PROPOSITION
. 66. Les patriarches^ et les prophètes^ les anges ^ Jésus^ Christ lui-^même^ les hommes justes et saints ^e sont servis d^ équii^ques ^ d amphibologies ^ et de restriottons mentales*
Censure.
Cette proposition est scandaleuse, téméraire; elle confond avec les discours vulgaires , ce qui a été ^ dit, ou ce qui a été enseveli sous le silence, par ^ mystères, par prophéties, par paraboles, afin de gra-- ^ %er plus profondement la vérité; elle tourne en me- ^ pris les actions des saints Pères \ elle est injurieuse aux « anges mêmes ; elle outrage Jésus— Christ , et elle -^ est impie. ^
' Le pape Innocent XI a censuré encore la pro«- «^ position suivante, qui étoit la 2^* des 65 qn^ilcon* i^ damna en 1679. 1
j4ppeler Dieu à témoin dun mensonge léger ^ ^ n^est pas une si grande irréi^érence , quil veuille * ou puisse pour cela damner un homme* ^
Il semble que saint Augustin vouloit parler des y casuistes qui ont eu la témérité de soutenir des opi>^ ^ nions si surprenantes, lorsque reprenant ceux qui oh* :^ soient de son temps que les mensonges , et même ! les parjures étoient permis dans quelques occBsioils^« >. il dit que parmi eux on trouvoit ues savans qui • donnoient des règles , et prescrivoient des borne» pour apprendre m quels cas le parjure étoit licîie^ ^
CoMMAifDEHEKf* air
et en quels cas il étoit criminel. Que rtai^ons^nous des fontaines de larmes pour déplorer un tel aveuglement^ ajoutoitce saint docteur.^ Que feronS'* nous ? où irons-^nous pour nous dérober à la fustc colère de la vérité ^ qui est Dieu même ; si non^ seulement nous négligeons d^éviter les mensonges^ mais encore si nous osons bien enseigner les far jures F
Du Blasphème.
JjE blasphème proprement dit^ duquel seul nous nous proposons de parler ici, est une parole inju* rieuse contre Dieu.
Premièrement , cVst une parole ^ parce que le Uasphème étant opposé à la louange , il consiste ppo— prement et formellement dans les paroles , ainsi que la louange elle— même. Cependant le$ écrits injurieux a Dieu , les gestes et les mouvemens de tête outra— seaus et injurieux faits au mépris de Dieu, doiveitf eire regardes comme de vrais blasphèmes; parce quâ les écrits et l«s gestes sont, ainsi que la parole, mx% expression de la pensée, et tiennent lieu de parole. Par ce mot parole^ le blasphème est distingué des autres outrages faits à Dieu, que Ton appelle OU'^ irages de fait / tels que ceux que les Joiis firent à Jésus— Christ en lui crachant au visage, lui donnant des soufllets , etc. ; tels encore que ceux que les prolestans faisoient autrefois à Jésus-Christ dans le oa— mment de FEucharistie qu'ils fouioient aux pieds. Ces sortes de faits et autres semblables, tout oulra^eans qu^ils sont, ne sont pas proprement des blasphem«s^ \ mais des crimes d^un autre genre; ce sont pliuôt des crimes d^impiété ou de sacrilège.
Comme il y a deux sortes de paroles , Tune inlé— et fauire extérieure « il y a aussi deux soj^tes^
aiâ Du sECovvt
de blasphèmes. L'un purement inlérîeur 5* qu'on âp—
{)elle blasphème de cœur^ non qu'il soit toujours dans e cœur, puisque souvent il n'est que dans Fentendement, ou plutôt dans l'imagination, tandis que le cœur et la volonté s'y opposent, ainsi qu'il arrive aux personnes peinées et scrupuleuses; mais parce qu'il n'est censé consommé dans son * espèce, que lorsque le cœur et la volonté y ont adhéré librement. C'est pourquoi Jésus— Christ disoit (Matth. i5. 19.) que c'est du cœur que partent les blasphèmes^ etc. ïi'autre extérieur, qui se fait par une parole sensible , soit que cette parole soit prononcée en secret , soit qu'elle ait été entendue d un ou de plusieurs* témoins; et on Tappelle blasphème de bouche.
Secondement, le blasphème est une parole m/Mrieuse , car il attaque directement l'honneur de Dieu , ce qui peut airiver en trois manières. 1. Par énon^ dation^ lorsqu'on attribue à Dieu ce qui ne lui con« vient pas; en disant, par exem()le. Dieu est m^ juste ^ est auteur du péché ^ etc. ; ou lorsqu'on lui ôte ce qui lui appartient, comme la providence , le soin des choses d ici-bas , la bonté, la miséricorde , etc. Cest aussi blasphémer par énonciation^ que de nier qu'il y a un Dieu, ou de renoncer à Jésus— Christ et à sa religion, par parole sensible. Et quand même on n'afBrmeroit pas expressément de Dieu ce qui vient d'être dit , et qu'on s exprimeroit seulement de façon à faire croire qu'on désire que cela soit ainsi, comme qui diroit, par exemple, je voudrais que Dieu ne punît pas te péché ^ etc., ce seroit également blasphémer par énonciation^ parce que cela voudroit dire impitcilement que Dieu peut être hijuste.
On blasphème encore par énonciation^ lorsqu^oil attribue à la créature ce qui ne peut convenir qu'au Créateur, comme la toute— puissance , ou le gouvernement de ce monde ; et c'est le blasphème des ma-*^
;iciens qui attribuent ces deux qualités au démon.
7«st aussi le blasphèoie dont se rendent coupables^
CotfMAIVDBMEKT. âl3
fes adulateurs îles souverains ou des grands^ qui ne
cessent de leur prodiguer les qualités toutes divines ,
qui sont la toute^puissauce et Pim mortalité. Cest en*
€ore le péché de ces amans passionnés qui ne rou^
^ssent pas d^attribuer la divmité à Tidole de leur
passion. Yainemcnt s^excuseroient— ils sur ce qu^ils ne
se servent de ces expressions qu^en badinant^ Dieu
est trop digne de respect pour que ses attributs soient
avilis ]usqu^à servir d^amusement aux hommes , ou à
devenir les instrumens de leurs passions : la punition
dHérode rapportée dans les actes des apôtres ( c. 1 3. v.