DU III"^ COMMANDEMENT
J-JE Seigneur, après avoir ordonné à tous les hommes de Tadorer , et de n'adorer que lui ; après avoir fait sentir Thonneur et le respect qu'ils doivent avoir pour son saint nom , leur prescrit ensuite par son troisième précepte, le temps auquel il exige d'eux un culte plus particulier. Tous les jours sont à lui, parce qu'A n'y en a aucun dont il ne soit l'auteur, et qui ne soit marqué par quelque miracle de sa puissance , ou pai* quelque nouveau bienfait de sa miséricorde. Tous
COMItfÀlïDEMENT. ^231
les jours nous lui devons Tamour, le respect ^ la— doranon, rhommage de tout ce que nous avisons, de ce que nous faisons, et de ce que nous soihmes; parce que tous les jours il est notre Dieu, et quil u'est aucun instant où nous ne soyons sous sa dépendance; nëanuioins, comme nous sommes condamnée an travail^ que ce travail distrait notre esprit et rapplique presque uniquement aux choses seusi— blés , Dieu a voulu déterminer un jour particulier dans chaque semaine quHl se réserve tout entier, et qu'il veut être uniquement employé au culte qui lui est du, et quHl auroit droit d'exiger tous les jours* Ce troisième précepte est conçu en ces termes : SoQvenez-vous de sanctifier le jour du sabbat. Mémento vt diem sabbati sanctifices , omne opus non fa-^ des in eo { Exod. 20. 8. ). Le sabbat étoit le sep* tième jour de la semaine. Dieu se réserva celui— là ^ en mémoire du septième jour où il se reposa après avoir employé six jours à la création de TUnivers; il a voulu aussi que les hommes , après avoir tra— Taillé pendant six jours , prennent le repos le septième
g' ur; mais comme ce repos dans les desseins de ieu ne devoit pas être un repos d^oisiveié et de mollesse , encore moins un repus licencieux et criminel; mais plutôt un repos figuratif de celui de Fetemité , où nous devons nous reposer dans le seia de Dieu même, contempler éternellement ses grandeurs , chanter sans relâche ses miséricoi des , le posséder et en être possédé , sans crainte d'en être jamais séparé^ il a voulu que ce repos du septième jour fut pour nous comme une préparation à celui qui nous est destiné par sa bonté ^ et par conséquent il a voulu que ce repos fut un repos de louange, Aiommage, d^adoration. Ainsi, en défendant toute œuvre servile-et corporelle, il ordonne des œuvres toutes spirituelles et toutes saintes.
Ce précepte, quant à la détermination du jonr^ et un précepte cérémoniel de la loi Mosaïque, et par
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conséquent abrogé avec elle; mais quant à b substance, c'est-à-dire, quant i Fobligation de sanctifier certains jours , c^est un précepte qui prend sa source dans la loi naturelle , et qui oblige également les Chrétiens et les Juifs. Dans la nouvelle loi , le jour déter* miné est le premier jour de la semaine , au lieu du septième. Les apôtres , inspirés de Dieu , ont fait ce changement moins pour se distinguer des J^iifs . que pour honorer pUis spécialement le jour de la résurrection de Jésus— Christ, et de la descente da Saint- Esprit. On voit dans les actes des apôtres, et dan$ les Epîtres de saint Paul ( i. Cor. 10.2.), que dès ce temps— là les fidèles s^assembloient le premier jour de la semaine , per unam sabbati , pour célébrer les saints mystères et y participer, pour prier, pour entendre la parole de Dieu, et pour faire des collectes ou des quêtes en faveur des pauvres.
Ce précepte est affirmatif et négatif. Comme négatif, il détend toute œuvre ser\dle; comme affir^ matif , il ordonne de sanctifier le jour du Seigneur. !Nous allons traiter séparément de ces deux points ^ en avertissant que ce que nous dirons du dimanche^ doit b^entf ndre aussi des fêtes ; l'obligation est la même, cVst toujours fautorité divine qui commande lorsque lIEglise commande^ et si la synagogue a eu assez de pouvoir pour obliger les Juifs à sanctifier les fêtes qu^elle avoit instituées outre le jour du sabbat^ comment les enfans de TEglise pourroient— ils lui contester ce pouvoir, et lui refuser leur soumission?
De Vobligation de sanctifier les Dimanches
et Fêtes.
è!!)i ce précepte n^exigeoit que la cessation de toute œu ve servile , il seroit difficile de concevoir pourquoi
GoMMATVpEMENT. ^23
Bien anroît attaché tant d'importance h son observation^ et l'auroit si souvent répété clans les livres de rancienne loi. Cest un des crimes du peuple juif contre lequel le Seigneur a paru le plus irrité ^ il ne leur en parlait par sas prophètes qu'en termes m&oaçans, et qui faisoient sentir toute son indignation. Peuple insensé leur disoit*il , par le prophète Ezé— chiel^ vous avez méprisé mon sanctuaire^ et vous avez violé mes sabbats» P^otre cœur soutiendra^ t-il ma colère^ ou vos mains prévaudront^-elles contre moi dans le temps des maux que je ferai fondre sur vous ? De cette colère , de ces menaces ^ de cette répétition si fréquente de la même ordonnance, n^est— il pas naturel de conclure que le Seigneur demande quelque chose de plus que le repos corpo— rel f D'ailleurs , les termes ae la loi sont clairs : Sou^ venez^vous de sanctifier le four du sabbat. Ce jour est saint ^ ip^Tce me c'est le jour du Seigneur^ mais il n'est le jour au Seigneur , que parce que tout ce qui s^y fait doit être rapporté directement au Seigneur ^ parce que les œuvres qu'on fait en ce jour saint , doivent êlpe saintes. Ce n'est pas assez que ce jour soit saint par lui-même , il faut qu^il soit sanctifié , c'est- ♦-dire , employé en bonnes œuvres , en œuvres toutes saintes , toutes spirituelles , tout à l'honneur de Dieu» Si nous ramontons aux siècles les plus reculés de l'Eglise , nous trouverons que dans ces temps dignes de nos regrets ^ les fidèles voyoient arriver avec joie et empressement , ces jours du Seigneur^ où ils avoient le bonheur d'assister k toutes les heures de f office divin ^ le jour et la nuit ^ sans aucune exception de rang ^ d^état , ni de condition ^ où les pères et les mères de famille , les maîtres et maîtresses condui— soient eux— mêmes leurs enfans et leurs domestiques dans leurs paroisses, pour y entendre la messe solen— Belle , y participer tous ensemble au corps de Jésus- Christ , y écouter avidement l'explication de l'Evangile mu miim de la célél^ratioa des divins mystères»
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De retour dans leurs maisons , ils emplDjoienl lès in-
lervalles des onices à répéter aux iDhrmes et à ceux cjue la charité et la nécessité avoient retenus auprès (le ces derniers , les discours pieux , et les saintes le— ^'ons qu'ails venoieut d'*entendre , pour les dédomma— ger par- là de ce que leur absence forcée leur avoil coûté. Ils terminoieut enfin ces saintes journées par la pratique des bonnes œuvres qui étoieut à leur disposition.
Cest (jue dans ces temps heureux où les fidèles puisoient la saine doctrine dans sa source, et n^a-* voient pas encore entendu la voix des faux prophètes^ de ces casuistes fauteurs , et peut-être auteurs du relâchement de la morale , tous les dignes enfans de fËglise pensoient avec saint Chrysostôme , que Dieu aj^ant abandonné aux hommes plusieurs jours de la semaine pour travailler et vaquer aux aflaires tem« porelles, cétoit un vol sacrilège d^oser encore em—
J>loyer aux soins et aux vanités de la terre , ceux qui ui étoient spécialement consacrés. Ils comprenoieut , comme ce saint Père, l'importance des choses dont un Chrétien est obligé de s'instruire en ces saints jours ^ telles que sont celles qui regardent Pétemité. Si Dieu et l'Eglise ont interdit le travail en ces saints jours , ç^a été afin de donner plus de temps pour fi équenter les temples du Seigneur , pour s'y occuper de prières , d'hymnes, de psaumes ^ pour entrer en communion avec les Saints j pour apprendre la doctrine chrétienne^ pour méditer la loi de Dieu; pour penser aux devoirs de son état, et à ses obligations ] pour exercer les œuvres de miséricorde ; pour vaquer, en un mot, à tout ce qui regarde le service de Dieu, et à tout ce qui peut nous faire avancer les uns et les autres dans la perfection qut le Seigneur demande de nous : caf si Ton se contente alors d'une courte prière, pour donner à de vains amusemens tout le reste du temps qu^ou don— neroit en d'autres jours à des travaux utiles , il se-
roit
toit plus atanlagcux d'employer ce leoips an travail ^ afin de gagner de quoi salisluire à ses propres néces— silés , ou a celles des pauvres lorsqu'on est sans htsoin.
L'Eglise a fait un précepte formel qui ohlige tous les iidêlcs d assister au saiut sacrifice de la messe ^ les
Ï' turs de dimanche at de fête. Le saint concile de rente ( Sess. 24. de Réf. cap. /\. ) prescrit aux curés d'avertir les fulèles que chacun aeux est oblige d'assister assidûment à lei\r paroisse pour y entendre la parole de Dieu , à moins qu^il n'en soit légitimement empêché. Voyez ce que nous avons eut dans le traité de FEucharistie , sur f obligation d^assister à la messe de paroisse.
Le précepte d^assister à la messe les jours de di<r manche et de fête est fondé sur le droit naturel : la nature par elle—même dicte que nous devons adorei* Dieu , et lui rendre le culte le plus parfait qui soit en notre pouvoir ^ or il n^ en a point de plus parfait que le sacrifice en général , par lequel nous attestons publiquement le souverain ciomaine de Dieu sur nous ^ et de tous les sacriiices il u^ en a point d'aussi parfait que celui ds la messe ^ ainsi que nou$ favous remarqué dans le traité du sacrifice. Ce pré— tepte , qui est d'institution apostolique ^ est venu jusqu'à nous par ifne coutume constante et non interrompue, qui a force de loi.
Ce précepte oblige, sous peine de péché mortel, tous les fidèles qui ont atteint Tusage de la raison, c'est— à— dire, qui ont atteint un âge où ils sont déjà capables de pécher , et où ils out assez de connois— sance pour être en état d'adorer Dieu et de le prier. La raison en est que la matière de ce précepte fait par^ tic coBsidérable du culte de Dieu ^ d'où les théologiens concluent que le péché seroit également mortel si Fon manquoit une partie considérable de la messe , parce que le précepte regarde faudition moralcnienC