prouve asssez qu^on ne se joue pas ainsi de Dieu
C'est encore blasphémer que d'user de ces expressions : cela est aussi vrai qiCU est vrai qnily a un Dieu^ ou bien, cela est aussi vrai que PEçangile. Cependant les théologiens ne conviennent p^s entre eux, si ces sortes d'expressions sont blasphématoires OQ hyperboliques : quoi qu il en soit de leurs différens seiitimens, il est plus sur dans la pratique, de traiter comme blasphémateurs ceux qui se sont servis de ces expressions, si leur intention étoit d'égaler ou d'affirmer une parfaite ressemblance entre la vérité de leurs discours et la vérité de l'existence de Dieu , ou de l'Evangile. Mais si leur intention étoit seulement de donner plus de poids à leur proposition, on ne doit pas les regarder comme blasphémateurs, mais il faut leur inspirer une horreur salutaire de ces cx-^ pressions; et s ils sont dans l'habitude de s'en servir, on ne doit rien oublier pour détruire cette indigue habitude, soit par les délais de l'absolution, sait par des pénitences convenables.
2. La seconde manière de blasphémer , se fait par des paroles d'imprécation ou d'exéciation contre Dieu, en lui souhaitant du mal, en le maudissant, en désirant son anéantissement. C'est le péché continuel des démons et des damnés ^ mais sur la terre il ne peut y avoir que la fureur ou le désespoir qui soient capables d'jr porter. Cest cepeiiUaut assez fiéquena—
^jj^ Du SEC01VD
ment C6 qu^OiCcasianne la passion du jeu; et les coii« fesseurs à qui les joueurs s adressent^ ne doirent jamais manquer de les interroger là^essus.
3. La troisième manière de blasphémer a lieu, lors-* qu^on s'exprime d^une façon outrageante ^ ou avec dés
!>aroles de mépris , de moquerie et de dérision , sur es attributs de Dieu et sur les choses qui lui conviennent effectivement : tels furent les blasphèmes des Juifs et des soldats romains dans le cours de la passion du Sauveur; tel fut aussi celai de Julien Ta— postât, lorsqu'en mourant il se servit de cette horrible expression ^ quoique vraie en elle— même : Tu as vaincu^ 6 Galiléen!
On doit rapporter à cette troisième manière les ]uremens qui se font par la mort de Dieu, par son sang, par sa tête, etc. Car, encore que toutes ces choses conviennent à Jésus— Christ , c'est les lui attrihnr^r d'une manière qui blesse le respect, au lieu qu'un Chrétien ne devroit y penser et en parler u'avec un torrent de larmes, et avec les sentimeos e la plus vive piété et de la plus sincère recon— noissance.
Un confesseur ne doit donc pas passer légèrement ces sortes d'expressions à son pénitent, lors même que celui-ci diroit qu'il s'en est servi sans mauvaise intention et sans y penser; le pénitentiel romain impose à ceux à qui cela arrive par mégarde , un jeûne pendant sept jours au pain et à l'eau. Sijurâstiper capUr» lum Dei^ aut caput ejus^ aut alio modo , blasphemid usus fucris Si semel nesciens fecisti^ septem dies in pane et aquâ pœniteas. La raison qu'on peut rendre de cette sévérité , est qu'on ne peut prononcer ces paroles sans causer du scandale ^ et sans ofifènser les oreilles pieu- 2»es, lors même qu'on n'a point d'ailleurs de mauvaise intention, et qu'on ne sent pas la valeur des termes. Si le confesseur fait attention à cette clause, si semtl nesciens fecisti^ de quelle sévérité n'usera-l— il pas vis-à— vis de ceux qui en font habitude^ et encore
GoMlfÀKBEMIVT. 9X5
pbtff vis-4— vis de ceux qui sentent la fofce des termes en les prononçant ^ quoiqu'ils n'aient pas intention d*autrager Dieu : ce seroit bien pis si cetta intention y étoit.
Troisièmement , le blasphème est une parole injurieuse conire Dieu» Quoique le terme blasphème^ pris en lui— même, signifie une injure, un outrage^ une insulte, contre qui que ce soit qui ne la pas mérité, on. n'approprie ce terme qu'à Foutrage fait à Dieu 'j la raison de cette appropriation est , dit saint Augustin, que lorsqu'on outrage un hoqime sans sujet , on peut encore douter mI le mérite ou non, parce que l'homme est fautif de sa nature %| jnais lors- ([u'on outrage Dieu, c'est un vrai blasphfrôe, parce
u'on ne peut, sans crime, douter de la sainteté et
e la bonté de Dieu.
Quand on dit conire Dieu^ cela s'étend non-seulement de lui-même, mais encore de tout ce qui a rapport à lui d'une manière spéciale. Ainsi , c'est blasphémer que de parler injurieusemcnt des Saints , des choses sacrées, des Sacremens, des cérémonies saintes , et généralement de tout ce qui a un rapport immédiat ou médiat à Dieu et au culte qui lui est dù^ parce que le mépris qu'on fait des amis de Dieu , ou des choses dans lesquelles sa bonté , sa miséricorde, sa puissance, ou quelque autre de ses attributs , éclatent d'une manière particulière , retombe sur Dieu lui— même. Nous disons, où quelque attribut divin éclate d^une manière particulière y car encore que la majesté de Dieu éclate sur tous ses ouvrages, ce ne seroit pas cependant blasphémer que de prononcer des malédictions contre les hommes qui sont sur la terre, ou contre les créatures irraisonnables ou inanimées^ parce que ses attributs n'éclatent sur les ui^s et les autres que d'uue manière générale.
Le blasphème, quel qu'il soit, est non— seulement un péché mortel de sa nature , mais encore ua
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1)éché très— grîef ^ et il ne peut jamais y avoir de égérete de matière ^ parce crue toute parole injurieuse contre Dieu, pour peu ou elle attente k sa majesté, Foutrage infiniment; aussi , Dieu ordonna— t— il dans le Lévitique , de lapider les blasphéniateurs. Qui blas- -phetnaverit nomen Domini^ morte moricUur ( LevU. !a4* i6. )• Saint Jérôme regarde le blasphème comme le plus grand de tous les péchés; il ajoute même que tous les autres péchés sont légers lorsquon les compare à celui— ci ; parce que le blasphème porte sa rage contre le Très-Haut. Nïhil horrihilius bldsphemid^ quœ ponit in Eaccelsum os suum. Omne quippè ^ccatum , blasphemiœ comparcUum ^ Uvius
est ^tib^jtj* i^ JsaL i8. ).
Les Efêbreux avoient une telle horreur du blasphème, que pour exprimer le crime de ceux qui maudissent la divinité, ils se servoient dW terme tout opposé; et cVst pour se conformer à ce style, que rÈcriture sainte met dans la bouche de Satan lui— même le terme de bénédiction , pour exprimer celui de malédiction. Touchez Joh^ et tout ce qu^U possède^ disoit— il parlant à Dieu, et vous ^verrez s^il ne vous bénira pas en face^ c'est— à— dire, s'il ne proponcera pas des paroles de malédiction contre vous. Tange cuncta quœ possidet^ nisi infaciem henedixerit tibi (^Job. i. v. ii.])- Dans le même chapitre (v. i5. ) , Job priant pour ses enfans, s'exorime ainsi : Ne forte peccaverint filii mei^ et oenedixerint Deo in cordibus suis.
Indépendamment de la loi citée ci-dessus , qui ordonnoit de faire mourir ceux qui seroient coupables de blasphème. Dieu a montré de temps à autres Fhorreur qu il a de ce crime par les punitions éclatantes qu'il en a faites. Il fit périr plus de cent vingt— sept mille Syriens pour punir le blasphème de Bénadad leur souverain ( 3. tieg. c. 20. J. Il envoya nn ange qui , dans une nuit , extermina cent quatrevingt— cinq mille hommes de l'armée de Seanactierib)
CoMMAlfD EMEUT. ^Ij
roi des Assyriens, parce que ce prince avoit pro^ ooncé un blasphème. Saint Paul, anime de Tesprit de Dieu , livra à Satan , c^est— à— dire , anathématisa Aleiaudre et Hyménée, parce qu^ils a voient blaspbémé« Cest par ce même esprit que TEglise dans s^ canons , a dans tous les temps décerné des peines trè«-sévères contre les blasphémateurs; ITEglise de France s^est surtout distinguée là-dessus; dans tous ses conciles elle a renouvelé son indignation contre eux. Les rois très— chrétiens ont voulu avoir part à la gloiiHî d'être les vengeurs du Très— Haut; et depuis saint Louis jusqu'à nos jours, ils ont ordonné (les punitions coiporelles contre les téméraires et les impies qui oseroieut outrager le saint nom de Dieu*
Après tout ce que nous venons de dire , les confesseurs doivent sentir combien il est digne du zèle pour la gloire de Dieu , dont ils doivent être animés, de procurer de tout leur pouvoir Fentière extinction de ce détestable crime. Quoiqu'on ne puisse pas aujourd'hui exécuter à la lettre Tancienne discipline de Œglise, les ministres du Seigneur doivent toujours eo conserver Fesprit, eu imposant des pénitences proportionnées à Vénormité du blasphème , et ne jamais renvoyer ceux qui en sont coupables sans leur en avoir imposé de très— sévères ; le décret de Léon X, rapporté dans le concile de Latran, les y oblige. In foro conscientiœ ^ nemo hlasphemiœ reus abs^ que gra^issimâ pœnitenUâ severi confessons ar^ bUrio injunctd^ possit absohL Selon les termes de ce décret, il ne suffit pas que la pénitence soit dure, il faut qu'elle soit très— dure, grav^issima^ et telle que l'imposeroit un confesseur sévère. Que les confesseurs ne se fassent donc pas illusion là-dessus; et que sous prétexte de bonté de cœur, et d'une iaosse pitié . ils prennent garde de ne pas se rendre complices du péché, en épargnant trop le pécheur.
Pour imposer des pénitences convenables , les confesseurs doivent faire attention à trois choses : i^ à
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k nature àà blasphème; 2^ k l'intention de celui qui Ta proféré; 3^ il examinera si par son objet il est réserve.
I. Outre la malice intrinsèque du blasphème^ il arrive assez souvent qu^il est accompagné de quelques autres péchés qui en augmentent Fénôrmité ^ et qui conséquemment exigent uqc pénitence plus grande. Ces péchés sont^ Finfidélilé 7 Thérésie, le désespoir, la 'haine de Dieu, et l'imprécation ; c^est par riutention du coupable qu^on pourra juger si ces péchés sont joints au blasphème, et non par les termes donc il s'est servi.
3. A regard de cette intention , le confesseur examinera si le pénitent se proposoit effectivement d'outrager Dieu ; ou si en proférant ces blasphèmes , il ne pensoit pas même à Dieu. Dans le premier cas, le blasphème est toujours accompagné a un ou de
Elusieurs des péchés dont nous venons de parler, bns le second cas, il faut encore examiner si c'est par habitude ou par l'impétuosité de la^ colère. Dans ces deux circonstances, si le pénitent confesse qu'il sentoit la force des termes , et qu'il comprenoit lort bien que ces termes étoient injurieux à Dieu^ ou s'il avoue en général qu'il savoit bien de faire mal ^ c'est un vrai blasphème virtuel, quoiqu'il n'eut pas une intention directe et formelle d'outrager Dieu : si cette intention directe et formelle étoit nécessaire pour que le blasphème fût véritable, il u^ auroit que les démons , les damnés , les impies , les hérétiques et les scélérats de profession qui seroient coupables de blasphème, tandis que ceux qui font profession d^adorer le vrai Dieu et de suivre sa religion sainte, pourroient sans crime le déshonnorer, au moins par leurs discours. Il suit de cette conséquence révoltante, que les confesseurs, .quoi qu'en disent certains théologiens, ne doivent jamais, ou presque jamais regarder les blasphèmes d'Ivàbi— tùde , de colère , ou même prononcés en badinant ,
GOMIHÀIIDEIIIEHT. ai^
comme des péchés véniels ; et quand' même en cei> taines circonstances très—rares ^ ils auroient lieu de les regarder comme tels, ils doivent toujours employer la sévérité dans Fimposition de la pénitence, afin d*en inspirer plus d'horreur ; et dans le cas d^ha<o bitude, ils doivent s^assurer d^uu changement solide avant que de donner Fabsolution.
La troisième chose cpie le confesseur doit examiner par rapport au blasphème , est , sHl est dans la liste des cas réservés, et avec quelles clauses il est réservé 'j et cela non— seulement pour savoir s'il peut en absoudre, mais encore afin d'imposer une péuiteace particulière, à cause de la réserve.
Il y a des diocèses où Ton ne réserve que le bl^-
Ehème contre Dieu seul ^ il y en a d'autres où le lasphème contre les Saints et les choses saintes est aussi réservé. Dans quelques— uns , pour que le blas-
Ehème soit réservé, il suffit qu'il soit public de pu^ licite de fait^ dans quelques autres, il faut la pu— klicité de droit ^ ici, il n'est réservé que lorsqu'il est énorme^ là, il n'est censé être énorme par rapport à la réserve, que lorsqu'il est tel que les magistrats le puniroieiit , s'ils en avoient conuoissance.
Cette variété ne vient pas du plus ou du moins dliorreur pour le blasphème dans les difTérens diocèses^ il n'est aucun évêque qui ne donnât volontiers sa vie pour détruire ce détestable crime ^ mais elle vient du plus ou moins dé besoin de sévérité par rapport aux endroits où le blasphème est plus ou moins commun.
Les confesseurs doivent donc là— dessus consulter la règle de leur diocèse respectif, pour savoir à quoi s'en tenir ^ parce qu il ne faut pas regarder le blasphème comme réservé dès qu'il est péché mortel , mais seulement lorsqu'il est consommé dans l'espèce portée par la rései-vc.
Les théologiens conviennent communément qu'il uy a ni jurement, ni blasphème, ni cas réservé pai*