argument que les premiers apologistes du christianisme faisaient valoir contre les philosophes païens. Ceux-ci étaient trop savants, sans nul doute, mais combien leurs mœurs étaient inférieures à celles des chrétiens moins instruits, mais croyants !