Tome 11 L K k
5i^ Des Lois.
dages, Je cruautés , d'injustices^ d'abomînatîoiîs ^ tt d'excès de toute espèce.
En effet , il est aisé de comprendre que la perversité du cœur de l'homme le rend insociable. L^omme, dominé par ses passions , ne songe qu'à les contenter j sans songer aux autres hommes. Je suis ^ dit-iï, et il riy a que moi sur la terre ( Isaïe , 47* ^' )•
Le langage de Gain se répand partout : est-ce à moi de garder mon frère P osa-t-il répondre à Dieu ( Qen^ 4' 9')') c'est-à-dire, je n'en ai que faire, ni ne m'en soucie»
Toutes les j)assions sont insatiables. Le cruel ne se rassasie point de sang {Eccli. 12. 16. ). L'ayare n'a jamais assez d^argent ( JEccles, 5. 9. )•
Chacun >^ut tout pour soi. Est-il bien rare de trouver des personnes auxquelles on ne puisse pas faire ce reproche du prophète Isaie ( C, 5. 8.). Malheur à vous^ qui^ par une avidiié insatiable,yo/^/?ej5 maison à maison , qui ajoutez les terres auoc terres , jusqu'à ce que le lieu vous manque. Serez—vous donc les seuls qui habiterez sur la terre ^ et prétendez— vous la posséder toute entière ?
La jalousie, si universelle parmi les hommes, fait voir combien est profonde la malignité de leur cœur. Notre fière ne nous nuit en rien, ne nous ôie rien, et il nous devient cependant un sujet de haine, seulement parce que nous le voyons plus heureux , plus industrieux et plus vertueux que nous. Abel plaît à Dieu par des moyens innocens, et Gain ne peut le souffrir. Dieu regarda fai^orahlement Abel et ses présens : il ne regarda point Caïn , ni ce qu'il lui avoit offert / et Caïn entra en fureur. De là les trahisons et les meurtres : sortons dehors , dit Gain à Abel , allons promener ensemble^ et lorsqu'ils furent au milieu des champs ,, Caïn se jeta sur son frère Abel^ et le tua. L'exemple de Joseph vendu par ses frères, est encore bien propj:e à faire voir ^ jusqu'où une pareille passio» peut porter les hommes.
Î3es Lois. 5i5
tant de passions insensées, et tant d^inle'rêts divers qui en naissent, font quïl ny a point de foi ni de sûreté parmi les homm.es. La corruption est si grande parmi eux , qu'on s'excite les uns contre les autres : « ne croyez point à votre ami , et ne vous fiez point » à votre guide. Donnez-vous de garde de celle qui » dort dans votre sein, et des enfans qu'elle vous a > donnes. Car le fils traite son père av€c outrage , la » fille s'élève contre sa mère ^ la belle-fille s^élève contre » sa belle-mère 5 et l'homme a pour ennemis ceux de » sa propre maison ( Mich, 7. 5. 6. }. » De la vient que les cruautés sont si fréquentes parmi les hommes.
11 n'y a rien de plus brutal, ni de plus sanguinaire que l'homme. « Tous dressent des embûches à la vie 3> de leur frère : un homme va à la chasse après un 3> autre homme, comme il feroil api es une bf te, pour » en répandre le sang, et pour lui donner la mort ( Mich, IbicL v,2),'î>
« La médisance, le mensonge, le meurtre, le vol et » l'adultère, ont inondé la terre, et le sang a touché » le sang ( Osée, 4» 2.),» c'est-à-dire, qu'un meurtre en attire un autre.
Ainsi la société humaine, établie par tant de sacrés liens, est violée et détruite par les passions : et, comme dit saint Augustin, il riy a rien de plus sociable que l'homme par sa nature j il ny a rien de plus iiitrai^ table ^ ni de plus insociable que l homme ^ par la corruption de son cœur ) De Civ. Dei. L, 1 3. C. 27. ).
11 ne sufiût donc pas que les hommes soient unis par les liens de la même société^ qu'ils habitent la même contrée , qu'ils parlent un même langage. Devenus intraitables par la violence de leurs passions, et incompatibles par leurs différentes humeurs, ils ne pourroienl vivre en paix, s'ils n'avoient aucime loi, pour régler leur conduite, et pour décider leurs dijfférends et leurs droits.
Cet ordre est le frein de la licence. Quand chacun
Kk a
5î6 Des Lois.
fait ce qu'il vent , et n'a pour règle que ses cle'sîrs , tout va en confusion. Un lévite viole ce qu'il y a de p)us saint dans la loi de Dieu : la cause qu'en donne lEcrilure, c'est quen ce temps— là ilnj avoit point de roi en Israël^ et que chacun faisait ce qu'il trou^^oit à propos ( Judic. 17. 6. ).
C'est par Tautorité des lois , que Funion est établie parmi les peuples. Elles protègent l'es foibles contre toutes les entreprises qui tendent à envahir^ et à attenter par la force. Tout droit doit venir de leur autorité ^ et on ne peut regarder comme légitime, ce qu'elles défendent. Sous leur autorité, chacun est en repos contre Toppression et la violence^ dans leur autorité, chacun trouve un défenseur invincible , et plus fort sans comparaison , que tous ceux qui entreprendroient de l'opprimer. En un mot, les lois sont « un abri, pour se 5> mettre à couvert du vent et de la tempête*, et un > rocher avancé, sous lequel chacun se met à Tom- » bre dans une terre sèche et brûlante ( Is. 32. 2. 17, !^ 1 8. ). î» La j ustice établit la paix : il n'y a rien de plus beau que de voir les hommes vivre tranquillement^ de les voir tous en sûreté dans leurs tentes, jouir du repos €t de l'abondance. Voilà les fruits naturels d'un gouvernement réglé par l'autorité des lois.
De tout cela , il résulte qu'il n'j a point de pire état que l'anarchie, c'est-à-dire, l'état où chacun veut vivre à sa fantaisie, et sans aucun respect pour les lois^ où il n'y a point de gouvernement ni d'autorité. Là où tout le monde veut faire ce qu'il veut, nul ne peut faire ce qu'il veut^ où il n y a point de maître, tout le monde est maître^ où tout le monde est maître, tout le monde est esclave.
Tout ce que nous avons dit sur la nécessité des loîs^ en démontre l'utilité : et comment peut-on en examiner la fm, sans en sentir tons les avantages? La fin des lois est le bien commun , c'est sur le modèle de celles qui ont Dieu pour auteur j que toutes les autres doivent
Des Lois. 5i7
être faites. Or, les lois divines tendent toutes au bien commun^ c'est— là le but de la loi naturelle, proportionnée à la constitation de notre être, à nos besoins^ à l étal de société où nous nous trouvons dans le monde Conforme aux désirs légitimes de noire cœur, elle est faite pour nous rendre heureux autant que nous le pouvo!is êireen cette vie ^ et Tobservation des devoirs qu'elle imj)ose, tend à procurer le bonheur public et particulier. Mais, comme ce bonheur ne peut être absolument parfait, Dieu y a ajouté des lois positives qui ont pour objet le bien général, d'une manière plus sublime et plus relevée^ puisque ce n'est pas seulement un bonheur passager ou temporel que leur observation procure aux hommes , mais encore une félicité infinie , et la possession de Dieu même pendant toute féiernité. Ces lois sont aussi très-avantageuses aux sociétés qui les suivent. Car, quoique la principale intention de Dieu, dans rétablissement de la Pteligion chrétienne, n'ait été que d'ouvrir à Thomme le chemin du ciel , il n'a pas laissé de la munir des instructions les plus nécessaires au bonheur des sociétés civiles. Une société de vrais chrétiens seroil la plus douce et la plus heuieuse du monde , le siège de la paix et de la concorde , Je règne de la vertu et de la piété. Ceux qui sont dépositaires de fautorilé, y commanderoient avec une fermeté mêlée de douceur ^ les sujets y obéiroient avec soumission , le travail y entreiiendroit Tabondance , en bannissant tous les désordres qui sont les suites de Toisivcté ^ la charité y feroit disparoître la misère et lindigeuce^ linjustice et la licence en seroient bannies. On y verroit ceux qui composent cette société, chercher, par leur conduite, tout ce qui est i'rai^ tout ce qui est cliaste^ tout ce qui est juste ^ tout ce qui est saifit ^ tout ce qui peut les rendre agréables à Dieu^ tout ce qui peut édifier les hommes ^ tout ce qui est ^vertueux ^ tout ce qui est dif^iie de louange en fait de bonnes mœurs ( Philip. 4. 8. ).
Kk 3
5i8 Des Lois.
Les lois des princes, à Tcxemple de celles qui ont Dieu pour auteur, doivent avoir pour objet tout ce qui peut faire le bonheur public. Le pouvoir législatif leur a ét^ donné pour le bien des peuples soumis à leur autorité. Le Seigneur, en les établissant souverains, a vohIu qu'ils fussent aussi les pères de leurs sujets. Les législateurs eccl<^'siasiiques, à phis forte raison , ne doivent avoir en vue, dans ce qu'ils prescrivent, que le bien de la société des fidèles.
Qtîoique les lois doivent avoir plus directement pour objet le bien commun que le bien des particuliers, il en est ne'anmoins quelques-unes qui paroissent faites en faveur de certaines personnes : telles sont celles qui concernent les pupilles, les veuves, etc. Ces lois ne tendent pas moins au bien général , qu'on ne peut procurer qu'eu prenant soin de toutes les conditions, eten leur assuranttouslesavanlages qui leur conviennent. Comme les hommes sont partages dans un grand nombre de profî'ssions différentes, outre les règlemens communs à tous, il en faut nécessairement de particuliers à chaque état : le bien général ne peut résulter que du bien de chaque condiiion particulière.
Dans un royaume composé de plusieurs provinces , qui se conduisent par des lois différentes , pour que ces lois soient censées concourir au bien commun, il suffit qu^elies soient utiles à la province pour laquelle elles soijt faites, et qu'elles ne dérangent en rien Tordre général de Tétat.
En procurant le bien général , les lois font indirec-* tement le bien particulier des membres de la société : car ce qui fait le bien commun fait également le bien des particuliers. Ce n'est pas qu'il n'y ait quelques lois onéreuses à certaines personnes : comme sont celles qui prononcent des peines , qui imposent des tributs, qui établissent la prescription. Mais ^ outre que le bien public exige qu'on arrête les méchans par la crainte des peines, que l'on contribue gux charges publiques , qu on porte les propriétaires 4es biens à
Des Lois. 5i9
eu avoir soin comme ils le doivent, en punissant leur négligence , ces lois ne procurent pas moins le bien de chaque particulier.
Les peines prononcées contre les transgresseurs des lois , retiennent le grand nombre dans le devoir. La crainte de donner lieu à la prescripiiou , engage à veiller à la conservation de ce qu'on possède. La portion de nos biens que nous donnons pour payer les tributs , nous assure Je reste.
De la Loi éternelle.
JLJiEU, étant un être infiniment sage, n'a pu former des créatures, sans leur proposer une fin^ et sans leur procurer les moyens nécessaires pour y parvenir. Il te suffit à lui-même^ il possède de toute éternité une gloire et une béatitude qui ne peut jamais ni croître ni diminuer : il n'a pas besoin de créatures qui lui rendent hommage ^ leurs adorations et leurs louanges ne peuvent le rendre ni plus grand ni plus heureux. Mais, dès qu'il s'est déterminé à les tirer du néant ^ il étoit de sa souveraine sagesse de leur proposer une fin qui en fût digne ^ de leur enseigner et de leur donner tout ce qui étoit nécessaire pour parvenir à cette fin. Nous ne considérons ici la loi éternelle , que par rapport aux créatures spirituelles , intelligentes , raisonnables, libres, capables de discerner et de choisir le bien et le mal. Ce que les théologiens en disent ^ par rapport aux créatures privées de raison et d'intelligence , ne peut s'entendre que de ces lois générales ^ par lesquelles le Seigneur a établi , conduit et règle ce bel ordre que nous admirons dans funivers. Dieu ayant formé ces créatures pour une certaine fin, les y conduit par les moyens que sa sagesse et sa providence jugent les plus convenables. Elles obéissent consiamment à Ks lois, avec one régularité qui ne leur permet paj
520 I^ES Lois*.
de s'en écarter jamais. Ce n'est pas par choix et avec connoissance qu'elies les suivent, mais nécessairement et par une impression à laquelle elles ne peuvent se refuser. C'est ainsi que le mouvement s'entretient et se communique dans le monde. Le soleil chaque jour fournit sa carrière^ les astres font leurs révolutions de la manière et dans les temps que Dieu leur a marque's^ la mer respecte les bornes qu'il lui a prescrites ^te/our5 se succèdent constamment les uns aux autres dans Tordre réglé par sa toute-puissance^ le feu , la grêle , la neige , la glace , les tempêtes , obéissent à sa voioc : en un mot , toutes les créatures privées de la raison et de Tintelligence exécutent les ordres du Seigneur , -parce que tout est soumis à ses njolonlês , dit le prophète- roi. Mais la volonté du Seigneur n'est point, à Fégard de ces créatures, une loi, un commandement, dont elles puissent se servir pour diriger leurs actions^ puisqu'elles n'ont ni entendementpourconnoître ce qui leur est ordonné , ni liberté pour s'y porter j et qu'elles sont absolument incapables de le comprendre.
La loi éternelle est la sagesse et la vérité éternelle de Dieu. Celle loi étant Dieu même, qui est la raison , Tordre et la justice essentielle, en qui sont les idées éternelles et immuables de tout ce q^ui ^st bon , juste, raisonnable, est la rèi;le st?prrrae, primitive, originale, universelle et invariable. Tout ce qui s'accorde avec elle, tout ce qu'elle commande ou approuve, est bon : tout ce qu'elle condamne ou défend , tout ce qui s'en écarte est mauvais, et n'est mauvais que par le défaut de conformité avec elle, comme tout ce qui est bon , n'est bon que parla conformité qu'il a avec celte loi. C'est pODrqaoi saint Augustin dit que le péché est une action , ou une parole^ ou un désir , contraire à la loi éternelle : et la loi éternelle^ s]o\\\.t-\~\\^ est la souveraine raison^ ou la volonté immuable de Dieu.
Loi éternelle, dit ailleurs ce saint docteur, qui fait
Des Lois. 52 1
qu'il est jusle que chaque chose soit dans son ordre: quâ juatum est ut omnia sint ordinatissiina ^ qui ordonne de conserver Tordre naturel, et qui défend de le troubler et de les violer. Toutes les lois humaines pour la poHce et le gouvernement des éiats^ toutes les règles des devoirs cl des maximes de conduite propose'es aux hommes, ne sont donc vraies, justes et salutaires, qu'autant qu'elles sont conformes à Tordre immuable de la loi éternelle. Cest elle que les législateurs doivent consulter, pour savoir ce qu'ils doivent ordonner et ce qu'ils doivent défendre. Conditor legum terriporalium.j dit encore saint Augustin, ( Z. de icr, Jlelig. c, Zi.) si yir bonus est et sapiens^ illam ipsani consulit œternam ( legem ).... ut secundiim ejus in^ commutabiles régulas^ quid sitpro tcmpore j ubendum a:etandumque^ discernât.
De la Loi naturelle,
Xjà loi naturelle, dit saint Thomas ( i, 2, q. Qi,a.2 ) est une impression de la lumière de Dieu en nous, une participation de la loi éternelle. Impressio divini luminis in nobis. participatio legis œternœ in rationali creaturâ. Cette loi éternelle, dans le cœur de Thomme, est commune à tous, aux Ijons et aux méchans, aux justes et aux impies. C'est ce que nous enseigne saint l^aul, lorsqu'écrivant aux R.omains, il parle des gentils qui se iiauneni eujc- mêmes lieu de la loi^ faisant voir que V œuvre de la loi est écrite dans leur cœur , et qu'ils sont instruits du bien et du mal , par le témoignage que leur en rend leur conscience^ lorsque leurs pensées et leurs réflexions les accusent et les condamnent, quand ils font mal^ les dépendent et les approuvent, quand ils font bien. Loi naturelle qui enseigne à Thomme les règles de la justice, qui lui marqiie ce que la rai:5on lui dicte et ce qu'elle lui défend de luire.
S32 Des Lois.
Qui a pn, dit saint Augustin, écrire cette loi dans le cœur de T homme , si ce n'est Dieu lui — même? Quis scrihit in cordibus Jiominum naturalem legem^ nisi Deus ? Il dit encore que eest la vérité qui a écrit cette loi dans nos cœurs^ avec la main de celui qui nous di cvéé$\ manu format or is nostri in ipsis cor^ dibus nostris veritas scripsit. Et elle y est si profondément gravée, ajoute ailleurs ce saint docteur, que Je desordre mêaie où le péché a réduit lliomme, ne l'en a poiui entièrement effacée.
Noas en avons une preuve bien convaincante dans les remords de conscience qui poursuivent et qui tourmentent nuit et jour après un crime, commis même ea secret et sans aucun témoin. Nous sentons,enfaisant une mauvaise action, ou aumoinsaprès l'avoir iaite, que nous agissons ou que nous avons agi contre nos propres principes et nos propres lumières. Eh! qui fait naîtriB en nous ces remords, sinon la loi naturelle^ loi gravée dans nos cœurs en caractères ineffaçables ^ loi secrète, qui condamne le vice et qui commande la vertu ^ loi que nous violons alors , et que nous ne pouvons violer impunément.
Que si quelquefois noifs avons le cœur assez corrompu pour excuser le mal que nous commettons, îious sentons qu'il ne nous est pas possible de l'approuver dans les autres. Il n'est même point davantage, ni de plaisir , du nombre de ceux que le crime procure à l'homme, dont il n'aimât mieux jouir d'une manière innocenie. Preuve évidente que la conscience réclame toujours intérieurement, et qu'elle n'autorise jamais le mal que la passion ou l'intérêt fait commettre. Les scélérats eux-mêmes, quelques efforts qu'ils fassent^ lie peuvent entièrement étouffer la voix de la raison, qui leur découvre la beauté de la vertu, et qui leur reproche leurs désordres. Le remords est attaché au crime : il est une preuve évidente que le péché est con-^ traire à la nature de l'homme et à son bonheur , et
Des Lois. 5^3
Tqn'il y a une loi intérieure et naturelle qui le lui défend.
Mais peut-être que le préjugé d'une éducation chrétienne fait naître ces remords après un crime commis? Si cela éloit, de quel poids auroieni été, pour des païens, les preuves d'un saint Justin dans son apo^ îogie ; d'un saint Clément d'Alexandrie {IJb. a. )^ d'un Origène ( Lib> 5. et 6, contra Celsum,)] et d'un Ensèbe ( Lib. 3. de prœp. Evang, c, i. ) si ces idolâtres n'avoient pas trouvé dans leur cœur^ la vérité que ces Pères vouloient leur montrer f
Il n'est pas nécessaire, dit saint Chrysostôme (llom, 12. ad pop. Antioch, ), de nous apprendre que la fornication est un péché , et la continence, une veitu. Aussi Moise s*est-il contenté de dire : ;/o/7 mœcha^ beris ^ non occides. Et pourquoi ^ continue ce Père, celui quia dit: vous ne tuerez point ^ n'a-t-il pas ajouté, ^arce que le meurtre est un ma/ .^ C'est, dit-il, que notre conscience nous l'apprend, dès que notre raison se développe , et que celte loi positive s'adresse à des gens déjà instruits par une autre loi intérieure. Quarè igitur qui dixit , non occides , non addidit ^ (^^^ô^malum, ca3des 1" quoniani prœueniens conscientia nos hœc docuit ^ et tanquàm scientibus et intelligent ibus ità loquitur.
vc La loi naturelle n'est appelée de ce nom , dit saint » hmhïo\sQ { Epis t, ^\,)^(]\ïQ^diVCfi (lùe^iidiXssdiiiX avec » nous , non scribitur ^ sed innasciturj nous n'avons X» pas besoin de l'apprendre de nos parens ni de nos « maîtres, ou par la lecture des livres^ la raison nous !fr en donne la connoissance: les passions ne peuvent » étouffer sa voix ^ elle dit à tous \ts hommes ce •Sf qu'elle défend ». Pourquoi les impies^ dit saint Augustin ( Lib, \/\. de Trinit. C. i5. ), ne peui'ent— ils s'empêcher de louer les gens de bien ^ et de bldpier les méchans i' sinon parce que les lumières de
524 ^^^ Lois.
la liaison leur font connoïtre les règles que les hommes
doii^eut suwre pour remplir leurs devoirs»
Elles soûl écrites en caractères trop lisibles, ces règles, pour ne pas les apercevoir , si Thomme n'avoit pas Its yeux njalades. Mais les sens, les préjugés, et mille autres causes , produisent de fausses lueurs qui lui font voir souvent dans cette loi ce qui ny est pas : et ne reconnoît-on pas tous les jours que les passions forment nu nuage épais qui dérobe la vue de ses préceptes les plus importans, ou qui, laissant voir le précepte en général , aveugle sur l'application qu'on en doit faire dans les occasions particulières ? N'en avons-nous pas un exemple bien sensible , dans les législateurs de fantiquilé , qui, parmi des lois admirables, en ont laissé d'autres qui violent et qui détruisent les principes de la loi naturelle ?
L'expérience que nous faisons continuellement de la dépravation du cœur de Thomme, nous convainc elle seule , qu'il a des lumières assez pures sur plusieurs points de la loi naturelle, tant qu^il ne les voit que dans leur généralité. Il admet sans peine toutes les grandes maximes : par exemple , quil ne faut point faire aux autres ce que nous ne ^voudrions pas qu'on nous fit j qu'on doit rendre à chacun ce qui lui appartient ^ être juste et équitable en\^ers tout le monde y rendre volontiers sen^ice au prochain , comme nous désirons qu'on nous le rende / être reconnoissant des bienfaits reçus ^ être a)rai dans ses paroles. S'agit-il d'appliquer ces maximes dans les occasions particulières, aux dépens de son plaisir, contre ses intérêts, son ressentiment, son inchnation, et par le seul mQiif de son devoir ? l'homme ne voit plus rien.
Il y a plus. La plupart des hommes n'*observent pas même fidèlement les préceptes de la loi naturelle qu'ils connoissent le mieux. On les voit agir contre leurs propres lumières , contre les cris de leur cons-* cieuce, cl ilémeiiiir par leur conduite, les règles et
Dns Lois. 52?
les maximes les plus cerlames , Jes plus présentes à leur esprit, et dont ils ne peuvent s'empêcher de recon— noître la justice: video mcliora ^ proboque ^ détériora seqnor. Belles leçons de vertu dans les discours des philosophes; vices grossiers et quelquefois abominables dans leurs mœurs. Combien de g^'ns, emportés par la passion, conviennent que ce qu'ils font est défendu^ le condamnent sans détour , quelquefois en gémissant^ en répandant des larmes , et continuent cependant de faire ce qu'ils condamnent !
C'est de la loi naturelle que saint Paul parle, écrivant aux Romains, lorsqu'il leur dit que tous ceux qui ont péché sans la loi ( de Moise ) , périront sans ( celte ) loi y parce qu'il y a une loi naturelle, plus ancienne que toutes les lois positives , et qui , dans un sens , en tient lieu à ceux qui n'en ont point d'autre. Loi écrite dans tons les cœurs, commune à tous les hommes j reconnue dans tout le monde , dit Tertullien : quœres igitur legcm Dei F hahens communem istam , in pu-blico mundi^ in naturalibus tahulis. Elle n'a pu échapper à la connoissance desnalions les plus barbares. Ecrite dans les cœurs des hommes avec des traits de lumière , elle leur a, dans tous les temps, intimé les volontés de l'Etre suprême, et enseigné les règles de l'équité; leur conscience les avervit continuellement de suivre cette loi intérieure, en les condamnant lorsqu'ils s'en écartent , et en les approuvant lorsqu'ils s y conforment. Ea leoc^ dit saint Ambroise, non scribitur ^ sedinnascitur- nec aliquâ percipitur Icctione ^ sed projluo quodam naturœ fonte in singulis eocprimitur. Aussi voit— on riîomme même qui vit dans l'impiété, faire quelquefois des actions q:ii sont le fruit des lumières et des senîimens de droiture et d'équité que le péché n'a pas entièrement détruits dans son cœur. « L'image » de Dieu, gravée dans l'âme, n'est pas assez efFacee » par les affeciions terrestres, dit saint Augustin dans î» son livre de TEsprit et de la Lettre, pour qu'il n'y
S26 ' t)Es Lois/
» en reste pas encore quelques traits ; en sorte qu'oift ^ peut dire avec justice , qu'au milieu d'une vie tressa impie , il ne laisse pas de se trouver quelques bonnes » œuvres 7 ou quelques pensées conformes à la loi. »
Enfin, quoiqu'il y ait certains points de la loi naturelle^ d'ailleurs indubitables , sur lesquels il y a des nation^ entières qui ne parorssenl pas assez éclairées, nous trouvons partout une notion générale du bien et du mal| du vice et die la vertu, et des traits bien marqués des règles de l'équité ^ partout on estime la bonne foi , la rcconnoissauce , et on déteste les vices contraires. Si, dans certaines circonstances, on perd de vue ces règles et les principes généraux de la loi naturelle, connus à tous Les hommes, c'est qu^alors Tâme, toute occupée des objets de ses passions , n'en peut faire Tapplicaiion aux sujets particuliers qui se présentent, noiï plus que si ces principes et ces règles lui étoient absolument inconnus. L«s préjugés, la mauvaise éducation , la grossièreté, Fignorance, peuvent encore étouffer, sur certains points, les lumières de la raison et les sen* timens de Téquité naturelle: mais cette lumière ne s'éteint jamais entièrement 5 les principes s'en conserveiit toujours dans le cœur ^ il ne faut que les développer, en rappelant ces peuples à eux-mêmes ^ leurs erreurs se dissipent bientôt , et c'est ce qui prouve clairement que ces erreurs n'appartiennent point à l'état naturel de l'homme.
On dislingue deux sortes de principes , ou de préceptes de la loi naturelle ; des principes premiers oa fondamentaux ^ et des principes qne les théologiens appellent secondaires* Les principes fondamentaux sont ces premières vérités qui sont a la porté de tout le monde , dont les personnes lés plus grossières peuvent aisément se convaincre, pour peu de réflexion qu'elles y fassent, et par le moyen desquelles on peut parvenir à la connoissance des autres vérités. Tels sont ceux-ci : il faut honorer Dieu , respecter son père ^ aimer ses
Di/S Lois. 52'J
en/ans s^ être attachée) sa patrie ^ se conduire en toutes choses envers les autres hommes^ comme nous vou-» drions quils se conduisissent envers nous ; s'éloigner du mal ^ pratiquer le hicn^ etc. Ces principes sont clairs, simples, universels. Les lois positives n'en sonf^ pour ainsi dire, que le de'veloppemenl et le détail^ et^ quelques expressions qu'eUes souffrent, ces principes eu renferment la raison.
La loi naturelle , par exemple , ordonne de ^ardef un secret \ celle loi sor.ffre quelques exceptions. On n'est point entr'autres obligé de garder le secret , lorsqu'eri manquant de le découvrir , on causeroit un tort considérable à la république. La raison de cette exception est contenue dans le principe général , qui ordonne d'aimer la patrie, et de préférer le bi^n public au bien particulier. Le même principe contient également la raison qui autorise les magistrats à faire mourir les mal^ faiteurs, malgré le précepte général qui défend detuer^ parce que le bien public exige qu'on délivre la société de ceux qui lui sont nuisibles, et qu'on retienne par-là les autres dans le devoir*
Les principes secondaires sont cenx qui se tirent des premiers, par des conséquences. Ces conséquences pouvant être plus ou moins claires, plus ou moins prochaines, on peut encore, à cet égard, faire, entre ces principes , quelque différence.
Tous ces différens devoirs appartiennent à la loi naturelle. Leur obligation est également fondée sur la nature^ et la transgression des uns et des autres, est également opposée à la raison et à la volonté de Dieu , auteur de la nature. Ils ont encore cela de commun ensemble, qne, si ces principes souffrent quelques exceptions , elles sont contenues et expressément renfermées dans le principe et dans l'idée qu'ils présentent à nos esprits. Car, quoique nous ayons coutume de les exprimer sous des termes généraux et universels , et sans faire mention dei limitations qu'on y doit mettre , la loi
528 I^^s Lois.
naturelle qui est écrite dans nos coeurs , Joint toujours les jestriclions au principe , les exceptions à la règle. Par exemple, nous disons en ge'ne'ral , qu'il faut rendre à cliacuo ce qui lui appartient', qu'il faut , par conséquent, remettre un dépota celui qui nous Ta confit», dès qu'il nous le redemande ] qu'on doit tenir sa parole^ qu'on ne doit point commettre d'homicide; et que tout cela est de droit naturel. Mais le droit naturel ne nous propose pas ces maximes dans leur généralité^ etily ajoute les restrictions que nous sommes obligés dy mettre nousmêmes , en les expliquant. Ainsi, lorsque la loi naturelle prescrit de rendre à chacun ce qui lui appartient, elle ne veut pas nous obliger par-là de rendre sur-le-champ à son maître , une chose dont il est résolu d'abuser à son propre dommage, soit spirituel , soit temporel, ou au préjudice d'autrui. Ne devroit-on pas condamner celui qui rendroit son épée à un furieux , qui la demanderoit pour se donner la mort, ou pour tuer son
ennemi f
Lorsque la loi naturelle prescrit de tenir sa parole^ elle ne lordonne qu'avec quelques restrictions , et seulement lorsque ce qu'on a promis. est possible et permis , ou que la promesse faite n'a point été extorquée par violence. Toutes ces exceptions sont également du droit naturel ^ et les raisons sur lesquelles elles sont fondées, sont contenues dans le principe même, qui n'oblige d'accomplir une promesse , qu'autant que ce qu'on a promis peut s'exécuter , et s'exécuter sans crime, et qu'on s'y est volontairement engagé. Dès qu'il y a eu de la violence , il n'y a point eu de consentement , tel qu'il est nécessaire pour produire un engagement. Et c'est-là une différence essentielle, entre les actions mauvaises que la loi naturelle défend , et les actions indifférentes auxquelles on s'engage. A l'égard de celles qu'elle condamne, elle défend d'y consentir dans le cas même de la menace d'un mal considérable^ parce que , de deux maux, il faut choisir le moindre j et que
le
De« Lois. 529
je péché esl le plus ^rand de tous. Mai?, comme la loi naturelle ne dtîfend ni n'ordonne les engagemens que prennent les hommes les nns avec les autres ^ sur des choses qui ne sont pas mauvaises , et qu'elle lesir laisse là-dessus ii'he entière liberté , elle n'autorise point ceux dont la crainte et la violence sont le principe; et le même consentemeut qui sulfiroil pour qu'un crime fût vol.)ntaire, à cause de l'obligation où l'on est de léviler, ne rend point une promesse sufllsamment libre 5 pour qu'elle produise l'obligation de Taccomplir.
Ce que nous venons de dire peut également s'appliquer au préc<^pie qui df H'rjd iliomicide. Il est gravé dans nos cœurs par la loi naturelle, avec quelques limitations qui concernent l autorité qu'ont les magistrats de punir les malfaiteurs , le cas d'une guerre juste, le bien de l'état, etc.
Quelle est l Obligation de la Loi naturelle T
j j'oBLi CATION d'obéir à la loi naturelle est incontps-table. Dieu a écrit cette loi dans le cœur de 1 homme ; r/esL de Dieu . source de toutes nos lumières, que nous tenons les idées naturelles que nous avons du bien Pt du mal, du vice et de la vertu ^ et nous ne pouvons méconnoître que sa volonté , en nous les donnant , I) ait été qu'elles nous servissent de règles de conduite. Ainsi, les grandes maximes de morale que la raison nous enseigne, ne sont pas seulement des règles conformes aux idées que nous avons de l'ordre, de ce qui convient à notre nature et de ce qui y est opposé j mais encore des lois de Dieu, dont il exige Tobser— Valion. Ainsi, les actions contraires à ces règles ne sont pas seulement des dérèglemcnis , mais encore des transgressions des commandemens de l'Etre suprême. Etre Toîne JIL Ll
B3o Di^s Lois,
infiniment juste, qui aime souverainement Tordre, 7e-r ^uel ne peut s ëlablir parmi les hommes que par la la pratique (le la venu, et qui déleste souverainement le mal qui y e«t contraire. Etre infiniment puissant, qui saura bien se faire obéir ^ aussi terrible dans ses châtimens, qu'il est magnifique dans ses récompenses.
C'est ainsi qu'en réunissant la volonté de l'Etre souverain , et la nature des choses que prescrit ou défend la loi naturelle, on trouve que l'obligation qu'elle impose est la plus forte, la plus indispensable et la plus universelle : obligation la plus forte , puisqu'elle est fondée sur la nature même des devoirs qu'elle prescrit, et qu'elle est la volonté la plus marquée de l'Etre souverain ^ obligation la plus indispensable, puisqu'il n'est aucune autûrit?. qui puisse abroger cette loi, ni même y déroger dans aucun point , ou en dispenser dans aucune circonstance :, enfui, obligation la plus universelle, puisqu'elle comprend lous les hommes, lesquels , ayant tous la môme nature, ont nécessairement les mêmes devoirs.
Les* maximes de la loi naturelle étant les règles de conduite que la raison enseigne aux hommes , c'est par le moyen de leur raison, et par le bon usage qu'ils en font, que les hommes peuvent parvenir à la con— noissancede cette loi. Formés plutôt pour être vertueux que savans , nous trouvons dans le fonds de himières qui nous a été donné à tous , plus de secours pour découvrir les vérités de pratique que nous fait connoître la loi naturelle, que pour comprendre les principes des sciences anxquels nous pouvons nous appliquer.
C'est principalement pour nous enseigner les règles naturelles de la morale, que celte loi nous a été donnée. Elle nous fait sentir la nécessité de ces règles ^ elle nous en découvre la vérité et l'équité^ elle nons montre la force des motifs sur lesquels elles sont appuyées ^ elle en développe les conséquences^ et il ne làut que ia cousuh(T, pour démêler^ dans les circonstances ordinaires, ^ce qu'il faut faire ou ne pas iàire.
Des Lois. 53i
Mais, comme il y a difTerens degrés de nécessité dans les préceptes de la loi naturelle, à proportion qu'ils sont plus ou moins nécessaires, la raison nous les fait connoîire plus ou moins facilement. Les plus essentiels se découvrent par une simple vue, et sont sensibles aux es[)riis les plus grossiers, dès qu'ils y font la plus légère alienlion. Ces maximes , par exemple , nous devons a^'oir pour Dieu les plus hauts sentirneus de respect et de vénération ; remplir les devoirs de notre état ,* aimer nos parens^ nos amis , etc. se présentent à tout le monde avec tant d'évidence^ qu'il ne faut faire aucun raisonnement pour s'en convaincre.
Quelques-unes même de ce^ vérités se découvrent d'une maTiière encore plus courte et plus à la portée de tout le monde, par sentiment. Ainsi, la tendresse que les pères ont naturellement pour leurs enfans , la compassion qu'on ressent à la vue d'un innocent malheureux , les mouvemens de reconnoissance quVxcite en nous un bienfait qu'on nous rend, nous annoncent bien hautement Tobligaliou où l'on est d'aimer ses eniàns, de secourir les malheureux, et de reconnoître les bienfaits.
11 est d'autres vérités qui demandent qu'on les approfondisse davantage. Ces maximes , par exemple, l'usure est un mal^ le mensonge n'est jamais pertnis ^ pas même pour procurer un très-grand hien^ ont plus de diiBculté. Aussi la transgression de ces préceptes de la loi naturelle, peut plus facilement s'excuser, et a des suites moins dangereuses pour le bonheur de l'homme, et le bien de la société. Plus la dilTiculté de trouver la vérité sur un point de morale est grande , plus l'erreur est pardonnable.
C est sur-tout depuis Jésus-Chiisl que la raison a plus de force pour connoîire les préceptes de la loi naturelle. L'homme qui les a vus établis de la manière la plus claire dans les livres sacres, Xk:!^ a dé< ouverts plus i^isément dans le Iguds de sa raison . ou ils éîoini gravés
LI u
532 Des Lots.
par Faiifeur de son être. Le péché avoir répandu dans
nous une obscurité que la foi seule a pu entièremenl
dissiper.
Un antre moyen de connoître les préceptes de la loi naturelle, c'est le commun consentement des hommes. Il n'est pas possible qu'une chose que tous les hommes appro Vivent comme conforme à la loi naturelle^ ou qu'ils condamnent comme lui étant opposée, ne soit pas telle qu'ils le pensent par un consentement unanime. Un jugement si universellement conforme, ne peut être que Touvrage de la nature, qui est la même dans tous les hommes. L'opposition d'un petit nombre de gens qui contredisent , ou de personnes grossières et ignorantes ^ ne doit être comptée pour rien. On ne doit pas mettre au nombre des êtres raisonnables ceux qui ne peuvent faire usage de leur raison , ou qui se refusent opiniâtrement à ses lumières.
Nous avouons qu'il y a des vérités naturelles , d^ail— leurs importantes, sur lesquelles tous les peuples n'ont point été , et ne sont pas même encore d'accord : mais ces exemples ne peuvent ôter la force de la preuve qu'on tire du consentement des peuples , en faveur des articles sur lesquels ils sont tous réunis. La source des erreurs sur les autres points, vient des préjugés, des mauvais exemples, de l'éducation , de la politique, des passions : et, comme toutes ces causes pernicieuses ne sont j>oinl uniformes parmi tous les hommes, il ne faut pas sVtonner qu'elles aient produit tant de variétés dans les opinions. Mais dès qu'uue vérité a été reconnue par tous les peuples , et dans tous les temps j d'oii peut venir ce consentement unanime et constant, si ce n'est de la nature qui est toujours et partout la même , et ne change jamais f
Il est aisé de résoudre, par les principes que nous venous d'établir , la question qu'on forme sur Tuniié de la loi naturelle : car, puisque la loi naturelle est celte lumière de la raison , qui nous fait connoître ce que Dieu
Des Lois. 533
exige denousdansTordre delà uatare, ilesl visible que, la raison c'ianl la même dans iousleshommes,la loi Tiaturelle est une seule et même loi , parfaitement semblable dans tous les temps, qui oblige «égalemen t tous les bommes, qui regarde toutes les conditions. Loi immuable, dont les principes ne varient jamais, et c'esi-là une des principales difFe'rences entre la loi naturelle et les lois positives ^celles-ci ne sont pas partout les mêmes , et ell^s sont susceptibles de variations et de changemens.
Mais, quoique la loi naturelle soit la même par rapport à tous les hommes, tous n'ont pas une égale conjioissance des règles d'équité qu'elle prescrit^ la lumière de la raison , par laquelle ils les découvrent , ne répand pas dans tous le même éclat. Dieu , à la vérité, ne refuse à personne celte lumière naturelle qui rend facile à tout le monde la contioissance dos maximes les plus importantes, et des conséquences hs plus prochaines de ces maximes : à cet (^gard , la loi naturelle est également notifiée à tous les hommes : nulla anima est , in cujiis conscientiâ non loquatur Deus^ dit saint Augustin. C'est aussi ce que nous enseigne le droit ( c. 7. dist. 1. ) : jus naturale est commune omnium nationum^ cd quod ubiqae ins^ tiiictu naturœ ^ non constitutions aliquâ liabetur.
Un autre moyen pours^icslruire de la loi naturelle, est de consulter des personnes éclairées. Leurs lumières affermiront, dans la connoissance déjà acquise d^ plusieurs vérités , et serviront à en découvrir d'autres dont peut-être, sans ce secours, on ne pourroir jamais s'ins- {niire. Il y a même des hommes qui ont besoin d'instruction presque sur tout ^ et, quoiqu'il ne soit pas im— posïiible aux esprits ordinaires, de découvrir seuls ^ par le moyeu du raisonnement et de la réflexion , le plus grand nombre des principes de la loi naturelle; il y a des esprits si bornés, ou placés dans des circons- .lances si diÛiciles 5 qu'ils auroicnl besoin que daulxei