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peu considérables, ont leurs maximes ^ et ceux qui devroienl leur obéir, en reconiioissent d'autres. La noblesse a les siennes ] le Peuple s'en forme aussi, selon qu'elles lui conviennenl. Il y a une morale de soldats , de négocians, d'artisans, de partisans, et même de voleurs, de bandits et de corsaires : car ils ont certaines règles qu'ils observent entr'eux aussi fidèlement que Jes autres hommes observent leurs lois, et ils se font , comme les autres^ une conscience qui approuve leur genre de vie.
Enfin, en descendant jusqu'à chaque homme en particulier, ©n trouvera qu'outre quelques maximes générales dans lesquelles ils conviennent avec ceux de leur religion et de leur profession , ils ont aussi plusieurs maximes particulières, qu'ils ramassent çà et là, ou qu'ils se forment d'eux-mêmes, et dont ils se compos^^nt une morale toute différente de celle des autres. On ne peut qu'être surpris , en considérant le mélange confus de ces maximes qui fout la morale des paniculiers, de reconnoître qu'il ne s'y trouve pas moins de variété que dans les physionomies, qui sont si admirablement diversifiées. Mais ce qu'il y a de plus étonnant encore , et qui fait mieux connoître l'excès de l'aveuglement des hommes, c'est la légèreté prodigieuse avec laquelle ils embrassent les plus importantes maximes de leur conduite; le peu de soin qu'ils apportent pour discerner la vétité d'avec Terreur^ et ro[)iniâtreié avec Inqiielle ils s'attachent à leurs faux principes ^ comme s'ils étoient assurés et indubitables.
Il s'agit de leur tout, puisqu'il s'agit pour eux d'une éternité de bonheur ou de malheur. Chaque pas qui les avance vers la mort, les approche de l'une ou de l'autre de ces deux éternités. Ne semble-t-il donc pas que leur princi[)al soin et leur principale application devroienl être de s'instruire des règles véritables qu'ils doivent suivre dans la conduite de toute leur vie, et de lâcher
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de les discerner de ce nombre infini de fausses règles qui sont suivies par ceux qui s'e'loigneni de la vërilé.
La diversiié même des maximes qui régnent parmi les hommes, leur devroit faire comprendre qu'il n'est pas si aisé de trouver le chemin qui mène à la vie, puisque tous ne conviennent pas du choix de celui qui me'riie la préférence. Si ce chemin étoit si visible, il les altireroittous , en se montrant clairement à eux^ et, s'il se Irouvoit des hommes assez déraisonnables pour refuser dy marcher, il ne s'en irouveroit point d'assez aveugles pour le méconnoîire.
Cependant la chose à laquelle communément on pense le moins, c'est la nécessité de s'instruire de quelle manière on doit vivre. On embrasse pour l'ordinaire , sans discernement, les premières maximes que l'on a reçues^ et il est rare de voir des personnes révoquer en doule celles qu'elles ont ainsi embrassées.
C'eit ce qui paroît particulièrement dans le choix de la Religion , qui est cependant la chose du monde la plus importante, et qui fait, chez tous les peuples, une partie irès-considérablo de leur morale: car il n'y a point de témérité égale à celle qui porte la plupart des hommes à suivre une religion plutôt qu'une autre. Exceptons cependant la Pieligion chrétienne, dont réclatqu'elle reçoit par la divinité deson établissement , par sa sainteté, par ses miracles, par ses prophéties, par sa doctrine, enlève tellement l'esprit et le cœtjr , que , loin de pouvoir accuser de témérité ceux qui la préfèrent à toutes les autres, on doit regarder, comme des aveugles volontaires et opiniâtres, tous ceux qui refusent d'ouvrir les yeux à la lumière qu'elle fiil briller dans l'univers : outre que, plus on pénètre le fond de cette sainte Religion, plus on y découvre de vérités et d'instructions consolantes, fortes et incontestables^ tandis que toutes les autres ne peuvent soufirir la moindre recherche et le moindre examen.
Nous ne parlerons donc ici que des religions doul
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les hommes sont les auteurs , et nons disons qu'il n'y a rien de plus exiravagatit que toutes ces créances. Elles n'ont» ni miracles^ ni prophéties, ni rien de capable de persuader les esprits tant soit peu sensés. Tout ce que l'on connoît, par la raison, par Texpé— rience, par la lecture des histoires, les détruit et les convainc de fausseté. D'où vient donc qu'elles sont suivies par tant de nations ? Qti'on demande aux Turcs, a^x Chiuois, aux Tariares, etc. pourquoi ils suivent la reli^^ion qui est admise chez chacun d'eux : ils ne répondront autre chose, sinon qu'ils la suivent parce que leurs pères Tont suivie; parce que leurs parens, leurs amis , leiir nation, leur prince, la suivent. Yoilà tout le fondement de leur créance.
Mais il ne faut qu'un peu de sens commun , pour voir tout le ridicule d'une pareille raison : car, par cette règle , toute religion sera véritable dans le pay^ où elle est reçue. Néanmoins , qtjelque fausse que soit une telle règle , le commun des hommes n'est pas capable d'y résister, leur esprit y succornbe , il s y rend aveuglément.
La Religion chrétienne est la seule qui puisse justifier d'une pareille imprudence , ceux qui viennent à son école; quoiqu'il n'y ait d'ailleurs que trop de chrétiens qui ne le sont que de la même manière que les Tiircs sont mahométans, c'est à-dire , parla seule impression de l'exemple, et qui n'ont ni l'esprit ni le cœur chrétien, i^ joutons que, quoiqu'il soit vrai en général que la morale des chrétiens est très-solide dans les principes qu'ils tirent de celte divine Religion, on ne peut qu'êire surpris et affligé à la vue de celle qui sert de principe à une infinité de personnes qui se disent néanmoins disciples de Jésus-dhrist. Disciples qui ne sont chrétiens que de nom, peu instruits de leur Religion, cl qui se donnent la liberté, comme les autres hommes, de se former, selon leur caprice, des maximes toutes contraires à la doctrine de TEvangile.
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-Celle qu'ils ont puisée daiis la Religion chrétienne, ne compose qu'une bien petite partie de leur morale, lli ont un grand nombre de systèmes qu'ils ont adoptés au hasard. L'exemple de leurs amis et de ceux avec qui ils vivent^ les discours de ceux avec qui ils conversent^ leur amour-propre^ l^ désir de justifier leurs passions- l'irrégularité, la perversité de leur conduite, leur inspirent encore, sans qu'ils y pensent, une infinité de fausses maximes, lis forment des jugemens sans nombre sur les diirérentes rencontres qui se présentent: ces jugemcns graves dans leur mémoire, et favorisés de ramour-pro{)re, qui les regarde comme ses propres productions, sont regardés comme autant de règles qu'il lï'est pas permis de contester. Et de là , une morale qui n'est guère moins déréglée et dépravée que celle des Mahoraétans et des Gentils.
Ces mor.'slrueux senlimens sur la Pieligion sont d'autant pKis irrémédiables, qu'on se fait une gloire de mépriser la science de bien vivre, et de ne vouloir point connoître la vérité; ou si Ton marque quelque désir de s'en instruire, on y travaille avec tant de nonchalance et si peu d'attention , qu'il semble qu'elle ne vaille pas la peine du travail qu'il eu coùteroit.
Il n'y a que la science de la Religion , pour laquelle on ne ne reconnoît aucun besoin d'instruclion et de maîtres. On en veut pour toute autre chose ^ on écoute avec docilité ceux qui enseignent ce qu'on veut apprendie^ ou fait choix des artisans, des médecins , des avocats , dont on croit ne pouvoir se passer^ mais on n'a aucune défiance, lorsqu'il ne s'agit de rien moins que de se sauver ou de se perdre pour l'éternité : tout guide alors senibie habile^ le premier venu est bon ^ on se repose sur lui avec une parfaite sécurité , et on entreprend hardiment le voyage qui doit conduire à un bonheur ou à un malheur éternel , sans chercher d autres lumières que celle de ces maximes fantasques . extravagantes , cl le plug
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souvent impies , qui i)e nourrissent Tesprit et le cœur que d'illusions , de mensonges et d'irréligion.
Où sont ceux qu'on voit sérieusement louches de la crainte de s'égarer , et de prendre nne mauvaise roule dans leur vie leniporelie^ qui ne désirent rien davancage que de trouve]' la fi.mière qui doit les conduire au ciel , et qui fassent de cette recîierclie leur principaie et leur plus s?^rieuse occupation f Où sont ceux qui se défient d'eux-mêmes , qra marchent avec crainte et tremblement , et qui soient conlinueilement aitenlifs à regarder où ils meUront leurs pas f II y en a sans doute, puisqully a des justes et des élus. Mais le nombre de ceux qui prennent garde à eux ^ et qui çeillùnt^ ainsi que Jésus- (Christ nous le dit à tous , est il le plus grand ï N'esl-il pa^ lîvident que le commun du monde marche sans crainte , sans défiance , sans prévoyance, et sans réflexion f N'esl-il pas évident que la plupart des hommes s'avancent à grands pas vers la mort, suivant toujours lémérairement leurs passions et leurs fantaisies , jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à ce moment terrible qui fait voir a^^x pécheurs ce qu'ils n'ont pas voulu reconnoître durant leur vie^ mais qui le leur fait voir inutîlemenî , en tirant du fond de leur cœur ces paroles de désespoir : nous nous sommes donc égarés de la voie de la vérité ^ la lumière de la justice n'a point lui pour nous^ et le soleil de fintelligence ne s'est point '<'vé sur nous : ergo crravimus à siâ çeritûtis^ et justitiœ lumen non luocit nohis^ et sol intelUgentiœ non est ortus nohis ( Sap, 5. 6. ).
Fut- il jamais affaire plus importante pour rhomn>e, qu'une entreprise où les dangers sont journaliers^ où les méprises sont ordinaires; où, parmi les rouies infinies qui paroissent sures, il ne s'eH trouve qu'une de véritable, et où cependant le succès doit décider d'une desiinr'e éternelle r* On n'eut donc jamais besoin de tant de circonspection cl de prudence, dans la con-
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duite d'une pareille entreprise 5 et il faut être bifn aveugle pour ne pas reconuoîlre qu'elle demande des alteiuions non communes.
Or, qruconque n'aura pas entièrement renoncé aux lumières de la lleligion et de la raison, ne pourra s'empêcher de convenir , s'il veut y rt^Oéchir , que telle est l'affaire du salut ^ et d'en conclure aussitôt, qu'e'tant si pe'rilleuse et si essentielle , il est pour nous de la dernière importance, d'avoir ^^s règles qui nous guident dans le chemin qu'elle demande que nous tenions; de ne point nous déterminer au hasard, parmi celle multiphcité de voies que les hommes suivent ; de les examiner toutes , indépendamment des usages et des coutumes qui les autorisent ; de ne rien donner à l'opinion et à l'exemple ; de ne rien laisser à i'incerlitude des évènemens, et de préférer toujours la cerlilude au p^^ril.
Voilà pourquoi le juste nous est partout représenté, dans les livressaintsxomme une homme sensé et jirudent qui suppute^ qui compare, qui examiue, qui discerne, qui éprouve ce qu'il y a de meilleur , qui ne croit pas légèrement à tout esprit, qui porte ^ ses pieds le flambeau de la loi pour éclairer ses démarches, et ne pas se méprendre dans ses voies. Le pécheur, au contraire, 3^ est dépeint comme un insensé qui marche à l'avenlure , et qui, dans les pas les plus périlleux, passe outre avec confiance, comme s'il marchoit dans les sentiers les plus sûrs el les plus unis. Sapiens tiinet , et déclinât à malo : stnltns transilit ^ et confiait ( Pvov. \l\. 16.).
Telle est précisément la situation de presque tous les liommes, dans l'affaire du salut élernel. Partout ailleurs , prudens, attentifs, défians, habiles à découvrir les erreurs cachées 50us les préjugés vulgaires , c'est po'ir le salut tout seul, que rien n'égale leur crédulité et leur imprudence : on adopte alors sans attention (\qs> préjugés communs, seulement parce qu'ils sont établie : on suit ceux qui marchent devaut, sans
J^go Des Lois.
examiner oii conduit le sentier quHIs tiennent: on ne daigne pas se demander à soi-même, si Ton ne se trompe point: il suffit de savoir qu'on n'est pas le seul à se m^'p rendre.
Il y a plus , dans TafFaire qui doit décider d'une destinée eiernelie , on ne fait pas même usage de sa raisou. On ne demande point d'autre garant de sa siireté, que l'erreur commune, on ne doute pas, on ne s'informe pas ^ on ne se défie pas, tout est bon. On est épineux, difficile, défiant, plein de précautions, quand il s'agit d intérêts terrestres^ mais on ne croit pas que les intérêts éternels méritent une si grande attention; et on est alors persuadé, qu'il suffît de se conduire par instinct, par opinion j par impression étrangère : on ne veut rien y mettre du sien ^ et on se laisseenlraîner indolemment, à la multitude età l'exemple. Sur tout autre point, on rougiroit de penser comme la foule : on se pique même d'outrer la singularité, dans sa façon de penser sur tout le reste. Sur le salut tout seul, on consent à être du sentiment vulgaire^ ou si Ton s'en écarte , c'est pour traiter légèrement ce qui s'y trouve de plus conforme aux véritables règles^ et il semble que, pour ce grand intérêt seulement, la raison ne nous ait pas été donnée. Est-il question d'affaires temporelles ? on sait développer les motifs qu'on n'a eus de prendre un parti plutôt qu'un autre ^ on sait justifier son choix, par la solidité de ses raisons: mais dans TafFaire du salut, si on est interrogé sur les raisons qu'on a eues de préférer les abus , les usages et les maximes du monde, aux règles de l'Evangile, on n'a rien à répondre, sinon qu'on n'est pas le seul , et qu'il faut vivre comme tout le monde vit. On se pique de raison et de sagesse, quand il s'agit de choses vaines : on est enfant, quand il s'agit de la vérité. En un rnot , on pense que l'affaire du salut ne doit être regardée que comme une de ces entreprises qui ne demandent aucune mesure, aucune précaution j que
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Ton peut hardimeut abandonner à l'incerlitude des évènemens, el dont on peut renvoyer le succès au hasard, sans le faire d3^)eadre du travail et des soins de riiomme.
Nous avons donc tous besoin d'une règle nire, constante, invariable, qui nous dirige, qui nous éclaire, qui nous rassure dans la voie par laquelle nous devons parvenir au bonheur éternel (pii noMs est destiné. Ne la cherchons pas dans le cœur de riiomine^ il a trop de r^'piiguance pour toui ce qui le gêne : aussi le voyonsnous continuellement occupé à trouver des prétextes, ou pour adoucir la sévérilé de la loi, lorsqu'il se voit obligé de s y soumettre, ou pour en violer les préceptes. Tantôt il fait tous ses efforts pour accommoder la loi aux t»?mps , aux circonstances . â ses projeis ', tantôt sa vanité lui fait trouver dans Félcvation du rang et delà naissance, des privilèges contre la loi ^ tantôt rapportant tout à lui-même, il se persuade que ses intérêts doivent Tem porter sur la loi^ les plus légers inconvéniens lui paroissent des raisons contre la règle.
De là viennent les variations éternelles de la morale chez la plupart des hommes. Comme ils ne puisent pas leurs lumières dans cette raison souveraine qui e'claire tous les esprits, et qui est le docteur immuable de la vérité, mais dans la corruption de leur cœur Cl dans la vanité de leurs pensées, ils qualifient le bien et le mal selon leurs caprices : les vices et les vertus sont presque parmi eux des noms arbitraires. Ils ignorent que le caractère le [)lus inséparable de la vérité, est d'être toujours la même:, que le bien el le mal tirent leur immutabilité de celle de Dieu , qui est glorifié par Tun , tandis que Faulre Toutrage; que la sagesse, la sainteté et la justice de Dieu, sont les seules règles de mœurs; qu'il n^'î[)par tient pas aux hommes de changer à leur gré ce que les hommes n'ont pas établi, et (Ce qui est plus ancien que les hommes.
Quelle sûreté peut-on trouver après cela dans les leçons de leur morale, toute fondée sur rinstabiliié,
J^g2 Des Lois.
les varialîons éternelles de leur doctrine ? Les règles changent avec les siècles^ de nouveaux temps leur amènenf de nouvelles lois ^ les temps et les coutumes décident toujours de leurs moeurs. En un mot , ce n'est pas la doctrine qui clianj^e le:-» mœurs; c'est le chauge— ment des mœurs , qai entraîne toujours celui de la doctrine.
Il n'en est pas ainsi de la vérité. Elle est immuable dans sa durée: elle voit tout changer autour d'elle^ elle seule ne change point. Les devoirs quVlle nous prescrit, fondes sur les besoins et sur la naïure de l'homme , sont de tous les temps et de tous les lieux , comme elle. Au milieu des chaogemeas des mœurs et des siècles, la vérité demeure toujours la règle immuable des siècles et des mœurs. La ferveur ou le dérèglement des gp'néraiioii.s n'ajouie ni ne diminue rien à rindulgence ou à la se\priîé de ses loin^ le zèle ou la complaisance des hommes , ne les rend ni plus austères , ni plus accomnu^dantes ^ la rigueur outrée ou le relâchement excessif des opinions et des doctrines humaines laissent à ces lois toute leur snge sobriété, et elles ferment cet Evangile éternel que fange, dans Fapocalypse (^/?oc. 1 4 6. ) , aîjnonce du haut du ciel, à tous ce Lioc qui habitent sur la terre ^ à toute langue et à toute nation.
Vérité immuable dans son étendue : elle é^aîe tous les états et toutes les conditions ; elle est la même pour les grands et pour le peuple, pour le princ' eî pour les sujets- elle ne counoîtdans les devoirs qu'elle impose aux hommes ,ni pauvre, ni riche, ni noble, ni roiuvier, ni maître, ni esclave^ tous sont obligés d'écouter ses lois, et de lui obéir- elle ne voit dans \ts hommes, ue le litre de fidèle qui les égale tous, elle ne les istingue point par leurs noms et par leurs places, mais par leurs vertus \ et les plus grands à ses yeux , sont ceux qui sont les plus saints. Le prétexte du rang et de la naissance ne peut rendre innocente à ses yeux,
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la transgression de ses lois ^ les privilèges de la dignité n'obtiendront jamais d'elle, le changement et radoucissement de ses préceptes ^ l'usage et la coutume ne la forceront jamais à permettre les abus^ et elle nous dira toujours, que c'est une pure illusion de croire qu'il y a \ine autre voie de salut pour les grands , que pour le peuple.
Vérité immuable dans toutes les situations de la vie : elle ne connoît ni conjoncture difficile, ni perplexité, *^ii péril apparent, ni prétexte du bien public, qui puisse permettre de violer, ni même d'adoucir le devoir; elle condamne sévèrement tous les tempéiamens, qui dispensent de lui rendre gloire lorsqu'il faut se déclarer pour elle, et qui persuadent qu'on peut la retenir dans l'injustice, lorsqu'il s'agit de soutenir ses intérêts.
Ce n'est donc pas des lumières humaines que uous devons attendre la connoissance de nos devoirs. Nos défauts sont communs aux autres hommes^ leur raison n'est pas moins timide et moins bornée que la nôtre. Il ne lient pas à eux, le plus souvent , que ce que nous savons le mieux, ne devienne incertain : quand ils ser oient même consommés en science et en sagesse, ils doivent néanmoins être considérés comme rien , si la sagesse de Dienn est point en eux. Comment pourront-ils pourvoir au besoin que nous avons d'être éclairés et réformés, puisque nous sommes tous plus ou moins privés de la gloire de Dieu- puisque nous avons tous des penchans corrompus dans leur source, pour lesquels il faut une règle qui les rectifie et qui les redresse.
Nous avons des passions : Tordre demande qu'elles soient toutes réglées par le frein de la loi. Nous sentons nous-mêmes que notre corruption se répand sur les plus petites, comme sur les plus grandes choses; que l'amour- propre infecte toutes nos démarches, et que partout nous nous retrouvons Ibibles, et loujouis opposés à l'ordre et au devoir. Nous ne trouvons presque plus en nous, que des principes d'erreur et des sources
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de corruption ^ la justice et la vérité nous sont dcveriuég comme étrangères ^ nos penchans nous entraînent comme maigre nous , vers les objets illicites.
A ce poids de corruption qui nous rend Je devoir si difficile, ajoutons les pièges qui nous environnent, les exemples qui nous entraînent , les objets qui nous amollissent, les occasions qui nous surprennent, les complaisances qui nous afFoiblissent , les afflictions qui nous de'couragent, les prospe'riies qui nous corrompent, les situations qui nous aveuglent , les biensrances quT nous gênent, les contradictions qui nous éprouvent^ tout ce qui est autour de nous, et qui n'est pour nous qu'une tentation continuelle. '
Si nous jetî>ns encore un coup d'oeil sur les misères qni nous sort propres, que verrons-nous dans notre cœurf Une opposition presque insurmontable à Fordre et à la justice^ le dégoût pour la vertu et pour ses maximes^ une paresse invincible à qui tout coûte, et à qui tout ce qui coûte devient presque impossible^ une fierté que le devoir ne peut obliger à plier, ni à se soumettre^ une inconstance de cœur qui se lasse bientôt de lui-même ^ qui est incapable de suite et d'uniformité^ qui ne peut s'assujettir à la règle, parce que la règle est toujours la même^ qui veut, et qui ne veut plus ^ qui passe en un clin—d'œil d'un abattement excessif à une joie vaine et puérile, et ne met qu'un instant entre la résolution la plus sincère et rinfidélité qui la viole.
Dans une situation si misérable , que deviendra rhomme, lorsqu'il s'agira de se déterminer sur ce qu'il doit faire et sur ce qu'il doit éviter, s'il est livré à son ignorance, aux égaremens de son cœur, aux illusions de son esprit '^ s''il ignore que l'ordre et l'innocence sont le bonheur qu'il doit rechercher sur la terre?
Dès que l'homme est l'ouvrage de Dieu , l'homme ne penl [)Ius vivre que conformément à la volonté de son auteur. Dieu ne l'a point créé pour le laisser vivre
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au hasard sur la terre, sans lui manifester sa volonté'^ sans lui prescrire ce qu'il devoit à son créateur , aux autres homme, et ce qu'il se devoit à lui-même. Aussi^ en le tirant de la boue, il imprima dans l'être de Thomme une lumière vive, sans cesse montrée à son cœur, qui ré^loit tous ses devoirs. // lui donna un esprit , pour penser y il le remplit de la lumière de l intelligence. Il créa dans lui la science de Vesprit^ il remplit son cœur de sens , et il lui fit voiries biens et les maujc^ en lui donnant le jugement ne'cessaire pour les connoîire. Le Seigneur fit luire alors son œil sur le cœur de l'homme ^^ en l'éclairant de sa lumière^ pour lui faire voir la grandeur de ses œuvres , afin que l'homme relevât^ par ses louanges ^ la grandeur du nom de Dieu ^ qu'il le glorifiât de ses merveilles; quil publiât la magnifiicence de ses ouvrages. Le Sel-' ^ueur prescrivit alors à thomme Tordre de sa conduite^ par les saintes ordonnances qu'il lui donna* il le rendit le dépositaire de la loi de vie , en lui confiant ses divins préceptes. Ilfiit avec lui une alliance éternelle^ et il lui apprit les ordonnances de sa justice^ dans la loi qu'il lui donna (Eccli. c. 17. 5— lo. ).
Il y a donc un ordre immuable qui règle les devoirs de rhomme : ordre selon lequel il est évident que rhomme doit être soumis à Dieu , prf^fèrer Dieu à la créature, aimer Dieu plus que les créatures. Ordre immuable, ^/uisqu'il est fondé sur la nature de Dieu et des créaiuies. C'est pour lui-même que Dieu nous a faits : il est donc noire fin éiernolle^ aussi veut-il que nousTaimions. Ce n'est pas que Dieu ait besoin de nous^ mais c'est que le devoir de faimer étant essentiellement juste, il est impossible que Dieu, qui est la justice même, ne le prescrive pas à 1 homme ^ il est impo:;-sible que Dieu n'exi^^e pas de nous cet amour essentiel^ parce qu'il est impossible que lliomme ne soit pas obligé de se rapporter à sa fin. Dieu s'aime nécessairement; il est sa fin à lui-même, son bonheur et sa gloire. Il veut
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nécessairement pour lui , loiu ce qu'il fait passer du uëant à Têire : il est impossible qu'il veuille que ses ouvrages soient indëpendans de lui , et à plus forte raisou que riiomme, qu'il a créé à son ima^e , ne lui soit pas soumis. Aussi la Religion est-elle la fin de Thomme. Or, en quoi consiste lidée précise de la Religion, si ce n'est dans fassujettisiiement de Ihomme entier à Tauteur de son être ?
L'homme doit donc s'appliquer sans relâche à con— noître et à méditer les volontés de son créateur ^ pour sW soumettre sans aucune réserve. Garde z vos lois , dit Dieu à tous les hommes : Je suis le Seigneur votre Dieu, Ego Dominus ^ Deus ^vester, « Ajez un désir » ardent pour mes paroles^ aimez-les, et vous y trou- » verez toutes les lumières dont vous avez besoin. Le » com ni en cernent de la sagesse , est le désir sincère » de l'instruction : le désir sincère de l'instruction , est » famour de la sagesse : Tamour de la sagesse, est » l'observation de ses lois. L'attention à observer ses » lois , est raffermissemenl de la parfaite pureté de » fâroe *, et cette parfaite pureté approche Thomme » de Dieu.
« Mon ûls, dit le Seigneur à Thomme, n'*oubliez » point ma loi ; et que votre cœur garde mes pré— » ceptes. Marchez toujours en ma présence^ pensez » à moi dans toutes vos voies, consultez- moi &ùx\^ > toutes vos entreprises , et je conduirai moi-même :> vos pas. jNe soyez point sage à vos propres jeux ^ » gardez mes paroles ^ faites-vous^ dans votre cœur, » un trésor de mes préceptes. Mon fils, donuez-nioi » votre cœur, et que vos yeux s'aliachent à mes » voies. »
C'est afin que nous ne perdions jamais de vue ces grandes instructions , que FEsprit saini uojjs exhorte sans cesse «d'écouter la sagesse, et d'ouvrir les oreilles j> de notre cœur pour feniendre^de la chercher, » comme les avares cherchent l'argent et les trésors
cachés
Dis Lois. 497
» caches de la terre ^ dea faire notre hien , noire hé- » ritage, notre trésor^ de travailler à acquérir la pni— » dence, aux dépens de tout ce que nous pouvons » posséder. »
C'est pour nous apprendre où nous trouverons les lumières dont nous avons besoin dans le cheniin qui doit nous conduire à notre dernière fin, que TEsprix saint, après nous avoir dit d'embrasser la discipline, de d^'sirer 1 instruction, la science d'aj^ir, le règlement de la vie, nous pailedn bonheur de celui «qui veille
> tous les jours à l'entrée de la maison de la sagesse, » et qui se tient à sa purl{\ Sagesse qui est en Dieu 5> de toute éternité. G e^t elle qui t-n^eigiie la lempv*- » rauce* la prudence, Li juNiice, la force et les choses » du monde les plus utiles à rhomine dans cette \ ie. s> Elle enseigne la science de Dieu, elle est la diiecy> trice de ses ouviages, la consolation de lliomme » dans les ennuis et l<^s peines de la vie. Dieu n'aime T» que celui qui est avec elle. Elle est nëcessaiie pour » redresser les sei. tiers de ceux qui vivent sur la rerre, » et pour ap[)rendre ce qui est agréable à Dieu- sans » elle on est dans l'ignorance du bie-n^ c'est d'elle que » viennent le conseil et 1 équité^ elle a la science et !> liritelligence de toines choses; ses voies sont belles, î> tous ses sentiers soiit pleins de paix. »
A La sag»»sse n'est amere qu'aux indociles, aux in—
> sensrs d<.nt l'imprudence est toujours errante et les » coiiduit au hasaid; q^i marchent après leurs pen- » sr'es, qni veulent fnre la volonté de leurs pensées ^ ^ accomplir les désirs déréglés de leur cœur , vivra » selon leurs passions, s'abandonner aax égaremens de 3> leur esprit. » Aussi les voit-on « hair l'instruction, » abandonner le chemin droit, marcluir par des voies » lénobreiises , se réjouir, lorsquils ont lait le mai ^ » IrioHipher dans le* choses les plus criminelles^ ea » un mot, toutes leurs voies sont iufames. »
« Malheur à ceux qui ont quitté les voies droite*^ Tome III. I i
jfqS I^Es Lois.
s» et qui se sont détournes dans des roules égarées. Et !^ que feront-ils , lorsque le Seij^neur commencera à y examiner toutes choses , et qu'il leur fera rendre
> compte de leurs œuvres. »
Enfans des hommes , dit le Seigneur à tous ceux qui refusent de consulter sa loi et de sVn remplir, « enfans des hommes , jusqu'à quand aurez-vous le » cœur pesant f pourquoi aimez-vous la vanité', et » cherchez-vous le mensongeF Oenfans! jusqu'à quand » aimerez-vous fenfance ? jusqu'à quand, insensés, » désirerez \ous ce qui vous est peinicieuxPImprudens, :^ jiisqu'à quand hairtz vous et rejeiierez-vous la j> science? ConveMisscz vous, par les remontrances que !& je vous fais. Que si vous ne voulez poit)t écouter » mes paroles , si vous ne me regardez pas, lorsque je
> vous tendrai la main, si vous méprisez tous mes ^ conseils, si vous négligez mes leçons, je rirai aussi s> à votre mort, et je vous insulterai, lorsque ce que » vous craignez vous sera arri\ é. Lorsque la mort fondra 5> sur vous comme une tempête, et que vous vous :> trouverez surpris par les maux les [)lus pressans, » vous m'invoquerez, et je ne vous écouterai point 5 » vous me chercherez, ot vous ne me trouverez point, s» Je me cacherai à vous, parce que vous ne vous se- » rez point soumis à mes conseils, et quo vous n'au- 3» rez eu que du mépris pour toutes mes instructions. » Vous mangerez le fruit de vos voies ^ vous porterez » la peine due à votre mauvaise conduite, et vous se-
> rez rassasiés du fi-uit de vos idées pleines de folie. » Apprenez donc, dit à tous les hommes la Sagesse
éternelle, apprenez à embrasser la discipline^ à recevoir avec docilité les instructions de ma doctrine. Soumtttez-a)ous à la prudence de mes leçons. Instruisez-vous de ma loi. Sachez que Végarement de ceux qui auront de faversion pour elle, les perdra pour toujours, et que ceux qui iri écouteront ^ reposeront en
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assurance , et jouiront de V abondance de mes biens^ sans craindre aucun mal.
Heureux ceux qui rèj^Ient toutes leurs démarches selon la loi du Seigneur! Heureux ceux qui s'aj)[)liquent à connoîire ses volonle's , et qui n'ont d'aideur que pour lui plaire! Heureux ceux qui ne se soutiennent et ne se consolent que par la rncdiiation de la loi de Dieu, qui en admirent continuellement la beauip , la justice et la sainteté 5 qui y trouvent leur bonheur, leur liësor, leurs délices^ qui la chérissent comme la source de Tinnocence, du salut et de la vie ^ pour qui elle est la lumière qui les éclaire sur tous leurs devoirs, et qui les empêche de s'égarer, la force et la sûreié contre les scandales de ce monde, et contre les ennemis de leur salut !
Elle n'ordonne rien, cette divine loi, qui ne soit conforme aux véritables intéiêls de 1 homme, rien ne convenant mieux à la créature raisonnable, que toutes les vertus qu'elle recommande et qu'elle prescrit. Loi de Dieu, qui nous fait trouver ici-bas notre bonheur, dans le devoir et dans la règle. Loi dont tous les préceptes, bien médités, nous font sentir le rapport nécessaire qu'ils ont avec le cœur de l homme, dont toutes les règles ne renferment que les remèdes de nos maux.
Qu'elle est admirable, celle loi sainte! c'est elle qui éclaircit toutes les lois de la nature, en les interprétant selon toute leur pureté, en renversant toutes les errer.rs dont l'ignorance , le libertinnge et l'irréligion des hommes ont toujours voulu les obscurcir. C'est elle qui autorise toutes les lois humaines^ puisque, outre l'obligation civile et politique de les garder^ elle y en ajoute une de conscience, qui est inviolable et qiii subsiste toujours^ puisqu'elle fait respecter les supérieurs légitimes, non pas en qualité d'hommes, mais comme les ministres de Dieu ^ puisqu'elle maintient leur autorité, non-seulement quand ils sont chrétiens et fidèles j mais quand ils sei oient païens et ido—
5oo Des Lois.
làires; non -seulement quand ils sont vertueux et pariails, mais quand ils seroient remplis même de vices ^ non -seulement quand ils sont doux et favorables, mais quand ils seroient emportés et fâcheux. Enfin , celle divine loi dclruil généralement toutes les lois du péché, dont le nombre élanl infini, sa gloire particulière est qu'il n'y en a pas une qu'elle ne réprouve et qu'elle ne condamne; frappant d'analhême Finjuslice, en quelque sujet qu'elle paroisse; ne respectant en cela ni rang, ni qualité- n'ajanl égard ni à coutume, ni à possession; ne s'accommodant ni à foiblesse , ni à intérêt^ ne cédant pas même à la plus ])tessante de toutes les nécessités , qui seroil celle de mourir : ne moriendi quidem necessitati disciplina nostra conniuet , dit TertuUien.
Loi du Seigneur, loi pure et sans tache ^ elle ravît tous ceux qui la contemplent y elle est fidèle en ses promesses , elle donne la sagesse aux plus simples j elle nous trace le droit chemin du bonheur y elle bannit la tristesse de nos cœurs ^ elle dissipe les ténèbres de nos esprits. La loi du Seigneur est sainte^ elle ne s^ altérer a jamais ^ elle est juste ^ et elle se justifie elle-même (^P s. 18.). Elle est sainte, d'une sainteté solide, qui attaque le vice jusques dans ses princi})es les plus éloignés, et qui établit la vertu sur des fondemens stables et irjébranlables. Loi sainte, d'une sainteté agissante, qui ne s'en lient ni aux senlimens, ni aux paroles, mais qui demande des œuvres. Loi sainte, d'une sainteté universelle, qui ne laisse pas échapper un point de ce qu'elle ordonne^ parce qu'il ne faut, selon elle, que la irangression d'un seid point, pour nous rendra criminels et dignes d'une éternelle léprobation. Loi saiule, d'une sainteté sage, qui n'exige rien que d'équitable , que déraisonnable, que de praticable. Loi sainte, d'une sainteté courageuse, que les difficultés n'arrèierit point, que les contradictions n'ébranlent point, que les plus grands sacrifices n'étonnent point. Loi sainte, d'une sainteté patiente, qui, dans
Des Lois. Soi
les douleurs les plus sensibles, dans les injures les plus piquantes, dans les accidens les plus fâcheux, dans les disgrâces et les adversile's de la vie, se soutient contre les murmures des sens, contre les saillies delà colère, contre les emportemens delà vengeance, contre TafFlictioiidu cœur et rabattement de Tcsprit. Loi sainte, d'une sainteté religieuse envers Dieu^ soumise à Dieu^ zelëe pour la gloire de Dieu, douce et affable à Tëgard du prochain, ppévenante et bienfaisante^ toujours attentive sur elle— même, sévère pour elle-même, dégagée de toutes les vues de la chair ^ an- dessus de tout intérêt, de toute fortune ; au-dessus de toute ambition , de toute réputation , de toute considération humaine- indépendante des caprices et des humeurs, des aridités et des sécheresses . des onnuis et des dé— goûts ^ fixe et immuable dans le devoir, parce que c'est le devoir^ et invariablement adonnée au bien , parce que c'est le bien , et qu'on doit le chercher en tout.
Enfin , la première loi faite pour Thomme , étant celle qui lui commande la recherche du souverain bien, où il doit trouver sa vie et sa béatitude, il faut nécessairement eu conclure, que Dieu seul peut être le principe et la règle de tous les devoirs de Ihomme.
Or, quelle idée nous formerions-nous de sa sagesse, s'il ne nous avoil point donné de rè^le fixe à lacjuelle nous dussions nous conformer? Seroit-il digne de lui, de nous livrera l'incertitude dins les devoirs que nous avons à remplir pour lui plaire ? Seroit-il d'3venii le Dieu de l'inconstance^ lui, dont le premier caractère est de n'être sujet à aucun changement, à aucune vicissitude? Comment subsisteroit en lui cette règle immuable de la justice, celte sagesse souveraine, qui fait tout avec ordre, et qui nous prescrit des obligations proportionnées aux situations où sa providence nous a placés dans la vie ] cette loi, qui veutque tout se rapporte a la fin pour laquelle il nous a créés, et que rien ne leu ëloiifnc dans nos aileciions et dans nos œuvres. ^ li 3
5o2 Des Lois.
Quel est donc le premier des devoirs que Dieu impose à riiommeF f^ous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur ^ de toute votre âme ^ de tout votre esprit^ de toutes vos forces, O est-là le grand et le premier commandement.
Nous sommes obli^rs d'aimer Dieu , parce qu'il est notre Dieu, le premier Etre, le souverain bien, le principe et la source de toiil bien, par conséquent seul aimable à cause de lui même, et le seul qui mérite d'être infiniment aimé. Nous sommes obligés d'aimer Dieu , parce que c'est lui qui nous a créés; nous sommes ses eufans. nous sommes son peuple. // nous a aimés le premier : il ne cesse point de nous combler de bienfaits; Cl, quelque amour que nous lui témoignions , nous ne répoîidrons jamais que très-foibîemenl à tout ce quMl a fait, et fait encore tous les jours pour nous. Nous sommes obligés d'aimer Dieu, dont la bonté pour nous est d'auîant plus digne de nos hommages et de notre reconiioissance , qu'avant droit, par la souveraineté de son emj)ire sur nous, de nous commander tour ce qu'il lui plaira, il se contente de nous ordonner de l'aimer.
Dieu veut être aimé seul, parce qu^il est seul le bien de l'homme. Il exige que nous l'aimions du fond du cœur, on d'un amour véritable, sincère, solide , et qiii, demeurant dans l'âme par une tendre affection, se répande au dehors par les effets., dans toute la condnite de notre vie. Car celui qui n'aime Dieu qi]e de la bouche , et non du cœur , est un menteur et un hypocrite : celui qrji aime Dieu du cœur, et qui n'agit point ou ne fait rien pour lui, est un lâche qui tient la vérité captive sous une injuste servitude: celui qui, en agissant pour Dieu , n'agit que des mains et non du cœur, en faisant, sans affection pour Dieu, ce que Dieu lui commande, et qu'il ne feroit pas s'il ne crai— guoii le cliuiiment, est un vii esclave de la crainte lerviîe.
Pour aimer Dieu, il faut lui obéir, marcher dans
Dfs Lois. 5o3
ses voies , observer ses préceptes et ses ordonnances^ être docile à sa voix^ lui demeurer attaché comme étant notre vie. Quiconque dit qu'ail connaît Dieu ^ et ne garde pas ses commarideme/is . est un menteur j et la vérité ri est point en lui. Mais si quelqu'un garde sa parole^ il possède en soi véritablement et parfaitement la charité de Dieu y et c est par oie nous connoissons que nous sommes en lui.
Or, la volonté de Dieu Cit. que nous sojons saints^ parce quil est saint, H veut que nous évitions le mal.^ ei que wons fassions le bien. Il nous d^'fènd de nous conformer au siècle présent .^ dans les senlimenSy d^iis les coutumes, dans les manières, dans les principes de nos actions. Il nous défend de suivre les dé^ sirs déréglés., comme Jont les païms^^ qui ne con^ noissent pas Dieu. Il veut que nous sojons transformés en des hommes tout nouveaux .^ par le renou^ vellement de notre esprit ^ que nous sojons sans cesse occupés à étudier sa volonté^ à connoître,^ à discerner ce quUl désire de nous .^ de bon^ d'agréable et de parfait, Jl nous ordonne de nous acquitter de tous nos dev olrs ^ a\ec une promptitude qui bannisse la lâcheté ^ de conserver laferv>eur de l'esprit ; de nous souvenir toujours que c'est le Seigneur que nous servons^ d'èire continuellement dans la joie que nous inspire l'espérance chrétienne^ de soujjrir les maux avec patience j de persévérer dans la prière j en un mot de faire servir tout ce que nous avons, et tout ce que nous sommes, à la piété et à la justice,
Nous ne devons doue poiiit chercher d'autre vie ni d^aulre félicité qiie Dieu même. Il ny a que lui qui puisse être le princij)e de la vertu, et qui en puisse être la récompense. Il ne nous commande que d être b(iureux, en nous commandant de nous attacher à lui, et tous ses préceptes, qui nous défendent tant de ( hosos, se réduisent tous à la défense qu'il nous a fuie de nous rendre misérables : car nous le serons, si nous soitmes
5o4 Des Lois.
injustes. C'est pour notre intérêt, que Dieu est jaloux
de notre cœur, et qu il ne veut point de rival.
Nous aurons lieu, dans la suite, dVxpîiquer plus en détail et plus amplement les devoirs que nous impose le précepte de l'amovjr de Dieu.
C'est cette première loi, F'ous aimerez le Seigneur n)otre Dicu^ qui est le fondement et le premier princine de toutes les autres. Elle est commune à tous les hommes, eiie les regarde, elle les oblige tous ^ et aucun d'eux ne peut se soustraire à sa souveraine autorité^ puisque Dieu les a tous créés, et tous faits pour lui,
A celle première loi, L'ieu en a ajouté une seconde ui oblige lous les hommes à s'aimer et à s'unir entr'eux :
ous aimerez^ nous dit le Seigneur, i^otre prochain comme çoiAS-niéme.
C'est res|»rit de ces deux lois de l'amour de Dieu et de Tamour du |)rochain , qui doit être la règle de tous les devoirs de l'homme , et la source de toutes les lois.
Le Seiiineur, desiinatit tous les hommes à être unis dans la possession d'un bien unique, qui est leur commune félicité, et à y être unis si étroitement, qu'ils ne seront quun en Dien^ a voulu faire dépendre en partie cette dernière unit)n qui doit faire leur béatitude dans le ciel , du bon usage de celle qui doit former sur la terre leur société.
Tous les hommes sont membres les uns àcs autres^ ce qui doit leur apprendre à se secourir mutuellement, et à s'nnir étroitement par les liens d'une intime amitié. L'œil ne dit pas à la main^ye n ai pas besoin de vous, La tête ne dit point aux pieds . /> puis me passer de vous : au contraire , les membres d'\ corps s'intéressent les uns pour les aiures : lorsqujiu d'entr'eux soîfFre, tous les autes souffrent avec lui ; et lorsque quelqu'un est honoré , tous s'en réjouissent avec lui . Voi'à, selon sainlPanl, le modèlede l'union qiîi doit être en«re tous • es homme«;. Cet exemple, coiîolr.t ce grar^d arôtre, do.i servir de règle aux dispositions où nous devons
Des Lois. 5o5
être à Tegard du prochain. Nous devons avoir pour 1 li tirie afj'ection ti une tendresse vraiment yirû/ernelle ^ une estime qui nous porte à le prévenir^ par tous les ttknoignages à' honneur ei (\^ déférence qui dépendent de nous.
Amour du prochain, amour universel , qui sait qu'il suffit d'être homme , pour avoir droit d'être aimé , et ne peut admettre l'exception qui permet de haïr ses ennemis; qiii prie pour ceux qui le persécutent et qui le calomnient ; qui fait du hien à ceux qui le haïssent; qui ne rend point le mal pour le mal j qui proscrit to;jt ressentiment; qui est disposé à souffrir de nouvelles insultes, plutôt que de se venger; qui sait mettre tout en ŒMvre pour se réconcilier ^ lorsque quelqu'un a quelque chose contre lui. Amour du prochain, amour tendre et sincère , qui regarde tous les hommes comme ses frères; qui resserre, autant qu'il peut, les liens qui Tunissent avec eux ; qui travaille avec soin à conserver C unité cVun même esprit ^ par le lien de la paix. Amour doux et patient ^ qui vit en paix ^ autant quil est en lui^ avec tous les hommes , qui tolère tout^ qui supporte tout ^ qui ne juge ni ne condamne [lersonne ; qui ne soupçonne point le mal; qui ne se réjouit point de V inj ust ice ^mais qui se plait daiLS la vérité. Amour du prochain, amour jtiste et équitable, qui rend à chacun ce qui lui est dû; qui ne cherche point son intérêt, kniouv comj atissnnt, qii sait excuser les foiblesses de ses frères. Amour bienfa isart, toujours prêt à faire du bien à tout le monde. Amour généreux, toujours disposé à donner sa vie pour ses Jrères.
Saint Paul nous enseigne encore, sur les devoirs extérieurs à l'égard du [)rorhain . qu'ils doivent être diversifiés selon les élais où le proch.iiii se trouve : s'il est dnwi la nécessité .) nous devons le soidager ; s'il est étranger.^ et privé de tout secours, nous lui devons ^hospitalité : s'il nous est contraire, jusqu'à nousyve/'-
5o6 ^^^ Lois.
sécuter. nous devons éviter loute imprécation , nous garder de le maudire^ et ne penser au contraire qu'à le bé'nr ^ en lui souhaitaut loute sorte de bonheur^ s il est dans la joie ou dans les pleurs , nous devons partf«i;pr ses dispositions avec lui, par une disposition semblable de joie ou de tiis'esse. Saini Paul ajoute, comme une suite du même devoir, l'obligation d'être tous unis les uns avec les autres^ dans les mêmes sentimens et les mêmes afï'eciions, ne nous élevant point avec arrogance ^ mais nous accommodant auoc petits. Si le prorliaio est témoin de nos actions , nous devons Védifit'r par nos bons exemples, et ne d mner aucur» lieu de Scandait^ à personne. Si nous avons quelque différend à démêler avec lui, nous devons le l'aire dans un *^s[)rit de paioc ^ et la conserver ^ quand cela se peut. Si! en use mal avec nous, nous devons éloigner toute id'^e et tout sentiment de vengeance, laissant à la justice divine le soin de faire justice à tout le monde, et de tirer des crimes de ceux qui nous offensent, la vengeance que Dieu s'est réservée. La seule vengeance, permise à des chrétiens, est celle que les âmes bumbles et douces , simples et innocentes, connoissent unique— mf*ni : de donner à manger à son ennemi , s'il a /aim j et s'il a soif ^ de lui donner à boire. Enfin, loin de nous laisser vaincre par le mal ^ nous devons a)aincre le mal par le bien.
Noms aurons lieu, dans la suite, d'expliquer plus en détail , les devoirs que la charité impose à Thomme à I éuard de son prochain.
Nous observerons seulement ici en g^'néral, que, sar»s la ch?irilé, il est impossible de ne pas rompre les liens qui doivent unir les liommes les uns aux autres sur la terre. Nous Favons déjà remarqué , les hommes sont faits pour la société. Dieu qtii les y a destinés ici-bns , en la leur rendant nécessaire par mille besoins r^^ciproques , imprima dans leur cœur toutes l'ôs affections qui pouvoient la leur rendre clicre. Il les
Des Lois. So^
fit naître tous da même père , et voulut que le souvenir de cette origine commune, leur inspirât toute la tendresse de seniimens que la proximité du sang dorme, et tous les e'gards qu'on a pour ce qu'on aime. Avec ces dispositions , les hommes vivroient toujours dans une parfaite intelligence; on les verroit toujours prêts à se prévenir mutuellement, à s'aider, à se servir, à se donner des preuves de leur attention continuelle pour éviter ce qui pourroit blesser Tordre de la société.
En destinant les hommes à la société , Dieu a formé plusieurs autres liens qui les y engagent encore. Les liaisons générales qu'il a établies entre tous les hommes , par leur nature et par leur destination à une même fin dernière, sous les mêmes lois, sont communes à tout le genre humain^ mais comme elles ne forment pas pour chaque homme , les relations singulières qui Fengagent aux uns plutôt qu'aux autres, le Seigneur a ajouté à ces liaisons générales et communesà tous, certains engagemens particuliers de diverses sortes, par lesquels il unit les hommes de plus près entr'eux, et détermine à chacun quels sont les devoirs qu'il doit remplir à l'égard de ceux à qui ces engagemens le lient ^ devoirs personnels dont il ne pourroit s'acquitter envers tous les hommes. De sorte que ces engagemens sont à chacun , comme des lois parliciilières qui lui marquent ce que l'amour du jirochain exige de lui ^ et qui par conséquent règlent plus précisément ses devoirs.
On distingue plusieurs sortes d'engagemrns que peuvent contracter les hommes: mais comme cotte matière nous méneroit trop loin , nous renvoyons ceux qiii voudroiciit s'en instruire, à la lecture des ouvrages des jurisconsultes qui en ont le mieux traité. 11 nous suffit de remarquer ici , que les dilférens engagemens par lesquels Dieu a formé l'ordre de la société des hommes, doivent être consid('r<*s conmie les fondemens des diverses règles de ce qne la jusiice et
5o8 ^^^ Lois.
IVaiiité exigent de chaque homme , selon les hens par-
ticuh'ers qu'il a contractés.
On voit ainsi, que tous les engagemens établis entre les hommes, sont comme des moyens de pratiquer Tamour mutuel qu'ils se doivent, et que tous les dif— ferens devoirs que prescrivent ces engagemens, ne sont autre chose que les divers efFets que doit produire cet amour, suivant les conjonctures et les circonstances.
Le commandement d'aimer son prochain, doit donc être le principe de toutes les règles des eiigagcmens que les hommes contractent enlr'eux ^ et Ter-pril de ces règles n'est autre chose que Tordre de Tamour que les hommes se doivent réciproquement. Ainsi, les règles qui ordonnent de rendre à chacun ce qui lui appartient , de ne faire tart à personne, de garder loi jours la fMlélitë dans ses engagemen?> , et auîres semblables, n'ordonnent que la pratique deTamour mut :el que les hommes se doivent: car aimer, c'est vouloir faire du bien : et l'on n'aime point ceux à qui l'on fait quelque tort, ni ceux auxquels on n'est pas fidèle.
C'est ainsi que la seconde loi commande aux hommes de s'aimer. Car l'esprit de cetie loi n'est pas d'obh— ger chacun d'avoir, pour tous les autres hommes, cette inclination qu'attirent les qualités qui rendent aimable: l'amour qu'elle ordonne, consiste à ne vouloir aux autres et à ne leur faire aucun mal ^ à désirer sincèrement leur vrai bien , et à k leur procurer autant qu'on le peut. Ce commandement est indépendant du mérite de ceux qu'on doit aimer, et il n'excepte qui que ce soit^ il oblige d'aimer ceux qui sont les moins aimables, et qui nous baissent: c^r la loi qu'ils violent subsiste pour nous, et nous devons souhaiter leur vrai bien , et le leur procurer , autant par l'espérance de les ramener à leur devoir , que pour ne pas violer le DÔtre.
Ces réflexions serviront à faire voir que, comme c'est la loi de famour du prochain qui est le prin-
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cîpe de tontes celles qui regardent les engagemens que les hommes contractent entrVux, ce n'est pas assez de savoir, comme savent les nations les plus barbares, qu'il faut rendre à chacun ce qni lui appartient, qii il ne fanl faire tort à personne, qu'il faut être sincère et fidèle dans ses engagemens et autres règles semblables^ mais il faut de plus considérer Tesprit de ces règles, et la source de leur vérité dans la seconde loi , afin de leur donner toute l'étendue qu'elles doivent avoir. Car on voit souvent que^ faute de ce principe, certains juges ne regardant ces règles que comme des lois politiques , sans en pénétrer 1 esprit qui oblige à \\x\e justice plus abondante , ne leur donnent pas leur juste étendue , et tolèrent des infidélités et des injustices qu'ils réprimeroient , si Tesprit de la seconde loi étoit leur principe.
C'est dans ces maximes dont la vérité est incontestable, qu'ont été puisées les règles suitantes :
1. Que tout homme étant membre du corps de la société, chacun doit y remplir ses devoirs et ses fonctions, selon qu^il y est obligé par le rang qu'il y occupej et par ses autres engagemens. D'où il s'ensuit , que chacun doit regarder ses engagemens, comme des lois qui lui sont propres.
2. Que chaque particulier e'tanl lié à ce corps de la société dont il est membre, ne doit rien pntre[>rendre oui en blesse Tordre : ce qui renf-rme rengag("ment de la soumission et de l'obéissance due aux puissances que Dieu a établies pour maintenir cet ordre.
3. Que Fenga^^ement de chaque pa-rticulier envers Tordre de la société dont il fuir partie, l'oblige nonseulement à ne rien faire à Tégard des autres qui blesse cet ordre, mai:> encore à se contenir d;jns son rang, de telle manière qu'il ne fasse aucun mauvais usage, ni de soi— même , ni de ce qui est à lui : car il est dans la la société , ce qu'est un membre dans le corps. Ainsi ceux quij sans faire ton à d'autres, tombent dans quel—
5io Des Lois.
que dérèglement qui offense le public , soît en leurs iicibounes 5 ou sur leurs biens, comme foTit ceux qui se désespèrent, ceux qui blasphèment ou qui jurent, ceux qui prodiguent leurs biens, tous ceux enfin qui violent les bonnes mœurs , la pudeur ou 1 honnêteté , d'une manière qui blesse l'ordre extérieur , sont justement punis par les lois civiles , selon la qualité du dérèglement. Expcditenim Rcipublicœ ^ dit le droit , 72e suâ re quis iiialè utatur.
4. Que, dans tous les engagemens de personne à personne, soit volontaires, ou involontaires, qui peuvent ctre matière des lois civiles, on se doit réciproquement de faire aux autres ce que nous voudrions qu'ils fissent pour nous, et de ne faire à personne, ce q»:e nous ne voudiions pas c^we d'autres nous fissent. Ce qui comprend la règle de ne taiie tort à personne, et de rendre à chacun ce qui lui apparlient.
5. Que, dans les engagemens volontaires et muluels, ceux qiii traitent ensemble se doivent la sincérité pour se (aire en(endre rrciproquement à quoi ils s'engagent, la fidélité pour Texécuter, et tout ce que peuvent demander les suites des engagemens où ils sont entrés. Ainsi le vendeur doit déclarer sincèrement les qualités de la chose qu'il vend , il doit la conserver jusqu'à ce qu'il la délivre, et il doit la garantir après qu'il l'a délivrée.
6. Que, dans les engagemens même qui ne sont pas volontaires, l'obligation est proportionnée à la nature et aux suites de rengagement, soit qu'il consiste à faire, ou à donner 5 ou à une autre sorte d'obligation. Ainsi, le tuteur est obligé à la conduite de la personne et à l'administration des biens de l'orphelin qui est sous sa charge, et à tout ce que cette conduite et cette administration rendent nécessaire. Ainii, celui qui est revêtu d'une charge publique, quoique contre son gré, doit s'en acquitter. Ainsi ceux qui , sans convention , se trouvent avoir quelque chose de commun ensemble,
Des Lois. 5ii
comme des coh''iitiers et autres, se doivent recipro— ciiienieiU ce que leurs enj^agemens demandent.
•7. Qii'en loule sorte d enga^^^emens, soit volontaires ou involontaires , il est défendu d'user d infidc lité, de du[)liciié, de dol, de mauvaise foi, et de toute autre manière de nuire et de faire tort.
8 Que tout ce qui regarde Tordre de la société, impose, à chacun des particuliers qui en sont membres, un enj^agemeni de ce que cet ordre demarjde de lui^ et il petit y être oblige par l'autorité de la justice, s'il refise dy satisfaire. Ainsi, Ton contraint aux charges publiques, dans les villes et autres lieux, ceux qi.-i sont ap[)elés aux fonctions d'échevins , de consuls, et d'autres semblables charges ou commissions. Ainsi, Toq oblige ceux qui sont appelés à une tutelle, à Taccep- 1er et à s'en ac(piilier. Ainsi, Ion coniraint les particuliers à vendre ce qu'ils se trouvent avoir de nécessaire pour l'usage du public. Ainsi, l'on exige justement des particuliers les tributs et les impositions pour les charges publiqties.
9. Que les engagemens volontaires entre les particuliers, devant être proportionnes aux dilTerens besoins qui leur en rendent f usage nécessaire, il est libre à toutes personîies, capables de contracter des engagemens, de se lier par toutes sortes de conventions, comme bon leur semble^ et de les diversifier selon les difl'Tences des affaires , de quelque nature qu'elles soient , et selon la diversité infinie des combinaisons qu'amènent les circonstances : [)ourvu seulement ^ que la convention n'ait rien de contraire à la règle qui suit.
10. Que tout engagement n'est licite qu'à proportion qu'il est conforme à l'ordre de la sorif^té, et que ceux qui blessent cet ordre, sont illicites et puIn's^ables, à proportion qu'ils y sont opposés. Ainsi, les emplois contraires à cet ordre, sont des engagemens criminels. Ainsi, les promesses et i^s conventions qui
5i2 Ï-Es Lois.
violent les lois ou les bonnes mœurs, n'obligent à rien, el n'ont de force que pour rnt^riter des peines à ceux qui ont formé de pareils enj>agemens.
De ces règles générales dépendent une infinité de règles particulières. Il sf:fHt de les lire avec alteiilion, pour reconnoître de quelle importance elles sont à la société, en assurant, contre les fraudes et Tiniquilé des méchans, les engagemens que contractent les hommes entrV.ux.
Quelle paix ne verroît-on pas régner sur la terre, si tous les hommes travailloient de concert à procurer le bonheur de la société , en remplissant avec fidélité les devoirs que leur prescrit la loi d'aimer leur prochain comme eux-mêmes !
Quelle paix enlr'eux , s'ils étoient toujours prêts à se prévenir mutuellement, à s'aider, à se servir, à se donner des preuves réelles el effectives de tous les sentimens que doit leur inspirer cet amour!
Mais le dérèglement de Tamour-propre a produit une foule de passions qui diviseront toujours les hommes^ et la discorde entre les frères, qui commença presque avec le monde , ne finira qu'avec lui. Les hommes sentent, à la vérité j qu'ils sont faits pour les hommes et qu'ils ne peuvent vivre seuls: ne trouvant ]>as en eux— mêmes toutes leurs ressources, ils sont fi^rcés de chercher du secours au dehors, li'inlérèt se joint au penchant pour les rassembler. Les sociétés se forment^ mais leurs liaisons n'ont souvent rien de réel, et presque rien que d'inconstant dans leurs principes et dans leurs motifs. Ce sont souvent les vices qui s'unissent avec les vices, et qui ne peuvent comj)atir. Est-il rare de voir des hommes qui n'aiment qu'eux mêmes, qui ne cherchent que leurs propres avantciges, qui ne pensent qu'à tout envahir? Est-il rare de trouver des hommes qui ne s'intéressent- point au bien commun , qui ne veulent rien faire pour le prochain , qui ne veulent rien souffrir des autres, qui haïssent et détestent la dé- i
pendance "
Des Lois; 5i3
penclance el les assujeuissemeris, qui ne peuvent supporter ni régalilé ni les préférences f Ne voit-on jamais que le rang et la fortune deviennent, entre les hommes, des semences de jalousie, de murmures, de dissensions, de soulèvement el de troubles!*
En un moi, tandis qu'il y aura des passions, elles causeront toujours l'inquiétude et le désordre dans le cœur de ceux qu'elles animeront^ et elles troubleront toujours ceux qui vivront dans leur société'. Il faut donc absolument des lois qui, ainsi que nous Tavons déjà observé , servent de frein à ces passions 5 qui mettent des bornes aux désirs des hommes , qui règlent leurs intérêts, qui distinguent ce qui doit appartenir à chacun, qui les maintiennent tous dans la possession Iranquille de leurs biens. Il faut qu'il y ait des lois qui assurent la paix de la société , en ré[)rimant , en punissant les criminelles entreprises , les injustices, les violences et Taudace de ceux qui veulent blesser et renverser Tordre de cette société :/i7<:/^rt? siint leges ^ ut , eariun metu ^hitmana coerceatur audacia^ tuta-* que sit inter iniprobos innoccnlia ( dist* 4* ^^P* !•)• Ce sont les lois qui font la sûreté commune, elles entretiennent la paix dans les familles, elles sont le principe de la prospérité des états , elles établissent et conservent le bon ordre parmi les hommes. En un mot, les avantages inestimables que les lois procurent à là société, les ont (ait regarder, par les anciens, comme des pre'sens de Dieu même : omnis Icx inventuin et munus Dci est. ( L. 2. ffi de leg. ). Aussi rCy a-t-il j)oinl de nation si barbare qui n'ait ses lois': et les sociétés ne sont florissantes, qu'autant que leurs lois sont sages et qu'elles sont fidèlement observées.
Et comment la société humaine potnroit-elle subsister, si chacun pouvoit librement suivre son caprice^ ses penchans et ses passions P N'est-il pas évident quq la terre ne seroil plus alors qu'un llu'àiie tie brigau^