‹ Instructions sur le rituel (volume 3)Chapitre 29 sur 42 · Des Lois. v · texte numérisé non relu

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peu considérables , onl leurs maximes ^ et ceux qui devroient leur obéir, en reconnoissent d^autres. La noblesse a les siennes ; le Peuplé s*en forme aussi, selon u^elles lui conviennent. Il y a une morale de soldats, e négocians, dWtisans, de partisans , et m^me de voleurs ^ de bandits et de corsaires : car ils ont cerlaines règles qu^ils observent entr'eux aussi fidèlement que les autres homôfies observent leurs lois, et ils se foDt, comme les autres ^ une conscience qui approuve leur genre de vie*

Enfin, en descendant jusqu'à chaque homme en particulier, on trouvera qu'outre quelques maximes générales dans lesquelles ils conviennent avec ceux de leur religion et de leur profession , ils ont aussi plusieurs maximes particulières, qu'ils ramassent ça et là, ou qu'ils se forment d'eux-mêmes , et dont ils se compO!ient uhe morale toute différente de celle des autres.

On ne peut qu'être surpris, eu considérant le mélange confus de ces maximes qui font la morale da particuliers, de reconnoître qu'il ne sy trouve pas moins de variété que dans les physionomies , qni sont -si admirablement diversifiées. Mais ce qu'il y a de plus étonnant encore , et qui fait mieux connoitre l'excès de l'aveuglement des hommes, c'est la légèreté prodigieuse avec laquelle ils embrassent les plus importantes maxima de leur conduite^ le peu de soin qu'ils apportent pour discerner la vérité d'avec l'erreur; et l'opiniâtreté avec laquelle ils s'attachent à leurs faux principes, comme s'ils étoient assurés et indubitables.

11 s'agit de leur tout, puisqu'il s'agit pour eux d'one éterni^ de bonheur ou de malheur. Chaque pas qui les avance vers la mort, les approche de l'une ou de l'auire de ces deux éternités. Ne semble t-il donc pas que leur principal soin et leur principale application devroient être de s'instruire des règles véritables qu'ils doivent suivre dans la conduite de toute leur vie, et de tâcher

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de les discerner de ce nombre infini dé fausses règles qui sont suivies par ceux qui s'éloignent de la vëriië*

La diversité même des maximes qui régnent parmi les hommes , leur devroit (aire comprendre qu'il n'est pas si aisé de trouver le chemin qui mène à la vie , puisque tous ne conviennent pas du choix de celui qui mérite la préférence. Si ce chemin étoit si visible, il les attireroit tous , en se montrant clairement à eux^ et, s'il se trouvoit des hommes assez dérabonnables pour refuser d j marcher, ii ne s'en trouveroit point d'assez aveugles pour le méconnoitre.

Cependant la chose à laquelle communément on pense le moins, c'est la nécessité de s'instruire de quelle manière on doit vivre. On embrasse pour l'ordinaire , saus discernement, les premières maximes que Fon a rcçue^^ et il est rare de voir des personnes révoquer en doute celles qu elles ont ainsi embrassées»

C'eu ce qui paroit particulièrement dans le choix de la Religion , qui est cependant la chose du monde la plus importante, et qui fait, chez tous les peuples, une partie très*considérable de leur morale : car il n'y a point de témérité égale à celle qui porte la plupart des hommes à suivre une religion plutôt qu'une autre.

Exceptons cependant la Religion chrétienne, dont l'éclat qu^elle reçoit par la divinité de son établissement^ par sa sainteté, par ses miracles, par ses prophéties, par sa doctrine, enlève tellement l'esprit et le cœur , qoe , loin de pouvoir accuser de témérité ceux qui la préfèrent à toutes les autres, on doit regarder, comme des aveugles voloiltaires et opiniâtres, tous ceux qn» refusent d'ouvrir les yeux à la lumière qu'elle fait briller dans runivers : outre que, plus on pénètre le fond de cette sainte Religion , plus on y découvre de vérités et d'instructions consolantes , fortes et incontestables ; tand» que toutes les autres ne peuvent souffrir la moindre recherche et le moindre examen.

Kous ne parlerons donc ici que des religions dont

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les hommes sont les auteurs , et nous disons qu'il u'y a rien de plus extravagant que toutes ces créances. Elles n'ont, ni miracles, ni prophéties, ni rien de capable de persuader les esprits tant soit peu sensés. Tout ce que Ion connoit, par la raison ^ par leipérience , par la lecture des nisioires , les détroit et les convainc de fausseté. D^où vient donc qu'elles sont suivies par tant de nations P Qu'on demande aux Turcs, aux Chinois, aux Tartares, etc. pourquoi ils suivent U religion qui est admise chez chacun d'eux : ils ne répondront autre chose, sinon qn^ils la suivent parce que leurs pères Tout suivie^ parce que leurs parens, leurs amis , leur nation , leur prince , la suivent. Voilà tout le fondement de leur créance»

Mais il ne faut qu'un peu de sens commun , pour voir tout le ridicule d'une pareille raison : car, par cette règle , toute religion sera véritable dans le pays où elle est reçue. Néanmoins, quelque fausse que soit une telle règle , le commun des hommes n est pas capable d'y résister ] leur esprit y succombe , il s'y ren4 aveuglément.

La Religion chrétienne est la seule qui puisse justifier d'une pareille imprudence , ceux qui viennent à son école \ quoiqu'il n'y ait d'ailleurs que trop de chrétiens qui ne le sont que de la même manière que les Turcs sont mahométans, c'est-à-dire, parla seule io)pression de l'exemple, et qui n'ont ni l'esprit ni le icœur chrétien. Ajoutons que, quoiqu'il soit vrai en

Sénéral que la morale des chrétiens est très-solide ans les principes quils tirent de cette divine Religion, on ne peut qu'être surpris et affligé à la \'ue de celle qui sert de principe à une infinité de personnes qui se disent néanmoins disciples de Jésus— Christ Disciples qui ne sont chrétiens que de nom , peu instruits de leur Religion, et qui se donnent la liberté, comme les autres hommes, de se former, selon leur caprice, des paaximçs toutes contraires à la doctrine de l'Ëvangilef

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Gdk qu^ib ont puisée dans la Religion cbrédenne^ ne compose qu'une bien petite partie de leur morale. Ib ont un grand nombre de systèmes quils ont adoptés au basard. Uexemple de leurs amis et de ceux avec qui ils vivent^ les discours de ceux avec qui ils con«versent^Ieuramour^propre^ le dâir de justifier leurs passions-, rirr^ularite^ la perversité de leur conduite, leur inspirent encore, sans qu^ils y pensent, une infinité dt fausses maximes. Ils forment des iugemens sans nombre sur les diilerentes rencontres qui se présentent: ces jugemens gravés dans leur mémoire, et favorisés de 1 amour-propre^ qui les regarde comme ses propres pro« ductions, sont regardés comme autant de règles qu'il n est pas permis de contester. Et de là , une morale qui n'est guère moins déréglée et dépravée que celle aes Mabométans et des Gentils.

Ces monstrueux senlimens sur la Religion sont d^au^ tant plus irrémédiables , qu^on se fait une gloire de mépriser la science de bien vivre, et de ne vouloir point connottra la vérité; ou si Ton marque quelque désir de sen instruire^ {on y travaille avec tant de noncbaiance et si peu d'attention , qu'il semble qu'elle ne vaille pas la peine du travail qu^il eu couteroit.

Il n y a que la science de la Religion , pour laquelle on ne ne reconnoît aucun besoin d'instruction et de maîtres. On en veut pour toute autre cbose ; on écoute avec docilité ceux qui enseignent ce /qu'on veut apprendre^ ou fait cboix des artisans, des médecins, des avocats^ dont on croit ne pouvoir se passer^ mais on n'a aucune défiance, lorsqu'il ne s'agit de rien moins que de se sauver ou de se perdre pour réternité : tout guide alors semble habile^ le premier venu est bon j on se repose sur lui avec une parfaite sécurité , et on entreprend hardiment le voyage qui doit conduire à un bonbeur ou à un malheur éternel , sans chercher d autres lumières que celle de £es maxin^es fantasques | extravagantes , et le plus

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soavcnl impies^ qui ne nourrissent rcsprJt et le^cœtir que d'illusions ^ de mensonges el dWéiîgion.

Où sont ceux qu'on voit sérieusement louches de là crainte de s'^arer ^ et de prendre nne mauvaise route dans leur vie teitiporelle; qui ne drsirent rien davantage que de trouver la lumière qui doit les con^ duire au ciel , et qui fassent de cette recherche leur principale et leur phis sérieuse occupation f Où sont ceux qui se défient d^eux-mèmes ^ qui marchent avec crainte et tremblement ^ et qui soient continnellemeut attentifs à regarder où ils mettront leurs pas f II y eu a sans doute , puisqu*il y a des justes et . des élus. Mais le nombre de cent qui prennent garde à eux , tt qui veillent^ ainsi que Jésus- Christ nous le dît à tons, est-il le plus grand f NVst-il pas évident que le commnu du monde marche sans crainte ^ sans aéfiance , sans prévoyance, et sans réflexion ? N'est-îl pas évident que la plupart des hommes s'avancent à grands pas vers la mort, suivant toujours témérairement leurs passions et* leurs fantaisies , jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à ce moment terrible q«ii fait voir aux pécheurs ce qu'ils n'ont pas voulu reçonnoître durant leur vie; maïs qui le leur fait voir inutilemem , en tirant do fond de leur cne»»r ces paroles de désespoir : nous nous sommes donc égarés de la voie de la vérité; la lumière de la justice n'a point lui ponr nous; et le soleil de Pintelligenre ne sVst point levé sur nous : ergo érrmnmus à via %*pritatis^ et fnstitiœ lumen non bixit nohis^ et sol intelUgentiœ non est ortus nobis ( Sap. 5. 6. ).

Fut- il jamais afTaîre plus importante pour ITiomnie, qu'une entreprise où les dangers sont- journaliers 5 où les méprises sont ordinaires: oii, parmi les routes infinies qui parnîssent sfireSi^ il ne s en trouve qu'une de véritnble, et on rependant le succfs doit décider d'une destinée étemelle F On n'eut donc jamais besoin de tant de citconspection et de prudence, dans la con*

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duite dune pareille entreprise; et il fkiit être bivn aveugle pour ne pas reconnoUre qu'elle demande des attentions non communes. ,

Or, quiconque n'aura pas entièrement renonce aux lamîères de la Religion et ae la raison^ ne pourra s'empêcher de convenir, s'il veut y riÇfléchir, que telle est laffaire da salut; et d'en conclure aussitôt, quVtant si périlleuse et si essentielle , il est pour nous de la dernière importance , d'avoir des règles qui nous guident dans le chemin qg^elle demande que nous tenions; de ne point nous déterminer au hasard , parmi cette multiplicité de voies que les hommes suivent ; de les examiner toutes, indépendamment des usages et des coutumes qui les autorisent ; de ne rien donner à To-pinion et â l'exemple; de ne rien laisser à Tincertitude des événemens , et de préférer toujours la certitude au p^rîl.

Yoilà pourquoi le juste nous est partout représenté, dans les livres sâints^comme une homme sensé et prudent qui suppute, qui compare, qui examine, qui discerne, qui éprouve ce qu'il y a de meilleur , qui ne ct^oît pas légèrement  tout esprit, qui porte i ses pieds le flambeau de fa loi pour éclairer ses démarches, et ne pas se méprendre dans ses voies. Le pécheur, au contraire, y es! dépeint comme tin insensé qui marche à Taventure , er qui, dans les pas les plus périlleux, passe outre avec confiance, comme s il marchoH dans les sentiers les plu? sûrs et les plusunis« Sapiens timet^ et déclinât à fnalo: stultus iransilit^ et confiait ( Prov. f4* i^O*

Telle est précisément la situation de presque tous les hommes, dans l'alTaire du salut éternel. Partout ail-« leurs, prudens, attentifs, déâans, habiles à déconrrir les erreun cachées sous les préjugés vulgaires , cest pour le sâlut tout seul , que rien nVgale leur crédu« Vue ec leur imprudence : on adopte alors sans attention des préjugés communs^ seidemeut parce qu'ils sont établis } on suit ceux qui marchent devant, sans

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eiamioer où conduit le sentier qu^ils tiennent: on^ne daigne pa3 se demander k soi-même , si l'on ne se troio: pe poini : il suffit de savoir qu^on n^est pas le seul â se m<^prendre.

II y a plus , dans Tafiaire qqi doit décider d'une des*^ tinëe éternelle , on ne fait pas même usage de sa raison. On ne demande point d'autre garant de sa sûreté, que l'erreur commune} on ne doute pas, on ne s'informe pas^ on ne se défie pas^ fout est bon. On est épineux, difficile, défiant, plein de précautions, quand il s'agît d'intérêts terrestres ^ mais on ne croit pas que les intérêts étemels méritent une si grande attention } et on est alors persuadé ^ qu'il suffit de se conduire par instinct, par opinion, par impression étrangère : on ne veut rien y mettre du sien ^ et on se laisse entraîner indolemment, àla mukitude etàrexempl& Sur tout autre point , on rougiroit de penser comme la foule : on se pique même d'outrer la singularité, dans sa façon de penser sur tout le reste. Sur le salut tout seul, on consent à être du sentiment vulgaire; ou si Ton s'en écarte, c'est pour traiter légèrement ce qui s'y trouve de plus conforme aux véritables règles; et il semble que, pour ce grand intérêt seulement, la raison ne nous ait pas été donnée. £st-il question d'affaires temporelles f on sait développer les motiis quon n'a eus de prendre un parti plutôt qu'un autre; on sait justifier son choix, par la solidité de ses raisons: mais dans l'affaire du salut , si on est interrogé sur les raisons qu'on a eues de préférer les abus , les usages et les maximes du monde , aux règles de rEvangiie, on n'a rien à répondre , sinon qu'on n'est pas le seul , et qu'il faut vivre comme tout le monde vit Ou se pique de raison et de sagesse, quand il s'agit de choses vaines : on est enfant , quand il s'agit de Ta vérité. En un mot , on pense que l'affaire du salut ne doit être regardée que comme une de ces entreprises qui ne demandent aucune mesure, aucune précaution; que

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l'on peul liardimeui abandonner à rineerliiuda de$ évènemens, et dont on peut renvoj^er le succès au hasard ^ sans le faire dépendre du travail et des soins jde rhonune.

Noos avons donc tous besoin d'une règle sûre^ conslaate, invariable, qui nous dirige^ qui nous éclaire^ qui nous rassure dans ia voie par laquelle nous devons^

f)arvenir au bonheur éternel qui nous est destiné. Ne a cherchons pas dans le cœur de rhomme^ il a trop de ripuguance pour tout ce qui le gêne : aussi le voyonsnous continuellement occupé à trouver des prétextes^ ou pour adoucir la sévérité de la loi ^ lorsqu'il se voit obligé de s y soumettre, ou pour en violer les préceptes. Tantôt il fait tous ses efforts pour accommoder la loi aux temps , aux circonstances , à ses projets ; tantôt sa vaniié lui fait trouver dans l'élévation du rang et delà naissance, des privilégescontrela loi; tantôt rap*portant tout à lui-même, il se persuade que ses intérêts doivent l'emporter sur la loi^ les plus légers inconvéniens lui paraissent des raisons contre la règle.

De là viennent les variations éternelles de la morale chez la plupart des hommes. Qpmme ils ne puisent pas leurs lumières dans celte raison souveraine qui éclaire tons les osprits , et qui est le docteur immuable de la vérité, mais dans la corruption de leur cœljr et dans la vanité de leurs pensées, ils qualifient le bien et le mal selon leurs caprices : les vices et les vertus sont presque parmi eux des noms arbitraires. Ils ignorent

3ue le caractère le plus inséparable de la vérité, est 'être toujours la même ; que le bien et le mal tirent leur immutabilité de celle de Dieu, qui est glorifié par Tun, tandis que Tautre Toutrage^ que la sagesse, la sainteté et la justice de Dieu, sont les seules règles de mœurs; qu'il n'appartient pas aux hommes de chan* ger à leur gré ce que les hommes n'ont pas établi , et ce qui est plus ancien que les hommes- Quelle sûreté peut*on trouver après cela dans les )econ3 de leur morale, toute fondéejur finstabilité.

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les variations éternelles de leur doctrine T Les règles changent avec les siècles; de nouveaux temps leor amènent de nouvelles lois ; les temf» et les coutumes dt^cident toujours de leurs mœurs. En un mot , ce n'est pas la doctrine qui change les mœurs; c'est le changement des mœurs , qui entraine toujours celui de la doctrine.

Il n'en est pas ainsi de b vérité. Elle est immuable dans sa durée: elle voit tout changer autour d'elle; elle seule ne change point. Les devoirs qu'elle nous

frescrit , fondés sur les besoins et sur la nature de homme , sont de tous les temps et de tous les lieux i comme elle. Au milieu des changemens des mœars «t des siècles, la vérité demeure toujours la règle immuable des siècles et des mœurs. La ferveur ou le dérèglement des générations n'ajoute ni ne diminue rien à Tindulgence ou à la sévérité de ses lois; le zèle ou la complaisance des hommes , ne les rend ni plus austère ^ ni plus accommodantes ; la rigueur ouute ' ou le relâchement excessif des opinions et des doctrines humaines laissent à ces lois toute leor sace sobriété et elles forment cet Evangile éternel que 1 ange, dans Tapocalypse ( jépoc. 1 4* 6. ) , annonce du haut du ciel, à tous ceux qui habitent sur la terre , à toute langue et à toute nation.

Vérité immuable dans son étendue : elle égale tous les états et toutes les conditions ; elle est la même pour les grands et pour le peuple , pour le prince et pour les sujets-, elle ne connoitdans les devoirs qu elle iin[)Otf aux hommes ,ni pauvre, ni riche, ni noble, ni roturier, ni maître, ni esclave; tous sont obligés dVcoutcr s» lois, et de lui obéir; elle ne voit dans les hommes,

3ue le titre de fidèle qui tes égale tous ; elle ne I^ istingue point par leurs noms et par leurs places, maâ par leurs vertus ^ et les plus grands à ses yeox , sont ceux qui sont les plus saints. Le prétexte do .rsPg ^^ de la naissance ne peut rendre innocente à ses^ j^^"^ >

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la transgression de ses lois ; les privilèges de la dignité n obtiendront jamais d'elle , le changement et radoucissement de ses préceptes ^ l'usage et la coutume ne la forceront jamais à permettre les abus^ et elle nous dira toujours, que c'est une pure illusion de croire qu'iljjr a une autre voie de salut pour les grands ^ que pour le peuple.

Vérité immuable dans toutes les situations de la vie ; elle ne counoit ni conjoncture difHcile, ni perplexité, ni péril apparent, ni prétexte du bien public^^ qui puis* se permettre de violer, ni même d'adoucir le devoir^ elle condamne sévèrement tous les tempéramens , qur dispensent de lui rendre gloire lorsqu il faut se déclarer pour elle, et qui persuadent qu'on peut la retenir dans 1 injustice , lorsqu*il s'agit de soutenir ses intérêts.

Ce n'est donc pas des lumières humaines que nous devons attendre la connoissance de nos de\oirs. Nos défauts sont communs aux autres hommes ; leur raison nest pas moins timide et moins bornée que la nôtre. Il ne tient pas à eux, le plus souvent , que ce que nous savons le mieux, ne devienne incertain : quand ils seroient même consommés en science et en sagesse^ ils doii^ent néanmoins être considérés comme rien , si la sagesse de Dieu n est point en eux. Comment pourront-ils pourvoir au besoin que nous avons d'être éclairés et réformés, puisque nous sommes tous plus ou moins privés de la gloire de Dieu^ puisque nous avons tous des penchans corrompus dans leur source , pour lesquels il faut une règle qui les rectifie et qui les redresse.

Nous avons des passions : Tordre demande qu^elles soient toutes réglées par le frein de la loi. Nous sentons nous-mêmes que notre corruption se répand sur les plus petites, comme sur les plus grandes choses^ que Tamour^ propre infecte toutes nos démarches, et que partout nous nous retrouvons foibles , et toujours opposés à Tordre et au devoir. Nous ne trouvons presque plus eu nous, que des principes d'erreur et des sources

4§i De^ toù.

de côrrnptiOD j la justice et la vérité nous sont deventiëy comme étrangères ^ nos penchans nous entraînent comme malgré nous , vers les objets illicite^.

A ce poids de corruption qui nous rend le devoir si difficile , ajoutons les pièges cjui nons envbonnent, les exemples qui nous entraînent j lés ofijets qui nous amollissent^ les occasions qui tious surprennent, les complaisances qui nous affoiblissent , les afflictions qui nous découragent, les prospérités qui nous corrompent, les situations qui nous aveuglent , les Bienséaùces qui nous gênent, les contradictions qui nous éprouvent ^ tout ce qui est autour de nous j et qui n^est pour nous qu'une tentation continuelle.

Si nous jetons encore un cou{> d'œil sur les misères qni nous sont propres , que vefrons— nous dans notre cœurP Une opposition presque insurmontable à {'ordre et à la justice j le dégoût pour la vertu et pour ses maximes ; une paresse invincible à qui tout coûte, et à qui tout ce qui coûte devient presque impossible^ une fierté que le devoir ne peut obliger à plier , ni à se soumettre j une inconstance de cœur qui se lasse bientôt de lui-même \ qui est incapable de suite et d'uniformité; qui ne peut s^assujettir à la règle, parce que la règle est toujours la même; qui veut, et qui ne veut plus; qui passe en un clin-d'œil d'un abattement excessif à une joie vaine et puérilç,et ne met qu'un insiaot entre la résolution la plus sincère et Tinfîdélité qui la viole.

Dans une situation si misérable, que devienon rhomme , lôrsqull s^agira de se déterminer sur ce qu il doit faire et sur ce qu'il doit éviter , s'il est livré à son ignorance , aux égaremeus de son cœur , aux illusious de son esprit \ s'il ignore que Tordre et TinnoceDce sont le bonheur qu'il doit rechercher sur la terre f

Dès que l'homme est Touvrage de Dieu , l'homme ne peut plus vivre que conformément à la volonté de son auteur. Dieu ne Ta point créé pour le laisser TÎvre

Des Loiâ. 4^3

au hdsard sur la terre, sans lui manifester sa volonté' ^ sans lui prescrire ce qu'il devoit à son crëaleur ^ aux antres homme, et ce qu^il se devoit à lui-même. Aussi ^ en le tirant de la boue, il imprima dans Têtre de Thomme une lomière vive, sans cesse montrée à son cœur, qui régloit tous ses devoirs. // lui dorma un esprit , pour penser ; il le remplit de la lumière de Fintel" ligence. Il créa dans lui la science de T esprit; il remplit son cœur de sens , et il lui fit t^oirles biens et les mauac^ en lui donnant le Jugement nécessaire pour les connoître. Le Seigneur fit luire alors son œil sur le cœur de Vhomnœ , en V éclairant de sa lumière ; pour lui faire voir la grandeur de ses œuvres ; afin que r homme relevât , par ses louanges , la grandeur du nom de Dieu ; qu'il le glorifiât de ses merveilles; quil publiât la magnificence de ses ouvrages* Le Seigneur prescrivit alors à t homme tordre de sa conduit e^ par les saintes ordonnances qu*il lui donna ; il le rendit le dépositaire de la loi de vie , en lui confiant ses divins préceptes. Il fit avec lui une alliance éternelle , et il lui apprit les ordonnances de sa justice^ dans la loi qu'il lui donna (JEcclL c. 17. 5*- 10. )«

Il y a donc un ordre immuable qui règle les devoirs de rhomme :. ordre selon lequel il est évident que lliomme doit être soumis à Dieu , préférer Dieu à la créature , aimer Dieu plus que les créatures. Ordre immuable, puisqu^il est fondé sur la nature de Dieu et des créatures. C'est pour lui-même qne Dieu nous a faits : il est donc notre fin étemelle^ aussi veut-il que nousTaimions^Gen^estpasqueDieu ait besoin de nous} mais c'est que le devoir de Taimer étant essentiellement juste, il est impossible que Dieu, qui est la justice même , ne le prescrive pas à Thomme \ il est impos-*

rapporter est sa fin à lui*mêipe , son bonheur et sa gloire. Il veut

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nécessairement pour lui ^ tout ce qu'il fait passer du néant à Tèire : il est impossible qu*tl veuille que sa ouvrages soient indépendans de lui , et à plus forte raison que riiomme , qu'il a créé à son image , ne lui soit pas soumis. Aussi la Religion est-elle la fin de Thomme. Or, en quoi consiste Tidée précise de la Religion, si ce n^est dans Tassuiettissement de lliomme entier à fauteur de son être r

L^'homme doit donc s'appliquer sans relâche à connoitre et à méditer les volontés de son créateur, pour s y soumettre sans aucune réserve. Gardez vos lois, dit JJieu à tous les hommes : Je suis le Seigneur votre Dieu y Ego Dominas , Deus vester. c Ayez un désir > ardent pour mes paroles ^ aimez-les , et vous y trou- » verez toutes les lumières dont vous avez, besoin. Le Y commencement de la sagesse ^ est le désir sincère » de l'instruction : le désir sincère de l'instruction , est » Tamour de la sagesse : 1 amour de la sagesse, e^t » l'observation de ses lois. L'attention à observer sâ » lois , est l'affermissement de la pariaite pureté de » Tâme*, et cette parfaite pureté approche Thomme » de Dieu.

€ Mon fils , dit le Seigneur à Thomme , n^oubliei » point ma loi ; et que votre cœur garde mes firé- 9 ceptes. Marchez . toujours en ma présence; pens^'z 9 à moi dans toutes vos voies, consultez-moi dam » toutes vos entreprises , et je conduirai moi^^méme » vos pas. Ne soyez point sage à vos propres yeux j » gardez mes paroles^ faites-vous, dans votre cœur, » un trésor de mes préceptes. Mon fils, donues*moi » votre cœur, et que vos yeux s^attachent à mes » votes. »

C^est afin que nous ne perdions jamais de vue ces grandes instructions , que l'Esprit saint uous exhorte sans cesse c d^écouter la sagesse , et d'ouvrir les oreilles » de notre cœur pour Tentendre ] de la ch'ercbcr , » comme les avares cherchent l'argent et les trésors

cachés

Des Lof$* 497

f cachés de la terre ^ d'eu faire noire bien^ notre hé-r

> ritage, notre trésor ^ de trairailler à acquérir la pru-r

> dencC) aux dépens de tout ce que nous pouvons » posséder. »

Cesl pour nous apprendre où nous trouverons les lumières dont nous avons besoin dans le chemin qui doit nous conduire à notre dernière fin, que PEsprit aint^ après nous avoir dit d'embrasser la discipUne., de désirer Tinstruction, la science d'agir, le règlement de la vie') nous parle du bonheur de celui «qgi veilla tous Jes jours à Feutrée de la ipaison de la sagesse, et qui se tient à sa porte* Sagesse qui est en Dieu de toute éternité* C'e;>i elle qui enseigne la tempérance, la prudeuce^ta justice, la force et lescbose;s du monde les plus utiles à Thomme dans cette vie» Elle enseigne la science de Dieu, ell^esi la direc-« trice de ses ouvrages, la consolation de l'hommie dans les ennuis et les peines de la vie» Dieu n'aime que celui qui est avec elle. Elle est nécessaire pour redresser les sentiers de ceux qui vivent sur la terre, et pour apprendre ce qui est agréable a Diea^ san^ elle on est dans Tignorance du bien^ c'est d'elle que viennent le conseil et IVq^ité) elle a la scieqce et rintelligepce de toutes choses ^ ses voies sont belles., tous ses seqtiers sont pleins de paix. ». € La sagesse n^est amère qu^aiix indociles, aux in-* sensés dont ^imprudence est toujours errante et les conduit au hasard ; qui marchent après légers pen^ sées, qui veulent faire la volonté de leurs pensées, accomplir les désirs déréglés de leur cœur , vivre selon leurs passions^ s'abandonner aux égaremens de leur esprit* » Aussi les voit-on «haïr 1 instruction., abandonner le chemin droit, marcher par des voie» ténébreuses, se réjouir, lorsqu'ils ont fait le mal , triompher dans les choses les plus crin^inelles} en un mot, toutes leurs voies sont infâmes. » 4 Malheur à ceux qui ont quitté les voies^ droite^, Tome Ilh 1 i

J^qS Des Lois.

» et qui se sont détournes dans des routes égarées. Et

» que feront^^ils , lorsque le Seigneur commencera i

» examiner toutes choses, et qu'il leur fera rendre

» compte de leurs œuvres. »

Enfans des hommes , dit le Seigneur à tons ceux qui refusent de consulter sa loi et de s^en remplir,

€ eufans des hommes , jusqu^à quand aurez-vous le

» cœur pesant f pourquoi aimez-vous la vanité, et

» cherchez-vous le mensonge? Oenfans ! jusqu'à quand

9 aimerez- vous Tenfance F jusqu'à quand , insensés ,

> désirei ez vous ce qui vous est pernicieuxf Impr udens,

> jusqu'à quand haïrez- vous et rejelterez-vous la

> science ? Gonvertisiiez-vous, par les remontrances que » je vous fais. Que si vous ne voulez point écouter » mes pairoles^si vous ne me regardez pas, lorsque je

> vous tendrai la main , si vous méprisez tous mes

> conseils, si vous négligez mes leçons^ je rirai aussi » à votre mort, et je vous insulterai, lorsque ce que » vous craignez vous sera arrivé.Lorsque la mort fondra » sur vous comme une tempête, et que vous vous » trouverez surpris par les maux les plus pressans, » vous m^'invoqnerez , et je ne vous écouterai point; » vous me chercherez, et vous ne me trouverez poiut. » Je me cacherai à vous , parce que vous ne vous se- » rez point soumis à mes conseils, et que vous n^au- '9 rez eu que du mépris pour toutes mes instructions.

> Yous mangerez le fruit de vos voies \ vous porierei » la peine due à votre mauvaise conduite , et vous se-

> rez rassasiés du fruit de vos idées pleines de folie. > Apprenez donc, dit a tous les hommes la Sagesse

éternelle, apprenez à embrasser la discipline^ à recevoir avec docilité les iu2»tructions de ma doctrine* Soumettez'^vous à la prudence de mes leçons. Instruisez-vous de ma loi* Sachez que Végarement de ceux 'qui auront de Taversion pour elle, les perdra pour toujours ^ et que ceuk qui m^écouteront , reposeront en

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assurance , et jouiront de V abondance de mes bienSy saris craindre aucun mal.

Heureux ceux qui règlent toutes leurs démarches selon la loi du Seigneur! Heureux ceux qui s^appliqueut à connoiire. ses volontés^ et qui n'ont d'ardeur que pour lui plaire! Heureux ceux qui ne se soutiennent et ne se consolent que par la méditation de la loi de DieU) qui eu admirent continuélleuient la beauté, la justice et la sainteté^ qui y trouvent leur bonheur, leur trésor, leurs délices^ qui la chérissent comme la source de Tinaocence, du salut et de la vie; pour qui elle est la lumière qui les éclaire sur tous leurs devoirs, et qui les empêche de s'égarer, la force et la sûre/é contre les scandales de ce monde , et contre les ennemis de leur salut !

Elle n'ordonne rien, cette divine loi, qui ne soit conforme aux véritables intérêts de Thommc, rien ne convenant mieux à la créature raisonnable, que toutes les vertus quVUe recommande et qu'elle prescrit. Loi de Dieu, qui nous fait trouver ici-bas notre bonheur, dans le devoir et dans la règle. Loi dont tous les préceptes, bien médités, nous font sentir le rapport uécessaire quils ont avec le cœur de lliomme, dont toutes les règles ne renferment que les remèdes de nos maux.

Qu'elle est admirable, cette loi sainte! c'est elle qui éclaircit toutes les lois de la nature^ en les interprétant selon toute leur pureté, ea renversant toutes les erreurs dont l'ignorance, le libertinage et Tirré— lijfion des hommes ont toujours voulu les obscurcir. C'est elle qui autorise toutes les lois humaines; puisque, outre l'obligation civile et politique de les garder, elle y en ajoute une de conscience, qui est inviolable et qui subsiste toujours; puisqu'elle fait respecter les supérieurs légitimes , non pas en qualité d'hommes , mais comme les ministres de Dieu; puisqu^eUe maintient leur autorité, uou-seulemeni quand ils sont chrétiens et fidèles, mais quand ils ser oient païens et ido-«

5oo Des Lois.

làires; non-seulement quand ib sont vertueux et parfaits , mais quand ils seroieut remplis même de vica; non - seulement quand ils sont doux et favorables , mais quand ils seroient emportés et âcheux. Enfin , ceue divine loi détruit généralement toutes les lois du péché ^ dont le nombre étant in6ni, sa gloire parircutière est qu*il n'y en a pas une qu^elIe ne réprouve et quVIle ne condamne; frappant d^anathfme riujustice, en quelque sujet qu'elle paroisse; ne tes* pectant en cela ni rang, ni qualité^ u^ajant égard oi à cogtume, ni à possession^- ne s'accommodant ni i foiblesse, ni k intérêt; ne cédant pas même a la plos pressante de toutes les nécessités , qui seroil celle de mourir : ne moriendi quidem neoessitaîi disciplina nostra connivet , dh Tertullien.

Loi du Seigneur, loi pure et sans tache ; elle ravit tous ceux qui la contemplent ; elle ^t fidèle en ses promesses ; e//e donne la sagesse aux plus simples; elle nous trace le droit chemin du bonheur y elle bannit la fristesse de nos cœurs f elle dissipe les ténèbres de nos esprits. La loi du Seigneur est sainte^ elle ne s^ altérer a jamais } elle est Juste ^ et elle se fustifie elle-même (Ps. i8,). Elle est sainte, d^une sainteté solide, qui attaqite le vice jusques dans ses principes les plus éloignés, et qui établit la vertu sur des fondemens stables et ûiébraoJables, Loi sainte, d^uoe sainteté agissante , qui ne s'en tient ni aux sentiroens, ni aux paroles, mais qui demande des œuvres. Loi sainte , d'utie sainteté universelle , qui ne laisse pas échapper un point de ce qu^elle ordonne; parce qn'il ne (àut, selon elle, que la! trangression d'un seul poiot, pour tious rendre criminels et dign^ d\ine éternelle réprobation. Loi sainte, d'une sainteté sage, qui n'exige rien que d'équitable, que déraisonnable, que de praticable, tioi sainte, d'une sainteté courageuse, que les difhcultés n'arrêtent point, que les contradictions n^branlent point, que les plus grands sacrifiées n'étonnest point.- Loi sainte , d'une sainteté patiente^ qui, daoi

Des Loi^ Soi

les douleurs les plus sensibles, dans les injures les plus

I)iqaaDtes, dans les accidens les plus fâcheux, aans es disgrâces et les adversités de la vie , se soutient contre les murmures des sens, contre les saillies delà colère , contre les emportemens de la vengeance, contre 1 affliction du cœur -et labâKlement de Tesprit. Loi sainte, d'une sainteté religieuse envers Dieu; soumise à Dieu, zélée pour la gloire de Dieu , douce et affable à Tégard du prochain, ppévenante et bienfaisante; toujours attentive sur elle-même, sévère pour elle-même, dé^ gagée de toutes les vues de la chair,; au-dessus de tout intérêt , de toute fortune; au*dessus de toute am« bition , de toute réputation , de toute considération humaine; indépendante des caprices et des humeurs, des aridités et des sécheresses , des ennuis et des dégoûts; fixe et immuable dans le devoir, parce que c'est le devoir; et invariablement adonnée au bien « parce que cW le bien , et qu'on doit le chercher en tout« Enfin , la première loi faite pour Fbomme , étant celle qui lui commande la recherche du souverain bien, où il doit trouver sa vie et sa béatitude , il faut nécessairement en conclure, que Dieu seul peut être le principe et la r^gle de tous les devoirs de Thomme.

Or, quelle idée nous formerions-nous de sa sagesse, s'il ne nous avoit point donné de règle fixe à laquelle nous dussions nous conformer fSeroit-il digne de lui, de nous livrer à Tincertitude dans les devoirs que nous avons à remplir pour lui plaire f Seroit-il devenu le Dieu de Finconstance; lui , dont le premier caractère est de n'être sujet à aucun changement, à aucune vicissitude f Gomment subsisteroit en lui cette règle immuable de la Justice, cette sagesse souveraine, qui fait tout avec ordre, et qui nous prescrit des obligations proportionnées aux situations ou sa providence nous a placés dans la vie; cette loi,qui veut que tout se rapporte à la fin pour laquelle il nops a crées, et que rien ne Veu éloigne dans nos afleciious et dans nos œuvres.

li 3

5o9 Des Lois.

Qnel est donc le premier des devoirs que Dieu impose à rhommeP P^ous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur^ de toute votre âme^ de tout votre esprit^ de toutes vos forces. (7est*là le grand et le premier commandement.

Nous sommes obliges d'aimer Dieu ^ parce qu il est notre Dieu, le premier Etre, le souverain bien, le prio' cipe et la source à% tout bien, par conséquent seul ai' mable à caase de lui même, et le seul qui mérite d eire innniment aimé. Nous sommes obligés d'aimer Dieo, parce que c'est lui qui nous a créés ^ nous sommes ses eufans, nous sommes son peuple. // nous a aimés U premier: il ne cesse point de nous combler de bienfaits; et, quelque amour que nous lui témoignions , doos ne répondrons jamais que très-foiblement & tout ce qu'il a fait, et fait encore tous les jours pour nous. Nous sommes obligés d'aimer Dieu, dont la bonté pour nous est d'autant plus digne de nos hommages et de notre reconnoissance , qu'ayant droit, par la souveraineté de son empire sur nous, de nous commander tout ce qu'il lui plaira , il se contente de nous ordonner de l'aimer.

Dieu veut être aimé seul, parce qu^il est seul le bien de l'homme. Il exige que nous Taimions du fond du cœur, ou d'un amour véritable , sincère , solide , et qui, demeurant dans l'âme par une tendre affection, se répande au dehors par les effets, dans toute la conduite de notre vie. Car celui qui n'aime Dieu que de la bouche, et non du coeur, est un menteur et un h\pocrile: celui qui aime Dieu du cœur, et qui n'agit point ou ne fait rien pour lui, est un lâche qui lient la vérité captive sous une injuste servitude: celniquf, en agissant pour Dieu, n^agit que des maios et non du cœur, en faisant, sans affection pour Dieu, ceqoc Dieu lui commande, et qu'il ne feroit pas s'il necrai' gnoit le châtiment, est on vil esclave de la crainte ïervile.

Pour aimer Dieu, il faut lui obéir, marcher dans

Des Lots. 5o3

sês voies , observer ses préceptes et ses ordonnances^ être docile à sa voix^ lui demeurer attaché comme étant notre vie. Quiconque dit quil connoit Dieu j et ne garde pas ses commandemens^est un menteur^ et la vérité n^est point en lui. Mais si quelqu'un garde sa parole , il possède en soi véritablement et parfaitement la charité de Dieu ; et cest par ou, nous connoissons que nous sommes en lui.

Or^ la volonté de Dieu est^ que nous soyons saints^ parce quil est saint. Il veut que nous évitions le mal^ et que uous /assions le bien. Il nous défend dé nous conformer au siècle présent , dans les sentimens, dans les coutumes, dans les manières, dans les principes de nos actions. Il nous deTend de suivre les désirs déréglés^ comme /ont les païens y qui ne con^ noissent pas Dieu. Il veut que nous soyons trans^ formés en des hommes tout nouveaux, /7£7r/e renouvellement de notre esprit ^ que nous soj^ons sans cesse occupés à étudier sa volonté \ à connoître^ à discer-' ner ce au* il désire de nous , de bon , d'agréable et de parfait. îll nous ordonne de nous acquitter dé tous nos dev oirs , avec une promptitude qui bannisse la lâcheté ; de conserver la ferveur de F esprit ; de nous souvenir toujours q;ie c'est le Seigneur que nous servons f d'être eoutinuellemeut dans la /oie que nous inspire l'espérance chrétienne j de souffHr les maux avec patience ; àe persévérer dans la prière ^ en un mot de faire servir tout ce que nous avons, et tout ce q'ie nous sommes, à la piété et à la justice.

Nous ne devons donc point chercher d'autre vie ni d'autre félicité que Dieu même. Il ny a que lui qui puisse être le principe de la vertu, et qui en puisse être la récompense. Tl ne nous commande que d'être b;ureux, en nous commandant de nous attacher à lui|' et tous ses préceptes, qui nous défendent tant de choses, se réduisent tous à la défense qu^'I nous a faite de nous. rendre misérables : car nous le serons, si nous sommes

5o4 Des Lois.

injustes. Cest pour noire intérêt^ que Dieu est jaloux de notre cœur, et qu'il ne veut point de rival

Nous aurons lieu , dans la suite ^ d expliquer plus en d(((aii et plus amplement les devoirs que nous im« posé le précepte de l'amour de Dieu.

C'est cetie première loi, P^ous aimerez le Seigneur n)otre Dieu^ qui est le fondement et le premier priocipe d^ toutes les autres. Elle est commune à tous les hommes, elle les regarde, elle les oblige tous ^ et au* cun d'eux ne peut se soustraire à sa souveraioe autorité, puisque Dieu les a tous crë^s, et tous faits ponr lui

A cette première loi , Dieu eu a ajouté une seconde qui oblige tous les homme<i â s'aimer et à s'unir entr^eux : yous aimerez^ nous dit le Seigneur ^ votre prochain comme uous-mêmei

C'est l'esprit de ces deux lois de l'amour de Dieu et de l'atuour du (prochain, qui doit être la règle de toai les devoirs de l'homme, et la source de toutes les lois. . Le Seigneur, destinatu tous les hommes à être utiis dans la possession d^uu bien unique, qui est leur commune félicité, et à y être unis si étroitement, quils lie seront quun en Dieu^ a voulu faire dépendre tu partie cetfe dernière union qui doit faire leur béatitude dans le ciel , dfi bon usage qe celle qui doit former sur la terre leur société.

Tous Içs hommes sont membres les uns des autres; ce qui doit leur apprendre à se secourir mutnelleœeut, et à s'unir étroitement par les liens d'une intime amitié. L'œil ne dit pas à la main,/e n ai pas besoin de vous, La tête ne dit point aux pieds , je puis me passer de <vous :au contraire , les membres du corps s'inte'ressfot les uns pour les antres ; lorsqu'un d'entr'eux souffre, tou« les autes souffrent avec lui ; et lorsque quelqu'un est honoré , tous son réjouissent avec lui. Voilà, seloa saint Paul^ le modèle de l'union qui doit être entre tous les hommes. Cet exemple, conclut ce grand apôtre,

doit servir de règle aux dispositions ou nous devooi

Drs Lois. 5o5.

tire k Tegard du prochain. Noas devons avoir pour hii une affection et une tendresse vraiment yr^zfer** neUe^ une estime qui nous porte i le prévenir ^ par tous tes témoignages d'Aonneuretde dëfërence qui dépendent de nous.

Amour du prochain, amour universel , qui sait qu'il suffit d'être homme , pour avoir droit d'être aimé ^ et De peut admettre l'exception qui permet de bair ses ennemis \ qui pHe pour ceux qui le persécutent et qui le calomnient ; qui fait du bien à ceux qui le bais^ sent^ qui ne rend point le mal pour le mal; qui proscrit tout ressentiment } qui est disposé k souffrir de nouvelles insultes, plutôt que de se venger j qui sait mettrt tout en œuvre pour se réconcilier , lorsque quelquun n quelque chose contre lui.. Amour du prochain, amour tendre et sincère , qui regarde tous les hommes comme ses frères^ qui resserre, autant qu'il peut, les liens qui Punissent avec eux ; qui travaille ai^ec soin à conserver V unité dun même esprit , par le lien de la paix. Amour doux et patient , qui vit en paix , autant qùHl est en lui^ avec tous les hommes y qui tolère tout^ qui supporte tout ; qui ne juge ni ne condamne personne; qui ne soupçonne point le mal; qui ne se réjouit point de l'injustice^ mais qui se platt dans la vérité. Amour du prochain, amour juste et équitable , qui rend à ehacun ce qui lui est dû; qui ne. cherche point son intérêt. kmow compatissant, qui sait excuser les foiblesses de ses frères. Amour bienfaisant, toujours prêt à faire du bien à tout le monde. Amour généreux, toujours disposé à donner sa vie pour ses frères.

Saint Paul nous enseigne encore, sur les devoirs extérieurs à IVgard du prochain, qu'ils doivent être diversifiés selon les états où le prochain se trouve : s'il est à^iti^ la nécessité ^ nous devons le soulager ; s'il est étranger , et privé de tout secours , nous lui devons ïbospiialité; s'il nous est contraire,, jusqu'à nous/^er-

5o6 Des Lois.

sécuter^ nous defvons éviter toute imprécation ^ nous garder de le maudire^ et ne penser au contraire qu'à le bénir ^ en lui souhaitant toute aorie de bonheur*, s'il est da.us la foie ou dans les pleurs ^ nous devons partager se^ dispositions avec lui, par noe disposition semblable de joie ou de tristesse. Saint Paul ajoute, comme une suite du même devoir, Tobh'gation d'être tous unis les uns avec les autres^ dans les mêmes sentimens et les mêmes affections , ne nous élevant point avec arrogance , mais nous accommodant aux petits. Si le prochain est témoin de nos actions , nous devons Yédijier par nos bons exemples, et ne donner aucun lieu de scandale à personne. Si nous avons quel-

aiie différend k démêler avec lui, nous devons le faire ans un esprit de paix^ et la conserver^ quand cela se peut. S'il en use mal avec nous, nous devons éloigner toute idée et tout sentiment de vengeance, bissant à la justice divine le soin de faire justice à tQut le monde, et de tirer des crimes de ceu^ qui nous offensent, la vcnjgeance que Dieu s^est réservée. La seule vengeance, permise à des chrétiens, est celle que les âmes humbles et douces, simples et innocentes, connoissent uniquement : de donner à manger à son ennemi , 5'iï fl faim; et s'il a soif^ de lui donner à boire. Enfin, loin de nous laisser vaincre par le mal^ nous devons vaincre le mal par le bien.

Nous aurons lieu, dans la suite, d'expliquer plus en détail , les devoirs que la charité impose à rhomme à regard de son prochain.

Nous observerons seulement ici en général, que, sans la charité* il est impossible de ne pas rompre les liens qui doivent unir les hommes les uns aux autres sur la terre. Nous Tavons déjà remarqué, l^s hommes sont faits pour la société. Dieu qui les y a destinés ici-bas , en la leur rendant nécessaire par mille besoins réciproques, imprima dans leur.cœnr toutes les affections qui pouvoient la leur rendre chère. IH^

Des Lois. Soj

fit naître tousdti même père, et voulut que le souvenir de cette origine commune, leur inspirât toute la tendresse de sentimens que la proximité du sang donne, et tons les égards qu^on a pour ce qu^on aime. Avec ces dispositions , les hommes vivroient toujours dans une parfaite intelligence ^ on les verroic toujours prêts i se prévenir mutuellement, à s'aider, à se servir, i se donner des preuves de leur attention continuelle pour éviter ce qui pourroit blesser Tordre de la société.

£n desiinant les hommes à la société , Dieu a formé plusieurs autres liens qui les y engagent encore^ Les liaisons générales qu^iî a établies entre tous les hommes , par leur nature et par leur destination à une même fin dernière, sous les mêmes lois, sont communes à tout le genre humain ^ mais comme elles ne forment pas pour chaque homme, les rela-^ tions singulières qui l'engagent aux uns plutôt qu^aux autres, le Seigneur a ajouté à ces liaisons générales et communes à tous , certains engagemens particuliers de diverses sortes, par lesquels il unît les hommes de plus près entr'eux, et détermine à chacun quels sont les devoirs quil doit remplir à Tégard de ceux à qui ces engagemens le lient; devoirs personnels dont il ne pourroit s'acquitter envers tous les hommes. De sorte que ces engagemens sont à chacun, comme des lois particulières qui lui marquent ce que Famour du prochain exige de lui ; et qui par conséquent règlent plus précbément ses devoirs.

Oo distingue plusieurs sortes d'engagemens que peuvent contracter les hommes: mais comme cette matière nous méneroit trop loin , nous renvoyons ceux qui voudroient s'en instruire, à la lecture des ouvrages des jurisconsultes qui en ont le mieux traité. Il nous suffit de remarquer ici , que les différens engagemens par lesquels Dieu a formé Tordre de la société des hommes, doivent être considérés comme les foudemens des diverses règles de ce que la justice et

Jfo8 Dïs Lois.

Véquitft exîgeiit de chaque homme) seloa les iieos parlieuliers qu il a contractés.

On voit ainsi ^ que tous les engagemens établis entre les hommes ) sont comme des moyens de pratiquer lamour mutuel qu^ils se doivent , et que tous les dif- ÀSrens devoirs que prescrivent ces engagemens ^ ne sont tutre chose qiie les divers effets que doit produire cet amour ^ suivant les conjonctures et les circonstances. . Le commandement d'aimer son prochain, doit donc être le principe de toutes les règles des engagemens que les hommes contractent entr^eox^ et Tesprit de ces règles n^est autre chose que Tordre de Tamour qne les hommes se doivent réciproquement. Ainsi, les régies qui ordonnent de rendre à chacun ce qui loi appartient , de ne faire tort à personne , de garder toujours la fidélité dans ses engagemens , et antres semblables, n'ordonnent que la pratique de Tamour mutpel que les hommes se doivent : car aimer, c'est vouloir faire da bien : et Ton n'aime point ceux à qui Ton fait quelque tort, ni ceux auxquels on n'est pas fidèle.

C'est ainsi que la secondeloi commande aux hommes de s'aimer. Car l'esprit de cetie loi n'est pas d'obliger chacun d'avoir , pour tous les autres hommes, ceue inclination qu'attirent les qualités qui rendent aimable: Tamour qu'elle ordonne ^ consiste à ne vouloir aux autres et k ne leur faire aucun mal \ à désirer sincèrement leur vrai bien, et à le leur procurer autant qu'on le peut. Ce commandement est indépendant do mérite de ceux qu'on doit aimer, et il n'excepte qui que ce soit; il oblige d'aimer ceux qui sont les moins aimables, et qui nous haïssent: car la loi qu'ils violent subsiste pour' nous, et bous devons souhaiter leur vrai bien , et le leur procurer , autant par l'espérance de les ramener i leur devoir , que pour ne pas violer le nôtre.

Ces réflexions serviront à faire voir que, comnaa x'est la loi de l'amouff du prochain qui e^ le P^^"

Des Lois. 5o^

cipe de toutes celles qui regardent les engageinebs que Jes hommes contractent enir'eux , ce n^esi pas assez de savoir, comme savent les nations les plus barbares^ quM raut rendre à chacun ce qui lui appartient, quHt ne faut faire tort à personne , qu'il faut être sincère et fidèle dans ses engagemens et autres règles semblables^^ mais il faut de plus considérer Tesprit de ces règles, et la source de leur vërilè dans la seconde loi , afin de leur donner toute l'étendue qu'elles doivent avoir. Car on voit souvent que, faote de ce principe, certains juges ne regardant ces règles que comme des lois poli^ tiques , sans en pénétrer Tesprit qui oblige à \\x%e justice puis abondante , ne leur donnent pas leur juste éten«du^e , et tolèrent des infidélités et des injustices qu'ils réprimeroient , si l'espr^ de la seconde loi étoit leur principe.

C'est dans ces maximes dont la vérité est incontestable, qu'ont été puisées les règles suivantes :

!• Que tout homme étant membre du corps de la société 9 chacun doit y remplir ses devoirs et ses fonctions, selon qu'il y est obligé par le rang qu'il y occupe, et par s^s autres engagemens. D'où il s'ensuit , que chacun doit regarder ses engagemens, comme des lois qui lui sont. propres.

là. Que chaque particulier étant lié à ce corps de La société dont il est membre , ne doit rien entreprendra

JQÎ en blesse l'ordre : ce qui renferme l'engagement e la soumission et de l'obéissance due aux puissances que Dieu a établies pour maintenir cet ordre.

3* Que l'engagement de chaque particulier envers Tordre de la société dont il fait partie , l'oblige non^ seulement à ne rien faire à legard des autres qui blesse cet ordre , mais encore à se contenir dans son rang^ d^ telle manière qu'il ne fasse aucun mauvais usage , ui de soi-même, ni de ce qui est à lui : car il est dans U la société y ce qu'est un membre dans le corps. Ainsi eeux qui, sans fidre t^rt à d'autres, tombent dans quei«-

5fo Des Lois.

que dérèglement -qui offense le public , soit en leun personnes 9 ou sur leurs biens ^ comme font ceux qui se désespèrent, ceux qui blaspbèment ou qai jurent ,

«gue ' - -

mes

qui ment punis par les lois civiles, selon la qualité du dérèglement. Expeditenim Reipubliccoj dit Je droit ^ ne sud re quis malè utaiur.

4* Que, dans tous les engagemens de personne à personne, soit volontaires, ou involontaires, qui peuvent être àiatière des lois civiles, on se doit réciproquement de faire atix autres ce que nous voudrions qu^Ls fissent pour nous, et de ne faire à personne, ce que nous ne voudrions pas que d^autrcs nous fissent. Ce qui comprend la règle de ne taire tort à personne, et de rendre à chacun ce qtii lui appàjriient.

5. Que, dans les engagemens volontaires et mutuels, ceux qui traitent ensemble se doivent la sincérité pour se faire entendre réciproquement à quoi ils s^engageut, la fidélité pour Pexécuter , et tout ce que peuvent demander les suites des engagemens oit ils sont entrés. Ainsi le vendeur doit déclarer sincèrement les qualités de la chose qu'il vend , il doit la conserver jusqu'à ce qu'il la délivre, et il doit la garantir après qu'il Ta délivrée.

6. Que, dans les engagemens même qui ne sont pas «volontaires, l'obligation est proportionnée à la nature

et aux suites de l'engagement, soit quUI consiste à faire, 'OU à donner, ou à une autre sorte d'obligation. Ainsi) le tuteur est obligé à la conduite de la personne et à • l'administration des biens de For phel in qui est sous sa charge-, et à tout ce que cette conduite et cette administration rendent nécessaire. Ainsi, celui qui est revêtu d'une charge publique, quoique contre son gré, doit s'en acquitter. Ainsi ceux qui, sans convention, se troitvent avoir quelque chose' de commun ensemble]

Des Lom. 5ii

comme des cohéritiers et autres, se doivent récipro— quMient ce que leurs engagemens demandent.

7. Qu'en toute sorte d*engageroens, soit volontaires ou involontaires , il est défenou d'user dinfidelité, de duplicité, de dol, de mauvaise foi, et de toute autre manière de nuire et de faire tort.

8. Que tout ce qui regarde Tordre de la société, impose, à chacun des particuliers qui en sont membres, uu engagement de ce que cet ordre demande de lui; et il peut y être obligé par lautorité de .la justice, s'il refuse dy satisfaire. Ainsi, Ton contraint aux charges publiques, dans les villes et autres lieux, ceux qui sont appelés aux fonctions d'échevius, de consuls, et d'autres semblables charges ou commissions. Ainsi, l'on oblige ceux qui sont appelés à «ne tnielle , à l'accepter et à s^en acquitter. Ainsi, Ton contraint les parti-ctiliers à vendre ce qu'ifs se trouvent avoir de nécessaire pour l'usage du public. Ainsi, l'on exige justement des particuliers les tributs et les impositions pour les charges publiques.

9. Que les engagemens volontaires entre les particuliers , devant être proportionnés aux difFéreus besoins qui leur en rendent Tusage nécessaire, il est libre à toutes personnes, capables de contracter des engagemens^ de se lier par toutes sortes de conventions, comme bon leur semble^ et de les diversifier selon les diiFérences des affaires , de quelque nature qu'elles soient, et selon la diversité infinie des combinaisons qu'amènent les circonstances; pourvu seulement , que la convention n'ait rien de contraire à la règle qui suit.

10. Que tout engagement n'est licite qu'à proportion qu'il est conforme à Tordre de la société 1^ et que ceux qui blessent cet ordre, sont illicites et punissables, a proportion qu'ils y sont opposés. Aiiisi , lés* emplois contraires à cet ordre , sont des engagemens cri^ xuinels. Ainsi, les promesses et les conventions qui

Si 3 D£s Lois.

violent les lois ou les bonnes mœurt^ n-obligmla rieo^ et n'ont de force que pour mériter des peines k ctnx qui ont formé de pareils engagcmens.

De ces règles générales dépendent une infinité de règles particulières. II suffit de les lire avec atientioD^ pour reconnoilre de quelle importance elles sont à la société^ en assurant, contre les fraudes et Tiniquiié des méchans, les engagemens que contractent les hommes entr^eux.

Quelle paix ne verroit^on pas régner sur la terrC) si tous les hommes travailloient de concert à procurer le bonheur de la société ^ en remplissant avec fidélité les devoir» que leur prescrit la loi d aimer leur prochain comme eux-mêmes !

Quelle paix entr'eux , s'ils étoient toujours prêts à se prévenir mutuellement, à s'aider, à se servir, à se donner des preuves réelles et effectives de tous les seu* limens que doit leur inspirer cet amour !

Mais le dérèglement de lamour-^propre a produit

nne foule de passions qui diviseront toujours les

hommes^ et la discor décentre les frères, qui commença

presque avec le monde , ne finira qu avec lui. Les

hommes sentent, a la vérité, qu^ils sont faits pour les

hommes et qu'ails ne peuvent vivre seuls: ne troiivaai

pas en eux— mêmes toutes leurs ressoiu-ces, ils sont farces

de chercher du secours au dehors. L'intérêt se joint

9u penchant pour les rassembler. Les sociétés se forment^

mais leurs liaisons n'ont souvent rien de réel^ et presque

rien que d^inconstant dans leurs principes et dans leurs

motifs. Ce sont souvent les vices qui s'unissent avec

les vices, et qui ne peuvent compatir. Est-il rare de

voir des hommes qm n^aiment qu'eux-mêmes, qui ne

cherchent que leurs propres avantages , qui ne pensent

qu'à tout envahir? Est-il rare de trouver des hommes

qMi ne s'intéressent point au. bien commun, qui ne

veulent rien faire pour le prochain , qui ne veulent

rien. soMffrir des autres, qui naissent et aétestent la dépendance

Des Lots. -Si 3

pendance et les assujeuûiKmens, /|ui ne peui'entsupponer ni Tégalilé ni les préférences? Ne yoii-îOn jamais que le rang et la fortune devienneat^ eujire les hommes , des semences de jalousie, ^e murmures j de dissensions , de soulèvement et de troubles ?

£n un mot, tandis qu'il y aura des passions , elles causeront totijours Tinquiétude et. le desordre dans le cœur de ceux qu'elles animeront^ et elles troubleront toujours, ceux qui vivront dans leur société. II faut donc absolument des lois qui, ainsi que nous lavons déjà observé ^ servent de frein à ces passions y qui mettent des bornes aux .désirs des hommes , qui règlent leurs intérêts ^ qui distinguent ce qui doit appartenir à chacun, qui les maintiennent tous dans la possessioa tranquille de leurs biens. II faut qu'il y ait des lois qui assurent la paix de la société . en reprenant , en punissant les . criminelles entreprises , les injustices, les violences et laudace de ceux qui veulent blesser et renverser Tordre de cette société .-/iic^a? sUntlegesj ut^earum metu^humana coërçeatur audùcia^ tuta-que sit inter improbôs innocentia ( dist. 4- cap. i.). Ce sont les lois qui font la sûreté conifnune, elles en* iretiennent la paix dans les familles, elles sont le prin-> cipe de la prospérité des états , çlles établissent. et conservent le bon ordre parmi les hommes. En un mot;, les avantages inestimables que Jrs lois procurent à la société, les ont fait regarder, par les anciens, comme des présens de Dieu même.: omnis lex inçentum et munus Dei est. ( L. 2. ffl de leg. ). Aussi n'y a-t-il point de nation si barbare qu/i n'ait ses Ioi$ : et lesso*ciétés ne sont florissantes, qu'^mtant que leurs lois sont sages et qu'elles sont ûdèlemerit. observées.

Et comment la société humaine pourroit-elle subsister, si chacun pouvoit hbrement suivre son caprice^ ses pcnrhans et ses passions f N'esi-il pas évident que la terre ne scroii ^^lais alors .qu un ihéAjrc de brigau-

2'ome III. ' Kk

Si 4 De^ Lots^

liages ^ de croaut^s^ d^ajustices^ d^abommalïcMU ^ et àexcè» de toute espèce*

Ed effet 9 il est aisé de comprendre que la perversité da cœur de l'homme le rend insociable^ L'homme, dominé par ses passions ^ ne songe qu'à les contenter , âans songer aux autres hommes* Je suiSj dit-^il^ et il ny a que moi sut la terre ( Isaïe , 47* 8* )•

Le langage de Gain se répand partout : est-^e à moi de garder mon frère F osa-t-il répondre à Dieu ( Geru 4* 9' ) ) cW*à-dtre, je n'en ai que faire, ni ne m^en soucie.

Toutes les passions sont insatiables. Le cruel ne se rassasie point de sang {Eccli. i3« i6« )« Vayare ri a jamais assez d^argent ( Eccles. 5. 9. )-

Chacun veut tout pour soir Est-il bien rare de troa^ ver des personnes auxquelles on ne puisse pas faire ce reproche du prophète baie ( C. 5. 8.). Malheur à vous^ (jui^ par une avidité insatiable , /o^nejs maison à maison , qui ajoutez les terres^ aux terres , jusqu'à ce <iue le lieu i^ous manque. Serez^uous donc les seuls qui habiterez sur la terre f et prétendez-vous la pos* séder toute entière T

La jalousie,* si nniverseUe parmi les hommes, fâk voir combien est profonde la malignité de leur cœar. Notre frère ne nous nuit en rien, ne nous ôte rien^ et il nous devient cependant un sujet de haine, seules ment parce que nous le voyons plus heureux , plus in*dustrieux et plus vertueux que nous.^ Abel plait à Diea )>ar des moyens innocens, et Gain ne peut te souffrir. Dieu regarda favorablement Abel et ses présens : ^ ne regarda point Caïn , ni ce quUl lui aidait offert ; et Caïn entra en fureur 0 De là les trahisons et les meur* très : sortons dehors ^ tlit Gain à Abel, allons pto* mener ensemble y et lors qu'ils furent au milieu des champs , Caïn se jeta sm ' son frère Ahel^ et le tua. L'cîxemple de Joseph ventlu par ses frères, eM ^?iicore bien propre à faire voir , îusttu'^" ^^^ pareille passioo peut porter les hommcsr

I)es Lois; Si5

Tant de passions insensées, et tant d^intérêts divers i|ui eu naissent, fout qu'il ny a point de -foi ui de sûreté paroii les hommes^ La corruption est si fraude parmi eux, qu'on s^excite les uus contre les autres ; < ne ûrojez point à votre ami , et ne vous fiez point » à votre guider Donnez-vous de garde de celle qui i dort dans votre sein^ et des enfans qu'elle vous a » donnés* Car le 'fils traite son père avec outrage , la f fille Vélève contre sa mère^ la belle-fille s'élève contre » sa belle-mère ^ et rhomme a pour ennemis ceux de » sa propte maison ( Mich^ 7» 5. 6. ). ^ De Ja vient que les cruautés sont si fréquentes parmi les hommes.

Il oy a rien de pins brutal, ni de plus sanguinaire ^iie rhootme. « Tous dressent des embûches à la vie » de leur frère : un homme va à la chasse après uu ^ autre homme ^ comme il feroit après une bête, pour » en répandre le sang, et pour lui donner la mort ( Mich. Jbid. f'. a )< »

€ Lai médisance, lé taensonge, le meuttre, le vol et > 1 adultère, odt inondé la terre, et le sang a touché t le sang ( Osee^ 4* ^0)* c'est-à-dire, qu'un meurtre en attire un autre.

Ainsi la société humaine , établie par tant de sacrés liens, est violée et détruite par les passions : et, comme dit saiui Augustin^ il ny a rienSÎe plus sociable que thomme par sa nature ; il «y a rien de plus intrai-* table ^ ni de plus insociable que thomme^ par la corruption de son cœur ) jOe Civ. Deié L. 1 3. C 27. ).

Il ne suffît donc pas que les hommes soient unis par les liens de la même société) qu'ils habitent la même contrée ^ qu^ils parlent un même langage* Devenus in-^ traiiables par la violence de leurs passions , et incom-* paiibles par leurs diflPérentes humeurs^ ils ne pourroient vivre en paix^ s'ils n^avoient aucune loi, pour régler leur conduite, et pour décider leurs difFérends et leurs droits.

Cet ordrfi est le frein de la licence. Quand .chacun

Kk a

5i6 Des Lois*

fait ce qu^ll vent , et n^a pour règle que ses désirs, tout va en confasiou. Un lévite viole ce qu'il y a de plus saint dans la loi de Dieu : la cause qu'en donne rÉcrilure, c'est qu'en ce temps— là ilnj avoit point de roi eh Israël^ et que chacun faisait ce qu'il trouvait à propos ( Judic. 17. 6. ).

C'est par Tautoritc des lois , que Tunion est établie parmi les peuples. Elles protègent les foibles contre toutes les entreprises qui tendent à envahir^ et à attenter par la force. Tout' droit doit venir de leur autorité^ et on ne peut regarder comme légitime, ce qu'eltes défendent. Sous leur autorité, chacun est en repos contre Top* pression et la violence ; dans leur antorité , chacun trouve un défendeur invincible , et plus fort sans comparaison ^ que tous ceux qui entreprcndroient de l'opprimer. En un mot, les lois sont « un abri, pour se » ' mettre à couvert du vent et de la tempête ; et un » rocher avancé, sous lequel chacun «se met à fom^ » bre dans une terre sèche et brûlante ( Is. 33. a. 17^ » 1 8. )• > La j usiice établit la paix : il n^ a rien de plus beau que de voir les hommes vivre tranquillement^ de les voir tous en sûreté dans leurs tentes, jouir du repos et de labondance. Yoilà les fruits naturels d^un gouvernement réglé par Tautorité des lots;

De tout cela , il résulte qu'il n y a point de pire état que l'anarchie, c'est-à-dire, l'état où chacun veut vivre à sa fantaisie, et sans aucun respect pour les lois; où il n'y a point de gouvernement ni d'autorité. Là oii tout le monde veut faire cequ^il veut^ nul ne peut faire ce qu'il veut; on il n'y a point de maître, tout le monde est maître ; où tout le monde est maître , tout le monds est esclave.

Tout ce que nous avons dit sur la nécessité des lois, en démontre Tulilité : et comment peut^on en examiner la fm, sans en sentir tous les avantages P La 61^ àcs lois est le bien commun ; c'est sur k modcie de celles qui ont Dieu pour auteur, que toutes les autres doivent

Drs Lois. Sfj

être faites. Or, lès lois diviaés tendent toutes au bien commun ; c eist-là le but de Ja loi naturelle , pro[|ortionnëe à la constitution de notre être, à nos besoins, à Fétat de société où nous nous trouvons dans le monde. Conforme aux désirs légitimes de notre cœur , elle est faite pour nous rendre beureux autant que nous le pouvous êireen cette vie ] et I observation des devoirs qu'elle impose, tend à proa^rer le bonheur public et particulier. Mais, comme ce bonheur ne peut être absolument parfait, Dieu y a ajouté des lois. positives qui ont pour objet le bien général, d'une manière plus sublime et plu9 relevée^ puisque ce n^est pas seulement un bonheur passager ou temporel que leur observation procure aux hommes ^ mais encore une félicité infmie , et la

IiossessioD de Dieu même pendant toute réiernité. Ces ois sont aussi très-avantageuses aux sociétés qui les suivent. Car, quoique la principale intention de Dieu , dans rétablissement de la Religion chrétienne, n'ait éia que d'ouvrir à Thomme le chemin du ciel , il n a pas laissé de la munir des instructions les plus nécessaires au boobeur des . sociétés^ civiles* Une société de vrais chrétiens seroit la plus douce et la plus heuieuse du monde , le siège de la paix et de la concorde , le rè^ne de la' vertu et de la piété. Ceux qui sont dépositaires de raiitonté^ y commanderoient avec une fermeté mêlée de douceur) les sujets y obéiroient avec soumission , le travail y enfretiendroit Tabondance^ en bannissant tous les désordres qui sont les suites de loisiveté ^ I4 charité y ieroit disparoUre la misère et Tindigence^ finjualke «et la licence en seroient bannies. On y verroit ceux qui: composent. cette société, chercher ^ par leur conduite, tout ce qui est vrai^ tout ce qui est chaste^ tOiU ce quifcst juste^ . tout ce qui est saint , tout ce qui peut les^ rendre agréables à Dieu , tout ce qui peut édifier, les hommes ^ tout ce qui est vertueux \ tout ce qui est digne de louange en/ait de bonnes mœurs (Philip/, 4^ 8.).

5i8 Des Iijoi*. ,

Leâ lois des priôccs , à rcxemple âe celles qui mX Dieu pour auieur, doivent aN'oir |>our objet tout ce qui peut faire le bonheur public. Le pouvoir législatif leur a éti' donne pour le bien des peuples souœis à leur •nioriié. Le Seigneur, en les établissant souverains, a voulu qu'ils fussent aussi les pères de leurs sujels. Les législateurs ecclésiastiques, à plus forte raison , dc doivent avoir en vue, dans ce qu'ils prescrivent, que }e bii'n de la société des fidèles.

Quoique les lois doivent avoir plus directement pour objet le bien commun que le bien des particuliers, il en est néanmoins quelques-unes qui parpissent faites en faveur de certaines personnes : telles sont celles qui corcernent les pupilles , les veuves , etc. V-»fis lois ne tendent-pas moins au bien général, qu^on ne pcul procurer qu en prenant soin de toutes les conditions, etenlcorassurauttous les avantages qui leur conviennenr.

Gomme les bommes sont partagés dans un grand nombre de profi'ssiotis différentes^outrieles réglemens communsa tous, il en faut nécessairement de |)arti£aliers à chaque état : le bien général ne peut résulter que du bien dc chaque condition particulière. '

Dans un royaume coin posé de ^lusreurs provinces, qui se conduisent par des Jois dîfierènies j pour qœ ces lois soient censées cdncoWir an bîeii commun, il suffit qu'elles soient miles à h province pour laquelle elles sont faites;, et. qû elles iie dérangent en rien Tordre général de J'éiat; . ; • i i

Errprocnrftnl:,lc bien, génétal <, les lais>fi»nt indircctemcni le bien particuiièr des membres de Au sociéie: car ce qui fait le bien* contmttn >fait égaiemeot le bieo des* particuliers; Ce n'ésl pas quHl n y ail qoelq^ei lois onéreuses À ôertaine^ personne ': roomme sont celles qui prot^oncent des peines, qai imposent des tributs, qui établivÀeni la pre^ri p t ion. Mais ; owW que le bien publi(^ exige q\i ou arrête 1^9 métba'ns par la crainte des peines^ que Ton contribue mxr charg^ publiques (y qu'on porte les propriétaires des bieus à

mi avéïr soin <^omm% iU le iloivçûl^^n ponissant leur négligence ^ ces lois ne procureni pas .moins le bien 4e chaque particulier^

Les peines projioiic^^s contre les.lransgresseurs àes lois , jeuenDent le grand nombre 4&ds le devoir<i La crainte détonner lieu à la prescription^ ^tigage a veiller à la xsoiiser vallon de ce qu'on possède. La portion ^e nos biens que nous donnons pour payejc la tribuis 9 nous assure le resie^ . .

De la Loi éternelle.

jL)jeu^ étant nn iire infiniment sage ^ n*a pu form^ xies créatjjres, ^ans J^iir proposer nne fini et sans. leutf procurer Jes moj^ens nécessaires pour y parvenir. jLl $e suffit ^ lui-même^) il possède Ile toute éternité une gloire cl une béatitude qui xie peut jamais jiî croîir^ m diminuer ; il na pas besoin xle créatures qui ivi rendent bonimage ', leurs adorations «et leurs louange^ ne -peuvent le rendre ni plus grand ni plus heureux^ Mais, dès qu'il iest jdéierminé à les jiirer du néant, il éioit de sa souyeraine iagesse de leur proposer un? fio qui en /ut. digne \ 4^ leur en&eigaer et de leur xlonner tout ce qui 4*oit nécessaire pour parvenir à celte fin# Nous ne ^considérons ici la loi éierneile ^ qu^ par rapport aux créatures spirituelles , intelligentes^ raisonnables, libres, capables .de .discerner et de choisir lebicsn et Iç piàl .Ge que les théologiens en disent^ par rapport aux .créatures privées de raison et d'inicljigencxe , ne peut s'entendre que de ces lois générales j pur lesquelles le S^gnisur a établi , .conduit et règle .ce bel ordre .que nous admirons dans Tunivers, Dieu ayaijt forwé iîcs .créatures pour une certaine fin , les y vconduii par les n^o;ep^ que sa isagesse et sa provideoice j^^iXi les plus convenables. Elles obéissent constamment k

^ lois, ayci; jine jégulariié oui m teur permet pas

Sa& Dès LoisJ,

de ^''ch' «écarter 'jamais; Ce n'^est p9% par choix et arvcc cotitioiésaûce qu'eUes les suiveqt^ 'maîi nécessaireaieoc et par^ine impression à laquelle elle^ ne peuvent se ré^àséh C'est àtôsi' que 'le mouvement s'entretient et ^è cbttirhtinique dsfn^ le niobde. Le isoleil chaque jour fbdruil sk ca^mèr^*, les astres font leurs révolutions de Fa\nanièré H âanilcàteitips 'que Dieu leur a marqués^ lamér résp^cië ksbof hésqU'i'Ilai a prescrileà^ tes Jours se succèdent constamment tés uns aua: autres dans Tordre réglé par sa.toule-4U>is&aiice; le/eu , la grêle y la neige , la glace ^ les tempêtes , obéissent à sa a^oia: : eu un mot ) toutes i^-*créaiures privées de la raison et de Tinielligence exécutent les ordres du Seigneur , p'arcè^ tiiie tout 'est sôtmiis à ses nJoldktés ^ dit le pfÔ^pnète-kVM. Màis' la volonté -du Seigneur nest poiiit^' à l'égard de Gés créatures , une loi, un commao-^ dément ^-doiit 'elles puissent se servir pour diriger leurs acliqii^ pùisqti'elles n'ont ni éntetidementpour connotlre ce (jul' lévht est ordouné^ ni liberté' pOiir sy porter ^ etrt{lt*ëtlës^ sont absolument incapables de le comprendre. • 'Là^'lôi ^éternelle est la sagesse et la v^ité éternelle de Oiieu'. Cette loi étadt Dieu mcme^qui est W raison, ÎWdle et la jbstîcé è!?senli(»lle, ciri'ijni ^ont les idées 'ëlérhëllés et hî^muâbles de totitèe <Çrii e^bôD^ joslc, -ifàisèmif^bte i est ta règle i^uprt'me, primiéivê /originale, 'uritversielte et invariable. Tout ce qui s'a(!corde avec €llef -tout àe qu^ellè commande bu approuve, eslbou: 'tout ce qii'felle cOndanlne ou défend', tout ce qui s'en «carte e^t mauvais, et uW mauvais^ que par* lé défaut de confophiké avec elle, eoti^me- tbùlf ce qiiî est boui B^est bon qab par la conformité ^qu'il* a £<vec cette loi» 'CWt pôui^q^îoi'sliirtt Attjgiisilii dit qwé le péché est une 'action^ au une par^e^'ûWUW déSif '^' CùtHraire à la loi éternelle : et la^tùi^él0t:Hthle\ ^ourtè^t-il, e^t *la soui^ef^aifieraist^n^' ou la ^oloniê^imfàuable Je

Loi cterncUe, àk ailleurs ce saint docteur, qui fail

Des Lois. if ai

quii est juste que chaque chose soit dans son ordre: (juâ justUm est ut ofnnia sint ordinatissima ,• qui ordonne de consen'er Tordre naturel, et quidéféiid de le troubler et de les violer. Toutes les lois humaines pour la police et le goiivernement des états^ toutes les réglés des devoirs et des ibaximes de conduite pro-«-

f)osées aux hommes, ne sont donc vraies, justes et saulaires, qu'autant qu'elles sont conformes à Tordre immuable de la loi éternelle. Cest elle que les le'gis*lateturs doivent consulter, pour savoir ce qu'ils doivent ordontîer et ce qu'ils doivent défendre. Conâitor legumtemporalium^ dit encore saint Augustin, ( Z. dé ver. Relig. c.'ii.) si çir bonus est et sapiens ^ illàm ipsam cùnsulit œternnm (legem ).... ut secundiim eju^ in-^ commutabiles régulas ^ quid sitpro terrtporejubendum 'vetandumq'ue ^ discernât.

De la Loi naturelle*

JuA loi naturelle, dit saint Thomas ( i. a^if. gi.à.a) est une impression de la lumière de Dieu en nous^ 'Une participation de la loi étemelle. Impressia diî>ini luminis th nobis^ participatio legis œternœ in raticmaU cre/T^ttra. Celte loi éternelle, dans le cœur de Thomme^ est commune à tous, aux bons et aux méchans, aux justes et :aux impies. C'est ce que nous enseigiiesaint Paul, Ibrsqu'ecrivant aux Romains*, il parle des gentilk qui se tiennent eux-mêmes lieu de la loi^/aisanù woir <fue Voeuifré «R* la loi est écrite dans leur cœur , et <|'nls s6nt iinstruîls- du bien et du mal , par \e témoin gnagé qiieliUr eh rend leur conscience^ lorsque /ewr* pensées et leurs réflexions lesacct/^enf etlescôndamnent, quahd il^ ibtit' mal^ les défendent et les approuvent^ quand fis fotat^hiétï. hoi naturelle qui enseigne à Thomme les règles de la justice^ qui lui'marque ce que là raison lui dicte et ce'qu'elle Uxl défend de faire* •

Qui a pu^ dit sainl Augustin, écrire cette loi ^am le cœur de îhomine) si ce nest Dieu lui — mèmef Quis scribit in cordibjis homintim /mturalem legem^ nisi JDeui F. 11 dit encore que c'est la vérité qui a écrit cette loi dans nos cœurs, avec ja main de celui qui nous a créés: manu formatoris nostri in ipsis cordibus nostris veritas scripsit* £t elle y est si profoo^ dément gravée, ajoute ailleurs ce saint docteur, que Je désordre mêtne où le .péché a rçdui( rhomme, w J en a point entièrement effacée.

Nous en avons uqe preuve ];>ien convaincante dans les remords de consciepce qui poui'suivent et qui tour^ mentent nuît.et pur après un crime , commis même eu secret et sans aucun témçin. Nous sentons,enlaisaut une mauvaise acûon, oyj^un^ojnsaprès Ta voir faite, que nous agissons ou que nous avons agi contre nos propres principes et nos propres lumières. Eh! qui fait naître en nous ces remords, sinon la loi naturelleP loi gravée dans nos cœurs en caractères ineffaçables ^ loi se* crête, qui condamne le vice et qui commandera vertu; lot que noM^'^ Votons alors, et que nous ne poovoos violer impunément.

^ Que si quelquefois nous avons le cœur assez corfr rompu pour excuser lé mal qme nous commettons, nous sentons qu'il ne.nOMseçt pas pa9sible4e Tapprouver dans. les autres. II. n^est même point d'avantage, ni de

flaisir ^ du nombre de ceux que le crime procure à homme , dont i) n'aimftt mieux jouir d'une manière innooente. Preuve évidente que la conscience réclame toujours iriiérieurement, et qu'elle n'aut4>ri^e jamais le mal q<ue la passion ou l'iatérèt fait commettre. Le^ scélérats euK-m^fttjes, qiielqtfes efforts qu'ils fassent, De peuvent ei^iiièrement étouffer Ja voix de la raison, qui leur découvre lu beauté à^ W vertu ^ et qui leur reproche Jeiirs* désordres. Lç* remords est attaché sa crime : il est ttne pr^ei^ve évidente que le péché est cootraire à la. nature )de l'homme et à son bonheur, et

Des Ijùi%p ji'aB

4*)*îl y 9 .ujttc, loi intérieure et nalureHe qui le lui défeod.

Mais peut-être qoe )e préjugé d'une édueation cfarétienne faîi naître ces remords après un crime cocdmîs? Si cela étoit, de quel poids auroient été y pour des païens^ les preuves d^un saint Justin dans son ap6" iogie ; d^un saint Qétnent d'Alexandrie (Lib.. ^•); d un Origène ( Lib* 5. ci 6, contra CeUum. ) ; et d'un Ëusèbe ( Lib. 3. de prcffp. Evang, c. i. ) si ces idolâtres n'avoient pas trouvé dans leur cœur^ la vérité que ces Pères vouloient leur montrer P

Il n'est pas nécessaire, dit saint Ghrysost6me ( ^om. 13. ad pop. Antioch. ), de nous apprendre que la fornication est un péché , et la continence, une vertu. Auisi Moise s'est-il contenté de dire : non mœcha-^ berisy non occides. Et pourquoi > continue ce Père^ celui qui a dit : ^ous ne tuerez point ^ n'a-t-il pas ajouté, ^arce que le meurtre est un mâ//^ C'est, dit-il, que notr^e conscience nous Tapprend, dès que notre raison se développe ^ et que cette loi positive s'a-^ dresse à des gens déjà instruits par une autre loi in* térîcure. Çuarà igitur qui dixit , non occides , non addidit^ qùod msAutn ^ cœdesp quoniani prœveniens conscient ia nos hœc docuit , et tanqtfàm scientibus €t intelligent ibus ilà loquitun

< La loi naturelle n'est appelée de ce nom , dit satm

> Ambroîlse ( Epist. 4 > * ) ) ^^'^ parce que, naissant avec » nous , non scribitur^ sed innascitur^ nous n'avons

> pas besoiti de l'apprendre de nos parens ni de nos « maîtres, ou par la lecture des livres^ la raisot) nous

> en donne la connoissance : les passions ne peuvent

> étouffer sa voix ; elle dit à tous les hommes te

> qu'elle défend ». Pourquoi les impies^ A\i saint Augustin ( Lih. 1 4. de Triiiit. C. 1 5. ) , ne peu^ent^ ils s'empêcher de louer les gens 'de bien, et de bléwer les méchans F sinon parce que les lumières de

$ai J)%s Lois.

liji rais0n leur font çovnoitre.les règles que les hommes doivent suivre pour remplir leurs devoirs.

Elles .$ODt «crîles en caractères trop lisibles ^ ces règles,

pour ne pas les apercevoir ^ M .Ihoaiiiie n'avoit pas

vies yeux< ipalades* Mais les seD9 , les pre^pigës , et roilie

.autres causes ^ produi3eKit de fàgsses lueurs qui lui fout

;^oir souvent dans :celié loi ce qui n'y est pas : et oe

reconnçUron pas tous Us jours que les passions formeut

^11 0M^ge.fpais q^qi jdérpbe la vue de ses pre'cepte:^

les plusimportans^ ou quj, laissant voir le précepte

en général ^ aveugle 3ut l'application qu'on en doit

. iàirA dans les -occasions parliculièresf N'en avons-nous

pas iin .{exemple, bien -sensible ^ dao$ les législateurs

.de raattquitéi^ qui, parmi des lois admirables^ en oot

.Jfitssé d'autres <\\\\ vÎQlent et qui détruisent les principes

de, {a, loi iial;UJiil|e P

. • L'expérience, que :j30us. faisons cpiitinueJlemcDt de .1^ .^f'g*'i%v«ittOB du ço^ur de rh^mpie, nous convainc .i^lle.seula^ qp'il a des lumières assez pures -sur plu* si^ejars points de Ja Ici . naturelle y tant qu'il ne les voit "V^^, "^aos leur généraliic. Il adniet.sans peiné toutes ^lesi gra^d^ ) ipa^imes : .par exemple ^ <fuil ne faut poioi faire i^fifP autres ce qm nous' ne voudrions ^asqu^Qn^ nous, fit f qu^on doit rendre à chacun ce qui lui appartient ; être juste et équitable envers tpi^t U mqnd^f reri4re volontiers service au prochaiu , cq^L^e nous désirons qu^on noïis le rende f. être recoftnoissant d^S\\bienfaits reçus} étr^ vrai dans ses ;jf({rQlrs* S'agit— il d'appliquer ces roaiximes dans les oc- ,cas:ionsi pafti^^ulières, aux dépens de son plaisir, cootre v3es int^rê{<|, sron reissentiineiu, sonincliiiation, et pr .Jle §t^ul motifde sQo.devqir ? l'homme ne voit plusricD. ...11 j«,a pjus. I^ plupart des h^mme^ n'observent pas jnéipe ,£idètetpem t'es préceptes de la loi naturelle .qu'ils .CQQn.Qis^ônt le mieux. On les- voit* dgir cootre ;lieurs propres lumières , contre les cris de leur conscience} et démentir par leur conduite, les règles et

Dks Lois/ SaSJ

les maximes les plus certaines , les plus présentes à leur esprit, et dont ils ne penve«t s'empêcher de Tècon— noîire la justice : video meliora ^proboîjue ; détériora setjuor. Belles leçons de vertu dans les discours des philosophes ; vices grossiers et quelquefois abominables daus leurs mœurs. Combien de gens, emportés par la passion ^ conviennent que te qu'ils font est défendu^' le condamnent sans détour ^ quelquefois en gémissam^ en répandant des larmes , ec coiitinuent cependant de faire ce qu'ils condamnent !

G est de la loi naturelle que saint Paul parle, écrivant aux Romains , lorsqu'il leur dit que tous ceua: qui ont péché sans la Ici ( de Moïse ) , périront sanx ( cette ) hi^ parce qu'il y a une loi naturelle, pins ancienne que toutes les lois positives, ei'qui, clans un sens^ eo lient lieu à ceux qui n'en ont point d'autre. Loi écrite dans tous les cœurs, commune à tous les hommes^ reconnue dans tout le monde , dit Tertullien : quœres igitur legrm Dei ^ habens communem istam , m pu-* hlicomundij innaturalibus tabulis. Elle n'a puéckapper à la connoissance desnations les plus barbares. Ecrite dans les cœurs des hommes avec des traits de lumière ^ elle leur a, dans tous les temps, intimé les volontés de TEtre suprême, et enseigné les règles de l'équité: leur conscience les avervit continuellement de sui%'re cette loi intérieure, en les condamnant lorsqu'ils s'en (écartent , et en les approuvant lorsqu'ils s'y conforment. Ea lex^ dit saint Ambroise , non scribitur^ sedinnas^ citur^ nec aliqud percipitur lectione^ sed projluo (juodam naturœ fonte in singulis exprimitur. Aussi voit-^on l'homme même qui vit dans l'impiété, faire quelquefois des actions qui sont le fruit des lumières et des sentimens de droiture et d'f^quttë que le péché n'a pa» entièrement détruits dans son cœur. « L'image * de Dieu , gravée dans Tâme , n'est pas aî>se» eftacéc- > par les affections terrestres, dit saint Augustin dans 2» son livre de TEsprit et de la Lettre , pour qu'il n'y

S^ Des liOi^V

9 en relié pts encore quelques trait#; en aorte quW » peul dire nvéc justice , qu au milieu d'une vie très* 9 impie , il ne laisse pa)i de se trouver quelques bonnes 9 œuvres ^ ou quelques pensées conformes à la loi. »

Enfin j quoiq'n^il}' ait certains' poiùfs de la loi naturelle, d'ailleurs indubitables ^ sur les'queb il y ar des nations entières qur ne paroissent pas asseK édairëes^ notis trouvons partout une notion ^éûétzït du bien et du maly du vice et de la vertu ^ et des traits bien marqués des règles de l'équité ; partoiU on estime la: bonne foi y la reconhoissànce ^ et on déteste fe^ Vtceif coniraires* Si, dans certames circonstances, on perd de vue ces règles et les principes généraux de la loi, naturelle, connus i tous les hommes y c'e^ t qu'aloi^s Tâme^^ toute occupée des objets de ses passions, n^en peut ikiré lapplicaiion aux sujets particuliers qur se présentent y non

{>lus que si ces principes et ces règles lui étoieni absoument inconnus. Les préjugés^ la mauvaise éducation ^ la grossièreté y Tignorance, peuvent encoi'e éfôufier, sur certains points^ les lumière^ de la* raisou et les sentimens de Téquité naturelle f mais cette lumière ne s*éteint jamais entièrement ^ jes principes sW conservent toujours dans le cosur \ il ne /but que Fes-dévehopper, en rappelant c^ peuples à eux-mêmes ^ leurs erreurs se dissipent bientôt ^ et cW ce* qui prouve clairement que ces erreunr n'appartiennent point à Tétat naturel de rhommcr

On distingue deux sortes de principes*, ou de préceptes de la loi naturelle : des principes premiers ou fonddmentaua^ ^ et des principes qi»e les théologiens appellent secondaires. Les principes fondamentaux sont ces premières vérités qur sont à la porté de roui le monde*, dont les personnes les plus grossières' peuvent aisément se convaincre^ pour peu de réflexion qu'elles y fassent, et par le mojren desquelles on peut parvenir a la connorssance des autres vérités. Tels sont ceux-ci : U faut honorer Dieu , respecter son père^ aimer ses

Dfis Lois.' 't^

mfûns^ëtre attaché à sa patrie^ se conduire en toutes choses entiers les autres hommes , comme nous ^ou^ drions au ils se conduisissent envers nous ; s^éloigner du mal ^ pratiquer le bien^ etc^ Ces principe» sont clairs, simples , universels* Les lois positives n'en sont^ pour ainsi dire, que le développeiûent et le détail j et.^ quelques expressions qu'elles souffrent, ces principes en renferment la raison,

La loi naturelle , par e^^emple, ordonne deg'arder un secret^ cette loi souffre quelques exceptions. On n'est point entr'autres obligé de garder le secret, lorsqu'au manquant de le découvrir , on canseroit un tort considérable à la république. La raison de cette exception est contenue dans le principe général , qui ordonne d'aimer la patrie^ et de préférer le bien public au bien particulier. Le même principe contient également la raison qui autorise les magistrats à faire mourir les maU faiieurs, malgré le précepte général qui défend de tuer j, parce que le bien public exige qu^on délivre la société de ceux qui lui sont nuisibles , et qu'on retienne par-là les autres dans le devoir*

Les principes secondaires sont ceux qui se tirent des premiers, par des conséquences. Ces conséquences pouvant être plus ou moins claires , plus ou moius prochaines, on peut encore, à cet égard, faire, entre ces principes 4 quelque différence^

Tous ces différens devoirs appartiennent à la loi na^ turelle. Leur obligation est également fondée sur la iiature; et la transgression des uns et des autres, est également opposée à la raison et à la volonté de Dieu, auteur de la nature. Ils ont encore cela de commua ensemble, que, si ces principes souffrent qufiques ex-ceptions , elles sont contenues et expressément reo^ fermées dans le principe et dans Fidée quils présentent i nos esprits* Car, quoique nous ayons coutume de les etprimer sous des termes généraux et universels , et sang faire mention des limitations qu'on y doit mettre , la loi

flaS Des.Loi5.

natorelle qui est écrite dans nos cœurs , joint ^tODJoun les restrictions. aa principe^ les exceptions à la règle. Par exemple , nous disons en général , qu'il faut rendre à chacun ce qui lui appartient ^qu'il faut , par coDsé-

3uent, remettre un dépota celui qui nous la confia, es qu^il nous le redemande ; qu'on doit tenir sa parole^ qu^onnedoit point commettre d'homicide; et que toutceia est de droit naturel. Mais le droit naturel ne nouspro-

{)ose pas ces maximes dans leur généralité ; et il y ajouie «s restrictions que nous sommes obligés d y mettre nousmêmes ) en les expliquant. Ainsi, lorsque la loi kiaturelie prescrit de rendre à chacun ce qui lui appartient^ elle De veut pas nous obliger par^là de rendre sur-le-champ à son maître , une chose dont il est résolu d aboser à son propre dommage, «oit spirituel ,. soit temporel, ou •au préjudice d'autrui. Ne devroit-on pas coodamner celui qui rendroit son épée à un furieux , qui la demanderoil pour se donner la mort , ou peur tuer sou ennemi f

Lorsque la .loi naturelle prescrit de tenir sa parole, elle ne l'ordonne qu'avec quelques restrictions , et seulement lorsque ce qu'on a promis est possible et permis , ou que la promesse faite n^a point éié extorquée par violence. Toutes ces exceptions sont égalemeat an droit naturel ^ et les raisons sur lesquelles elles sout fondées, sont contenues dans le principe même, qui n'oblige d'accomplir une promesse , qu'autant que ce qu'on a promis peut s'exécuter , et s'exécuter sans crime, et quW s^ est volontairement engagé. Dès qolly a eu de la violence , il n'y a point eu de consentement , tel qu'il est nécessaire pour produire un engagement. £t c'est-la pne différence essentielle, entre les actions mauvaises que la loi naturelle défend , et les actions indifférentes aiixquelles on s'enlace. A Pégard de celles ^qu'elle condamne , elle défend a y consentir dans le cas même de la menace d'un m^l considérable^ parce que , de àeux maux, il faut choisir le moindre 3 et q»€

le

Des hcts. 539

le pèche est le plus grand de tou9< Mais, corome la loi naturelle ne défend ni n^ordontie les engagemens fue prennent les hommes les uns avec les autres ^ sur des choses qui ne sont pas mauvaises^ et quelle leur laisse là-dessus une entière liberté , elle n'autorise point ceux dont la crainte et la violence sont le principe ^ et le même consenteineut qui snfTiroit pour au un crime fut volontaire , à cause de Tobligation où ion est de I éviter, ne rend poiut nne promesse suûîsamment libre ^ pour qu elle produise Tobligalion de Taccomplir; Ce que nous venons de dire peut également s^applî-

Soer au précepte qui défend l'homicide. Il est gravé ans nos coeurs par la loi naturelle, avec quelques limitations qui concernent Tautoiité qu^ont les magistrats de punir les malfaiteurs , le cas d'une guerre jusie^ le bien de 1 Vtai , etc.

Quelle est P Obligation de Id Loi naturelle F

1j OBLIGATION d^obéir à la loi Naturelle eikt încontes*table. Dieu a écrit cette loi dans le cœur de Thomme ^ <^esi de Dieu j source de toutes nos luhiières, que nous tenons les idées naturelles que nous avons du bien et du mal^ du vice et dé la vertu ^ et tious ne pouvons tnéconnoître que sa volonté, en nous tes donnant, n'ait été qu^elIes nous servissent de règles de condaile. Ainsi, les grandes maximes de morale que la raison nous enseigne, ne sont pas seulement des règles conformes aux idées que nous avons de Tordre, de ce ^ui convient à notre nature et de ce qvii y est opposé j &>ais encore des lois de Dieu , donc il exiga robsôr-» vatioo; Ainsi, les actions contraires i ces rèyles n^ pas seulement des dérèglemens , mais encore * - sont gtessions des commancfemens de Vgu^\ ,,J ^^ ^^^^^ Tome III > -• ^"Prême. E.,,

JLI

53o Dès hors.

infiniment juste^ qui aime souverainement PorJre, lequel ne peut s'établir parmi }es hommes qiie par Ja )a pratique àe la vertu , et qui déteste souverainement le mat qui y est contraire. Etre infinimeni puissant, qui saura bien se faire obéir ^ aussi terrible dans ses cbâtimens^ qu'il est magnifiqae dans ses récompenses.

C est ainsi qu^eh réunissaut la volonté de FEtre souverain , et la uatui'e des choses que prescrit ou défend la loi naturelle, on trouve que 1 obligation qu^elleim* ])Ose est' la plus forte, la plus indispensable et la plus universelle : obligation la plus forte , puisqu'elle est fondée sur la nature même aes devoirs qu'elle prescrit, Cl qu'elle est la volonté la pins marquée de l'Etre sou- "' vcraiu ; obligation la plus indispensable, puisqu'il n'est aucune autorité qui puisse abroger cette loi , ni m^tne y déroger dans aucun point, ou en dispenser dans auciine circonstance ^ enfin, obligâttion la plus universelle , puisqu'elle comprend tous les hommes , lesquels , ayant tous la même nature ^ ont nécessairement les mêmes devoirs.

Les maximes de la loi naturelle étant les règles de conduite que la raison enseigiic aux hommes ^ cest par le moyen de leur raison, et par le bon usage qu ib en font, aue les hoimmes peuvent parvenir à la connoissaucede cette loi. Formés plutôt pour être vertueux que savans , nous trouvons dans le fonds de lumières

2 ni nous a été donné à tous , plus de secours pour écouvrir les vérités de pratique que nous fait connoiire la loi naturelle, que pour comprendre les principes des sciences auxquels nous pouvons nous appliquer.

C est principalement pour nonès enseigner lés règles naturelles de la morale, que cette loi nous a été dounée. Elle nous fait sentir la nécessité de ces règles \ elle ' en découvre la vérité et Féquiié; elle nons montre r^f^rcc u!r^ motifs sur lesquels elles sont appuyées j %^ «r. /li^rln ^"« '^* conséquences; et il ne Ikut qne *co™utr .n'îir ^-a-, 3an. le. 'àrc^uc «*• «kes , ce qu'il fiittl llb.'« O" ■" f >»«•

Dr.s Lois. 53 1

Matô) comme il y a différens degrés dé nécessité- dans les préceptes de la loi naturelle, à proportion qu'ils sont plus ou moins nécessaires, la raison nous les fait coDnohre plus ou moins facilement. Les plus essentiels se découvrent par une simple vue, et sont sensibles aux esprits les plus grossiers, dès qu*ils y font la plus légère attention. Ces maximes , par exemple ^ nous devons avoir pour Dieu les plus hauts sentimens de respect et de vénération ; remplir les devoirs de notre état ; aimer nos parens^ nos amis , etc. se présentent à tout le monde avec tant d évidence, qu'il ne faut faire aucun raisonnement pour s'en convaincre.

Quelques-unes même de ce^ vérités se découvrent d-uoe manière encore plus courte et plus à la portée de tout le monde , par sentiment. Ain?ii , la tendresse qiie les pères ont naturellement pour leurs enfans, la compassion qu'on ressent à la vue d'un innocent malheureux ^ les monvemens de reconnoissauce qu'excite ea nous un bienfait qu'on nous rend, nous annoncent bien hautement l'obKî'atiou où l'ouest d'aimer ses enlans, de secourir les malheurenx, et de reconnoitre les bienfaits. •

Il est d'autres vérités qui demandent qu^on les approfondisse davantage; Ces maximes , par exemple, /'ust/re est un mal , le ' mensonge n'est jamais permis , pas même pour procurer un très^grand bien ^ oui plus de difficulté: Aussi la transgression de ces préceptes de la loi naturelle, peut plus facilement s'excuser , et a des suites moins dangereuses pour le bonheur de Thomme, et le bien de la société. Plus la difficulté de trouver la vérité sur un point de morale est grande , plus Terreur est pardonnable.

Cest sur-tout depuis Jésus-^Chrbt que la raison a plus de force pour cônnoître les préceptes de la loi naturelle. L'bomme qui les a vus établis do la manière la plus claire dans les livres sacrés, les a découverts plus aisément dans le f^nds de sa raison y où ils étoint graves

Ll a

5^3 Des Lou.

par Tau leur ^é son être. Le pëch^ airoir répandu dam nous une oLitcarité que la foi seole a pu entièremeoi dissiper.

Un autre moyen de connoitre les préceptes de la loi naturelle, c^est le commun consentemenl des hommes. U n'est pas possible qu^une chose que tous les hommes apr prouvent comme conforme à la loi naturelle, ouqu'ib condamnent comme lui étant opposée, ne soit pas telle qu'ils le pensent par un consentement umiDime. Un jugement si universellement confonne, ne peut être que Touvrage de la nature, qui est la même dans tous les hommes. L^opposiiion d'un petit nombre de geqs qui contredisent , ou de personnes grossières et ignorantes ^ ne doit être comptée pour rien. On ne ooit pas mettre au nombre des êtres raisonnables ceux qui ne peuvent faire usage de leur raison , ou qui se refuseiH opiniâtrement à ses lumières^

IRûus avouons qu'il v a des vérités naturelles , d'ailkurs importantes, sur lesquelles tous les peuples nont point été, et ne sont pas même encore d'accord: mais ces exemples ne peuvent ôter la force de la preuve qu^on tire du consentement des peuples , en faveur es articles sur lesquels ib sontiavs réunk. La source de erreurs sur les autres points, vient des. préf^igés, des mauvais exemples , de 1 éducation ^.4e la politique, des passions : et, com Aie toutes œs . causes pernicieuses ne sont point uniformes parmi tous les hommes, ila^ faut pas s^éionner qu'elles aient produit tant de variétés dans tes opinions. Mais dès qu^uue vérké a élé re* connue par tous les peuples, et dans tous les temps 9 d'où peut venir et consentement unanime et eenstaot^ si ce n'est de la nature qui est toupturs el partout la même ^ et ne change* jamais T

U est aisé de résoudre , par les principes que Bons venons d'établir , la question qu'on (orme sur funite de la loi naturelle : car, puisque la loi naturelle est celte lumière delà raison, qui mus (ait eonnoUrece cpieDie»

De5 Lois. 533

origè de nous dans Tordre de la na ture^ il est visible que, la raison éianl la mâine dans tous les hommes ^la loi naturelle est une seule et même loi , parfaiiement semblable dans tous les temps, gui oblige égaleYnent tous les hommes, qui regarde toutes les condilious. Loi immuable , dont les priucipes ne varient jamais , et c^est-là une des principales différences entre la loi naturelle et les lois po** sitives \ celles-ci ne sont pas partout les mêmes , et elles sont susceptibles de variations et de changemens.

Mais, quoique la loi natui^lle soit la même par rapport à tous les hommes, tous n^out pas une ^gale connoissance des règles d'équitë qu'elle prescrit; la lu* mière de la raison , par laquelle ils les découvrent | ne répand pas dans tous le même éclat. Dieu , à la vérité, ne refuse à personne cette lumière naturelle qui rend facile à tout le monde la coutioissance des maximes les plus importantes, et des conséquences les plus prochaines de ces maximes : à cet ëgard , la loi naturelle est également notifiée à tous les hommes : fiulla anima •est , in cu/us conscient id non loquctur Deus^ dit saint Augustin. C'est aussi ce que nous en-seigne le droit ( c.7. disi. *• ) • /^ naturale est commune omnium nationum^ co qubd uhique ins^ tinctu naturœ^ non constitutione aliqud bahetur.

Un autre moyen poiu* s'instruire de la loi naturelle^ est de consulter des personnes éclairées Leurs lumières affermiront, dans la conuoissaoce déjà acquise de plusieurs vérités , et serviront à en découvrir d'autres doni . peut*être, sans ce secours, on cie pourroit jamais s'ins«truire. li y a même des hommes qui ont besoin d'ins-»- ^niciiofi presque sur tout ^et, quoiqu'une soit pas im«*possible aux esprits ordinaires, de découvrir seuls , ])»r le moven du raisonnement et de la râQexion , le plus grand nombre des principes de la loi naturelle^ ^1 y a des esprits si bornés^ ou placés dans desx:ircons^ Aauces û dlimcUes , qu'ils auroicni besoin ^ue d'auix£tf

Lt3

534 ^^^ Lois.

leur développassenl leurs idées , sur des points dont

la conuoîssauce est d'ailleurs facile à acquérir.

Les hommes peut^ent-- ils déroger au Droit naturel!^

Une chose peut être de droit naturel, ou parce que la loi naturelle la commande ou la défend, ou parce qu'elle est convenable à la nature , ou enfin parce que la loi naturelle la permet.

1. Ce qui est de droit naturel, parce que la loi naturelle le commande ou le défend, ne peut jamais eue changé, et aucune loi positive nV peut donner atteinte, parce que tous les préceptes de la loi naturelle sont absolument invariables, et fondés sur la nature même des choses qui ne change point. D^ailleurs , Dieu étant Tauteur et le principe du droit naturel , comment les hommes pourroieul-ils y déroger f Ainsi, le mensonge étant défendu par la loi naturelle, il ne peut jamais être permis de mentir, pouf quelque raison que ce puisse être, même une seule fois.

Le droit naturel renferme de deux sortes de devoirs: des devoirs absolus, et des devoirs conditionnels en quelqtiC sorte^ parce qu*ils supposent une convention ou une action précédente. Par exemple, lobligation d'aimer Dieu, de Thonorer, de ne point transporter à d'autres le culte qui lui est dû , est une obligation absolue , et qui existe indépendamment de notre volonté ^ elle n'en est point une suite, et elle n'est • fondée ni directement ni indirectement , snr aucune convention que nous ayons faite : aussi est-il évident que les préceptes qui sont le principe de cette obligation, sont absolument invariables, et qu^il ne peut arriver aucune circonstance qui puisse nous y faire déroger.

L'obligation de tenir sa parole, d'accomplir une pro-

Des Lois. 535

iii€ss6,d exécuter un contrat, est une obligation con* ditionnelle , qui suppose que les hommes ont pris eu'*semble quelque engagement. On demande si le droit naturel est absolument invariable dans ces circonstances. La raison de douter , est qu^on n'est pas tou-^ jours obligé d'exécuter les conditions d'un contrat ou d'une convention, et qu'alors il semble que la loi naturelle souffre quelque changement^ cependant elle n'eu souffre réellement aucun. Un exemple rendra cette xé-^ rite sensible : je dois à une personne une somme con— sidérable, en vertu d'un contrat que nous avons fait ensemble, il est juste que je remplisse mon engage^ ment^ le droit naturel me le prescrit: mais, si mou créancier me remet ce que je lui dois: si, par un accident, je me trouve réduit à la dernière indigence, alors je ne suis plus obligé de le payer*, non que la règle du droit naturel , qui ordonne de payer ce que fou doit, et d'exécuter les conventions que Ton a faites, u ait plus lieu à mon égard, ou souffre la moindre atteinte^ mais parce que je ne dois plus ce que je devois auparavant, ou que le paiement de ce que je dois mest devenu impossible. Le changement qui arrive, dans ces occasions, est tout entier du côté de la convention, ou de la chose qui eu est Tobjet. Pour la règle du droit naturel, qui ordonne d'être fidèle à sa. parole, elle demeure toujours inviolablement la même: car elle ne l'ordonne que dans la supposition que la convention subsiste, ou que ce qu'on a promis est bon et possible.

2. II y a des choses qu'on regarde comme de droit naturel , ou parce qu'elles sont plus convenables au sentiment de la nature, ou parce que la raison les autorise et les approuve, et qu'à s'en tenir à ses lumières, on a droit de juger qu'elles sont plus parfaites que ce qui leur est contraire: rien, par exemple, de plus conforme aux sentimens de la nature , que d'ad— juger aux enfaus la succession de leurs pères; cepen-

538 Des Lois/

V Obligation de la loi naturelle est-elle indispensable F

JLjes préceptes de la loi uaturelle ne sont susceptibles d^aucune dispense: car dispeoscrd'uneloi,c'est permettre a quelqu^un de faire ce qu'elle défend \ et cela dans les circonstances même qu'elle n'excepte point, et où elle oblige les autres. C'est dans ce sens que TEglise dispense des empêchemens de mariage qui ne sont que de droit ecclésiastique , lorsqu'elle permet de se marier malgré ces empêchemens, dans le cas même où la loi qu elle a portée à cette égard, conserve toute sa force. Or, il ne peut jamais être permis sous quelque prétexte que ce puisse être, de faire ce que la loi naturelle proscrit, et d omettre ce qu'elle ofdonne, puisque ce qui est essentiellement mal ne peut jamais être permis. On peut lire dans les ouvrages des théologiens, leurs réponses à tontce qu'on voudroit objecter contre ce principe iucoutestable. On chercheroit en vain des exemples de dispense de ce qui est proprement de droit naturel.

Peut^on ignorer invinciblement la loi naturelle F

lious avons déjà dit ailleurs dans ces instructions, qu'on ne peut ignorer invinciblement les premiers principes de la loi naturelle. C'est le lieu d'expliquer ici plus en détail cette vérité.

Pour mettre cette question dans un plus grand jour, il faut distinguer les premiers principes du droit naturel, d'avec les conséquences de ces principes ^ et , parmi ces conséquences, celles qui en découlent claireet prochainement , de celtes qui en sont plus éloignées^ et qui demandent plus de réflexion.

JVous disons donc^ i. que Ton ne peut jamais ignorer

Des Lou. S3^

îaviaciblemenl 1(?s premiers principes de la loi natu-« relie. Ces premières vérités sont si claires , si évideniesr^ et se présentent à Tesprit de tous les hommes d^une manière si sensible, que pour peu qu'on fasse usagis de sa raison , il n^est pas possible de s'y refuser. Qui pourroit en effet ignorer ces principes généraux : Il faut /aire le bien et éi^iter Le mal : Ne Jaites point à autrui , ce que n)ous ne ^voulez pas qiCon n)ous fusse. Gomment celui qui fait usage de sa raison , pourroit-il mécoonoUre des maximes si conformes à ses lumières et à ses intérêts P

Les talens sont partages entre les hommes : mais , à regard de la mesure d esprit nécessaire pour connoître les premiers devoirs de la loi naturelle, Dieu ne la refuse à personne \ s'il ne la donne pas aux insensés ^ c'est que dans cet état, on ne doit pas les mettre au nombre des créatures raisonnables, et qu'ils ne sont susceptibles • d'aucune loi. Si les hommes ne Tout pas en naissant, s'ils ne Tout que par d^rés^ c'est que Dieu n'exige rien d'eux dans les premières années j et que ce qu'il en exige dans la suite , est proportionné SH] développemeut de leur raison. Il est bon même dobseri'er, que l'auteur de la nature a réglé les choses à légard des enfans avec tant de sagesse, que, s'ils ne peuvent encore connoître la manière de se bien conduire , il n'en résulte néanmoins aucim inconvénient dans la société , à canse de leur foiblesse qui les met hors d'état de la troubler. Us sont d'ailleurs sous la direction de ceux qui les élèvent , et qui sont chargés de suppléer au défaut de leurs lumières, en leur apprenant comme ils doivent se conduire. La providence a donné assez de connoissance aux enfans pour entendre ce qu'on leur dit ; elle y joint communément le fonds de docilité nécessaire pour s'y conformer, et elle les met dans une espèce de nécessité de le faire, par la dépendance dans laquelle elle les a fait naître.

U est vrai que le péché du premier homme a fait

54o Des Lôisl

d'^transers ravages ^ qu'il a répandu sur notre esprit des i^nebres épaisses ^ et efface en nous la connoissance de plusieurs importantes vérités. Mais, quelque profondes que soient les blessures que nous a faites ce péché, il n^a point entièrement éteint notre raison j quoiqu'il ait extrêmement aSbibli ses lumières j et comme Uieu n^en a pas moins exigé de Thomme^ depuis sa chute , Taccomplissement des premiers devoirs ce la loi naturellO) il ne lut en a pas 6té la connoissance. C'est ce qui a fait dire à saint Augustin , que Timage de Dieu gravée d^ns Tâme de Thomme, lors de sa création, na pas été tellement effacée par le péché , nu*il n'en soit resté quelques vestiges^ à la faveur desquels il peut connoître et accomplir les principaux devoirs de la loi naturelle y loi qu^aucune iniquité ne peut ôter de nos cœurs.

2, On ne peut. ignorer invinciblement, du moins pendant un temps considérable ^ les eonséquences im- Biédiates des premiers principes de la loi naturelle ^ et qui ont une liaison prochaine avec eux. Car il u at pas possible qu'un homme qui consulte les lumières oe sa raison , ne voie du premier coup d'œil , ou au moins ne reconnoisse bientôt que ces conséquences Baissent naturellement deces p*incipesj que, par exemple, s'il faut honorer Dîeo^ il ne suffit pas de 1 nonorer par un culte purenient intérieur » mais qu'il faut encore lui rendre extérieurement ses hommages et ses adora^ lions ; que s^il &ui rendre à chacun ce qui lui appartient , on doit restituer ee qu'on a nris au prochaio \ que s'il faut aimer son prochain , il Ëiut soulager les xnaiheurettx , etc«

Si Toti n aperçoit pas toujours , à la première réflexion, la liaison de quelques^ ufies de ces con^-* quences avec ces premiers principes , parce qu*il £iuc quelque attesriioe pour la découvrir 9 et même , suivant la nature des choses, y joindre des réflexions et des raisoimemensj ces raisonnemen$ sont faciles à faire)

Des Lot^« 541

i la portée de tout le monde; et ^ti pecJie dès qu^om ne les fait pas. Il n'es) pas impossible ,. par exemple^ que des maximes opposées aux premiers principes de la loi naturelle) soient tellement autorisées dans un pays et chez une nation grossière et barbare, que^ daus les premiers temps que ceux qui y naissent font usage de^ leur raison , ils n'^en découvrent pas d'abord tout le mal: alors leur ignorance est invincible , tan<^ dis que leur raison n'étant pas assez développée, ne peut Teconnoître leurs erreurs. Mais, lorsqu'ils sont de-* venus capables d'une plus graqde réflexion , il leur est facile de reconuoitre b ^usseté de ces maximes^ et Tévidence de leur opposition avec les premiers prin* dpes de la loi naturelle.

Les premiers principes de la loi naturelle peuvenr aussi se présentera l'esprit, accompagnés de certaines circonstances qui paroissent une exception à Ja loi géuérale. Personne, par exemple^ ne peut ignorer iu^^ vittciblement , qu'il n*est pas permis de mentir, de tuer, de voler : mars est-il permis de mentir pourpru-^ curer un grand bien ; de se tuer , poipr sauver sa pat reté, d'étouffer un hompi^ enragé, pour empêcher qu'il ne puisse nuire f il p'est pas impossible qu'il y ait^ à cet égard, nne ignorance invincible , parce que cei circonstances jettent une espèce d'obscurité sur la loi^ €t elles donnent .su jet de douter si ces cas y sont renfermés j et en effet ^ on a vu des personnes très-*pteusesf croire que le meiisouge officieux n*est pas un péché*

3. Les conséqp^uces éloignées des premiers, prin^ cipes de la lot luitureUe, peuvent eticore plus ètrÉ lobjet d'une ignorance invincible: car tous les bojttmetf n'ont pai nmt dliMelligençe et d'étendue de génie ^

£our tirer c^Sl conséquences j et cela .est si vrai, que » docteurs les plus pieux et les plus habiles, sont souvent^ partagés sur plusieurs points tmportans de la loi naturelle* Pour yx^T ai celui qui ignore On point de h loi.

54^ Des Lo».

:BatureIIe, est dans lé cas de rignorance invindbieec excusable, il faut examiner, i. la nature du point qu il ignore^ 2. Tétat de cette personne, et les dispositions oe son esprit. L^ignorance de certains devoirs est plus excusable dans ou homme de la campagne, d'un es* prit grossier , cpi^ dans une personne d ailleurs savante et éclairée. 3. Ce qu^a fait , pour s'en instroirei celui qui ignore ce point de la loi naturelle: caries devoirs que prescrit cette loi, à mesure qu'ils 00ns concernent aavantage, et qu'ils sont plus on moios importans, exigent plus ou moins d'applîcarion*

Au reste, Tignorance invincible ne se présume point, lorsqu'elle a pour objet les devoirs communs et ordinaires, et sur-tout les devoirs de Tétai et delà profession qu'on exerce: elle doit être bien rare parmi les chrétiens, les pasteurs étant chargés, par leur ministère, d'instruire continuellement de ces devoirs, ie^ brebis confiées à leurs soins.

V Ignorance invincible de la Loi naturelle excuse^

t^-elle de péché F

VJETTE question est - claîremciH décidée par la doctriiie des Pères de l'Eglise, et sûi<^toiU de saint Aagustin, qui enseignent unanimement , que tout péché est nécessairement libre et volontaire^ que^lorsquon fait quelque chose dont on n^a pu s'abstenir , on n'est coupable d'aucun péché ^ et que, si Ton peut donoer à cette action le liom de péché, ce n'est que* parce qu'elle en est la peine : ^uis enim peecaî in eo quod nullomôdo caveri pôtesiF deraaMe saifnt Augustin: or, ce qui se fait par une ignorance invincible, n'est point véritablement libre el volontaire, Ûien n'impute donc point ce qu'on ignore invinciblement : non tiU deputatur ad culpam^ quod invitiis ignoras^ dit encore le même saint docteur 3 d'où saint Thonas cou-

Des Loitf. 543

dut : dicendum quod ignorantia quw €$t omninà in--' voluntarin^ non est peccatum. Aussi le pape Alexandre YIIL a-t-'il condamné cette proposition ; tametsi de-* tur ignorant ia invincibilis juris naturœ^ hœc in statu naturœ lapsœ , operantem ex ipsd , non excusât à peceato formali.

Des Lois Positives.

v/aTKE la loi naturelle , il éioii encore nécessaire que Dieu donnât une autre loi à rhomme, pour la règle de ses mœurs, i. Parce que l'bomme étant créé pour une fin surnaturelle ,• il étoit nécessaire qu^il fut conduit à celte fin par une loi surnaturelle, a. Parce que Thomme étant ^uyet à se tromper dans le^ cas particuliers^ il étoit nécessaire qu'il y eût une loi divine qui rempêchàtde tomber dans Terreur, et qui (Tu la règle sûre de sa conduite: prœter legem naturalem^ et legem humanam , nccessarium fait ad directio/ietn hwnanœ vitœ habere legem dii^inam^ dit saint Tho*^ mas (i. n. q. 91. art. 4* )•

Cette loi divine positive est subdivisée en loi ancienne et loi nouvelle. La loi ancienne est celle que Dieu donna aux Israélites, et qu'on appelle la loi de Moise, parce que Moïse la publia.

Comme nous ne voulons donner ici que les principes nécessaires aux confesseurs, pour instruire les pénitens, nous croyons inutile d'expliquer tout ce que les théologiens disent sur la loi de Moise, et nous ren-* voyons à la lecture de leurs ouvrages , ceux qui vou-droot être instruits à fond sur cette matière.

La loi nouvelle ou évangélique, est celle qui a été donnée à tous les hommes par Jésus-Christ. C'est elle qui a éclairci toutes les lois de la nature, en les interprétant selon toute leur pureté, et en renversatii toutes les erreurs dont Tignorance ou le libertinage

S44 I)bs Lois.

des faoïfiatti les avoil obscurcies. Elle esi venue re^ nouveler ces lois que Dieu avoit gravées dans le coeur de rhomme 9 avec des caractères de lumière ipii s 7 étoîent insensiblemenl effacés.

Loi de Jésus— Christ , qui a mis la dernière perfection à toutes les lois divines. Elle a apporté la ▼ériië qui devoit accomplir les préceptes cérémoniaux^ et répondre aui figures de la loi ancienne : elle a donné la vraie intelligence^et marqué retendue des préceptes moraux de cette loi y dont elle nous fah voir que Jisus--Christ est la un: je ne suis pas venu j dit pè Dieu Sauveur ) détruire la loi ou les prophètes ^ fnûis les accomplir.

* Loi de Jésus-Christ, loi toute sainte, qui, depuis Jésus-' Christ, a produit une multitude innombrable de pa r£iils chrétiens, c^est-à-dire, d'hommes irrépréhensibles, qui ont sanctifié les déserts^ sanctifié les cloîtres^ sanctifié le inonde, et tous les états dumonde; quia donné au sacer^ doce de dignes ministres du Dieu vivant, qui a fait voir , dans le célioat, un grand nombre de vierges consacrées ti h pureté la plus parfaite^ dans le mariage^ des pères et des mères adonnés à la piété, et qui Pont inspirée a leurs familles ^ dans toutes les professions, des Ames régulières, zélées, charitables^ patientes, désintéressées^ ennemies de tout désordre, de toute injustice^ disposées à tout entreprendre pour Thonneur de Dieu^ à tout faire pour le service du prochain , à tout souffrir et à tout pardonner pour le bien de la pail^ tenant, en toutes choses ^ une conduite sage^ droite et équitable,

{)arce qu'elles se conduisent , en toutes choses , par es vues de ta foi.

Quelle est admirable, cette loi sainte ! et que tl'tn dirions-nous pas , si nous nous arrêtions à considérer jusqu'où elle a porté la perfection de ses conseils f Qu'est-ce que cette pauvreté évaDgélique quelle nous propose j et qui tton^-senlement nous dégage de toute affection aux biens de la terre, œab qui nous dé^

* pouille

t)ts Loin. SiS

|>(toille de ibutè possession ? Qu^est-Cé cjué cC renon-, cemeot volontaire à tous les plaisirs des sens; que cette mortification et cet amour de la croix ^ qui nous rend, ^n quelque (àçon ^ ennemis de nous-mêmes , jnsqn'^à sous refuser toutes les douceurs et tous les souia^— Inens de la vie; jusqii^a nous persf enter nous-mêmes ^ai)s relâche^ jusqu'à nous faire mourir nous-mêmes , non de cette mûrt naturelle , que Dieu n'a pas laissée à notre disposition^ msis d'une mort intérieure et spi-^ rituelle? Qu'est-ce que cette humilité héroïque, qui nous fait fuir Féclat et les honneurs du siècle, avec autant de soin et autatit d'ardeur que lé monde nous les faii rechercher; qui nous fait aimer fabjection, lobscurité) les mépris et les outrages? QuVst-ce qticî cette abnégation cnlièrci de ce que nous avons de plus cher, qui est notre volonté propre et notre liberté ; tellement que nous ne sommes plus maîtres de nos désirs ^ plus maîtres dt nos résolutions , mais dans une dépendance totale, et sous le joug de l'obéissance la plus universelle et la plus étroite? Quels miracles de vertu ! t{ une vie ainsi sanctifiée n^est-elle pas ^ comme le re— îuarque saint Âmbroîsé, un évident témoigtiage de là divinité? testimonium dii^initatis "vitœ christiariL

Cesl cette même loi de Jésus-Christ qui a autorisé toutes les lois humaines, puisque, outre l'obligation civile et politique de les garder, elle y en ajoute une de conscience qui est inviolable et qui subsiste ton— jours; puisquVile fait respecter les souverains,* non pas eii qualité d'hommes, mais comme les lieutenans et les ministres de Dieu ; puisqu'elle maintient leur autorité ^ noù-seulement quand ils sont chrétiens et fidèles 9 mais quand ils seroient païens et idolâtres ;> non-seolemeni, dit saint Pierre, quand ils «ont vertuent et parfaits, itaais quand ils seroient remplis mêmef de vices; noD^seuIement quand ils sont doux et favorables i, mais quand ils seroient durs et injustes.

Enfin, c^est la loi de Jésus^Christ qui a détruit gé-^^ Tome IIL Mto

'546 Des Lois.

néralement toute» les lois du péché; lois dont lé nombre étant infini , sa gloire particulière est qu'il n y en ait pas une qu'elle ne réprouve et qu'elle ne coudamne; frappant d'anathême l'injustiCe^en quelque sujet quelle paroisse^ ne respectant, en cela, ni rang ni qualité; n'ayant égard ni à la coutume ni à la possession *, De s'accommodan t ni à la foiblesse ni à riutérèt ; ne cédant pas même a la plus pressante de toutes les nécessités , qui seroit celle de mourir : ne moriendi (jui^ dem nécessitât i disciplina nostra connii^et , dit Tertttllien.

Telle est la sublimité de la morale de la loi nouvelle. Or , puisqu'il faut professer une religion , en peut*oa trouver une plus sûre que celle qu'elle nous enseigne , et que nous trouvons si bien établie sur le fondement des vertus , si saintement ordonnée par Texercice des bonnes œuvres, si parfaitement dégagée de loutes les impuretés du vicer Et pourrions^nous ne pas dire, avec l'apôtre saint Jean : ui loi a été donnée par Moise , mais la grâce et la mérité ont été ap* portées par Jésus-- Chris t*

De la différence entre les Préceptes et les Constils

évangéliques.

XJ^EvANGiLK ne renferme pas seulement des préceptes don| Dieu exige indispensablemcnt l'observation ; 3 contient aussi des exhortations à la pratique de certains actes de vertu , qui ne sont pas d'une nécessité absolue povr le salut. C'est sur quoi il est important que les confesseurs instruisent les pénitens ^ pour ieiff faire éviter lés excès d'une fausse dévotion sur cette matière , qui ne sont que trop fréqoens ^ et qui jettent les âmes aans des embarras et des perplexités nuisibles à la paix du cœor, et souvent a leur salut.

£n général, les conseils évangéli<iues concernent des

Des Lois. 547

ficiions vertueuses ) que Jésus-Christ ne commande point absolument^ auxquelles néanmoins il exhorte ^ comme à quelque chose de plus parfait^ et qui mérite d'autant plus d'être récompensé, qu'on le fait plus librement, et qu'on n'a à craindre aucun châtiment si on Tomet. Lorsque Jésus^Christ relève, par exemple^ le mérite do la continence, il nous fait entendre ea même temps, qu'il nen fait pas une loi, et qu'il la propose seulement comme un moyen plus sûr pour acquérir le ciel : moyen qui n*est pas pour tout le monde, comme il nous le fait entendre, en ajoutant ces paroles : qui potest capere | copiât. Aussi saint Paul nous assure-t-il positivement que la continence n'est point de précepte; et qu'il ne veut que la conseiller comme une chose très-sainte et très-avantageuse: de njirginibus prœceptum Domirii non habeo ; con--' sitium autem do»

Saint Thomas distingue deux sortes de conseils évangéliques. Les premiers regardent des actions ver* tueuses que tous ne peuvent pas pratiquer • et qu'il ne seroit pas même convenable que tout le monde pratîqu&t : telles sont la pauvreté, la chasteté, Tobéis— sance^ vertus qui sont l'objet des trois vœux de Religion. La société humaine ne pouFroit pas subsister | si tous les hommes renonçoieni au mariage, à ta propriété de leurs biens , et à Taulorité légitime attachée à leurs dignités ou à leurs personnes. Aussi ces cou— seib ne sont pas pour tous les (Idèles. Ils sont adressés à l'Eglise en général , et il est de sa gloire qu'il y ait dans son sein des sociétés , toujours subsistantes ^ qui fassent profession dei las suivre. Mais tous ses membres ne sont pas appelés au même genre de vie : à cet égard, il faut que chacun suive la vocation de Dieu.

La seconde espèce de conseil renferme ceux qui sont propres à tous les hommes ^ et qu ib peuvent tous pratiquer 3 comme de s abstenir quelquefois des plaisirs

Mm 2

54S Des Lois«

permis ^ de faire certains actes de patience ^ de àiM^ riié^ d'abstinence I de miséricorde, etc. qui ne sont pas d'une étroite obligation.

Les principales différences des con^ib el des pré-> ceptes évangeliqiies sont , i • que les conseib ne sont proposés que comme des mojens de perfection ; les préceptes , au contraire , sont exprimés en termes qui signifient une étroite obligation : ubi consilium datur^ c^erentis arbitrium est , dil saint Jérôme, ubiprœceptum^ nécessitas est servientis*

Il faut avouer néanmoins, que quelquefois ce oui n^est que de conseil est joint, dans TEvangile, à aa choses qui sont véritablement de précepte, et qu'il y paroit prescrit à peu près de la même manière. Par eiemple, lorsque Jésus-Christ semble ordonner à sa disciples de présenter encore la joue gauche à celui qui leur a donné un soufflet sur la droite f daban-^ donner aussi leur manteau à celui qui ^veut leur faire procès pour apoir leur robe , etc. Ce sont moins la actions extérieures prescrites par le Seieneur dans ces expressions , que Tespi^t de patience, de détachement et d'union, qui fait le propre caractère de la loi chrétienne. Ces vertus sont ae précepte j mais Hntailion de Jésus* Christ n'est pas qu^on les pr^a tique tou-* fOurs , précisément de la même manière que ce Diea Sauveur le marque par ces paroles.

Lorsqu'il y a quelque difficulté sur la manière dont une chose nons est proposée dans le» livres saints ^ il Êiut en examiner h nature, et voir si elle est da nombre de celles qui sont essentielles au salut; et sur-* tout s'en tenir, sur ce point, à la commune interpré^ ration des Pères, et an jugement de TEglise.

3. Le précepte est dWe obligation étroite et ah^ solue \ le conseil , an contraire, est une oeuvre de suré-^ rogation , qu'on est maître de faire ou de ne pas fiire^ Et si quelquefois on est obligé à la pratique des conseils évangéliquesy ce n^est qu'à cause des eircenslancss

Des Lois. 54$

particulières dans lesquelles on se irouve, on des ten-» talions auxquelles on est exposé, et qu'on ne sunnon— tera point si Ton se borne aux seuls préceptes indispensables deia loi. On peut encore y être obligé, en conséquence des engagemens qu^on a pris , ou à raison du scandale qu^on causeroit , si on ne les obser-* voit pas dans ces circonstances.

3- Celui qui n'observe pas un précepte, mérite d'être puni à proportion de son importance. Celui, au con-* traire, qui ne veut pas s^assujettir à ce qui n'est que de conseil, ne mérite aucune peine, parce qu'il ne commet en cela aucun pécbé; pourvu toutefois qu'il fiit, pour la vertu qu'il ne pratique pas, toute les— time qu^elle mérite. Car, s'il est permis de ne pas observer les conseils évangéliqnes , il n'est pas permis de les mépriser comme des pratiques inutiles, lis viennent de Jësus*Cbristj on doit donc les regarder comme des pratiques très*-saintes et infiniment avantageuses^

4* Dans les bornes de la même vertu , ce qui est de précepte est le plus aisé^ ce qui est de conseil est le plus oifïicile : semper grandîa in audientium po^ ^^niurarbitrio^diisuini Jérôme. hsL virginité est beau* ^oup plus difficile à garder, que la cbasteté conjugale*

5. Lorsqu'à l'observation des préceptes, on joint cdle des conseils , on mérite une plus grande récom-peiue, que si l'on s'en tenoila ce qui est d^étroite cl d'indispensable obligation: mr?/om est graiiœ^ offerte quod non debeas , quant reddere quod exigaris , dit wint Jérôme*

Il nous paroît nécessaire d'observer en passant que^ quoique les états dans lesquels on fait profession de garder les conseils évangéliques , soient plus parfaits en eux-mêmes., que ceux où Ton s^en tient aux seuls préceptes ; il peut cependant arriver , et les exemples n'en sont pas rares, que des personnes observent les commandemens de Uieti d'un^ maniera si parfaite ^ qu'elles surpassent en verm et en mérile ceux même

Mm 3

55o Des Lois.

qui aux commandcmens ajoBtent la pratique des conseils. La raison eo est éviaeDte: cest la charité et. l'amour pour Dieu , qui fait notre principal mérite. C est Tamour qui rend le culte parfait; et c'est dans ce sens que saint Augustin dit qu'on n'honore Dieu qu en l'aimant.

La pratique des conseils est sans doute nn moyen excellent de té moigner'à Dieu que nous l'aimons ^ et cesi , à la vérité, l'elTet d'un grand amour de Dieu , d'accomplir non-seulement les préceptes du Seigneur, mais encore ses conseils ; d'où vient la perfection de

. l'état où Ion contracte cet engagement. Mais si la charité est plus parfaite, dans celui qui n'observe que les préceptes , elle le rendra plus agréable à Dieu , que celui qui pratique aussi les conseils, et dont la charité est moins grande : charitas inchoata , inchoata jusiilia est , dit saint Augustin ( de nat. etgrat. c. 70»), charitas magna , magna justitia est ,• charitas pro^ çecta^ provecta justitia est ; charitas perfecta ^ per^

fecta justitia est.

Ces réflexions sont propres à consoler ceux que Timpossibilité où ils se trouvent de pratiquer les conseils, jette dans le découragement; elles sont prbpies à humilier l'orgueil de ceux qui croient devoir leur être préférés^ et qui se glorifient uniquement de ce que, par leur état ou par leur propre choix , ils se voient engagés à la pratique des conseils de l'Evangile. Nous avons encore beaucoup de choses à dire sur la loi de Dieu \ nous en parlerons en expliquant le décalogue.

Des Lois. 55 1

Des Lois humaines*

JS ous nVvons parlé jusqu ici, que des lois dont Dieu est Tautçur. Ce sont saus doute les plus imporiaotes et les plus indispensables, mais ce ne sont pas les seules qu on soii obligé d'observer. Il y a d autres loiS|

3ui n'ont pour auteurs que des homm^^ mais ce sont es hommes revêtus de TautorUé de Dieu., et auxquels on est obligé d'obéir comme à Dieu même.

Deux grandes puissances partagent le gouvernement du monde, di^ le pape Gélase écrivant à l'empereur Anastase, rautorite souveraine des rois, et la dignité sacrée des pontifes : duo sunt quitus principaliter hic mundus regitur ^ auctoritas sacra po7itiJicum\ et regalis potestas. On doit donc distinguer deux sortes de lois humaines , les lois ecclésiastiques et les lois civiles. .

VEùLiS]^ a-t^elle le pouvoir de faire des Lois ?

J ^s hérétiques Aérius, H^xï Hus, les Yaudois , Lu-^ ther et Calvin, Qnt disputé à i'£glise le. pouvoir de faire des lois. , Cependant ce pouvoir de l'Eglise est appuyé sur. d^ principes immuables, cirés de la rér^ vélatioa , et consacrés par la tradition : il est prouvé , dans les livres saints , par tout ce qui y. établit l'autorité d^ TEglise. On y voit Jésus— Christ déclarer à ses . apôtres qu'il les envoie , comme il a été envoyé par son Père: que celui qui n' écoute pasVEglise^doit être tenu comme uh païen et comme un publicain. On y voit ce Dieu Sauveur donner à ses apôtres les cUjs du royaume des cieux^ le pouvoir de lier et de délier.

Les cle& que cet IIomioe-Diço donne à ses apôtres,

Mm 4

553 , Des Lois.

4iODt des marqtiBsde rauioritéqu'U.leur confie. Le pou? voir de lier , reufèrme celui de lier les coascieaces par diis lois qui regardent le gouveraemeiit spirituel du corps des ûdèles. Il est vrai que TEgiise a été premièrement in!»tituéepour faire observer celles de Jésus- Christ ; mats elle n^a droit pu remplir sa destination k cet ^'gard, si elle n'avoit pas le pouvoir d'en faire ellemême de nouvelles \ soit pour expliquer celles de ce divin Législateur, lorsqu'il s'élève a ce sujet des dis* putes et des contestations^ soit pour en faire Tapplication aux cas particuliers, et déterminer ce qui na point été ré{j;Ié dans le détail. Le Sauveur avoit, par exemple, recommandé à ses disciples la pratique du jeûne ;mâils il ne leur avoît ordonné aucun jeune en ÎpaiiîruHer. Il étoii nécessaire que TEglise en fixât le temps, pour établir partout Funiformiléj rauroit-cllc pu (liire , si elle n'avoit pas eu le droit 4e faire des oist

Droit dont TEglise a fait usage dans tous les temps, depuis sou établissement jusqu'à nous« Dans le concile de Jérusalem , les apôtres ordonnèrent aux Geu* tils la pratique de certaines observances que Jésus- Christ n'a voit point ordonnées lui-même^ et ils fondèrent leur décret , et raulorîté qu'ils avoient de le poiter, sur Tautorilé rihôme de TËsprit saint: il a sem^ plé bon au Saint-- Et^prit et à nous. Ce qui |>rouve sans réplique, i. que cette autorité est toute divine; quW ne peut par conséquent, sans apostasie, refuser de la recoiuioilre» 2. Que TEglise a le pouvoir, lorsqu'elle le \\i%e nécessaire, de faire des lois sur des ma« tières à IVgard desquelles Jésus-Christ n^a rien prescrit : telle qU est la déAnise de mangpr du sang , faite par le concile de Jérusalem.

Âussii la conduite des apôtres est^elle une preo?e évidente qu'ils savoieni que Jésus-Christ lenr avoii (donné cette autorité. Si saint Paul visite les Eglises , SS l^fisx point seulenieat pour enseigner les yérités de

De6 Lois. 553

la foi j et pour affermir les fidèles dans la croyance de ces vérités^ mais encore pour établir les règiemens qu'il jugeoit uëcessaire de leur &ire observer. Il traverse la Syrie et la Cilicte , confirmant les Eglises , el il leur commande en même \tmps de garder les pré^ copies des apôtres et des anciens* S'il écrit aux Eglises qu'il a fondées, il a soin de leur rappeler les règles samles qu^il leur a prescrites, etildouue à ces règles /es noms de préceptes ei de commandemens. Laudo "VOS (juodj sicut tradidi vobis^prœcepta mea tenetis. li leur en recommande Tobservaiion*, et pour les leur rendre plus précieux , il dit quil les a donnés delà part du Seigneur Jésus \ en ajoutant, pour leur ins-« pirer la crainte de les violer, que celui qui les me-* prise^ne méprise pas un homme ^ mais Dieu lui-^ même. Si quelqu'un n'obéit pas a ce qu'il leur ordonne, qu*il soit dénoncé, leur dit-il, et n'ayez point de com« munication avec lui, atui qu'il eu ait de la confusion: SI quis non obedit "verbo nostro per epistolam , huno notate^ et non commisceamini cum illo^ ut confuTi'* datur. S'agit-il de règiemens à faire pour le bon ordre î outre ceux qu'il a voit déjà prescrits, par sa lettre aux Corinthiens, il les renvoie au temps de sa visite : pour Us autres choses ^ leur dit-*il, qui vraisemblablement demaudoient plus parliculièremeni sa présence, ye les réglerai quand je serai venu: cœtera , ciim venero , disponanu

C'est en conséquence du pouvoir que TEglise a de

faire des lois, qu'elle a prescrit les jours de jeune et

d'abstinence, la sanctificaliou des fêles, l'assistance au

saint sacrifice de la tnesse, à certains jours, la corn-

i/iuuion pascale, la confession annuelle , et tant d^autres

choses qui n'étoient d'ailleurs ordonnées , ni . par les

lois divines, ni par les lois humaines. Lois de l'Eglise,

que saint Augustin croyoit si respectables, qu'il assure

qu'on ne peut, sans témérité et sans folie, refuser do

\t^ r^onAoître : simiUter efiam , diwl dans sa |et|ro

554 I^cs Lois.

54 9 en parlant des coutumes établies par FEgiise^ ijuid horum tota per orbem fréquentât EccUm 4juin ita Jaciendum sit disputare^ insolentissi insamœ est. Il ne craint même pas de dire que Tautoii de TEglise, dans i'établi&sement de ces coutumes^ vi du Saint-Esprit. C'est ce qu'il décide en particulier! dans la même lettre , sur la coutume de commuDier jeun : plaçait Spiritui sancto ut , in honorent i Sacramenti^ in os christ iani priîis corpus do cuni intraret^ quàm cœteri cibi.

C'est en conséquence du pouvoir législatif que I glise a reçu de Jésus-Christ ^ qu^'elle a établi des irrégularités dès le premier siècle. Telle est la défense dot-, donner des bigames, défense que Jésus-Christ nVoif point faite , si expressément marquée par saint PaulJ respectée par toute lantiquité , et encore aujounibi observée inviolablement. Cest en conséquence de c^ même pouvoir, que TEglise s'est assemblée si scoTeo) en concile , et qu'elle a fait tant de canons pour pres^ crire des règles de conduite, et à ses cpinistres^di tous ses enfans»

Et au fond^ on ne peut nier que FEglise ne soit iiim société qui a Jésus^-Christ pour auteur , et qui a eu établie sur la terre pour la gloire de Dieu et pourk salut des hommes. Jésus— Christ lui a donc dooD^ tout ce qui est nécessaire pour le progrès de cette gnnà ceuvre , et pour maintenir le bon ordre parmi ceyJ dont la conduite lui est confiée. Or, le pouvoir l^islat^ est indispensablement nécessaire pour le bien de 1^ société ) dont les lois sont les liens qui doivent udu ceux qui la composent» Et que feroit eu effet ud< société dont les chefs n'auroienf ni le droit de fai^ des lois, ni le pouvoir de commander , ni l'autorité d) reprendre et de punir les coupables f

Le pouvoir législatif que Jésus-Christ a donos son Eglise , est un pouvoir tout spirituel, qui n'a p<>" objet que ce qui a rapport au salut de s^ enfants età 1

Des Lots. 555

Religion, c Toute lautorité du royaume du Fils de Dieu, qui s^exerce par la puissance de Tordre et par celle de la jurisdicfion ou des deux ensemble j dit le clergé de France assemblé en i665 et 1666 « embrasse toute l'économie de la conduite de TEglise. Ces différentes fonctions s'étendent , tant sur le corps naturel de Motre-Seigneur , qui nous est donné dans le divin sacrement , et qui est offert pour nous dans le sacrifice redoutable ^ que sur son corps mystique , qui est rassemblée des fidèles dans une même bergerie , sous un même pasteur invisible qui est Jésus— Christ , et sous un même chef visible qui est le centre de fuuité catholique* Elles comprennent les sacrifices , l'administration des Sacremens , les cérémonies sacrées , le véritable culte de Dieu , la prédication de TEvangile , finterprétation de l'Ecriture ^ la garde du sacré dépôt de la doctrine , le 'pouvoir de juger , et enfin la police et la discipline de TEglise, que le Saint-Esprit a commises aux seuls ministres du règne sacerdotal du Fils de Dreu. Ce règne spirituel que Notre--Seigneur a établi, et qui pourtant n'est pas de ce monde , n^a rien diminué de lautorité qu^avoient les princes qui régnoient sur la terre avant qu*il y fut descendu. Celui qui venoit leur offrir une couronne éternelle j n'avoit pas dessein de leur ravir la couronne tempo* relie qu'il leur avoit déjà donnée. Il n'a point » débauché leurs sujets ; au contraire , il les a rendus » plus fidèles et plus obéissans. Ces ministres mêmes » de la nouvelle alliance ( les évèques ) , qui ont > reçu leur mission immédiatemeut de lui , n^ont pas » été affranchis' de la condition des autres hommes ; 9 et, quoiqu'ils soient devenus les princes de Tempire 9 spirituel ) ils n'ont pas laissé de demeurer totijours 9 sujets dans Tempire temporel. »

La puissance ecclésiastique , dit un ancien évêqne de France , ( Amulph,. Epist. 68. ) sert plutôt à soutenir

556 Des Lois*

qu^à afibiblir rautoriié des rois ; comme les rois ne chercheut eux-mêmes qu'à maialenir les droits et la liberté de TEglise. Dignitas ecclesiaslica regiam provehit potiiis quàm adimit dignitatem , et regidis dignitas ecclesiasticam conservare potiîis consuet^it , qiiàm tollere liber t ai em.

« Plus le Saint-Esprit donne aux ministres de % TEvangile de liberté et d'autorité pour agir dans » les choses spirituelles, dit encore le clergé de France p dans la même assemblée que nous venons derappeier| » plus il leur impose d'obligations pour obéir aux souverains dans les clioses temporelles.»

Le droit de faire des lois seroit inutile , s^il n^étoit accompagné du pouvoir de contraindre par des |>eine9 ceux qui doivent être soumis à les observer iJurixlictio sine modicd coërcitione , nuUa est^ dit le droit. L'Eglise a donc par elle-mêitie , et eo vertu de son institution, elle a par rautorité qfje lui a donnée Jésus-Christ , € le droit de se faire obéir, en imposant a» aux Gdèles suivant l'ordre canonique, non*seulemeni a» des peines salutaires, mais de véritables peines spiri* » tuelles ^ par les jugemens el les censures que les » premiers pasteurs ont droit de prononceret de aiani— » Tester ; et qui sont d'autant plus redoutables , qu elles » produisent leur effet sur Tâme du coupable , dont » la résistance n'empêche pas qu^il ne porte malgré a lui la peine à laquelle il a été condamné. » Paroles que nous lisons dans l'arrêt du conseil d^Etat du lo mars i^Si,

Saint Augustin ( X« de Fid. et Op. c. 4* n. 6. 7. ) condamne le sentimenl de ceux qui osent avancer que le ministère des évéques se borne à enseigner 9 et .qu'ils n'ont point droit d'examiner si leurs brebis S|>r»tiquent ce qu'ils leur enseignent, c Maxime^ ait ce » saint docteur , qui ne tend à rien moins qu'à inspirer » aux évêqoes une sécurité très— pernicieuse , et à » renverser entièirement la discipline delE^tise. Ceur

T}bs LoiStf èSj

> qui gouvernenl TEelise ^ dit ce Père , ont une autof nxéae correction dootils doivent faire asage contre

> les médians. Celte autorité ne consiste pas seulement » dans l'obligation d^annoncer aux fidèles les irérilés » du salut. Pour engager les hommes à pratiquer ces

> vériiés , il (àul souvent des aiguillons plus forts t que de simples exhortations. C'est pour cela que % TEglise se voit souvent forcée d*emplojer la dégrada-* s tion et lex communication : ces peines de la loi » évangélique tiennent lieu du glaive visible , qui ^ » dans i Eglise ancienne ^ étoit en usage ^ et ne Test plu»

> dans la nouvelle. »

Ce seroit avoir nne fausse idée de la jurisdictîon ecclésiastique ^ que de prétendre que les premier» pasteurs ne TËglise ii'^ont que la voie d'exhortation , sans avoir Tantorité de punir. Ils ont ^ comme le dil saint Paul , le pouvoir de punir toute désobéissance. Lequel aimez-vous le mieux ^ disoit-il aux Corinthiens, que je vienne vers vous avec la verge à la main, ou que j^y vienne avec un esprit de charité et de douceurf Quid yultis ^ in virgâ çeniam ad 90S , on in ckaritate et spiritu mansuetudmis ? Corrigez , durant mon absence et avant mon retour, les abus qui régnent chei vous, o/î/ï quêtant présent , je ne sois pas obligé doser avec sévérité de la puissance que le Seigneur fil a donnée pour édifier et non pas pour détruire^

L'Eglise a fait usage de ce pouvoir dans tous les lemps ^ et de là sont venus tant d'anathêmes qu^elIe a portés dans ses canons, contre ceux qui auroieni la témérité de les violer.

On est donc obligé de reconnoitre que Jésus-Christ a donné à son Eglise une jurisdiclion extérieure, et le pouvoir de prononcer contre ses enfans rebelles , des peines spirituelles. Les évêques ont joui de cette autorité^ dès le commencement de l'Eglise. Saint Paul défendit à Timoihée de recevoir aucune accusation contre un prêtre^ à moins quelle ne fût soutenue par la dé-^

5S8 Des Lois<

position de deux ou trois témoins. La conversion des princes, bien loin d'avoir fait perdre ce droit à rEglisC) n'a servi qu'à lui donner une nouvelle force et un nouvel éclat.

L'Eglise exerce le pouvoir qu'elle a de punir les infracteurs des lois, i. dans le tribunal de la pénileDce, en imposant aux pécheurs peniiens des peines iDedicinales et satisfactoires , dont Taccom plissement est remis à leur bonne foi et à leur obéissance ^ 2. dans le for extérieur, soit en ajoutantà ses lois des peines contre ceux qui y contreviennent; peines qu'ils encourent par le seul fait, et en conséquence de Faction qu'ils ont commise, soit en citant à son tribunal ceux dont les erreurs ou les scandales sont publics, ou qui en sont justement accusés , et en leur infligeant , après qu'ils en ont été convaincus , les peines portées par les canons, ou d'autres plus convenables, suivant l'exigence des cas.

Ainsi Jésus*Christ ordonne de déférer à l'Eglise celui qui a fait quelque injure à son frère , et qui refuse la satisfaction qu'il lui doit*, et, s'il ne se soumet pas à ce que l'Eglise lui prescrira , Jésus-Christ teot qu'il soit tenu comme un païen et comme un publia cain. Ainsi , saint Paul ayant appris qu'un fidèle de Gorinthe avoil abusé de la femme de son propre père^ livra , par la puissance de Notre-^Seigneur JéuS" Christ^ cet homme à Satan ^ pour être tourmenté dans son corps ^ et le retrancha de la communion de l'Eglise.

Ce seroit ici le lieu d'expliquer à qui a été accordé par Jésus- Christ le pouvoir législatif qui appartient à l'Eglise , et quelles sont les principales lois ecclésiastiques. Mais ce détail nous mèneroit trop loin. Il ne nous paroit pas d'ailleurs nécessaire , dans un ouvrage où il ne s'agit que de donner ou de rappeler aux confesseurs les principes dont ils ont besoin pour diriger ks pénitens dsuos le^ cas OirdiQaires qui regardent les

Des Lois. 55^

lors. Ainsi ^ nous croyons devoir renvoyer ceux qui voudront s'instruire à fond snr ces importantes ma— lières, aux ouvrages des théologiens catholiques qui ODt traité les questions dont nous ne disons rieu ici.

A qui appartient le droit de faire des Lois civilef

ou politiques.

Il n^y a que ceux qui sont revêtus de Tautorité publique , et chargés du gouvernement temporel , comme es souverains , qui aient le droit de faire les lois ci* viles et politiques; c'est à eux seuls de conserver le bon Ordre parmi les hommes ^ de pourvoir au repos public, et d'ordonner les peines nécessaires contre ceux qui le troublent; de maintenir chacuti dans ses droits^ et de déposséder les usurpateurs; de punir les crimes; et enfin 9 de procurer le nien général de la société, qui est Tobjet général de toutes les lois. L'autorité de, faire des lois ^st donc, dans Tordre civil, un attribut de la souveraineté ; en sorte que le pouvoir législatif et l'autorité souveraine sont deux choses étroitement liées ensemble: sans ce pouvoir, l'autorité souveraine ne peut subsister ; et il faut la posséder pour avoir le droit de faire des \ov ; eu du moins, c'est du souverain seul qu'on peut le tenir.

Les ouvrages des jurisconsultes et ceux des théologiens qui en ont parlé , apprendront, à ceux qui voudront les connoiire, quelles sont les différentes lois civiles. Cette matière ne nous paroit pas nécessaire-* ment liée avec celles que nous avons entrepris d'expliquer ici.

Nous ne dirons rien des qualités nécessaires aux lois humaines. Cette question ne regarde que les législa-* leurs ) dont notre dessein n'est pas d'expliquer ici les obligations. Nous ne parlons que pour instruction de ceux qui sont soumis aux lois , et ne voulons donner

S6o Des Lois.

que les principes ei les règles dont les conressetirs oni besoin pour conuoilre quand ^ comment et pourquoi Us doivent obéir et se soumettre.

De la Promulgation des Lois.

Il est absolument nécessaire que les lois soient ^ro-« mulguëes ^ et ^ lorsqu'elles ne le sont pas ^ elles n'^im— posent aucune obligation.

La nécessite de cette promulgation se tire de la nainre de la loi, de Tautorité dpnt elle émane ^ et de la fin pour laquelle elle est établie.

Les lois sont les règles de la conduite des hommes i or, ils ne peuvent se conformer à ces règles, s^iLi ut les connoissent pas \ et ils ne peuvent les connoitre , que par la publication que les législateurs en font faire.

Les lois émanent nécessairement de Tautorité pu^ blique ^ c^est en vertu de cette autorité que les souverains les portent. Ainsi les ordres qu ils donnent ne peuvent avoir le sacré caractère dç loi, a moins que par la promulgation qui s'en fait^ ils ne fassent publi* quemenl connoitre quelle est leur volonté.

Enfin, c'est pour le bien commun des sociétés que les lois sont établies^ ce sont des règles que tous les membres qui composent ce^ sociétés doivent suivre. Il faut donc nécessairement qu'elles soient intimées à toute la société, ce qui ne .peut se faire que par leur proH mulgation.

Aussi le droit civil et le droit canonique erï établissent également la nécessité^ et nous ne connoissons point de loi qui n'ait été publiée d^une manière suffisante, pour rendre inexcusables ceux qui la transgressent. La loi naturelle est en quelque sorte la plus publique : Dieu Ta notifiée k tous les nommes , par les lumières de la raison qui leur est commune. La loi de Moïse fut publiée sur le mont Stnaï. La k>i de Jésus-

Cbrîst

Des Loif. 56i

Christ Ta été par la prédication des apôtres et des hommes apostoliques. Les lois civiles et cauouiques ne sont pas moins assujetties à celte formalité. Nous \ oyons que , dans tous les t^tnps ^ chez tous les peuples, ça été i^usage de publier les lois* il n y a eu de variété que dans les cérémonies et les formalités observées dans

cette publication ; mais ^ quelque différentes quVîles puissent être^ elles tendent toutes également a répandre la connoissance des lois dans tous les lieux ou elles doivent être observées.

Afin qu'une loi soit suffisamment promulguée^ il n^est pas nécessaire qu elle soit notifiée à tons les membres de la société; cela ne seroit pas ordinairement praticable; il suffit qu'elle soit intimée en gé-^ néral à la société à qui elle est adressée* Si elle n'est pas venue à la connoissance de quelques particuliers, ^ans qu'il y ait de leur faute , leur ignorance les e^tcuse devant Dieu. Cependant , à cause de l'uniformité qui « doit être dans un état, s'ils ont quelques afiaires qui concernent les matières réglées par ces lois ^ elles se* ront décidées suivant les principes qui y sont établis^ et alors ces personnes se trouvent dans le cas de ceito maxime du aroii: ignorantia ffiris non excusât. D'oti il faut conclure que les lois obligent , dans un certain sens , ceux même qui n'en ont point connoissance, parce qu'étant faites pour tous ceux qui aont soumis à Tautoriié du législateur^ elles les comprennent tous sans exception; et, s'ils ne sont point coupables, en ne. les observant pas, ce n'est que par accident lorsque par hasard ils n'ont pu les connoître, et non parce que. les dispositions de ces lois , ne les regardoient point.

Ceux qui, avant qu^une loi soit publiée ,' sont instruits de ce quelle contient, ne sont pas pour celu tenus d'y conformer leur conduite» La raison en est, <}i]e les particuliers ne sont tenus d'obéir aux lois, qu^antant que k société dont ils sont membres y est Tome Iir. N n

562 Des Lots.

tenue elle-même : or ^ elle uVst obKgée à se sonircare aux lois , qu'après qu'elles ont éié promulguées.

Ceux qui voudront savoir comroeut doit se faire la publication des lois civiles et dés lois ecclésiastiques, n auront ^u'^à lire ce qu'en disent les jurisconsoltes , le» canontstes et les théologiens.

' De F Obéissance due aux Lois humaines*

JM 0T3S parlerons ) en expliquant le décalogue, de Fobéissance qui est due à la loi de Dieu. Il ne s'agit id que d'expliquer celle qui est due aux lois canoniques et aux lots civiles ) et d'examiner si ces Iob oblîgeiH en conscience.

1. Les raisons qui prouvent que TEglrse a le droit ^e faire des lois , prouvent également et par une conséquence nécessaire ) que ces lots obligent en conscience. L'Eglise ne peut imposer d'autre obligation , et elle n'a point d'autre moyen de se faire obéir j que d'j intéresselr noire conscience et notre salut.

11 n'en est pas de l'Eglise comme des souverains de la terre. Les rois , pour forcer leurs sujets à obéiri peuvent employer les peines temporelles, ôlerles biens, la liberté, la vie même , à ceux qui refusent de- se soumettre à leur autorité. Pour TËglise , elle ne peut rien sur la fortune , sur la liberté et sur la vie de ses enfans relie ne peut se faire craindre que par les peina spirituelles qu'elle a droit d'infliger. Or, si ces pdnes n'ont aucun rapport au salut, elles seront sans force, et elles ne feront aucune impression siur l'esprit des hommes.

En e£fet,b loi qui lie non-senlement sur la ierrè^ mais encore dans le cid^ dont la transgression doit mous faire regarder comme les païens , oblige inooni^tablcment en conscience: car il n'y a point desa« lut k espérer pour les païens. Or, selon la parole ex-

Des Lois. 563

fresse de Jésus-Christ, la désobéissance aux lois de Eglise et des premiers pasteurs nous met au rang des païens, et ces lois lient les hommes^ et sur la terre et [>our le ciel même, où les dispositions de ces lois sont ratifiées.

Et au fond, si les lois ecclésiastiques n^obligent point en conscience, pourquoi saint Paul enseignoit-il^ dans les villes ou il passait^ de garder les décrets des apôtres P Pourquoi les apôtres eux-mêmes en auroientiis recommandé si étroitement Tobservation , comme (l^une chose absolument nécessaire, et sans doute dans Tordre du salut, qui étoit l'unique objet de leurs sollicitudes P Pourquoi' l'Eglise auroit-elle, dès les pre« miers siècles, prononcé tant d'anathêmes; privé de la

I)articipation des Sacremens et de tons les secours de a Religion, ceux qui n'étoicnt coupables que de la transgression de %es loisf Telle fut b sévérité dont elle i))a , en rejetant de son sein ceux qui , malgré sa défense, iaisoient la pàque le quatorzième jour de la lunc^ comm^ les Juifs.

Aussi le concile de Trente {Sess. 6. Can. ^o) a-t-il prononcé anathéme contre ceiix qui diront qti^on rCest pas obligé à Vohservation des commandemens de f Eglise. '

Obéissez^ dit saint Paul à tous les fidèles, e^ ^o^ejs soumis à ^os pasteur^ , qui veillent comme devant rendre compte de vos âmes.

2. Il en est de même des lois civiles : il est constant qn'^elles obligent en conscience, cette question ajant été évidemment décidée par saint Paul, au cha-

fitre 1 3« de son épitre aux Romains , oii il parle de atitorité des puissances de la terre : c que tout homme, » dit ce grand apôtre , soit soumis aux puissances su- » périeares : car il n^y a point de puissance qui ne s vienne de Dieu, et c*est lui qui a établi toutes celles » qui sont dans lé monde. Quiconque donc résite aux » puîssa:ncci, résiste à Tordre de I^ieu ; et ceux qui y

Nn a

$64 Des Lois.

» résistent , s^attirent la condamnation sur eux-mêtnai » Le prince est le ministre de Dieu; il faut doue né- » cessairement que vous lui sojez soumis, non-seo- 9 lement pour éviter la punition, mais pour satisfaire 9 à votre conscience. »

Telle est anssi la doctrine de saint Pierre: « soyei 9 donc soumis, pour Tamour de Dieu, à tout homme 3 élevé au-dessus de vous, dit-il à tous les fidèles; soit » au roi, comme à celui qui a la souveraine puissauce; 9 soir aux gouverneurs, comme à ceux qu'il envoie 9 pour punir les malfaiteurs , et pour honorer ceux 9 qui font bien. 3

On ne peut donc désobéir aux souverains saos désobéir à Dieu , puisqu'ils sont les ministres de Dieu sur la terre; comme on ne peut désobéir à celui qoi tient la place du prince^ sans désobéir au prince même: çr/r ce n*est pas en vain qiCil porte Cépée ^ dit saint Paul, étant le ministre de Dieu , pour punir cdui (fui fait le fnalf c'est même pour cette raison que les sih Jets paient des tributs auac princes , comme aux mir nistres de Dieu , occupés à rendre la Justice. Ceux ^ui gouvernent les peuples , dit ailleurs FEsprit saint, ont reçu du Seigneur cette puissance et cette domi^ nation du Très^Haut ; ils sont les ministres de son royaume.

On ne peut donc , sans péché , transgresser les lois des souverains que Dieu a chargés de maintenir dans le monde le bon ordre , qui ne peut subsister que par Texacte observation des lois : car telle est la volonté de Dieu , dit saint Pierre: quia sic est voluntas DeL . Les apôireS) en nous apprenant que le péché de b désobéissance aux lois humaines consiste précisément dans la désobéissance à la volonté de Dieu, nous en* seignent que , lorsque les lois humaines sont contraires a la loi de Dieu , il n'est plus permis de les observer: rendez à César ce qui appartient à César ^ nous d't Jésus-*Çhrist, et à Dieu ce qui est à Dieu. Telle el

Des Lois. 565

rinstrûction que nous ont encore donnée les apôtres , lorsque appelés devant les anciens et les scribes assem^ blés à Jérusalem , ils répondirent à la défense qui leur fut faite d enseigner en aucune sorle au nom de Jésus: jugez s'il est juste ^ devant Dieu^ de vous écouter plutôt que Dieu.

€ Comme, dans les sociétés humaines, les puijssances

> supérieures sont toujours celles k qui Ton obéit pré^ » férablemenc aux autres , dit saint Augustin ( //&. 3,

> confess. c. 8. ), qui ne voit qu'il faut que Dieu soit » obéi préférablement à toutes? 9

Leges possunt esse injustœ par contrarietatem ad bonum dii^inum^ dit saiut Thomas { ï.h, q. 96. a. 4*)>

sicut leges inducentes ad idololatriam , vel ad

quodcumque aliud quod sit contra legem dii^inam ; tt taies leges nullo modo licet ohbcrvare.

La conduite des premiers chrétiens nous apprend comment nous pouvons tout à la fois satisfaire <, et i Tobéissance que nous devons à Dieu , et à Tpbéissance (]ue nous devons aux lois humaines* Fidèles aux instructions qu'ils avoient reçues de Jésus-Christ et dé ses apôtres , ils savoimt souffrir et mourir quand on vouloit les forcer de renoncer à la foi , et de sacrifier auï faux dieux. Mais aussi , dans les temps même des plus cruelles persécutions, ils étoient les sujets les plus soumis et les plus fidèles aux lois de Tétat , lorsqu'elles u avoient rien de contraire à la Religion chrétienne.

Comment on peut connoître si une Loi humaine oblige sous peine de péché mortel ou de péché véniel,

\J» peut connoître si une loi hun»ainft obligé sous peine de péché mortel ou de péché véniel , par rim<->

Nn î

566 Des Lois.

Î)ortance de la chose que ceite loi commande ou iir* éud. Si Tobjet de la loi est considérable, la traosgressioti de la loi est uo péché mortel. Si cet objet est de peu de coDSf qoence , la transgression est une faute Wnielle , pourvu toutefois que quelque circonstance accidentelle ne la rende pas griève.

1 . On juge que Tobjet d'une loi est considérable, lors* que ce qu'elle prescrit est important pour le bien général , ou pour U tranquillité publique, ou pour les bonnes moeurs.

Pour connoitre si une chose est importante , ou si elle ne Test pas, il ne faut pas la considérer seolemeot en elle-même, mais encore relativement à la fin qoe s'est proposée le législateur en la prescrivant, et aa rapport qu'elle a à cette fin: car une chose peut quelquefois être légère en elle-même, et être néanmoins considérable, eu égard à la fin pour laquelle elle a été commandée ou défendue , et aut suites qu*elle pe»t avoir.

Il y a bien des lois qui , considérées selon ce priecipe, sont reconnues beaucoup plus importantes qu'elles ne le paroissoient d'abord. Par exemple , la défense de la chasse, dans une garenne près de sa maisoD, faite à un prêtre^ celle de Tentrée dans le cloître d^uue maison de religieux , faite aux femmes ; celle de boire dans un cabaret , hors le cas de voyage, faite encore aux prêtres, paroissent d'abord d^une excessive sévérité , et ne devoir pas mériter attention. Mais on en jugera autrement, quand on voudra réfléchir sur k^ grands inconvéniens de la liberté de chasser donnée aux prêtres , sur les scandales qui arriveroient infailliblement, s'il leur étoit permis de fréquenter les caba» rets; sur la nécessité d'empêcher les désordres que fea* trée des femmes, dans les maisons des religieux, poorroit causer, ia fin de ces lois est d^une grande conséquence, et elle exige la rigueur des défenses ^'elles

Des Lois. $6n

haii autremeot on verroit bienlol à quoi aboutiroit leur indulgence ) si elles permeiioient ce qu'elles in« lerdJsent.

2. On juge que Tobjet d^une loi est important ^ lorsque la loi le commande ou le défend très-étroilement, sous peine de la malédiction ëterneiic , ou en vertu de la sainte obéissance^ pour les religieux. Un législateur ne peut se servir de ces expressions , que lorsqu'il s'agit d'objets de conséquence ^ et elles en sont U preuve ordinaire. Les termes à^ordonner , de com-^ mander^ de prescrire ^ ne signifient rien de précis par rapport à la rigueur de Tobligation; ils conviennent à toutes sortes de lois^ soit qu^il s^agisse de choses de conséquence, ou non. S^il est marqué dans la loi qu'elle oblige sous peine de péché mortel, cette preuve de l'importance de Tobjet de la loi est encore moins équi^; voqne : car un législateur ne peut ordonner de cette manière, ce qui n'est qu'en matière légère. On peut dire même qu'aune pareille loi seroit injuste, opposée au bien public, et ridicule.

3. On regarde comme un objet important , ce qui est commandé ou défendu sous de grièves peines. Une

f;rande peine suppose nécessairement une grande faute , e châtiment doit être proportionné au péché. C'est pourquoi on a lieu de juger que ce qui est défendu sous peine de mort, par les lois civiles, et que ce qui est puni par rexil,par la perte des biens, par la perto de la liberté^ par quelque châtiment corporel ou infamant , est toujours considérable , et la matière d'un péché mortel. U en est de même de ce qui est défendu par les lois ecclésiastiques , sous peine d'irrégularité , d'excommunication, de suspense et d'interdit, encourus par le seul fait.

Il u^ésX pas si certain que tout ce qui est défendu, sous la menace, seulement des censures ecclésiastiques , ou des peines de droit , soit toujours une faute mor^-

Nu 4

569 Des Lois.

telle; suMàut s'il est marqué par la lot que la censure ne sera encourue par les transgresseurs , qu'après qu'on leur, aura fait les moàitioQS canoniques: car alors la

{}eine ne sera pas seulemetit prononcée pour venger a transgression de cette loi , mais encore pour pouir là résistance à rantoritédu supérieur, et le méprbquod fait de ses* avis et de ses mouhions ; ce qui tait un second péché) qui , Joint au premier, suffit pour fooder tiue sentence d'excommunication, quoiqu^au fond la chose n'eut d'abord été que légère. Cependant il arrive raremeut que les supérieurs défendant , sous peine de censure,, ce qui n'est pas péché mortel. Il y a des théologiens qui enseignent que la suspense et Tinterdit de quelques-uns s'cnlemeut des ordres, ne supposent pas toujo^urs une faute considérable. Lorsqu'une chose est déféiidue sous les peines de dtoit^ cette expression générale ne prouve qoe le péché est mortel , qu'autauC 3 ne lés peiries prononcées par la loi, contre Taciioa ont il s'agit ^ soiit considérables.

4* ËD^n) lorsqu'il y. a quelque difScuIlë sur Hmportance d'une loi, il flut s'en tenir au jugement des personnes prudentes et intelligenies , et au sentiment commun des docteurs : c'est la règle la plus sûre qu'oo puisse suivre dans celte matière.

Tout ce qiie nous venons d'établir montre claireineol qiie^ pour pécher mortellement dansla transgression d'une loi , niême portée par les hommes , il n'est pas nécessaire que l'action par laquelle on la transgresse , ait pour pritïcipe un mépris formel du législateur et de ce qu'il ordonne. Lorsqu'on transgresse les lois , c'est le plus souvent le plaisir qui séduit, la passion qui entraîne^ rintérèt qui détermine, l'humeur qui emporte j il peut encore arriver qu'on le fasse par quelqu'autre œoiif particulier : quoique le mépris pour le législateur y entre uelquefois, il n'est pas la cause ordinaire du violemeot e la loi.

Mous voyons au nombre des propositions condam-

Des 'Lois. 56g

D^es par le pape Alexandre YII. celle qui enseigne qi\ on ne pèche mortellement , en manquant au jeûne auquel on est obligé^ que lorsquon le fait par mépris pour la loi de t Eglise. Et en eflFet, quelque respect u*oii ait d^aillenrs pour le législateur et pour sa loi , es qu'on fait volontairement^ librement et avec unô pleine connoissance , ce qu'il défend , la transgression est entière et complète, si la loi est importante. Com* ment donc i)ourroit*on dire que le pccbé n^cst pas cotisidérabler

Lorsqiie saint Bernard dit qu'agir contre le commandement d'un supérieur^ u^est pas un péché mortel quand ou ne méprise point son autorité, il est facile de voir, par les exemples qu'il en donne, qu'il ne parle que des règles des religieux , dont l'objet est trop peu considérable poui* être la matière d'un péché mortel. Tout ce qu'on peut conclure des paroles de ce docteur, est qu'on pèche mortellement , lorsqu'on transgresse les lois les moins importantes , si on les viole par mépris pour Tautoriti dont elles sont émanées \ et c'est ce que nous allons expliquer ici.

Le mépris qui porte à transgresser une loi, peut avoir pour objet, ou la personne du législateur, ou son autorité, ou la chose qu^il prescrit et qu'on regarde comme peu digne d'être l'objet d'une loi et la matière d'un précepte.

Il faut observer que nous ne parlons ici que du mépris formel et positif: car toute transgression d'une lot renferme une aésobéissance volontaire k son supérieur, et un défaut de respect pour sou autorité. Mais , conune on ne (ait pas toujours formellement cette comparaison, et qu'il arrive souvent qu^en transgressant une loi, on n'a in- U^rieurement aucun mépris formel pour l'autorité du législateur, Tespèce de mépris tacite et indt'Iibéré qui se rencontre alors dans l'action qu'on fait , n'en change point la nature , et ne la rend pas plus criminelle qu'elle ue l'est en elle-même.

^7^ D^ IiOi#»

LorsquV>n transgresse une loi , parmeprb pour Tavlorité lëjgitime du législateur , aulorilé qq^on ne vent pas reconnoitre^ ou à laqaeile on ne veut pas se soumettre, le péché est toujours mortel ^ quoique la choitt soit d'ailleurs fort légère» G^est le sentiment commua des théologiens , qui regardent cette circonstance comme très-aggravanie \ et elle Test en effet : car refuser formellement de reconnoUre 1 autorité du supérieur , et de s'y soumettre , précisément en tant qu'il est vêtu du pouvoir de législateur , c'est refuser de le connoîire et de se soumettre a lui comme tenant la |ilace de Dieu^ et comme exerçant une autorité qui ne vient que de Dieu. Saint Bernard dit que ce mépris ëgmle en quelque sorte, tous (escrimes^ qu'il suffît pour damner celui qui en est coupable; et que d'une faute l^ère, il en fait un crime que rien ne peut excuscn

C'est donc un péché mortel de transgresser une Ich^

frécisémeot pour monti^r qu'on ne reconnoit pmnt autorité légitime du supérieur qui l'a portée. C'est un péché mortel de transgresser une loi par esprit d'^indépend^ncc et de révolte contre l'autorité da l^islateun C'est un péché mortel de faire une cbose^ précisément parce qu'elle est défendue^ ou de l'omettre , parce qu'elle est prescrite ^ ou parce qu'elle l'est par le supérieur de l'autorité duquel on dépend.

Les Lois obligent-^les dans tous les cas ^ mâtme lorsgu^Ujr a danger de perdre la /vie ?

On ne peut disputer à Dieu le droit de faire des lois d'une obligation si étroite ^ qu'on soit tenu de les ob-> server, quoi qu'il en puisse coûter. Maître des hommes^ arbitre de leur vie, il en peut disposer a son gré. 11 a droit d'exiger qu'ils accomplissent ses volontés, quai^d même une mort inévitable seroit la suite de leur obéis* sanee.

Des Lois. 57.1

« On demande siDieu a con^muniqud ce droit aux hommes. Nous répondons qu^il ne le leur a pas communiqué son étendue ; mais que ^ comme il a donné

ains et aux premiers .pasteurs , l'autorité né-

dans toute aux souverams

point douter qu^il ne leur ait donné le pouvoir de porter des lois qui obligent quelquefois dans

dans Télat ^ tout tend au bien général de la société. Ce bien général pour TEglise, c^t le salut des fidèles j et pour rétat , c^est sa prosphérité temporelle et la tran-* qoillité publique. Or, il y a bien des cas où les fidèles manqueraient des secours nécessaires^ et la républiq^ue de défenseurs , si ceux qui sont chargés du gouvernement y ne pouvoient pas faire des lois qui obligeassent en toute rigueur, même lorsqu^on ne peut les observer sans s'exposer aux dernières extrémités ou à an danger évident de mort. Gomment, par exemple, ceux qui sont dans une ville infectée par la peste, ponrroient-ils être munis du secours desSacremens, si TEglise n^avoil pas le droit d^ordonner aux prêtres d'y demeurer, au risque même detre attaqués du mal contagieux? Com^ ment Tétat pourroit-il se défendre contre ses ennemis , si le prince n*avoit pas le pouvoir d'obliger les sujets à le détendre , même au péril de leur vie ? L^obligation de ces lois est fondée sur le droit naturel , qui enseigne , qu'il faut préférer le bien public au bien particulier.

Les lois positives fixent quelquefois le temps , et dé* terminent les circonstances dans^ lesquelles on est obligé de hasarder sa vie pour la défense de la patrie, ou pour le salut des fidèles. On pourroit quelquefois s^imaginer que la nécessité de s'exposer a mourir, n'est pas extrême : la loi fixe les incertitudes. On douteroit encore plus souvent, si Ton y est personnellement obligé : et la loi, en chargeant de cette obligation certaines personnes,

S'ji Des Lois.

montre qu^elle tombe prëcisëment sur ceux qui en sont charges, et quMlsy sont tenus preférablenienl aux autres. Chacun , à la vérité , doit conserver sa vie ^ mais non dans le cas où le bien de TEglise , et celui ae Fëtat en demandent le sacrifice : car le salut des âmes , la gloire de Dieu , Thonnetir de la Religion , ei la conservation de 1 état doivent être préférés à notre propre couser* «vfltion.

Comment peut^on distinguer les Lois poskieês ^ui

obligent qu péril <h la "vie ?

vJn est obligé d^observer une loi positive , cpioiqu'on ne puisse pas le faire sans s^exposer à perdre la vie: 1^ lorsque ce qu elle défend est essentiellement mau'vais, et ne peut jama» être permis^ dans quelque circonstance que ce puisse être. Tl^ 'Lorsque Tobservation de la loi est plus essentielle au bien de la Religion ou de la répoblique, que ne Test la conservation de notre vie. 3^ Quand le violement de la loi nuit plus à la Religion ou a la république, que la perte de notre vie. 4^ Quand on exige d'une peiisonne , quVIle viole la loi , en haine de la Religion , par mépris pour la foi , pour rautorité de TEglise, pour rautorité de son souverain^ 5^ Lorsqu^ou ne peut violer la loi , sans trahir sou Dieu , sa foi) sa Religion , son roi , sa^ patrie.

Ce que nous avons dit par rapport au danger de mort^doit être également entendu delà crainte Janmal considérable. Lorsque les lois obligent malgré le péril de mort auquel dies exposent, il n*est aucun mal qui puisse en excuser la trangression ^ et lorsqu'elles n'obligent point au péril de la vie , une incommodité notable en dispense communément.

Au reste, c'est une chose bien différente, que d'être obligé en vertu d'une loi à faire quelque chose au péril de sa vie \ ^i de pouvoir volontairement faire la fuême

Des Lois* 575

choie ) en sHsx posant an même danger : il faut de plus grandes raisons pour en faire un précepte. Il est vrai qu'il eu iàat aussi de considérables pour le pouvoir faire dans les cas où Fou ny est pas d ailleurs obligé. L^homme nest pas le maître de sa vie, et il n^a pas droit de lexposer témérairement et sans nécessité ^ mais il le peut faire sans crime , et même avec mérite , dans des circonstances où il ne convicndroil pas de le lui commander. On ne pourroit qu'admirer le courage d^un ami, et la tendresse d^un père, qui s^exposeroieut à la mort , et même à une mort certaine , pour sauver la vie d^un ami ou d'an fils. On ne pourroit que louer la charité d'une personne, qui, touchée du triste état d'un pauvre mourant ^ lui donneroit le seul morceau de pain qu^clle auroit dans un temps de famine pour soutenh* sa propre vie j ou qui , dans un naufrage^ céderoit à quelqu autre la planche k la faveur de laquelle elle pourroit se sauver. Il ne conviendroît pas néanmoins de faire un précepte de ces actes héroïques de charité. De même, on n'est point ordinairement oblige de sauver sa vie^ en se soumettant à certaines opérations honteuses et douloureuses^ mais aussi on ne pourroit légitimement les défendre.

Les Lois/ondées sur des présomptiom^ obligent-elles

toujours en conscience F

Xj%s lois fondées sur des présomptions , sont celles qui n'ont été portées > que parce que le législateur a jugé que Taction qu'il défendoit, poiivoîl avoir certains incotivéniens ; ou que celle qu'il prcscrivoit poiivoil procurer un certain bien , quoique cela n'arrive pas toujours. Ainsi, ces lois no sont point ap[Uiyées sur un motif absolu, et sur la mture même del'action qu'elles

S'ji Des hots.

preserivent , mais sur des circonstances particulières qui peuvent ne pas s'y rencontrer.

On distingue ici deux sortes de présomptions : Tune de fait ^ Taatre fondée sur le danger ahaché à de certaines actions. La présomption de fait est celte par laquelle le législateur présume que Faction qu^tl défend' a été faite aune certaine manière , et a eu réellement de certains inconvéniens : alors, ou ce que le législateur présume est réellement arrivé , ou il ne Test pas* Dans le premier cas la loi oblige sans difficulté : dans le second, on peut croire que l'intention da législa*» teur n^a point été d'obliger à Tobéissance , à moins qu'il n'ait marqué expressément le contraire. C*èst une espèce d'axiome , dit un célèbre théologien , qu'une loi fondée sur la présomption, n'oblige point en conscience, lorsque la présomption est fausse : lexinprœsumptiorm. fundata^ non obligat quandà prœsumptio falsa ésL

S'il y avoit «ne loi qui ordonnât d'obliger deux personnes mariées en face de l'Eglise , d'habiter ensemble comme mari et femme ^ nonobstant un empêchement dirimant secret , pour lequel l'une d'elles aemande la dissolution de son mariage , sans cependant pouvoir prouver cet empêchement; celle qui le connoît certainement eten est très^ssurée, devioit plutôt ,di t le droit, se soumettre humblement à 1 excommunication que le

(*Qge prononceroit conir'elle pour la forcer d'habiter avec 'autre, que d'obéir à la sentence. La raison en est , que cette loi et cette sentence sont fondées sur une fausse présomption de £itt: lelégisbteuretle juge auroient présumé qu'iln'y aVoit point d'empéchranent , parce qu'il n'avoit point été prouvé. Or, la vérité doit remporter sur la présomption : débet potiùseMX>mnumioatianis\sententiam humiliter susiinere , quàm per camale commercium , peccatum mortale operari ( Sjrh. t.a.q. g6. art 4* q* ao concl. à. ).

Une loi qui prescriroit une chose évidemment con-

Des Lob. S'jS

traire au bien public^ laquelle cependaBt le législateur n auroil ordotiilée^ que parcje qu'ail la regardoit commo utile et même Decessaîre à la société; cette loi^ dis^je^ u obiigeroit point en conscience : elle ne devroit même pas être regardée comme une véritable loi ^ parce quo toutes doivent tendre au bien public.

I^eslois fondées sur la présomption du danger atta-« ché à certaines actions, sont celles qui ont pour objet des choses qu il seroit dangereux de permettre ou de tolérer, parce qu^elIes ne se font point communément, sans produire de pernicieux effets, ou sans étresuiviesi de quelques mauvaise circonstance. Ainsi, TEglise défend de faire profession dans les ordres religieux , avant qtie d^avoir seize ans accomplis , parce que commutiément, avant cet âge , on n'a point la maturité d^esprit nécessaire pour prendre un pareil engagement. Il est certain que cette loi oblige toujours , même dans le cas où Ton verroit que celui qui n'a pas encore seixe ans, ft qui veut s'engager dans Tétat reb'gieux , connoU U force de Tobligation qu'il conlracteroit par-la.

Il y a plusieurs autres lois , tant ecclésiastiques que civiles , qui obligent pareillement , dans les circons-* tances même où le mal qu^on a prévu devoir résulter des actions qu^elles défendent , ne se rencontre point ^ et quoique les conséquences sur lesquelles ces lois sont fondées , n'^aient point lieu dans tous les cas. En voici la raison : le motif de ces lois est que les actions qa^elles défendent, produisent communément de mauvais effets; or, ce motif Subsiste toujours. Le législateur en portant sa loi , n'a pas jugé que ce qu'il craignoit se rencontre-* roft toujours dans tous les cas et dans toutes les circons* tances. L^Eglise , par exemple , n'ignoroil pas que

Î>lusieurs de ceux qui n'ont pas seize ans, ont quelque-^ bis plus de lumières , de connoissances , et de force d^esprit, que ceux qui ont atteint cet Age; et qu'ils peuvent même en certains cas, trouver quelque avantage pour leur salut , à sVngager plutôt 3 mais aussi. ^

5*76 Des Lois.

TEglise sait qu^en général et coromiméroeot , la pIupaH ne peuvent prudemment s^engager dans IV tat rêligîei.x avant Tâge ae seize ans. Ce n'est point sur une simple conjecture que sa loi est appuyée, mais sur la ceni'ude fl^un danger réel et véritable ^ et, quoi qu'il en puisse étred^une circonstance particulière, les vœux solennels, faits avant Tftge de seize ans, sont curamunément prématurés , indiscrets , et exposés à un repentir d autant plus funeste qu^il seroit inutile, sans la loi qui les défend. Qui n^eût pas cru être dans le cas de lexception , si elle en eût autorisé quelqu'une à cette loi P C est d ailleurs un principe de droit • et même de IVquité naturelle ^ que les dispositions des lois soient formées sur ce qui arrive communément, sans avoir égard aux circonstances rares et particulières^ et que par conséquent elles établissent un ordre général , auquti tout le monde soit obligé de se conformer.

Quelle est la Matière des lois?

j^ous appelons ici matière des lois, les actions et les choses que les lois prescrivent , qu^elles permettent , ou qu'elles défendent.

Les lois ne peuvent avoir pour objet , que les actions libres des créatures raisonnables : ces actions peuvent seules êtres soumises à leur direction. Ce qui se fait nécessairement d'une certaine manière, n'a pas besoin de règle : Thomme n'en estpa^ responsable, puisqu'il n^est point le maître de le faire , ou de Tomettre à son gré^ de le suspendre , ou de le continuer « lorsqu'il le juge à propos. C'est pour cette raison, que les premiers mouvemens ne sont point soumis à Icmpiredes lois \ ik s^élèvent en nous , lorsque nous y pensons le moins , et sans que notre volonté y ait aucune part. Ce qui dépend ae nous , et ce que le^ lois nous ordonnent, c'est d'arrêter ces mouvcmeoS) dès que nous

OOllS

De^ Loift 577

tious ^n apercevons , et que nous y faisons réflexion } ou, aa moins , d^ refuser notre consentement.

Les choses qui sont Tobjeldes |ois, sont ou bonnes^ ou naauvaises, ou indifférentes. L'office de la' loi est de commander ce qui est bon et louable ^ ou du moins de l'approuver j de prescrire le lemps et les circous-» tances bù ou doit le faire. Ainsi, la loi naturelle com-^ mande d aimer Dieu; elle approuve la libéralité et le désintéressement. Ainsi , la loi de TEglise qui ordonne d entendre la messe les jours de feies , de se confesser une fois chaque année , et de communier à pàques , établit seulement la nécessité de faire ces actions dans un certain temps que. la loi de Dieu a'a point prescrit. Ainsi . robligatioii d'offiir a Dieu des sacrifices, qui est de droit naturel , est déterminée par la loi chrétienne au seul sacrifice de la messe , que cette loi nous enseigne être le plus agréable à Dieu ; et la loi ecclésiastique a réglé la manière et le temps deToffrir.

On peut pousser trop loin la pratique des vertus, et il peut j avoir de Tindiscrétion et da danger; ainsi , il est du devoir des législateurs dy mettre aes bornes , et.de fixer le sage milieu . au-delà duquel on ne peut aller. C'est pour cette raison que, qiaelque louable que soit en lui-même û désir du martyre , rEglisc ne permettoit point daller dai;is cette espérance, et d'autorité privée,^ brûler les temples des Païens \ de crainte quW ne les irritât par*là ^ et qu'on* ne nuisit à la Religion chrétienne, au Ijeu delà servir, et parce que d^ pareils actes auroiept été contraires à l'exemple de Jésus-Christ et des apôtres* . Us^ensuit de là, que les lois positives peuvent quel-

Sruefois, pour de bonnes raisons et en certains cas , déendre certaines actions lionnes eu elles-mêmes et par rapport à leur objet.

Telle est la défense de l'Eglise*, qui ne veut pas que le saint sacrifice de la messe soit célébré le veudredi^saint. Telle est encore la défense que les lois civiles font, de Tom e III. O o

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