ERA RÉPANDU POUR VOUS ET POUR PLUSIEURS, EN
MISSION DES PÉCHÉS. Faites ceci en mémoire de mai* Suivant ces paroles , VEgltse a toujours cru , 1. qtie les apôtres et leurs successeurs dans l^ sacerdoce, ont reçu de Jésus-Christ le pouvoir de consacrer le psin et le vin au saint sacrifice, a. Que par cette consécralioB le pain est changé an corps de Jésus-Christ, f t k vin en son sanjç^ et cette créance a toujours été d(tf^^ t Eglise de Dicu^ dit le concile de Trente ( Sess. lî* cap. 3. de Euchar. ) ^ qu après la consécration , fe
DE lTucharistie. 3^7
riiable corps de Nôtre-Seigneur et son ^rUahle ig ^ conjointement avec son âme et sa divinité^ it sous les espèces du pain et du "vinj c^est-^à-dire^ i corps , sous Vespèce du pain , et son sang^ sous pèce du vin , par la force des paroles même ; mais x corps ^ aussi sous t espèce du a)in^ et son sang^sous pèce du pain^ et son dme^ sous lune et sous r autre ^ vertu de cette liaison naturelle et de cette con-^ nitancepar laquelle ces parties^ en Notre-Seigneur US" Christ^ qui est ressuscité des morts et qui ne t plus mourir^ sont unies en truelles f et la divinité même^ à cause de son admirable union hjrpos^ ique avec le corps et Vâme de Notre-Seigneur» si pourquoi il est très-^véritable , que tune ou lire espèce contient autant que toutes les deux emble: car Jésus- Christ^ qui est maintenant glorieux mmoxKc\.ei€\yx\\it^t\x\.èxvtâî\v\sé^ est tout entier sous pèce du pain et sous la moindre partie de cette èce , comme aussi sous Vespèce du vin et sous tes ses parties. Jésus-Christ, en se donnant à nous is la sainte Eucharistie, nous donne sous chaque èce, tout ce qu'il est^ c'est-à-dire, un Dieu parfait, .D homme pariait. 3. Que les fidèles qui communient, oivent véritablementle corps et le sang de Jésus-Christ, squ'il est dit eu terme exprès : prenez^ ceci est mon ps y ceci est mon sang : paroles que TEglise, éclairée resprit de Dieu pour TintcUigence des saintes Ecries, a toujours entendues dans leur sens propre et urel, en condamnant tous ceux qui les ont voulu oumer à un sens figurés.
Vi nous ne consultons que nos sens et les foibles lières. de notre raison , elles se confondent et se dent a la vue des merveilles que TEglise nous en- [06 touchant cet auguste Sacrement^ mais si nous is souvenons que c'est un mystère de foi, nousnou^ tiendrons à la parole de Jésus-Christ, qui est trèsresse^et dont ime constante tradition, qui n'a jamais
398 Du SACREMEtlt
iié interrompue, nous a conservé Tintelligence àVec tant de sois. En eflPet) coname dit saint Cyrille de Je-* ruaftleHi ( caiéches. 4* ) puisque Notre-Seigneur nous déclare et nous dit : ceci est mon corps, qui osera en douter P Et puisqu'il nous assure et nous dit : ceci est mon sang, qui osera dire que cen*estpasson sangf ce qui paroît pain n'est pas pain , quoique i^us le sentiez et que vous le goûtiez^ mais c^est le corps de Jésus-- Chris t f et ce qui par oit ^in ^ n'est pas vin ^ quoique le goût le dise ainsi} mais cest le sang d& Jésus-- Christ.
Le saint Sacrement de l'Eucharistie a cela de commun avec les autres Sacremens, qu^il est un signe sacré qui signifie et produit la grâce \ il diffère d'avec eaX) en ce que les autres Sacremens ne produisent h grâce , que par une vertu que Dieu leur communique au moment qu'ils sont appliqués aux hommes^ an lieu que le Sacrement de 1 Éucnaristie renferme l'auteur même de la grâce, et contient Jésus* Christ toutentier^ aussitôt que le prêtre a prononcé les mêmes paroles t par lesquelles le Sauveur changea le pain en son corps^ et le vin en son sang. La vérité que contient TEucbaristiedans ce qu'elle a d'intérieur et d'insensible, n'eo* pêche pas qu'elle ne soit un signe dans ce quVIIe a d'extérieur et de sensible ^ mais un signe de telle ta^ ture^ que bien loin d exclure la réalité, il l'emporte nécessairement avec soi, puisqu'en effet cette parole, ceci est mon corps ^ prononcée sur la matière que Jésus- Christ a choisie , nous est un signe certain qu'il est présent: et|, quoique les choses paroissent toujours les mêmes à nos sens, notre âme en juge autrement qo'elle ne feroit, si une autorité supérieure ne nous empechoit de rapporter ces apparences extérieures à la subslaoc* dir pain , en nous les faisant rapporter au corps ^ Jésus-Christ présent.
La matière de ce Sacrement est le pain, et le via tiré de la vignej il faut voir ce que nous en avons ^
m parlant du saint sacrifice de la messe. La ferme de 'Eucharistie consiste dans les paroles de ta consécralîoii |ue le prêtre prononce en la |>ersonne de Jésus- Christ^ m faisant ce que fit le Sauveur ia veille de sa passion^ it qu'il a ordonné qu'on fit en Diémoire de lui. Nou» ;u avons aussi parlé ci-dessus , eu traitant les difierenies pestions sur la messe.
Ce qui paroit aux sens après la consécration , n^est >oint le corps de Jésus- Christ , ni aucune de ses qua-^ ités sensibles: ce sont les accidens, ou apparences, ou spèces du pain et du vin qui demeurent sans leur subsance qui n'est plus, et qui est toute changée au corps i au sang de Jésus— Christ ; lequel changement , dit le oncile de Trente, a été fort à propos et fort pro-^ frement nommé par la sainte Eglise catholique ^ ransubstantiation. (Sess. i3. cap. 4- de Euchar.) Tant que ces accidens restent, le Sacrement subsiste, it Jésus— Christ y est réellement, jusqu'à ce que ces spèces soient corrompues^ cest pourquoi l'usage de 'Eglise a toujours été de le conserver pour les besoins, a consolation et l'édification des fidèles.
Puisque Jésus-Christ est réellement présent dans Eucharistie, il s'en suit nécessairement qu'on doit l'y dorer. Jésus-Christ n'est pas moins Dieu, pour être aché sous le voile des espèces eucharistiques. C'est lonc un devoir indispensable de l'y adorer du culte ouverain de latrie : sa présence emporte cette obliga— ion, sans qu'il soit besoin pour cela d'un commandeoent spécial. Nous devons adorer non-seulement la livintté de Jésus-Christ, mais aussi son humanité^ en dorant Jésus-Christ on ne doit pas séparer son hu— Danité qui subsiste avec la divinité dans l'unité de peronue \ mais on doit adorer l'un et l'autre d'une même ddration, autrement on diviseroit Jésus-Christ qui st un.
Nous n'adorons pas les espèces eucharistiques du ultc absolu de latrie, qui n'est dû qu'à Dieu seul}
4oo Du Sacremêîçt
nais nous adorons Jésus-Christ sous les espèces eiw charistiques : c'est à Jésus-Christ seul que se termine ladoration que nous rendons à TEucharistie : il est le seul objet de notre confiance et de notre amour, comme on le voit par la décision du concile de Trente ( Sess» ]3. can. 6. de Euchar. ) : Si quelqu'un dit que Jésus* Christ^ Fils unique de Dieu^ ne doit pas être adoré au saint- Sacrement de V Eucharistie ^ du culte de latrie^ même extérieur , et que par conséquent il ne faut pas non plus Vhonorer dune fête solennelle et particulière , ni le porter avec pompe et appareil aux processions , selon la louable coutume et lUisageuni" çersel de la sainte Eglise ; ou quil ne faut pas fexposer publiquement au peuple pour être adoré^ et que ceux qui Vadorent sont idolâtres , quHl soit anathëme. Ce concile dit encore {scss. i3. cap. 5. de Euck. ) qu'iï ne reste aucun lieu de douter^ que tous les fidèles , selon la coutume reçue de tout temps dam V Eglise catholique^ ne soient obligés d'honorer fe trèssaint Sacrement du culte de latrie qui est dà au vrai Dieu^ et voici la raison qu'il en donne : puii* que nous jr croyons présent le même Dieu duquel k Père éternel^ en l'introduisant dans le monde ^ a diti et que tous les anges de Dieu Tadorent ^ le même que les mages^ se prosternant en terre^ ont adoré} le mé^ me enfin que V Ecriture témoigne avoir été adoré par les apôtres en Galilée.
C'est donc Jésus-Christ seul que nous adorons d'uD culte de latrie dans le Sacrement de TEucharistie, d nous portons respect aux espèces, nous leur derous lin honneur inférieur à Tadoration , à peu près seiiH blable à celui que Ion rendroit aux habits de Jésui^ Christ, s'ils étoient présens ; parce qu'elles contieniicnt Jésus-Christ, qui, étant véritablement Dieu, est robjd de notre adoration.
On ne doit donc pas être étonné que l'Eglise, dani les derniers siècles, pour nourrir et augmenter la pieu
des fidèles ) leur amour et leur respect envers la sainte Eucharistie) ait permis d'exposer le très-saint Sacrement sur nos autels ^ et de le porter en triomphe dans les processions publiques, afin d'exciter les peuples à venir adorer Jësus-Ghrist , et pour présenter à Dieu le gage
Erécieux de son amour envers nous^ afin que, jetant isyeux sur son Fils bien-aimé, il nous fasse miséricorde. Jja coutfime a été très-^saintement et très-pieusement introduite dans TEglise , dit le concile de Trente ( sess. 1 3. c« 5. de Euchar. ) , de destiner tous les ans un certain jour et une fête particulière^ pour rendre honneur à cet auguste et adorable Sacrement , aveu une vénération et une solennité singulière ^ et quil fût porté en procession avec respect et avec pompe par les rues et par les places publiques / étant bien juste quHlr ait certains jours de fêtes établis aux" quels tous les chrétiens puissent par quelque démons» tration de respect solennelle et extraordinaire^ té^ moigner leur gratitude et leur reconnoissance envers leur cottvnun maure et Rédempteur^ pour un bien^ fait si ineffable et tout divin , par lequel la victoire et le triomphe de sa mort sont représentés. Et d^ail» leurs^ il était nécessaire aussi que la vérité victorieuse triomphât en cette manière , du mensonge et de Vhé" résie , afin que ses adversaires à la vue dun si grand éclat ^ et au milieu d*une si grande joie de toute V Eglise^ on perdent tout courage et sèchent de dépit ^ ou que^ touchés de honte et de confusion , ils viennent enfin à se reconnoitre.
On ne souffroit pas autrefois qu'on exposât h dé-^convert le sainr-Sacrement si fr^^quemment qu'on le fait aujourd'hui; la crainte de diminuer le respect dû à ce
Eand mystère en était le motif; on appréhendoit que ( fréquentes expositions de TEucharistie n'occasîo*nassent du refroidissement dans la foi^ et n'attirassent le mépris du peuple, parce que les choses ordinaires sont vioins respectées. Le clergé de France^ dans. les assem* Tome I. Ce
4o^ ' Du Sàckemeut*
blées- générales- tenues en i6a5, en 1635^ eii 1645^ eu i(>5ây en ï66S^ en 1670 et en 1675, a marqué jtlairemeiit être du senUment qu'il n'est permis d'ex- |iosci* à découvert le très-saint Sacrement, que pour les nécessités publiques et considérables de la Religion lit de rétat. G'étoit aussi le sentiment de saint Charles, comoîe on le voit dans les instructions sur les Sacremens.
11 est du devoir des curés et de tout ceux qui sont chargés du soin des âmes, d'exhorter les peuples qui leur sont confiés, a un respect toujours plus grand, et i une dévotion toujours plus tendre et plus édifiante levers le très-saint Sacrement ^ de les porter à un empressement toujours plus vif à rendre à cet auguste «m^'sttre Thonneur , la vénération qui lui est due^ k /venir souvent visiter Jésus-Christ dans les églises, où il Tepose dans nos tabernacles pour demeurer toujours avec nous dans ce Sacrement, afin d'être l'objet ordi* naire de nos adorations, notre refuge dans nos besoios, et notre consolation dans nos peines* U faut apprendre ^ax fidèles à se iâire une règle de Taccompagner atec nlévotion, quand on le porte aux malades. Les cura ne doivent rien oublier pour exciter les peuples à se coih fesser , et à communier aux jours que le saint-Sacremeut «st exposé, leur faisant comprendre qu'ils seront pltîS «n état d'attirer sur eux les gr&ces de Dieu , quand ib «e seront purifies devant ses yeux, par une sincère pénitence et par une digne participation & U saiote Eucharistie.
Les causes pour lesquelles on permet d'exposer OQ cle porter processionnellement le très-saint Sacremeaty hors le temps de la fête-Dieu et de son octave, doiveirt non-seulement être importantes, publiques et extnordipaires^ mais encore il faut qu'elles soient approuvée! de révèoue du lieu.
U est défendu, dans ce diocèse, k tous curés supérieiîrS) recteurs ou directeurs, soit séculiers, soit rfguli^>^9 4ei églises etohapeiles^ queUes quelles soient, d'jr ^'
DE L^EUCHARISTIK. ^oS
poser le saîal-Sacremenl, el d'y donner la brnrdîclioii pour quelque cause que ce soit, à moins qt^ils n en aient obtenu une permissiou expresse et par ëcril de Tiivéque. U est pareillemeMt défendu de donner la benrdiction dans la mime église plus d^une fois te mAme jour, soui quelque prétexte que ce soit Les cures ou autres prêtres bnargés de Tadministration des Sacremens aux madades^ peuvent, sans une nouvelle permission, chaque (bik ju'iU viendront de porter le saint viatique, donnerait retour, la bénëdiciion aVec le saint ciboire, avant dÀ le renfermer dans le tabernacle, hors \e cas toiitefoii où ils trouveront une messe commencée à Tautel, dant le tabernacle duquel ils viendront renfermer Ib saint- Sacrement: ainsi qu'il est marqt^é dans les Rituels.
Il est défendu de porter le saiiit*âaa*ement en procession dans les rues sans une pero^is^ion expresse, k la réserve des jours de la fëte-Dieu et de son octave.
Il est défendu dans ce diocè<;e à tous prêtres séculier) ou réguliers de porter le saint-S'âcrement, soit danslè soleil ou ostensoir, soit dans le ciboire, soit autrement, dans les villes ou à la campagne, et de le sortir de l'église, à foccasion des inceuuies, inondations, tem*pctes et autres accidens^ si ce nVsl que ces mêmes* accidens donnassent lieu de craindre que Téglise mcraê ne fut bientôt ou bridée, ou iùôndée, ou renversée; auquel cas il faudroit transporter lé saint— Sacrement dans un lieu convenable le plus prochain. Cependant, lorsque les curés voudront exciter leurs peuples à venir dans réglise prier pour qu'il plaise à Dieu de détourner une tempête, ou quelque orage, ou quelque inondation dont le pays est menacé, il leur est permis d'ouvrir seulement le tabernacle, afin de laisser voir le ciboire dans lequel sont renfermées les hosties consacrée»?, et de réciter alors au pied de Tautel, à genoux, les prières accoutumées en pareil cas.
On ne doit point porter le saint-Sacrement d\m autel à un autre» si ce n'est dans le cas où, étant con--
Le 2
4(o4 Du SACREBfEIfT
serve dans le tabernacle d'une chapelle ^xtfiMffiej avec permission, il ne fallût le porter sur le maîtreautel où la sainte Eucharistie ne seroit point en dépôt. Lorsqu'on expose le saint-Sacrement, on doit avoir solu que ce soit toujours avec le plus de décence et de propreté qu'il sera possible. Il y aura toujours, lors*
Sue le saint-Sacrement sera exposé, et lorsqu^on en onuera la bénédiction , au moms six cierges allumés sur Tautel, si c'est dans une ville^ et au moins quatre dans quelque lieu que ce soit, sans préjudice de 1 usage observe dans les églises où Ton en met un plus grand nombre, usage auquel on ne doit pas déroger. Les curés et autres supérieurs auront soin qu'il y ait au moins alors une personne à genoux pour carder et adorer Je saint-Sacrement,, excepté pendant lofBce public L'exposition dusaint-Sacrement ne peut jamais être fiite et la oéuédiction n*en peut jamais être donnée qu aumaitre-autel, excepté le jeudi saint, suivant les rubriques da missel , et les cas où il j en a une permission expresse pour les chapelles.
Le saiut' Sacrement ne doit jamais être exposé m avant le soleil levé, ni après le soleil couché, si ce si'est depuis le jeudi saint jusqu^au lendemain. Chi n'en doit jamais donner». la bénédiction qu^avantla nuit jet Ton doit dire, en la donnant, les prières prescrites et d'usage ancien dans ce diocèse.
Lorsqu'on exposera le saint-^Sacrement, on doit avoir soin de ne pas mettre le soleil ou ostensoir dans un lieu tellement élevé, qu'on soit en danger ou de le laisser tomber, ou de commettre quelque indécence} comme s'il falloit marcher ou se mettre i genoux sur l'autel, soit pour le monter, soit pour le descendre. Et, pour éviter les irrévérences, lorsqu^on prêche pendant que le saint-Sacrement est expose, on doit avoir soin pendant ledit temps, de renfermer le soleil ou ostensoir âans le tabernacle , s'il se peut ; ou, si cela ne se pest pas , de le couvrir avec un voile fort épais et fort étentiuf
BE l'Eucharïstîe. 4^5
en sorte qu^*! ne soit plus en aucune manière exposé à la vue du peuple.
Dans les cas où, le saÎDt-Sacrement étant exposé, it Êiudroit faire quelque procession en laquelle le saint- Sacrement ne seroit pas porté, on doit^ avant de commencer la procession, le renfermer dans le tabernacle, soit avec 1^ soleil et osten«ioir, si cela se peut, soit en retirant la sainte hostie du soleil^ sauf d'exposer de nouveau le saint-Sacrement au retour delà procession, n le cas y échoit.
Les curés ou autres supérieurs des églises doivent avoir soin qu'un prêtre^ en disant la messe, consume, dès le lendemain de la solennité, Thostie qui aura été exposée sur Tantel.
On ne doit mettre ni reliques ni images des Saints^ sur Tautel où le saint— Sacrement sera exposé en évi^ ' dence. On ne doit point porter les reliques des Saints aux processions où Ton portera le saint-Sacrement», ' 11 est ordonné dans ce diocèse, que Toctave du saint*» Sacrement soit célébrée dans toutes les paroisses et que tons les jours, pendant ladite octave, la bénédiction en soit donnée le soir, mais toujours avant la nuit^ et que le jour de la fête, le saint-Sacrement soit porté en procession hors de Téglise.
La coutume de réserver TËucharisiie après le sacrifice, a toujours été en usage dans l'Eglise^ TEglise la réservoit anciennement^ i. afin qu'elle (ut envoyée par les papes aux évèques éloignés, comme le sceau de la communion qu'ils entretenoient avec eux^ 2. afin que les fidèles pussent, pendant le temps de la persécution, ^emporter dans leurs maisons particulières pour s'en nourrir chaque jour^ 3. pour la porter aux malades; 4* pour servir à la messe des présanclifiés, qui se dit chez les Grecs tous les jours de jeûné ; et chez les Latins une fois Tan seulement* le vendredi saint.
Cette réserve de TEucharislie est appuyée sur ce que Jésus-Christ n'est pas seulement présent dans TEucha^
Ce 3
4o$ Du Sacremeiit
rUtie ) au moment qne les fidèles reçoivent ce Sacre-* ment,' mais encore d'abord que le prêtre a cousacré.
Le coucile de Trente Ç^sess. i3. cap. 6. de Euchar.) dit que la coutume de conserver la sainte Eucharistie esi ancienne ; qu^clle a été observée de tout temps dans VEglLe. Il la nomme salutaire et nécessaire^ et ordonne absolument de la retenir.
Le saint-Sacrement doit être, dans ce diofcèse , conservé suigneuseoieni dans toutes les églises publiques | comme sont la cathédrale, les collégiales, les paroissiales^ les succursales, les conventuelles, et les autres qui eu ont obtenu la permission. 11 ne doit point être conservé dans les chaprlles domestiques, ni dans lei chapelles situées dans IVtendue des paroisses de h campagne , et qui ne sont pqint églises succursales. Le tabernacle, où il sera conservé, doit être dans lëtat etdàoi la déct*nce que nous avons marquée ci— dessus en parlant du maitre-aulel de chaque église.
Les curés doivent pourvoir ace qu'il y ait jour et puit une lampe allumée devant le saint^SacremeuL
Des effets de t Eucharistie.
JLjrs effets que le Sacrement de TEucharistie produit en nous, sont à tous égards merveilleux.
Elle nous unit étroitement à Jésus- Christ: car il dit luî-rnême {Jocui. 6.), nia cluiir est véritablement viande ^ celui qui mange ma chair demeure en moi^ et je demeure en lui. Ainsi nous devenons en quelque façon un même corps et un même esprit avec lui, |)tf Fuuion dc/son corps et de son esprit avec les nôtres; union si étroite, que saint Cvrille a Alexandrie ( lib» lO* in Joan. ) la compare à celle de deux cires mêlées et fondues ensemble.
L*Fiirliari.sn*e conserve, fortifie et augmente la vie spirituelle de la grâce que nous avons reçue par le
DB I.'ErCHAKISTTI* 4^^
);iptâme et dans les autres Sacremeas, coma» le pain lourrit le corps, entretient sa vie, et lui doone cle la brce et de la vigueur : elle est un puissant secours pour 'àbter aux tentations et pour éviter le péché ^ c'esi >ourquoi le Sauveur a dit (Joan. 6^) : Celui qui mangea )^ pain vivra éternellement : Et celui qui me mange jivra pour moi'^ parce qu il fait part à ceux qui com^ Diinient dignement, de ses sentimens, de ses iHclinam ioos et de sa vie divine, et qu'il les eatretieni dans Jet lispositions d amour et de religion dont il esiânimé Ihh aémo^ L^Ëucharistie remplit nos Ames de ^Âces et de «aédictioQS célestes; mais elle ne confère pas- la {>re^ lière grâce par laquelle rimmme devient juste de» bêcheur qu'il étoit; elle suppose la gFâct sanctifiante a ceux qui la mangent; son efiet propre est de pre^. luire la seconde grâce par laquelle la charité qui est épandue dans le cœur du fidèle, reprend de.nouvelka brces , et reçoit un accroissement. Jésus-Christ, pour tous (aire comprendre que c'est«là refTet-dece Saci^e*aent, a voulu que sa chair nous y fut donnée sous les ispèces du pain et du vin, qui entretiennent, fortilieni )i augmentent la vie corporelle de ceux qui en usenu Unsi rEucharisiie ne remet pas directement les péchés norteU; car^ ayant été instituée pour être la nourriture spirituelle des âmes, elle n'a pas été donnée pour leur aire recouvrer la vie spirituelle , mais pour la leur con-> (erver; elle a été instituée pour agir dans Tâme, comme les alimcns agissent dans le corps : caro mea verè est Ubus^ dit Jésus-Christ, et sanguis meus verè est ^tus. Or, comme les alimcns ne chassent pas la m^rt i'un corps oii elle est entrée, qu'ils en avancent au ^ntratre et en augmentent la corruption^ ainsi r£u— ^ri^tie ne délivre pas de la mort spirituelle celai qui la reçoit en état de pcché mortel; an contraire, il en devient plus coupable et plus criminel: qui manducaù U bibit indigné , judicium sibi manducat et bibit. L'Eucharistie, en nourrissant l'âme i ne lui conserve.
Ce 4
4o8 Du Sacremeht
pas seulemeat ,h vie spirituelle de la grâce ^ m*» elle augmente^ fortifie et afTermic en elle la charité et ioulea les vertus chrétiennes ^ elle affoiblit et diniiiiue le pen-r chant que nous avons au mal et la violence de nos passions; elle nous fait avancer dans la perfection chré* tienne; comme le pain est la nourriture corporelieei un préservatif contre les langueurs et lesatfoiblissemeosda corps, et contribue à la perfection de la santé, ainsi élt répare les foiblesses de 1 âme et lut inspire une vigueur toujours nouvelle; elle la console dans ses afflictions; 4lle la détache des créatures, et lui donne le courage de tout entreprendre pour Tamour d\)n Diea qui se donne à elle sans réserve. Ce Sacrement eicite en nous de saints désirs de mieux vivre ; il guérit la lâcheté et nous porte à chercher Dieu avee plus de ferveur ; il nous fortifie contre les ennemii de notre salut; non-seulement il nous donne un puis* sant secours pour éviter le péché mortel, mais eiKroie il opère par luio-mème la rémission des péchés véniels, qui sont une infirmité dont en cette vie les plus justes font affligés, et contre laquelle est instituée FEucharistie, qui est, dit le concile de Trente (Sess. i3* cap. a* de Èuchar. ), comme un antidote par lecpiel nous sommes délwrés de nos fautes journalières , et préservés des péchés mortels. Comme la nourriture corporelle répare ce que la violence de la chaleur naturelle dimintio tous les jours en nous de notre substance, de même aussi ce Sacrement , en effaçant toutes les fautes légères que Tardeur de notre concupiscence nous fait commettre tous les jours contre Dieu , répare ce que notre âme peut pérore de la vie de la grâce. C'est pourquoi ïnv^ leur des livres des Sacremens attribués à saint Ambroise, dit: debeo illum (sanguinem) semper accipere^ ut semper peccata mihi dimittantur. Qui semper pecco^ semper debeo hahere medicinam. Ce saint oocteur dit ailltuirs de ce divin Sacrement : iste panis quotidianui mmitur in rmtedium quotidianœ infimUtatif»
'LIBacharistie remplit l'âme de consôlaiîoB par la présence de Jésus-Christ, qui est le pain vivant descendu au ciei^ et qui renferme en soi toutes sortes de délices. C'est ce qu'éprouvent les personnes pieuses; et, si plu* sieurs ne senient pas ce goût et ce plaisir sj^irituel^ c'est peut— être parce qu'iU n'ont pas assez de dévotion et de ferveur quand ils communient. En un mot, cette sacrée nourriture ^ dit saint Chrysostôme (in i. Epm 4id Cor. )^ est la ^vigueur de notre âme^ le lien qui imii notr-e esprit à Dieu , le fondement de notre confiance^ notre espérance , notre salut ^ notre lumière^ notre a>ie.
Enfin, TEuckarisUe opère aussi quelque chose sur la chair: car elle la sanctifie; elle tempère les mouvemeusde la concupbcence; elle est comme le gage de Timmortalitéi et un germe qui la fera ressusciter pour la vie éternelle^ suivant ces paroles de Jésus* Christ ( Joan. 6. ) : Celui Àjui mang€\ma chair^ a la vie éternelle^ et Je le ressus^ 4>iierai au dernier jour.
Au reste , TEucharistie ne produit ces effets qu^en •ceux qui la reçoivent dignement : car, pour ceirx qui <M>mmuDient chargés de péchés qui donnent la mort , eu recevant le xxxrps de Jésus-Christ, ils mangent leur propre condamnation, et se rendent coupables de la profanation du corps et du sang du Seigneur. Ceux qui Kçaivent indignement Jésus-Christ, sont déjà jugés ^ comme ceuxqui necroientpointen Jésus— Christ. C'est pourquoi saint Paul ordonne aux fidèles de s éprouver soigneusement, et de considérer s'ils mènent une vie assezpure pour être dignes de manger cette viande céleste ^ui donne la vie aux boius, et la mort aux méchans.
^ Du Ministre de F Eucharistie.
J^i ous avons déjà remarqué que Jrsus-Christ , en la ^eriûèrc cèae, do&na le i^uvoir aux prêtres de consa*
4io Du SACREMEinr
crêr la divine Eocharistie , en leur disant en !a personne des apôtres auxquels ils succèdent dans le sacerdoce: Faites ceci en mémoire de moi. Cette fonction demande la sainteté la plus éminente : c^est peu dire que celui qui la remplit 9 doit être sans crime, et que,. si par malheur il en étoit coupable, il ne pourroil célébrer sans s'être confessé auparavant , quelque parfaite qu il crut sa contrition, à moins qu^une nécessité pressante elle défaut de confesseur ne Tobligeassent d'en user autre* ment ; encore seroit-il obligé de se confesser au plutdt après, ainsi que nous l'avons déjà marqué en parlant da sacrifice de la messe. La vie d'un prêtre doit être un modèle de vertu, et une imitation continuelle du Dieu qu'il a riiouneur de reudre présent sur l'autel et da recevoir en nourriture.
Le ministre ordinaire de la dispensation de TEucha'ristie , est le prêtre. Cette fonction lui appartient deplein droit: lE^lise n'a permis aux diacres de la (aire: dans le cas de nécessite , qu'eu qualité de ministres du prêtre; le petit nombre des prêtres avoit donné lieu à cette permission , afin que les diacres suppléassent à ce que les prêtres ne pouvoient faire. Le prêtre est le seul qui administre TEucharistie aux fidèles sains etmaladcs, suivant la discipline qui est aujourd'hui en vigueur dans fEglise. Dans la réception sacramentelle^ dit le concile de Trente, parlant de Tusage du très-saiot Sacrement ( Sess. 1 3. cap. 8. de Euchar. ), la couiumB' a toujours été dans V Eglise que les laïques reçussent des prêtres la communion , et que les prêtres célé^ brans se communiassent eux-mêmes; et cette coutumedoit être gardée et retenue^avec justice et ai^ec raison^ comme venant de la tradition des apôtres.
Les prêtres, en dispensant TEucharistie aux fidèles^ tâcheront de le faire avec toute la décence, le respect et la modestie dont ils seront capables, se comportant comme les dépositaires et les dispensateurs d'un XttM précieux. Ils se souviendront qu'il faut être en état de
{race, poiA* ne point faire un péché en touchant indi- ^eœeut le précieux corps de Jésus-Christ^ et, pour plus grande sûreté, ils produiront un acte de coutri--» ion avant que de donner la sainte communion.
Les curés doivent avoir soin qu'il y ait toujours les hosties consacrées en nombre suiBsiaut pour la corn-* nunion des malades et des autres fidèles de leurs paroisses. Lies petits pains qu'on doit consacrer pour ce sujet ^ loivent être faits depuis peu. On doit renouveler les losties consacrées , au moins tous les quinze jours , irincipalement pendant Thiver , ou lorsque le temps sst pluvieux, et même plus souvent dans les églises qui ont humides. Pour cela , le prêtre doit distribuer les incienncs hosties à ceux qui se présenteront à U corn* nunion, ou lescousommer lui-même durant fa messey iprès qu^ii aura pris le précieux saug^ et, avant que le mettre les nouvelles aans le ciboire, il le purifiera m faisant tomber exactement dans le calice avec le )Ouce et Tindex de la main droite, les fragmens ou particules , pour les prendre avec la première ablution. Après avoir mis dans le ciboire les nouvelles hosties qu'il vient de consacrer, il le couvrira, fera la ^é« nuflexion,renfermeradausle tabernacle, puis il prendra la première ablution et continuera la messe^
Lorsqu'un prêtre consacre des hosties pour la communion des fidèles , sur un autel où il n'y a point de tabernacle , il n'en doit consacrer qu'autant qu'il y s de commuru'atis ^ s'il arrive qu'il eu ait consacré davantage, il consommera lui même , avant que de prendre la première ablution , celles qui restent.
Si au contraire il se présente plus de personnes à ^mmunier, qu'il n'y a d'hosties consacrées, le prêtre , pour satisfaire à leur de voiion, pourra en diviserquelques- J'Ofs en deux : ce qu'il doit faire avec décence et respect ^ l'autel^ et sur in patène ou le corporal, hors de la vue du peuple. Mais il ne doit jamais, pour donner hi cornoiuuiou, rompre Thostie dont il se sert pour le sacrifice,
4i3 Du Sàcremeivt
excepté dans le cas imprévu où quelque fidèle serait tombé subitement en péril de mort et désireroit recevoir le viatique 9 quou ne pourroit lui administrer autrement.
On ne doit, suivant Tnsage présent de TEglise, communier les laïques que sous une seule espèce, qui est celle du pain ; et cela hors du balustre qui environne Tautel. Pour les clercs qui sont en surplis , il faut les communier dans le sanctuaire, et sur la plus haute marche de Tautel. Les prêtres, en donnant la communion, dans le cas où ils peuvent le faire hors du sacrifice de la messe, doivent avoir une étole par dessus le sur-* plis. On étendra une nappe propre devant les communians, qui seront avertis de tenir la tète droite, d^ouvrir modestement la bouche, de ne se point baisser ni retirer que la sainte hostie ne soit entièrement dans leur bouche. Ceux qui ont des gants ou qui portent Fépée , doivent par décence les quitter en se présentant à la sainte table ; on t&chera aussi que les assistai» ne fassent point de bruit, qu^ils se tiennent à genoux et dans une grande modestie pendant que Ton donne la sainte communion.
Les prêtres apporteront toute la précaution possible pour que ni Thostie , ni aucune particule ne tombe i terre ou sur la nappe. Pour cela ils tiendront toujoors le ciboire ou la patène au-dessous de l*hostie, et ib ne retireront point la main avant que d^avoir fait entrer toute l'hostie daus la bouche de celui qui communie. Si néanmoins elle vcnoit à tomber , il faudrcSt là rt* masser avec toute la révérence possible, purifier et racler le lieu où elle seroit tombée,, ou le laver; et, si c'étoit la nappe ou un autre linge , il faudroit le faire de la manière que nous Tavons marqué en parlant des dé&uis qui peuvent arriver dans la célébration de la messe^ pub jet^ les raclures et Feau d^ns la piscine*
»E L^EucHARirriE* 4^^
Du sujet de V Eucharistie.
X ous les fidèles baptisés et en état de grâce sont les sujets capables de recevoir TEucharistie. Ou la doonoic même autrefois aux petits eufans ^ et Ton ue peut disconvenir que la candeur de leur Baptême, qu ils avoient conservée inviolable, ne les en rendit dignes. IMais les irrévérences extérieures, quoiqu'innocentes, qu'ils commettoieut, faute de discerner ce pain celeite d unenour* riture commune et ordinaire, ont engagé TEglise à changer sur ce point sa discipline , et à ne plus per^ mettre de Tadministrer qu'à ceux qui sont suffisamment instruits des mystères de la foi , qui ont atteint l'âge de discrétion , et qui sont capables de concevoir U grandeur , et de goûter les fruits merveilleux de la grâce qui nous est donnée dans cet adorable Sacrement.
Par cette même raison, on ne doit pas Taccorder aux insensés ni aux frénétiques qui sont privés pour toujours de Tusage de la raison. S'ils avoient néanmoins de bons intervalles, on pourroit, quand ils sont en bon sens, les admettre à la communion^ pourvu qu'il ny eût point de danger d'irrévérence , et que d'ailleurs ils eussent les dispositions requises. Pour les imbécilles qui ont l'entendement foible^ et qui n'ont qu'un petit rayon de raison, si Ton peut parvenir à leur donner une certaine conuoissance des principaux mystères de la Religion, et à les instruire de celui-ci autant qu'il est absolument nécesssaire pour discerner le corps de Jésus-Christ, on peut leur donner la communion quelquefois durant leur vie, et on le doit indispen-^ sablement à la mort. Lorsqu'il s'agira de communier ces sortes de personnes, c'est à-dire, les insensés qui ont de bons intervalles , et les imbécilles, on doit consulter Févêque avant que de se déterminer.
A régara des énergumèues ou possédcji de Tesprit
414 ^^ Sacrement
'mann , ou de ceux qui passeroient pour tels , on doit areillement consuircr d abord levéque^ ei^ après que es faits serour éclaircis^ ou pourra les cocomunier, s'il ie permet^ un le doit même daus les iniervanes libres, pourvu que d^ailteurs ils ifaient aucun empêchement, qu'ils lie soieutpoiiil vexés jusqu'à êlreprÎTëi de Tusage de la laisou , et qu'il n'y ait aucun cianger d'irrt^vérecire, m de vomissement: car il nVsl point ^ dit ^aidt Thomas, de rrmède phiseOicace que cetadofahlc Sacrement, pour chasser le dëmon , ou pour dotuier à ceux qu'il tourmente, la force de soutenir celte épreuve avec patience ^ mais ou ne doit jamaii les communier dans les temps qu^ils sont actuellement agités par le démon.
Quant à ceux qui sont sourds et muets de naissance^ on ne doit pas les admettre à la communion , sans avoir auparavant consulté Tévêque, quoique, par ieun signes et leurs gestes^ ils semblent marquer qu'ils croient ce mystère , qu^ils Tadoreut et qu'ils ont un grand désir de recevoir ce Sacrement ^ paice que leurs signei sont fort équivoques, qu'ils sont pour Pot dinaire sans aucune connoissance, s^m aticim sentiment intérieur de ce qu'ils font j que d'ailleurs il y a lieu de croire que la plupart de ces sortes de personnes n y comprennent rien , et que , semblables aux enfâns , ib imitent seulement ce qu'ils voitnt faire aux auires. En ces occasions, les curés doivent absolument avoir recours à l'érêque , afin qu^il puisse juger par les circonstances, s'il faut les dispenser de la loi commune. La dignité de cet adorable Sacrement, et le respect profond qui lui est dû, ne permettent pas qu'on l'administre en France aux criminels condamnés à mort; parce que, devant êire exécutés le mfme jour qti'ott leur prononce leur sentence, ce seroit en quefquefeçon traiter arec indignité le corps adorable de Jésus-CbrÎJt, que de l'incorporer, suivant IVxpression des saints P^r^j avec un corps qui doit être bientôt traité avec iffio^
%fi L'Et^CHARISTIE. 4^^
ntoie, souvent prive de la sépulture ecclésiastique, et sxposé publiquement pour servir de pâture aux bètes.
Pour obéir à la défense que Notre-Seigncur fait dans TEvangile de donner les choses saintes aux indignes, yn doit refuser, même publiquement, la communion lux pécheurs publics et scandaleux, jusqu^à ce qu'ils le soient corria;és , qu'ils aient fait pénitence et réparé !e scandale qu ils ont causé : tels sont ceux qui sont lotoîrement excommuniés ou interdits^ les hérëtiques, es schismatiqiies notoirement reconnus^ toutes les per^ tonnes infâmes par état ou par jugement, comme sont es comédiens, les bateleurs, les farceurs, et autres qui nontent sur le théâtre pour le divertissement du pu— >Ite^ les femmes ou filles prostituées connues pour être le mauvaise vie^ les concubinaires publics, les usu— iers publics <) les magiciens, les sorciers, les blasphé* Dateurs publics , les ivrognes publiés , les duellistes j :eux qui nourrissent des inimitiés publiques^ et qui ne reuleut point se réconcilier^ ceux qui retiennent no« birement et injustement le bien d'autrui, et qui ne renient point le rendre^ ceux qui ont trompé et désboloré publiquement leur prochain , et ne veulent point vparer le tort qu'ils lui ont fait; ceux qui sont convaincus d'avoir porté faux témoignage en justice , et [ui n'ont fait aucune réparation volontaire, et généralement tous ceux qui sont engagés dans des crimes scandaleux et notoires.
Lors doue que ces sortes de pécheurs publics se préieutent avec les fidèles à la sainte table, le prêtre qui donne la communion, doit les passer sans leur rien dire; mais s'ils lui en demandent la raison, il pourra W déclarer qu'il ne lui est pas permis de les admettre t la sainte communion, jusqu'à ce qu'ils aient renoncé <iu péché dans leqtiel ib sont engagés , et qu'ils aient ^paré le scandale public qu'ils ont causé.
Mais il faut bien prendre garde q'^e, pour refuser U communion à ces sortes de personnes , il faut que
4i6 Du Sac&emeiit
le crime pour lequel on la leur refuse ^ ioit bresiio* toire et bien scandaleux. Un crime peut être notoirt de deux manières ^ savoir, d'une notoriété de droit ^ ou d^une notoriété de fait. 11 esl public et notoire d'une notoriété de droit, quand l'accusé Fa avoué devant un juge compétent , ou quand il en a élé déclaré air teint et convaincu par une sentence juridique. Un crime est public d'une notoriété de fait, quand il esl conna de tout le voisinage , et qu'il ne peut être m nié, ni pallié par aucun prétexte ni excuse. Pour qu^un crime soit notoire de cette notoriété , il ne suffit pas qu'il soit connu de sept ou huit personnes, il faut au ueioibS qu'il soit connu de la plus grande partie du voisinage^ il faut que cette connoissance soit certaine , el ne soit pas fondée seulement sur des oui-dire, ou sur un bruit commun dont on ne connoît point fauteur.
Mais comme ces publicités de faits sont souvent sujettes à bien des erreurs , et que la plupart du temps elles ne sont appuyées que sur des conjectures , qoi par l'événement se trouvent fausses; que d'ailleurs il peut se faire que, par trop de précipitation , par la (orot d'un préjugé, par scrupule ou par pure malice, on re* garde comme notoire ce qui ne l'est pas, et que quelquefois on abuse des meilleurs principes, un curé oa un prêtre ne doit point prendre ordinairement cei sortes de notoriétés pour règle certaine de sa conduilt au dchcrs, à moins qu'il n'y soit autorisé par son supérieur.
Voici donc la règle que les curés et prêtres doivent suivre en pareil cas. Pour prévenir tout éclat, lorsqu'aa curé prévoit que quelque pécheur public et scauds^ leux du nombre de ceux qui viennent d'être désiendif a intention de se présenter à la sainte table, il doit) s'il le peul, l'avertir en secret de ne le pas fiiirtff en lui représentant l'horreur du sacrilège qu'il coO" nettroit , s'il recevoit la sainte communion dans I eiat
crimîiMl
ivoii pas le lemps ae recourir a lui pour savoir ni on doit agir avec ces soMes de pécheurs , ; les curés en recunnoîironl quelques-uns dans croisses, après s'être bien assurés de leur mauoaduite et de leur scandale , avec toutes les préis que la sagesse demande, ils se serviront des s qu\nje prudente charité leur inspirera, pour outrer dans leur devoir ces pécheurs , par les lotations les plus fortes^ et n'a tiendront pas pour u'ib soient malades, ni de savoir qu'ils doivent senter à la sainte table. Si leurs avis sont inub doivent en informer levêque, afin d'obtenir eur fasse faire des remontrances plus eHicaces et )rtes^ et qu'il puisse prescrire comment on doit duire avec ces pécheurs , s'ils sont impénitens œiles, pour ne point laisser profaner les Sais par des indignes.
égard des comédiens , bateleurs , farceurs et personnes qui montent sur le théâtre pour le ssement du public , on doit leur refuser eu tout les Sacremens, et à la mort même la sépulture astique, s^ils refusent de renoncer publiquement in£kme profession , sans qu'il s^Dit besoin d'avoir iveau recours à Tévèoue « nour savoir comment
moÎDs que le prêtre qui donne la communion , oon« noisse bien leur indignité ^ et soit bien assuré qu ils n^en ont pas fait pénitence. Mais, s'ils se présentent à lasamte table en public, et que le prêtre ne puisse les passer sans scandale , il ne la leur refusera pas. Tout ce qu'on peut faire, est de les avertir auparavant de ne pas se présenter , pour ne pas se rendre coupables du plus horrible de tous les sacrilèges.
Si un pécheur public, après sa conversion toute récente et inconnue au public, demandoit en particulier la communion à un prêtre qui saoroit certainement qu'il est converti et dans la résolution de réparer le scandale, ce prêtre pourroit le communier en secret; mais il ne pourroit pas lui donner la communion en public; parce que dans l'administration publique le prêtre est comptable au peuple, qui seroit scandalisé sMl voyoit qu'on donnât TEucharistie à un pécheur qu'on a juste raison de croire être indigue de la recevoir.
Si un prêtre ne connott le péché d'une personne et son indignité que par la confession auriculaire, il ne peut lui refuser la communion , soit qu'elle la demande en public, soit qu'elle la demande en secret: s'il la lui refusoit, il violeroit le secret de la confession^ s^il n'y avoit d'ailleurs rien d'extérieur dans la personne qui se présente pour communier, qui méritât ce refus. 11 n'est jamais permis de rien faire , ni de rien dire qui puisse violer directement ou indirectement ce secret
Un prêtre qui sait certainement qu^une personne qui lui demande publiquement la communion , en ot indigue, ne peut lui donner une particule non con* sacrée, pour empêcher la. profanation du corps et da sang de Jésus-Christ dont cette personne va se rendit coupable. Le prêtre qui useroit de cette feinte ^ pédtf-* roit mortellement : il donneroit par-là occasion d'ido* lâtri^ à ceux qui seroiexit pré^enset qui rendroient itiM
DE LTutHAKifiTIE. * 4>9
créature Tadoration qia n'est due qu'à Dieu seul ; îl seroîi même en un sens plus coupable que le pécheur qui eommunteroîi de la sorte.
Si une fille ou femme osoit se présenter à la sainte table^ ayant le sein découvert , le visage peint et fardé ^ ou avec des mouches, et habillée immodestement, le prêtre qui donne la communion , doit la lui refuser* On iradmettra point à la communion les enfaas , qui ont été ondoyés, et à qui Ton n'a pas encore suppléé les cérémonies du Baptême.
De la première Communion des enfaxis.
L est de la dernière conséquence aux enfans de faire saiotement leur première communion ^ ainsi Ton ne doit rien négliger pour les disposer dignement à cette grande action.' Les curés doivent donc Testimer une r œuvre des plus dignes de leur sollicitude, dk On ne doit pas donner la sainte commnnion aux 4 ^nfaus qui n^ont pas encore assez de connoissance ou ^e discernement pour concevoir la grandeur de ce niystère. On ne doit pas même admettre ceux qui au«« l'ont atteint Tàge de discrétion, s'ils ne sont sufHsamiQeut instruits sur ce Sacrement et sur les dispositions qu'il faut y apporter.
D n'est pas facile de fixer Fâge auquel les enfans <ont capables de communier. Il faut pour cela qu^ils aient assez de raison pour discerner cette divine nour^ nture. G^est au curé , et au prêtre qui les confesse , à en juger par les dispositions qu'il trouve en eux^ par leur science, leur piété, leur modestie et par le bou te'inoignage qiifce leurs parens, maîtres ou maîtresses en pourront rendre^ Il en est qui à onze ou douze ^tissont suffisamment disposés; d'autres, d'un esprit plus difficile et plus pesant^ ont besoin d'être différés ^Ijae temps : on remarquera seulement pour ceux-*
4^0 Du Sacrement
ci, que, quand ils sont arrivés à l'Âge de quatorze ans , on doit considérer que la communion les presse, et qu'ainsi on ne peut les eu priver que pour des raisons considérables. Le curé doit donc faire alors de nouveaux efibris pour les disposer , n'exigeant d'eux que les instructions essentielles^ et il les admettra, s il ne remarque en eux des empêchemens qui doiveol absolument les en exclure. S'il doute qu'ils puissent communier , il doit consulter son évèque. L'essentiel est, que des enfans aient le jugement assez formé pour pouvoir connoitre ce qu'ils doivent recevoir, qu'ils soient bien instruits, qu'ils sachent les mystères de la Religion selon la portée de leur esprit et qu'ils aient la conscience bien pure. Il faut lire ce qui est dit , en parlant du Sacrement de Pénitence, de la prudence du confesseur à l'égard des enfans.
Les curés du diocèse de Toulon observeront, pour les instructions qu'ils auront à faire, afin de disposer les enfans à la première communion , ce qui est ordonné dans le règlement mis à la tète du catéchisme de ce diocèse. Dans les paroisses de la campagne , oa ils ne pourront faire les catéchismes pour cette prexnière oommunion tous les jours de la semaine , ib io feront au nnoins, outre les jours de fêtes et de dimanche!; les lundis , mercredis et vendredis. Ils sont tenus d'o^ bliger les enfans qui devront communier, d'y assister assidûment, et d'exhorter les pères et mères, les maîtres et maîtresses, de prêter pour cet effet leur autorité. Si un curé ne peut pas toujours faire ces instructions ftf lui-même , il doit en charger alors quelque ecd&ii^ .tique capable , et ne rien oublier pour sWurer par lut" même du progrès des enfans.
Gomme il arrite assez souvent que les enfans, bxM de lumière ^t de contrition , ne font pas des coufe* sions asses sérieuses dans leur bas âge , il est i pro|)<>> de leur en faire faire une générale avant leur premiers ^ommimion j on ks y disposera et on les entendra da*
Dfi l'Ëuoiakisttc. 4^1
[ lin temps suffisant , pour n^avoir qu^à les récon^ HT quand on les fera communier. On trouvera dans .iluel de ce diocèse le temps marque pour faire s la première communion aux enfans.
)ans la semaine qui précédera, le curé fera, s^il se t , par lui-même , Texamen ec le choix des enfans
doivent communier. Il les assemblera souvent , r leur inspirer les sentimens , et les faire entrer sicfs dispositions qu'ils doivent avoir pour faire diment une action si sainte : car , des instructions qu^ils 3vront alors , dépendent en quelque manière les imunions qu'ils feront durant le cours de leur vie. )n leur apprendra la manière de se présenter à la ite table, comment il (âut tenir la nappe, ouvrif touche , et recevoir la sainte hêstie. Il sera bon, la le de la communion, de leur en faire faire VesssA église avec des hosties non consacrées, en les arer^ int qu^elles ne sont pas consacrées. Il est à propos ne de leur faire faire cet exercice un jour ae (ete^ ut celui de la communion, et en présence du peuple, issue des vêpres , afin de profiter d^un moyen si >rable, pour apprendre sensiblement aux personnes ncées en âge, à se présenter et à se tenir à la table rée dans Tordre et la décence convenables. Lie jour de la cérémonie , ou dira la messe avec le s de solennité que faire se pourra ^ le curé ou un re .prêtre qn^il aura commis, fera aux enfans une lortation fort courte , mais pathétique, pour exci^ leur foi , letir dévotion , leur dcsir et leur amour ur un Dieu qui va se donner à eux tout entier et is reserve , et pour les engager à profiter d'une si iode grâce. Ces enfans auront tous en communiaut
cierge allumé dans la main.
Le soir, à Tissue des vêpres, on pourra faire une Kession autour de l'église, ou telle que le curé l'in- [uera eu chantaut le Te Deum. Ceux qui auront amunié , y marcheront deux à deux , les garçons
Dd 3
4 3a Du SaCKEMENT :
et les filles séparémeut , s'ils font tous la première coni'* muTiiou le même jour. Dans LVglise^ au retour de la i)rocessiou , on s'arrêtera aux fonts baptismaux pour y faire faire aux enfans la rénovation des vœux du Baptçme. L'un d'eux pourra prononcer tout haut la formule au nom de tous. Le curé pourra cependani,
{)oar sa plus grande commodité, faire faire s^il le vem, a procession, la rénovation des vœux du baptême et l'exhortation aux enfans , la veille du jour de la première communion.
On fera faire, autant qu'il se pourra, la première communion aux garçons et aux filles séparément, surtout dans les grandes paroisses.
' Les curés n'oublieront rien pour cultiver dans ces jeunes plantes , une grâce si précieuse , pour les en- Mger à se confesser tous les mois, et à communier aussi fréquemment que leur confesseiir jugera à propos de le leur permettre. Il faudra les inviter à continuer .i venir aux catéchismes, pour acquérir une connoissauce plus parfaite de la Religion ; mais on doit sur-tont y obliger ceux qu^on jugera en avoir besoin. On ne peut d'ailleurs trop leur recommander à tous^de venir toute leur vie, lorsqu'ils n'^auront aucun empêchement 1^ time , à la messe de paroisse , au prône et aux autres instructions qui se font dans l'église paroissiale. Ilftot de bonne heure les persuader de ce devoir , et leur ea montrer toute la nécessité et tous les avantages.
Quand les enfans qui n'ont pas encore fait leur premièie communion , sont en danger de mort , on peut anticiper le temps ordinaire de leur première communion) et même se contenter d'une moindre instruction , s'ib savent d'ailleurs Tassentiel de ce qu'ils doivent savoir, sur— tout quand ils témoignent de la piété et le désir de communier } parce qu'il est à propos alors de a* pas les laisser mourir sans le viatique ni sans l'Extrême- Onction.
DE L^EOCHARISTIE. 4^3
Des Dispositions pour bien communier.
ommunion indigne est le plus horrible de tous rileges. Elle attaque directement la personne dt Christ , eu prenant son corps et son sang ^ et irrite plus Dieu que cette profanation. Elle esi urtre semblable à celui des Juifs j elle est là u la plus noire que Ton puisse .imaginer ^ sem*^ à celle dlIeVode^ quifeignoit de vouloir adorer Christ ^ quand il formoit le dessein de le* faire « Communier indignement, c'est faire i Jésus--
une plus grande violence que ^i on le renioit; it-là les expressions des saints. Pères contre la inion indigne. r ..
r être convaincu de la nécessité de la prépa— qu^on doit apporter à la communion , il faut itention à la conduite de notre Sauveur , lors-* /oulut donner le Sacrement de tson corps et
sang à ses apôtres : car, quoiqu'ils fussent déjà I l'exception de Judas, il leur lava auparavant Js^ ce qui doit nous faire comprendre que nous r'ons rien négliger pour étre.4$uaà une parfaite et une parfaite innocence, loi^qn^uous voulou& ir ces sacrés mystères.
n effet , comme ceux qui s'approchent de TEuie dans de saintes disposition^^ reçoivent par ce lent les plus excellons dons- de la grâce , ceux ui y participent indignement, bien loin d'en tirer fruit, n'y trouventque leur condamnation et leur Car les choses les plus excellentes et les ulus sa- ( ont cela de particulier, que, comme elles sont iles lorsqu'on en use dans les dispositions re— ^ elles sont aassi très-nuisibles et très-|>ernicieuses^ on en use dans les dispositions contraires. Il ne >nc pas s'étonner si les plus excellons dons de
4^4 I^^ Sacremekt
Di(*u ^ qui nous aident à obtenir la gloire Aernelle , lorsqu'on les reçoit comme Ion doit^ causent au con-* tniire la mort éternelle, lorsqu'on s^en rend indigne.
Il y a deux sortes de dispositions avec lesquelles on doit communier: les unes regardent Tâme, les antres, k corps.
La principale disposition de l'âme est d^ètre en état de grâce I, c'est-à-dire, exempt de péché mortel^ c'at la robe nuptiale dont on doit être revêtu pour être admis k ce céleste festin. L'apôtre saintPanl^i.^.flJ Cor* cap. ir.) veut que chacun s'éprouve soi-même avant que de tnânger ce pain, pour ne pas le manger indignement, et afin de faire le discernement quil doit du corps du Seigneur. Cette viande céleste , selon saint Augustin, ne veut pas être méprisée^ de même que la manne ne vouloit pas qu'on eût du dégoût pour elle.
La foi est véritablement une disposition nécessaire pour recevoir dignement TËucharistie ^ mais cela ne su flk pas ; it' faut encore avoir une grande pureté de conscience: i/e5^ certain^ dit le concile de Trente (Scss. i3% ar/ih y. de Euchar. ), que plus ce Sacre^ ment céleste est teconnu saint et dmn par un chré' tien^ plus il d^ita^oir attention an en approcher^ et âne le recetfc/k^^i^ùvec un grœid respect.
Furifions^nous de toute souillure du péché... dit saint Basile ( Lib. 2. de Bapt. q. 3. ) pour approcher des saintsmf stères ^afin d'éviter le jugement prononcé contre cèuiç qui ont /ait mourir le Seigneur»
LecoMrle ae Trente confirme cette véHté, en disant ( Sess. i3. cap.^ sii de Euchar. ) que notre Sauveur a voulu , que ce Sacrement JÏU reçu comme la nouT' riture spirituelle des dmcs , qui les entretient et Us fortifie^ en U^ faisant vivre de sa propre we. Cest pourquoi les théologiens disent que l'Eucharistie est un des Sacremens des vivans. On doit donc , pour le recevoir, avoir la conscience nette de tout péché mortel
DE XÏrCHAmSTlE. V ^2$
et de tonte affection au péché mortel qui donne la mort k l'âme.
Pour avoir cette pureté de conscience ^ la coutume de l'Eglise , comme le concile de Trente Ta remarqué ( Sess* i3. cap. ^. de Euchar. ),nous apprend que^ quand on se sent coupable de quelque péché mortel , il n'est pas permis, quelque contrition qu'on croie avoir, de communier, qu'auparavant on ne se soit purifié par le Sacrement de Pénileuce, c^est-à-dire, qu'on ne se soit confessé et qu'on n'ait reçu l'absolution du prêtre. Ce concile a déclaré que cette préparation est absolument nécessaire à tous ceux qui ont commis quelque péché mortel, et il a prononcé analhéme contre ceux qui oseroient dire le contraire.
* Pour tâcher, le plu^ qu'il est possible, de se mieux préparer pour communier dignement, il faut joindre î la pureté de conscience, plusieurs autres saintes dispositions, afin que TEucharistie produise tout le fruit que ce Sacrement est capable de communiquer aux imes bien disposées. Car, comme dit le concile de Trente ( Sess. 6. c. 7. de Jitstif. ) , chacun reçoit en soi la justice selon sa mesure et selon le partage qu^en fait le Saint-Esprit , comme il lui plaît , et suivant la disposition propre et la coopération de chacun.
Il faut donc joindre à la pureté de conscience, i. une foi vive , qtii croit fermement que le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ sont réellement présens sous les- espèces consacrées^ sans vouloir pénétrer par des recherches curieuses la profondeur de ce mystère, qu'on doit admirer comme le chef-d'œuvre de la puissance divine. 2. Une ferme espérance : car, que ne devonsnous point attendre d'un Sacrement dans lequel le Maître du ciel et de la terre se donne lui-même tout entier â nousP 3. Une charité ardente : c'est-là que Jésus-* Christ nous témoigne le plus d'amour , et qu'il s'unit avec nous de la manière la plus tendre; c'est-là qu'il nous faille plus de biou, et qu'il nous donne le pain
4^6 Du Sacrement -
de vie; c'est donc à celle table que nous devons aassi lui témoigner plus d'amour et une reconnoissance plus parfaite. 4* l^i^^ humilité profonde, semblable à celle du centenier, qui se crut indigne de recevoir Jesus-Ghrist en sa maison : car c'est le même Dieu que nous recevons chez nous ; un Dieu qui s'est humilié , afin que nous mangeassions son corps et bussions son sang. 5. Un saint empressement , c'est-à-dire , un désir ardent de s'unir à Jésus Christ et de se sanctifier. 6. Une dévotion actuelle, c'est— à— dire , exempte de tiédeur^ de négli* gence , de [irccipitatiou ^ et sans distractions. Outre ces dispositions, nous devons encore être en paix et en union , autant qu'il dépend de uous^ avec le prochain, et Taimer véritablemeut. Pour entrer dans tous ces seatimens, on doit approcher de ce redoutable Sacrement avec un esprit recueilli par le moyen de l'oraison, des lectures spirituelles et semblables exercices de dévotion* Les curés doivent être attentifs à traiter plus amplement de ces dispositions dans les instructions qu'ib feront à leurs peuples , et à leur apprendre à produire intérieurement des actes, qui y répondent.
Le Sacrement de TEucharistie. demande de ceux qui le reçoivent, plus de saintes dispositions que les aotro; parce qu'il est le plus excellent et le plus auguste de tous , et que dans ce Sacrement nous recevons notre Dieu , notre Juge et le Saint des Saints.
Quoique , selon la doctrine du concile de Trente ( Sess. i4» cap 5. de Pœnit. ), un péché qu'on t oublié de confesser par un oubli non coupable , soit ceiisé compris en général dans la même confession^ et remis par l'absolution qu'on a reçue des autres péchés déclarés au confesseur , cependant celui qui est certain ou qui a un doute probable qu^il a oublié un péché mortel qu'il se souvient d avoir commis , est obligé de le confesser avant que de recevoir l'Eucharistie^ parce que, selon le même concile ( Sess. i3. Ckin. ii. de Euchar. et Sess. i4« Can. 7. de Poçnit. ), on est
BE lIEuchàristie. 4^7
obligé, ax'ant que de communier, de se confesser de tous les péchf s mortels dont on se sent coupable , quelque contrition qu'on pense en avoir.
Si cependant on ne se souvient d'^avoir oublié dans sa confession un pécbé mortel , qu^au moment qu'on est à la sainte table avec d'autres ^ tout prêt à communier , et qu'on ne puisse s'en retirer, sans se diffamer et scandaliser ceux qui sont présens, plusieurs docteurs eslimeut qu'on peut en cet état communier, après avoir fait, un acte de contrition le plus parfait dont on a été capable , et formé la résolution de se confesser de ce péché au plutôt.
Lorsque le pecbé qu'on se souvient d^avoir oublié en confession , n^est que véniel , on peut communier après avoir fait un acte de contrition, sans retourner se confesfer avant que d'approcher de la sainte table; la confession des péchés véniels n'est pas nécessaire^quoique trèsutile pour leur expiation^ les péchés véniels qui ne sont pas effacés avant la communion, ne causent pas une indisposition si grande, que l'on ne communie sans fruit ^ puisque l'on obtient même par cette communion la rémission de ces sortes de fautes, pour lesquelles les plus saints frappent tous les jours leur poitrine.
Saint Thomas ( 3. p. q. 79. a. 8. ) dislingue deux sortes de péchés véniels, dont on peut être coupable en recevant la communion : les uns qui sont passés , c*esl— à-dire, qu'on a commis avant que de s'approcher de la sainte table ^ il dit que ceux-là n'empêchent pas Vefkl du Sacrement: les autres, pour lesquels on conserve de Taffection et de l'attache, ou que l'on commet en recevant TEucharistie arec certaines indispositions, par exemple^ avec froideur, avec indévotion et inapplication aux choses saintes;- ce saint docteur dit qu'ils empêchent que l'Eucharistie ne produise tout son effet.
rfous traiterons plus au long des dispositions que l'Eglise demande des fidèles pour communier dignement, lorsque nous parlerons de la prudence des
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confesseurs ponr l3iea rëgler les communions de leurs pénitens.
Les dispositions du corps avec lesquelles il faut communier, peuvent se réduire au jeune, à la pureté, à la modestie.
1. Il faut être à jeun et n^avoir rien pris depuis minuit, pas même de l'eau, et cela par respect pour cet adorable Sacrement. Cette coutume, qui est générale dans toute rEglise,a toujours été regardée comme une tradition des apôtres, et a été observée depuis leurs temps. Ainsi Ton pèche mortellement, lorsqu'on coin* munie sans être à jeun , si ce n'est dans le cas dMnfirmité ou de quelque nécessité pressante approuvée par FEglise^ puisque Ton agit contre la coutume reçue et qu'on désobéit à sa loi en matière notable. Il faut appliquer ici tout ce que nous avons dit ci—dessus, en parlant du jeûne des prêtres avant que de célébrer h sainte messe.
L'usage de« églises approuvé par plusieurs canons, est qti'on donne la sainte communion à une personne qui est dangereusement malade, quoiqu'elle ne soit pas à jeun, alin qu'elle saiislasse au précepte divin, qui oblige à communier quand on est en danger de morti La raison de cet usage est, que l'obligation de commuier à jeun, ne vient que d'im précepte de l'Eglrsc*. or, le précepte divin est plus pressant et doit l'em* porter sur le précepte ecclésiastique, quand on nc peut observer l'un et Taulre ensemble.
3. Il faut une grande pureté de corps et être exempt de tout ce qui seroit contraire à la chasteté, soifan^ l'instruction contenue dans ces paroles {exod. i3.)' renés vestros accingetU. Ut comedatis ùgnum^ caSr titate prœeincti^ ajoute un saint docteur. On doit même exhorter les personnes mariées de s'abstenir d'un mutuel consentement de l'usage du mariage, au moios un jour avant la'communion ; car, si saint Paul ( 1. Cof* 7. ) leur conseille de le faire pour vaquer plus libre*
DE L*£UCHARISTIE. ^ 4^9
Ja prière^ à plus forte raison pour manger I a— ans tache et recevoir le Dieu de toute pureté* :hisme composé par ordre du concile de Trente^ les pasteurs doivent conseiller de /abstenir de du mariage , au moins trois jours avant que de nier. Nous avons expliqué suffisamment ce qui la disposition de la pureté du corps, en parlant ifice de la messe.
1 doit prendre des habits propres et honnêtes i condition ^ mais il faut éviter le luxe et la pour ne pas insulter aux abaissemens d'un ché et anéanti dans ce Sacrement. Un extérieur >re et négligé paroitroit peu conforme ao resà la vénération que doit inspirer un si grand • On doit, en communiant, encore plus qu^cn lire occasion, être modeste dans tout son ex- On doit quitter alors Tépée et les gauts , si Ton
t Charles dit que {es curés doivent avertir i s'approchent de la communion, de le faire
grand respect, n'jr apportant pas des ^eux mais les arrêtant dévotement sur la sainte hostie, enant modestement baissés, sans regarder ni té ni d^un autre ^ de ne pas sortir la langue hors »uche pour recevoir la sainte hostie , mais la-lin peu sur la lèvre de dessous , et de ne la pas ivant que le prêtre ait retiré la main^ après
peuvent baisser humblement la tête, s'abs— de toute sorte de soupirs qui pourroient faire quelque particule de la sainte hostie.
faut pas, si-tôt qu'on a communié, reciter les vocales , moins encore cracher , de peur que les du Sacrement ne sortent de la bouche^ mais , durant quelque temps, se tenir dans un grand sment pour adorer Jesus-Ghrist présent, s'ex- 4>n amour, le remercier de tout son cœur du bienfait qu on en reçoit, écouter ses tendres et
43e Dît Sackemcnt
ardentes leçons, lai demander avec confiance tous ses besoins, et sur-tout la grâce de conserver jusqu^i la mort le fruit de cette communion.
On doit enfin passer tout le jour dans de grands sentimens de dévotion, dans Téloignement des entretiens inutiles et des divertissemeus du siècle, dans Texercice des bonnes œuvres selon les facilites qu^on en aura, telles que sont la prière, la visite des égli.*;es, des pauvres et des malades , et dans une plus grande attention sur soi-même pour bien s acquitter die tous ses devoirs, en répandant dans sa famille la bonne edeur de Jésus— Christ.
Les curés instruiront souvent de tout ceci, etn^oa* blieront rien pour que les peuples qui leur sont con* fiés , fréquentent avec préparation un Sacrement dont ils peuvent tirer de si grands avantages.
De la Prudence des Confesseurs^ pour bien régler les communions des pénitens.
xJe toutes les doctrines pernicieuses qui depuis plo* sieurs années, tendent à altérer, dans ses aifferenies parties, la pureté de la morale chrétienne, il n^enest pas qui causent plus de désordre et qui soient plus pr^ )udiciables au salut des âmes, que celles qui établissent ou une sévérité outrée , ou une indulgence excessive dans l'administration du Sacrement de Pénitence et dans la distribution du pain eucharistique. Il est donc important que les confesseurs connoissent les règles que riLgIise prescrit à ses ministres, pour se conduire selon son esprit, et éviter des extrémités qui font pé^^ rir ses enfans. Nous parlerons dans la suite de ce qui regarde le Sacrement de Pénitence : il ne s^agit ici qui de la communion.
Il faut, dit le concile de Châlons, en 8i3,iiserd^iiD sage discernemem dans 1« réceptioa du corps et d«
I»E L^ËUCHARISTIE. 4^1
mg de J&us- Christ. In perceptione corporis et san^ uinis dominici^ magna discretio adhibenda est. 4Zî^cndum est enim^ ne^ si nimiîim in longum diffe-^ itur^ ad perniciem animœ pertinent ^ dicente Do-^ xino : nisi manducaveritis carnem Filii hominis et iberitis e/us sanguinem , non habebitis vitam in çobis* ï vevo indiscrète accipiatur ^ timendum est illud uod ait aposiolus : qui enim manducat et bibit ùfu ignè^ judicium sibi manducat et bibit.
On ue peut donc que condamner un confesseur, ui, uniquement occupé de la grandeur et de la dignité u Sacrement adorable de nos autels, de la distance amense qu'il y a entre la majesté infinie du Dieu qui y donne à nous et la misère extrême de Thomme qui \ reçoit, exigeroit des dispositions si parfaites et si slevées pour approcher de la sainte table, que nonîulement les justes^ mais les plusgrands saints seroient xclus d^assister, même à pâqucs, au festin des noces t à la table de Tagneau. C'est pourquoi le pape Âlexan- Ire yiIL a condamné les deux propositions suivantes, loni la première regarde comme sacrilèges ceux qui 'prétendent avoir droit à la communion , avant que dt avoir entièrement saturait pour leurs péchés^ a la justice divine. La seconde porte qu^on doit éloigner de la sainte communion ceux qui ne sont pas encore Privés à P amour très-pur de Dieu^ à cet amour qui W exempt de tout mélange.
Cest un excès également pernicieux, d^oublier le ^pect qui est dû à Jésus-Christ présent dans la divine eucharistie, pour ne porter son attention que sur les avantages qu^on retire, ou qu'on peut retirer de la communion fréquente et journalière, et pour ne chercher qu'à en faciliter la pratique, en négligeant d'iniûler et d'appuyer sur les dispositions que demande un Sacrement qui renferme la divinité même; d établir que la seule exemption du péché mortel suflit pour commuter souvent, très-souvent, toa;^ les Jours 3 que les dis-
43a Du Sackekekt
{)ositioos actuelles de re:»peci, d'attention, de désir el a pureté dinteution ne sont que de conseil^ qu'il esl meilleur et plus salutaire de recevoir la communion ^ et même tous les jours, sans ces dispositions, que de la différer pendant quelque temps pour les acquérir ^ que par conséquent il vaut mieux communier avec des distractions volontaires , sans respect, sans désir , sans goût, sans pureté d'intention, que de se séparer pour pfu de jours de la sainte table^ que jamais et dans aucun cas , il n'est permis à un juste de s'éloigner par respect de la communion ^ que tout pécheur , coupable mèoie de crimes énormes et multipliés, doit communier aussitôt après l'absolution reçue ^ qu'il ne faut ni plus de disposition, ni plus de perfection pour communier tous les jours , que pour communier rarement ; que tous ceux à qui la conscience ne reproche aucun péché mortel, peuvent, sans la confession sacramentelle, se présenter tous les jours à la communion^ qu'on aoit exhorter indifféremment tous les chrétiens à la communion fré«quente et même quotidienne , sans exiger d'autre prc^ paration que celle d'aller vite se confesser et se làir^ absoudre ^ qu'il est aussi facile de se délivrer du péché mortel que de le commettre , et d'acquérir la saiiiteU nécessaire pour la communion, que de la perdre; qv^ les confesseurs ne doivent jamais imposer pour péni' tence le délai de la communion , quelque court qni puisse être; que les pénitens sont seub juges par rapport a eux sur cette matière^ ^^^« pour communier pio^ ou moins souvent, ils ne doivent ni demander cooseii à leurs directeurs, ni suivre leurs avis, sor-toat sil tend à les éloigner de la sainte table , ne iut-»ce qn^ pour quelque temps»
Ennn, que ne doit-on pas appréhender cTune doc* trine qui enseigne que les gens du monde les plus dibst* pés , et qui suivent le plus leurs passions, sont plus obii* gés et plus autorisés à communier tous les jourSf
que les personnes qui vivent dans la plus exacte r^
buriici
tz lTucharistiè. 433
îté: que ta communion fréquente est nn siippléoieut toul, qui conduit au saiut malj^re la \ie oisive et rooriifiée^ qu'elle est pour la plupart des chrrliens^ r<-tout de ceux qui craigueni de faire pénitence, nique mojen de salut: qu'elle est la plus parfaite nitence, et une de celles qu'un confesseur doit imsrr à un pénitent; qu'elle est le moyen. le plus efficace le plus abrégé de coniersion^ qu'il en est de la cornunion, comme du Baptême à l'égard des enlàns} Telle agit sur ceux qui la reçoivent , et leur doiinél {{race sans aucune disposition de leut* part; que Te— euve que Tapôtre saint Paul exige, est une épreuve li notis appioche^ et non une épreuve qui nous >igne) et qu'elle se réduit à une confession prom^ite le fabsoiiition suit de fort près ^ que c'est par la tramunion que les plus grands pécheurs doi\rnt se >rrîger, puisqu'elle est un moyen de coiiversiou; que
domination de Tamour- propre et dé la cupidité ans le cœnr^ nVst ptunt un ob-^tacleà la Conimuniunj ue tous peuvent aisément avoir la sainteté nécessaire m\T communier , parce qu'il suffit alors de pouvoir erçndre témoignage qu'on ne bail pas Dieu? Peut-oii 'Dtendre sans horreur une morale si monstrueuse e( ^'.ii n'est propie qu'à multiplier, à autoriser les communions indignes, à appreudre aux chrétiens à se familiariser a\ ec les sacril'^'ges , ei à ne pas discerner le corps du Seigneur F
Ce n'est donc pas sans raison qu'on doit éviter e( ttnc sévérité excessive, et un relârhcrneiii funeste, dans «administration du Sic rement de rE.iicharistie. De ces deux excès, le premier porte à un abandon total, ou
|>rcsqîie total , de ce Sacrement; en rendant Tusage de .3 communion trop difficile et comme impraticable y ?' rend inutile le précieux don que nous avons reçu .dç Jésus - (ihrisi , if privé les fidèles des avantagea ^tï6«limables qui y sont «Hachés. Le second excès ex-^' Pose à la profanaliua du plus auguste et du plus 2 orne /. E e
434 Du Sacrement
doutable de nos mystères. Le tempérament salutaire et indispensable que Ton doit prendre, c'est de donner avec un saint empressement la communion à tous les chrciicDS qui en sont dignes, de la refuser avec une religiense fermeté à tous ceux qui n^en sont pas dignes, et d'emplover le zèle que la Religion inspire, à faire eu &orlc que chacun s'excite et s'anime à s'en rendre digne.
On doit établir premièrement, comme une maxime constante, que la communion fréquente est très*conforme à l'Esprit de Jésus-Christ et de TEglise ; que ces paroles, prenez et mangez^ nous marquent clairement Tusage que nous devons. faire de ce Sacremeut, c'esi-à-dire, en faire notre nourriture^ que, pour nous faire entendre que la chair adorable de Jésus-Christ doit être l'aliment de nos âmes, et qu'elle est ce pain quotidien que nous demandons tous les jours dans Toraison dominicale, elle nous est donnée sous l'apparence du pain , qui est la nourriture la plus commune et la plus ordinaire des nos corps. Jésus-Christ nous a donné ce Sacrement comme une viandc^j il en a fait un breuvage; il à iusiitué l'Eucharistie en forme de repas, pour nous faire comprendre, que c'est une nourriture dont nous devons user,non rarement et exiraordinairemeni, comme on use des remèdes , mais fréquemment et souvent
Les premiers chrétiens communioient tous lés jour^ Leur vie les rendoit toujours disposés à recevoir le Sacrement du corps de Jésus-Christ. La divine Eucbaris' tie faisoit toute leur consolation dans les exils, dans les prisons, dans les calamités les plus accablantes. S'ik étoient menacés de persécutions, ils y a voient recours^ et ils en recevoient une force qui les rendoit, au sortir de la sainte table, comme des lions qui nerespi' roient que le feu de la charité, et les portoit ii s'eX' poser avec un courage invincible aux plus cruels suP" plices pour la défense des vérités chrétiennes. Considf^ vantes^ dit saint Cjprien ( Litt. 56. ) y se quotité
DE l'Eucharistie. ^35
^alicem sanguinis Chris ti hibere^ ut possint et ipsi propter Christum fundere^
Ou ae s'esl éloigné de la table du Seigneur^ qu'à mesure que la charité s'est refroidiç. Les saints Pères ^ pour ranimer la ferveur des premiers fidèles , ont toujours exhorté les chrétiens de leur temps à la communion fréquente. Ils se servoient de divers motifs pour les y engager^ leur faisant voir les grands fruits qu'oqi tire de la participation.de TEucfaaristie , et le besoia qu'ils en avoient; leur montrant le danger qu'il y. a à s'en éloigner ^ leur reprochant les désordt^s de leur vie qui les en détournoient ^ les reprenant de leur paresse.
 leur eisemple^ les pasteurs^ les confesseurs, les ministres de la parole de Dieu doivent rappeler continuellement aux fidèles les avantages que procure la communion fréquente, en leur disant avec saint Basile^ que cest une pratique très-utile de communier tous les jours et de se now^rir du corps et du sang de JésuS" Christ ^ qu*on ne peut douter que ce ne soit un bon mojren de vii^re^ que d'approcher soutient de la source de la vie. Et avec Tauteur de Touvrage sur les Sacremens, attribué à saint Ambroise: si tEuclut-ristie est le pain quotidien^ pourquoi ne le recevez-^ a)ous qu après une année? recevez-le tous les jours ^ afin que tous les jours il vous profite.
Ils doivent se faire une règle inviolable die répéter sans cesse aux chrétiens, en leur parlant de la divine Eucharistie , les vœux et les désirs des Pères,, des docteurs , des conciles et de TEglise. Elle souhaiteroit ^ cette sainte Mère toujours attentive aux besoins de ses enfans ( Conc, Trid. Sess. 22. cap. 6. de sacrif. mis.)^ qu^à chaque messe^ tous les fidèles qui y assisteroient^ communiassent .^ non-seulement spirituellement et par un sentiment intérieur de dévotion .^ mais aussi par la réception sacramentelle de V Eucharistie.^ afin qu'ils participassent plus abondamment au fruit de ce très*
436 Du Sacremknt
saint sacrifice, A ces désirs elle joint les prières cl Icf cxhorraiions les plus vives. Elle avertit ( Ibid. Sess* i3. cap. 8. de Eiichar. ) , elle conjure^ par les en-^ trailles de notre Dieu^ tous ceux en général et en particulier qui portent le nom de chrétiens^ de croire ces mjrslères sacrés dû corps et du sang de JésuS'* Christ^ avec une telle constance et fermeté de foi ^ de les recevoir avec un si profond respect , une piété et une dévotion de cœur telles^ quils soient en état de pouvoir sauvent goûter ce pain qui est au-dessus de toute substance. Elle leur présente les motifs les plus piessans^ elle leur dit que ce pain précieux sera la vie de leur âme et la santé perpétuelle de leur esprit ; quç^ soutenus par sa vigueur et par sa/brce^ ils passeront du pèlerinage de celte misérable vie , à la patrie céleÈte^ pour j manger^ sans aucun voile^ le même pain des anges ^ qu'ils mangent maintenant sous des voiles sacrés. Elle nous dit(4$e55. i3. cap, 2. de Euch^ ) que le Sacrement auguste de l'adorable Eucharisiie est une nourriture spirituelle qui entre^ tient et fortifie nos âmes en les faisant vivre de lu propre vie de Jésus-Christ ^ un antidote par lequel nous sommes délivrés de nos fautes journalières ^ et préservés des péchés mortels j qu'il est de plus le gage de notre gloire et de la félicité éternelle.
Le concile de llheims. en 1 583, ordonne aux pasteun de persuader aux })eu|iles la fréquente communion^et leur faisant voir qu'il uy a point de moyen plus propre et plus court pour ramener les temps apostoliques. Fiâelihus persnadere nitantur^ nullum esse modiw^ aptiorem et compendiosiorem quo , sopitis et «xtinctis hœresihus^ Ecclesiœ apostolicœ faciès nostro sœculo redeat.
Saint Charles Borromée, dans l'instruction aux pré* dicateïirs, leur ordonne d'exhorter à la fréquentation des Sacremens de Pénitence et d'Eucharistie. Pœniteïï' tiœ et sanctissimœ Eucharistiœ frequentiam esse
DE L^EçCHAKISTiR, 4'?
jructuosvisîmam et maxime commenâandam , raiio^ uibiis multis et sacra? Scripturœ testimonus compro^ bahit. Ce saint cardiual, daus son troisicme concile de Milan, après avoir recommaudc aux cures et aux prédicateurs d'exhorter fortefuent les fidèles à la (recjuenic communion^ en leur rapportant Texempledes chrétiens des premiers siècles et les ti'moignages des Pères de l'Eglise, vetii que, si quelqu'un est assez téméraire pouf oser prêcher contre la doctrine du concile de Trente^ qui désiroit que les fidèles communiassent sacramentellement à chaque messe, il soil interdit sur-le-champ par révéque diocésain, comme un scandaleux , ei qu'il ne soit point rétabli, qu'auparavaul il n'ait fait une réparation proportionnées sa fauie^ telle que levéque Tordonuera.
Le catéchisme du concile de Trente dit, qu'il est du devoir des pasteurs de représenter souvent aux fidèles^ que, comme ils sont persuadés qu'ils ont besoin de nourrir leur corps , ils ne doivent pas négliger de uourrir leur âme du Sacrement de TEucharistiej puisque Tâme n'a pas moins besoin de celte nourriture spirituelle, que le cor|)s en a de la nourriture corporelle. Ce catéchisme ajoute, que Ton trouve le sentiment de tous les saints Pères sur la fiéqueritte communion, dans ces paroles de saint Augtjslin : quotidiè peccas^ quotidiè swue. Enfin, il y est parlé dune coutume qui a duré long-temps dans l'Eglise: le prêtre ayant achevé le sacrifice,, et après avoir communié, se lournoit vers le peuple, en disant: venite .fratrcs^ ad communionem: après celte invitation, ceux qui étoîenl disposés, recevoient les sacrés mystères dans de giauds senlimens de reii<:;ion.
Il est donc c rlain, que condamner en général la cominiinion fréquente et môme journalière, ce seroit aller contre les vues de ri\.glise, aiiuoncer aux peuples des sentimens scandaleux^ téméraires , contraires à U doctrine univerbelle.
438 Du Sacrement
Lorsque TEglise a ordonné dans le concile général de Lairan, que tous les fidèles de Tun et de Taulresexe qui sont parvenus à i âge de discrétion, communiassent , au moJQs à pàques, elle n'a pas prétendu limiter les communions à une fois Tannée, mais seulement mettre des bornes à la paresse de plusieurs chrétiens qui négligent leur salut, en les obligeant de communier au moins au temps qu'elle a prescrit. Par cette ordon-* nahce, elle n'a fait proprement qu'expliquer et fixer, en vertu du pouvoir qu'elle a reçu de.Jésus Christ, le temps auqtiel les fidèles sont tenus de recevoir la sainte Eucharistie : le mot saltem^ dont elle s'est servie, ne signifie autre chose, sinon que les vœux et les désirs de l'Fglise ne se réduisent pas à la simple et littérale exécution de la loi, mais qu'ils tendent a la fréquente communion. C'est une triste nécessité pour elle, qu« le relâchement de ses enfans Tait réduite à nous déterminer un temps pour nous nourrir de Jésus-Christ. Notre foi, notre piété, notre utilité toute seule, auroit dû làdessus nous tenir lieu de loi et de précepte.
Pour engager les fidèles à se disposer à recevoir sou* vent la sainte Eucharistie, il faut leur rappeler tous les avantages d'une bonne communion: leur dire qu'une communion bien faite est une œuvre Irès-agréable i Dieu qij'elle honore; leur faire voir qu'elle nourrit l'âme et la fortifie contre les rechutes dans le pécbc; qu'elle efface, dans les âmes snffi>amment disposées, les péchés vï'^niels; qu'elle augmente la giâce en nous; qu'elle enflamme la charité 5 qu'elle retid la piété plus ardente et les passions moins vives; qo'elle réprime les mouveroens déréglés de la concupiscence; qu'elle donne enfin une force merveilleuse pour résister aux ennemis de noire salut. CVsl en nous nourrissant de Jésns- Christ, que nous apprenons, comme il nous en assure Ifii-même, à ne plus vivre q*-e pour lui, à nous détacher de plus en plus du monde, à mépriser tout ce
DE l'EuCHA&HTTV. .4^
3 ai doit périr, k, détruire en nous tout ce qui n^esl pas igue de lui.
Il faut représenter aux fidèles^ que plus on sVIoîgne de la sainte table, plus les obstacles se multiplient, la tiédeur et Taffection au péché s'augmentent, les forces de Tâme diminuent ; et que la vraie raison pour laquelle plusieurs chréiieus manquent de courage, reculent au lieu d'avancer dans le chemin de la vertu , cest qu'ils négligent de manger le pain céleste, qui est la vraie nourriture des âmes. Plus les pécheurs s'éloigneront de la table sacrée, plus ils feront un funeste frogrès dans la négligence de l'affaire du salut et dans indifférence pour les choses saintes, dans le dégoût des Sacremens, dans Tinsensibilité sur les vérités ne la Religion les plus intéressantes et les plus terribles. Alors tout se dessèche dans leur cœur; tous lessentimeus de loi, de piété, de crainte, d'espérance , d'amour de Dieu y sont comme éteints, et rien, pour ainsi dire, n'est plus capable de les toucher et de les remuer, parce qu'ils ne pensent plus à se nourrir de ce fruit de vie. Nous ne parlons ici que de ceux que la tiédeur, l'indolence, souvent même le mépris et le dégoût éloignent de la table sainte^ leur respect apparent n'est qu'un faux prétexte; c'est un respect vain qui n'opère ïien pour leur conversion; un respect faux, parce qu'il n'est accompagne ni de douleur d'être séparés du corps de Jésus-Christ, ni de désir de rentrer dans sa maison et de s'asseoir a la table de ses enfans. C'est aux pécheurs qui sont dans ces criminelles dispositions, qu'on doit appliquer ces paroles d'un concile d'Aix-la-Chapelle : qui longé est à Sacramentis qiiibus est redemptus^ longe est à sainte qiiamfuerat cnnsecn-turus. C'est ce faux et criminel respect que saint Cyrille d'Alexandrie (£16. 3. in Joan.) appelle damnosum metum^ damnosam religionem^ et qu'il dit mériter la damnation éternelle, intclUgant qrticumqrce haptisati sunt^ œternd vilâ se ipsos excludeie^ dàm 'vivificari
44*3 Du Sacrkment .
difierens temps ^ elle a fait difléreutei lois^ seeoiiduisaut selon les differens états des fidèles ^ qu^en faisant ces difTei entes lois, elle a toujours eu égard, ou à la dévotion de ses eufaus ^ ou au refroidissenieut de leur ferveur. In primitivd Ecclesid^ quatir do magna vigebat da^otio Jidei Christ uinœ^ statutum fuit^ ut quotiddè fidèles commiinicarent \ dimmuto fideifervore^ ter in annOy réfrigérante charitate muLtorum^ scmcl in anno. Il faut donc distinguer, avec le concile de Trente, le précepte du conseil. Lorsqu'il s'agit du précepte, ce concile parle avec autorité: si qiiis negai^erit omnes et singulos fidèles , uiriusque scjL'us^ càm ad annos discret ionis peri^enerint ^ tenerl singulis annis^ saltem inpaschate^ ad communicant dum^ jujcta prœceptum matris Ecclesiœ^ anathema sit. Mais l'Eglise ne parle pas avec cette force et cette autorité sur la fréquente communion : elle prie, elle exhorte avec tendresse , avec onctioq^ Dans ses douces insinuations, pleines d'affeclions paternelles, on ne trouve pas le ton d'un maître qui ordonne , qui me^ nace, qui punit; c'est une mère tendre qui avertit^ qui prie, qui conjure, avec cette effusion de cœur qui touche, qui remue, qui obtient. Patertio ajffectu ad" monet sancta synodus ^ dit le concile de Trente {Ses» i3. cap. 8. de Eiich. ) , hortatur^ rogat , et obsecrot per viscera miscricordiœ Dei nostri^ ut... panent iUicm snpersubstantialeni fidèles fréquenter suscir père possint.
Le pape Innocent XL par son décret sur la communion, du mois de février 1679, condamne ceux qr<i vouloient faire de la communion quotidienne, uD^ obligation de droit divin. Ce souverain pontife y enseigne que, quoique la communion fréquente el quotidienne ait toujours été louée et approuvée dans lEglisc par les saints Pères , cependant TEglise n'a jamais rien fixé, ni déterminé sur la communion, par rapport
BE l'EucharistH!. 443
, aux jours qu^il convient de la recevoir ou de s'ea abstenir, dans chaque mois, ou dans chaque semaine^ que le concile de Trente ne Ta pas fait non plus, et cela avec beaucoup de sagesse : car Vœil de Vhomme ne pouvant approfondir les replis des consciences ^ ni les embarras des affaires qui dissipent beaucoup y ni les grâces^ ni les dons que Dieu accorde à ses e/ifans^ on ne peut rien ordonner ni fixer sur la digne disposition et pureté de cœur de chacun en parti" culier^ et conséqucmment sur La communion fré^ ijuente et journalière.
Ce décret reconnoîl qu^il est utile et avantageux, qu'indépendamment des soins des pasteurs et des con« fesseurs^ on emploie le zèle des prédicateurs, afin que^ quand ils exciteront les fidèles à communier souvent, ils leur parlent aussi des grandes préparations que ce Sacrement exige, et qu'ils remontrent à ceux qui se sentent de la dévotion pour communier souvent ou tous les jonrs, qu'ils doivent reconnoître leur foibicssej afin que la dignité de ce Sacrement et la crainte des jugcmens de Dieu, leur apprennent à ne s'approcher qu'avec respect de la table céleste où Jésus-Christ est 5 présent^ et à s'en abstenir, s'ils ne se sentent pas assex > bieu disposés, pour s'y. mieux préparer, r^ En/in, ce décret, après avoir exhorté les évoques, ? «ans les diocèses desquels est établie la dévotion envers i' '« très-saint Sacrement, d'en lendre grâces à Dieu, leur recommande de l'entretenir selon les règles de la P prudence : adhibito prudenliœ et judicii tempera'^ ^' ^ento ^ de se bien convaincre, que le devoir de leur ^ charge les oblige irès-élroiiement à employer tous leurs ^ îfforts^ pour détruire jusquau soupçon d'irrévérence ^t de scandale^ dans la participation de l agneau véritable et sans taché ^ et pour faire croître les grâces ^t 1rs vertus dans ceux qui le reçoivent: ce qui ne ^nanquera pas d'arriver ^ si ceux qui ont cette dé— \otioii que la grâce divine leur inspire^ et qui brûlent
444 ^^ SACREBIfiïfT
du désir dêtre nourris plus souvent de ce pain saerê^ S^accoiitumcnt à eacaminer leurs forces^ et à s'é^ proui^er m^ec crainte et amour. Ce décret finit en avertissant l(*s évêques, de reprendre et de corriger ceux qui disent que la communion quotidienne est de droit divin. Ainsi le tempérament de sagesse et de prudence que le pape Innocent XI. dit que les évèques doivent employer pour entretenir, autant qu^îl est en eux, la dévotion envers te irès*>aint Sacrement, et leur principale attention eu exhortant les fidèles à le recevoir, consistent, comme le dit encore ce pape dans le même décret, non à défendre en général la communion quotidienne^ ni à marquer aussi certains jeun dans lesquels les iidèles soient obliges de communier; mais à s'appliquer sur-tout à faire en sorte que, soit qu'ils communient plus souvent ou plus rarement^ ils y goâtent la douceur divine ,• à rendre la commiinion plus ou moins fréquente, selon la mesure de li préparation , selon le dejjré de dévotion , selon le pluJ ou le moins de communication avec Jésus-Christ; et à savoir ce que les ctu^és ou les confesseurs peuvent permettre à chacun de ceux qu'ils veulent faire cominunicr«
Les pasteurs et les confesseurs doivent donc ne jamais oublier, q'Ten exhortant les justes à la cummunioa iiéquente et journalière^ ils doivent aussi leur parler avec ardeur et avec zèle des dispositions nécessaires pour eu appi^ocher dignement. Il faut que toutes leun paroles sur une matière si importante, soient assaisonnées de ce sel de sagesse que Tapôtre demande. Ik doivent être très-attentifs à ne jamais séparer de leurs instructions, la communion fréquente^ de la communion di^'^ne^ de la préparation sainte, exacte et religieuse qu'elle demande; et à se conformer à l'esprit de î'E^^Iise et des saints Pères, en disant aux fidèles avec l'atueur de l'ouvrage sur les Sacremens attribué à saint Ambroisc : accipe quotidiè , tibi prosit 3 ils ajouieioot
DE l'EuCHARIST». 44^
•V€C luî^ sic 'vwe^ ut quotidiè merearis acqipere^ Voici comme parle là-dessus saint Thomas ( 3. p. q^ 80. €U 10. ) : circa hujus Sacrawenti usum , duopos^ sont considerari : unum quidcrn eac parte ip.siusSa^ crament i^ cujus virtus est omnibus salutaris y et ideo utile est quotidiè ipsum sumere^ ut homo quo^ îidiè cjus fructum percipiat... Alio modo pot est c<;nsiderari ex parte sumentis^ in quo requiritur ut cum magna dévot ione et révèrent id ad hoc Sacra-^ mentum accédât ^ et ideb^ si aliquis se quotidiè ad hoc paratum inveniat^ laudabile est qnod quotidiè sumat. Sed quia multoties in plurihus hominum multa im-^ pcdimenta hujus dévot ionis occurrunt ^ propter in^ dispositioncm corporis vel anima: ^^ non est utile om' nibus hominibus quotidiè ad hoc Sacramentwn ac^ cedere^ sed quotiescumqur se adillud homo iiivenerit prœparatum. C'est pourquoi le concile de Toulouse de iSqo, eu ordonnant aux cures, prédicateurs et confesseurs d'engager par des exhorlations réitérées les peuples à la fréquente communion, veut qu'on leur îa&i^ voir en même temps les dispositions qu'elle exi<>e: fréquent issimam popuiQ communioiiem , Je bitamque in rd sumendd révèrent iam^ parochi^ concionatores et confessarii crebris hortationibus suadebunt.
Il est important de bien faire comprendre aux fidèles que, comme il y a dans la maison du Père céleste différentes demeures, il y a aussi dans le corps mystique de Jésus- Christ sur la terre, diflférentes clas>es de justes^ les uns qui commencent d'entrer dans la carrière, mais sans être de ces âmes priviU'j^iées dont la grâce forme en nn instant des justes parfaits; les autres qui marchent constamment et fidèlemeiit depuis plusieurs années dans le chemin de la vertu; d'autres qui, par des progrès toujours suivis, sont arrivés au lermt*. de la per» /ection , autant que la fragilité humaine le [>eul per— iïîeltre;; que recevoir également à la iab!e sainte des periQuoes si diiréremmeut disposées, ce seroitne pas cou*
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noîtrc le prix du don céleste, Texposer à la prôfanalîoD, lie |>as imiier ce sage et fidèle dispensateur , que Jésus Christ a établi sur sa famille , pour distribuer à ehffcun^ en son temps ^ la quantité de froment qui lui est convenable. Enfin, on ne peut trop répéter aux chrériens que , si TEglise n\i pas fixé pour les justes le nombre de leurs communions, elle a incon* testiiblrmeiJt réglé les dispositions qu'ils doivent appoi'ttfr à la sainte table, et sans lesquelles elle ne veut pas IfS y admettre.
Cest en effet par les dispositions des péniténs , leur état et leurs besoins , qu\jn directeur prudent mesure à chacun d'eux Paliment spirituel qu'il doit prendre. Semblable aux Pères de TEglbe primitive, qui exhortoi<'nt tous les Infidèles au Baptême , et ne le conféroieDt ceprndant qu'à ceux en qur ils découvroient la préparation nécessaire pour le recevoir avec fruit, un pasteur qui veut véritablement }e salut des âmes, exhorte, îu^ire, presse tous les chrétiens d'entrer dans la salie du festin, mais il ne les y admet pas tous sans choix et sans distinction ; fidèle aux lois de l'Eglise , il diffère, pour quelque temps, la communion aux uns, il permet aux autres de communier fréqfiémment^ et, s'il troQVC des âmes assez saintes pour être admises à la communion journalière, il la leur permet, se réglant toujours sur le plus ou le moins de vcrm qu'il reconnoît dans les personnes que la divine providence a mises sous sa direction. Frequens ad sacram alimoniam percipiendam ac-ceS" sus , dit encore le pape Innocent XI. dans son décret, confessnriorum sécréta cor dis explorant ium judicio est relinquendus , qui^ ex conscientiarum puritate^ et frequentiœ fructu ^ et ad pietatem processu.**»' quod prospicient eorum saluti profuturum , id iWî prœscribere debebunt.
Il faut avouer que c'est-là une des plus dîfiîcite et des plus importantes didictiltés du sacré Kninistère* Elle est difficile , puisqull s^agit , non-seulement d'écre
DE L'EliCHARISTlÉ. 44?
instruit des dispositions que TEglise demande pour la communion ^ pour ia communion fréquente ^ pour la communion journalière^ mais encore de pénétrer par une discussion exacte et scrupuleuse dans le cœur des pénileos , el d y démêler avec précision quels degrés de sainteté , de vertu et de disposition ^ la grâce a formés en eux. C'est de Tusage que les chrétiens font des Sacremens , dit le concile de Trente ( Sess. 7. ùi proemio. ) , que tonte ivraie justice^ ou prend son com-^ menceinent^ ou s^ augmente lorsqu'elle est commencée , on se repare quand elle est perdue. Quelle augmentaliou de grâces n^est pas attachée en particulier à la participation du paineucharististiquef Mais cette participation doit être dirigée par la prudence. Donner ce pain céleste à ceux qui sont (fans Tardeur de la fièvre , c^est leur donner la mort; le donner avec trop d'abondanco â ceux qui relèvent de maladie, c'est les exploser au péril d'une rechute ; le refuser à des personnes foibles, c'est les priver d'une nourriture qui souvent leur seroit d'un grand secours, et quelquefois même d'un grande nécessité; ne pas en faire la nourriture ordinaire des forts et de ceux qui sont dans une santé parfaite, c'est les affaiblir et les faire tomber dans le dépérissement.
Il faut donc, en premier lieu, qu'un confesseur connoisse les dispositions que l'Eglise demande pour la comipunion en général, pour Ta communion fréquente, et pour h communion journalière. De la connoissance de ces dispositions , il lui sera aisé de tirer des règles de pratique conformes à celles que les Pères et les sainis ont prescrites, et d'en faire une judicieuse et prudente application aux pénitens qu'il aura à conduire. Nous avons déjà parlé ci-devant des dispositions pour bien €ommunier;nousyajouterons les observations suivantes:
La première disposition , absolument nécessaire pour
Eirticiper au divin Sacrement que nous recevons dans communion, est^ ainsi que nous l'avons déjà dit, la. pureté de l'âme , l'état de grâce et l'exemption de
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péché morYel. La nécessité de cette clisposîtion est fondée sur ces paroles : Quiconque mange ce paire et boit ce calice irulignrment ^ mange et boii sa condamnation^ ne Jaisant pas le discernement qu^il doit du corps et du sang du Seigneur^ Paroles qui oiu faii porter an saint concile deXrentre cette d(>cisron contre les novateurs. ( Sess* i3# can. il. euchar. ): si qnelquun dit que la foi seule est une préparation sujjisante pour recevoir le Sacrement de l* Euchar islic^ qu'U soit annthême.
Oti ne peut ieprésent<T trop f<)rteroent »ux fidèles la nécessité de s'être piirifiés^ avant que de recevoir t agneau pur et sans tacite. On ne peut trop s^appliqueif k les bien convaincre que la vie et la mort^ la grâce et le pérhé^ J«'5ms — (Christ et Bélial. le mystère de çalut et le mystère d'iniquité^ ne sauroient être ensemble^ et qu'il faut par conséquent être guéri avant de partiri()er au pain céleste. Le calice sacré que nous bénis^. JO/7.V, dit saint Paul, ( i. Cor. lo. 16.20. 2i.)^nV5fi7 pas la communion du sang de Jésus^Christ F et le pain que nous rompons , nest-^il pas la parîici^ pat ion du corps du Seigneur F .... Or^/e ne veux pas que i'ous ayez aucune société avec les démons» f^ovi ne pouvez boire le calice du Seigneur et le calice rAw fJémons ; vous ne pouvez participer à la tabie du Seigneur et à la table des démons.
il n'y a que la sincérité et la pureté de cceiir, dit saint Ghrysostonie ( hom. 3. m ep. ad Eplu ), qui rendent digne d'approcher de la sainte table: avec elle approrhons-en toujours , sans elle nVn approcbôol }nniais : cum edsewper accède ^ absque ipsâ nunqwtnu Personne, dit saint \inl>t'oise {in Luc. L 6.), ne doit recevoir le ror[)s de JéMis- Christ , avant la gucrî*oil des hlessiirrs que le p^'clié fait à Târoe : nemo cibuïït accipit Cliri^ti^visi fnerit atitè sanatus UbiquemjS* terii 0/7/0 srirr-îiie : ut priiis^ per rcmissionem peo
caiorum^ vuiueribus mcdicina tribuaturf posteà ali*
manié
Bfe L^ECCHAKISTIE. 44$
oniâ mensœ cœlestis exuberet. L'Eucharistie esl, imme dit le concile deTrente, la nourriture spirirueli^ ; nos âmes qui les entretient et les fortifie : or , Ton ne )nne point de nourriture aux morts, mais aux vivans; iint Augustin ( Trcuit. a6. in Joùru art. ii. et i3.) irlant de lasaintete qu'exige cet auguste Sacrement^après 'oir dit: Viàtte ergo^jratres^panem cœUstem spi^ taliter manducate^ innocentiamadaltcire apportâtes oute plus bas, qu il faut que celui qui veut être uni à isus-Christ ^nonsitputre membrum quod resecnri me^ *atur^ non sit dbtortum dequo erubescaturf sitpul'^ iriinijSit aptum^ sit sanum. U faut donc, pour pouvoir immunier, vivre delà vie de la grâce. U faut, comme sent généralement les saints Pères et les saints docteurs^ >ur mériter de recevoir le corps et le sang de Jésushrist , avoir un cœur pur ^ il faut changer de vie lur recevoir la vie ^ parce que , sans ce changement^ I recevra sa condamnation en recevant la vie, on y trou^ ira la mort : ce qui ne peut être plus fortement exprimé le par ces paroles de saint Paul , que le concile de rente appelle des paroles pleines de terreur : Qui^ mqae mange de ce pain, et boit de ce calice iVic/itement^ mange et ooit sa condamnation , ne dis-* frncint pas le corps du Seigneur.
C'est pour éviter un crime aussi énorme, que ce *and apôtre veut que rkonwic s^éprouve et s'examine II— même, avant que de manger ce pnin^et de boire e cette coupe. Epreuve qui , pour les grands pé— hteurs, pour les pécheurs d'habitude, doit être une preuve de changement ^ une épreuve de pénitence^ ai consiste à sonder son cœur, non superficiellement^ lais â l'approfondir pour voir s'il est réellement changé^ il est véritablement péuitent , si l'amour de Dieu v dolifie, si l'amour du péché y est détrait : or, ces pécheurs e peuvent lâ-dessus porter un jugement prudent, qu'arèa uû certain temps et par des signes non équivoques^ preuve sans laquelle U a est pas possible ordinaire*- ^ Tomel ^ Ff
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ment^qQ^hn confesseur conooisse si ces sortes âe péchenrtf sout guéris. Giiérison qui doit être bolide , et noo paii menacée d'nne prochaÎDe rechute , elle doit être intérienre, Tauvrage de la grâce , et non pas purement exlérienre et le fruit de la contrainte ou de réloigne?» ment des occasions^ elle doit être entière^ et ne pas laisser la moitié du mal.
Par guërison solide^ on ne doit pas entendre celle qui préserve de toute chute , qui attache a la justice par des liens indissolubles. Pour avoir reçu la rémisr 8ton\de ses péchés , Thomiûe ne devient point impeccable: c'est pourquoi. Je. smQt concile de Trente prononce anathâAie contre celui qui dira çuun homme ^ une fois justifié ^ ne peut plus péoli^ ni perdre la grâce ^ et qiCainsi^ lorsque ijuelqjiÂun tombe et^pèçhe^ c^est -une marque qu^îl rta jamais été ^véritablement justifié» La guérison solide dont iipiis parlons ici , est celle qui fixe les vicissitudes perpétuelles du cœur j qui fait cesser l'inclination a^ mai et au péché ^ qui met Hioname dans un état où les plaies ue se rouvrent pas un moment : après qu'on les a fermées j qui rend ni volonté de ne plus retomber dans le péché, plus sérieuse ) plus prudente ^ plus-pleine, plus for^e, plui eniracc^ le cœur plus intrépide à se dc(^uc]re) \f!V j^'''* dtfBcile à être vaincu^ qiiiiprouve, en \i{|>.m9ti,,tune pénitence plus sincère y. plus véritable , pin; par&i4> Un confesseur doit donc être très-attentif à ne faoi^ permettre de communier à ceux qui.. vLV4?nt dans Iç crime et cbtnme desdPa'idns* Dans ce m^lh^m^cu^c état, on ne peiiir-, sans erreur :«iL/ $;ius infi pi été, regarder la pratique -de^'la ' fréquente communion • comme vM riiârque -de prédostinationy dit rassemblée dutrl^rg^ lénnnén 1700, liorsqti'e!lecondamn»coitimetémérak^ 'scandaleuse^ erronéc'^ïioapie qt ijontraire aux saÎMl^^ Ecritures, la ptx>posiiipn uxWtuieyfrequens^.confessip et communia , ptiam ià^ his qui .gcntilitcr 'vivuf^tj est nota ptœdcstinationis.Vn çpnfqsscur ne peut esa-
ttamev trop soigneusement et avec trop d^exactitudf! les dispositions des pe'nitens^et les é[)reiives dont ib ont besoio pour communier. La pénitence médicinale^ dit rassemblée du clergé en 171^ ^ est^ dans certaines circonstcmces ^ nécessaire ou utile pour prépare rie, pécheur à la réconciliation* Il y a des cas dans les^ quels on ne doit pas être rétabli dabord dans la possession des biens dont on a été dépouillé par le péché : tels sont les péchés énormes ou publics^ les péchés d'habitude^ le cas de l'occasion prochainej le. cas d'une restitution ou d'une réconciliation rcfusée ou mxd à propos différée^ et généralement tous ceuac dans lesquels le pénitent ne paroït pas suffis somment instruit ou disposé. II faut alors éprouver nn pénitent, autant qu^il est nécessaire, avant de Tab^ soudre et de lui permettre de communier; pour ne pas se laisser tromper par des désirs momentanés de se cou-^ vertir, par des mouvemens de repentir et de résolutions aussitôt oubliées que formées. L'expérience journalière apprend combien tous ces sentimens apparens d'une ferveur passagère , sont peu solides. Si Ton n'est pas solidement affermi dans les voies de la justice^ si nos résolutions , faute de leur donner un temps sufiisant, ne prennent pas un peu de consistance, on retombe bientôt dans le même état ^ le cœur reprend sa première situation ^ ces promesses, qu'on croyoit des
F lus sincères, s'effacentdo Tesprit; on demeure le même; absolution reçue ne met pas dans le cœur Tamour 3UÎ ny est |>as; des absolutions qui n'ont été précéées que de si foibles dispositions, bien loin de nous rassurer, pour aller à lautel cberclierlepain des forts, doivent faire trembler: il en faut toujours venir à fépreurequise fait par les œuvres^ et C'est une grande témérité, pour ne rien dire de plus fort, que de sç présenter à la table du Seigneur , dans une vraie in-« cerlitode sur cette épreuve. Il faut lire ce que nous
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45a Du Sachemeiït
dirons sur la réconciliation des pêcheurs j en parlant du Sacrement de Pénitence.
On ne peut donc^ tans frémir ^ entendre dire que la communion fréquente e^ le mor^n le plus abrégé et le plus efficace de conversion et de sanctification. <Jette maxime est affreuse, ce principe est faux en lui-mèmei il Test dans ses suites. Faux en lui-même : car ce qui suppose la conversion et la sanctification, n*est pas un moyen de conversion : la communion' suppose la conversion , la sainteté \ la conversion réelle doit précéder l'absolution ^ le confesseur ne délie que ceux qui détestent le péché , et commencent à aimer Dieu , comme source ae toute justice. La participaiion à la sainte table n'est que pour les amis de répouz : or, celui qui n'est pas converti, n'est pas ami aie Fépoux. L'Eucharistie , étant un Sacrement des vivans, suppose Tâme qui la reçoit , vivante , par consëqoeDt réconciliée avec Dieu par une vraie conversion. Noos avons ajouté que cette affreuse maxime est dangereuse dans ses suites: en donnant la communion pourœojen de conversion , on invite avec confiance à la table du Seigneur ceux qui ne sont pas convertis^ on fiât tout ce qu'il faut . pour y faire asseoir ceux qui vivent sous l'esclavage au démon et du péché, ceux qui sont ennemis de Dieu. Quelle détestable doctrine ! Des pe* cheurs qui oseroient s'y conformer, devroient être condamnés avec ceux dont saint Cyprien se plaignoit ( Tract, de lapsis )• Ils se saisissent , disoit ce saint évêque, et sVmparent, ces téméraires pro(ànateun, Ai corps de Notre-Seigneur, qui n'est destiné que pour les justes : Domini corpus im^aduncAh font violence i son corps et à son sang, en le recevant dans des Imci souillées et dans un corps où règne le démon. Fis infertur corpori ^ju$ et sanguinL
Nous avons dit qu'avant que d'admettre à b gov* munion , les grands pécheurs, les pécheurs dliabitudèy il faut une épreuve de pénitence. Noua ne prétendonf
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DC L^UCHAtlSTlS. 4^3
pas rappeler ici Tancienne pratique de ITglise , et la discipline de ces siècles fervens, où les expiations publiques de la pénitence précédoient les rëconcilisrtions des pénitens. L'Eglise avoit alors ses raisons en établissant cette règle ^ elle en a eu aussi en cessant de l'observer ^ et c'est à nous de nous conformer à ses usages, et non pas à les réformer. Mais Tesprit de T Eglise et le fond de sa conduite n^a point varié : elle veut encore aujourd'hui, comme elle le vouloit alors, s'assurer par les œuvres de pénitence, de la sincérité de la conversion des pécheurs. Quand nous disons qu'il faut une épreuve de pénitence , nous ne parlons pas de la pénitence satisfactoire , qui fait expier la peine due à la justice de Dieu, après que le péché a été remis. Nous condamnons avec le pape Alexandre YIIL la doc-* trine qui enseigne, qu^on doit regarder comme sacrilèges ceux qui prétendent avoir droit à ta communion, avant que d'avoir entièrement satisfait â la justice divine. Nous ne voulons donc ici parler que de la pénitence mé-dicinale, qui est, dans de certaines circonstances, si nécessaire et si utile pour préparer le pécheur à la réconciliation ; qui sert à faire connoître si le cœur du pécheur est sincèrement et véritablement changé et converti; qui, comme dit le concile de Trente, sert de remède au pécheur^ et détruit ^ par la pratique des ^vertus contraires , les mauvaises habitudes con^ tractées par une vie déréglée* Nous parlons de cette pénitence qui sert à se défaire de toute aflTection au péché mortel, à se purifier des imaginations qui restent des désordres passés , à seprouver par des œuvres capables d'éteinare les passions. Nous disons que les Sraods pécheurs ont besoin d'un temps d'épreu\re et e mortification pour pleurer leurs crimes , pour se purifier par le jeune et par la prière , et se disposer ^usi à la participation des mystères saints ; nous disons qu^ib doivent mettre un intervalle de pénitence entre leurs désordres et la table du Seigneur; et que les
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454 i^U SàCREMENT
faire passer du crime à TaïUel , ce seroit, dit saint Bernard , comomner leur iniquité , et non pas les conduire à la source des grftces.
De quoi sert ime co/?/!?55io?z ^ dit saint Grégoire le grand ( //.. 6. iri c. i5. L. i. Reg. ) , que VaffUction de la pénitence ne suit point , et dont cette <iffliù^ tion ne prouve point la sincérité de celui qui can^ fesse ses crimes F Nous ne reconnoissons un pécheur pour bien converti^ dit encore ailleurs ce saint pape (ffom. 26. in Evang. ), que lorsquil s^ efforce d^ef-facer par VaiAStériié d" une pénitence proportionnée^ les péchés que sa bouche corifesse , et dont il se reconnoit coupable.
Prenons garde , dit saint Ambroise(-Z. a de pœn. c. 9. ), quune injuste compassion ne rende pire celui que nous devons guérir. Quelques-^uns ne deman" dent la pénitence , que pour être aussitôt rétablis dans la communion y mais ceux-là ne désirent pas tant d^étre déliés .^ que de lier le miniàtre j et ne déchargent pas leur conscience de leurs péchés , nuiis en chargent celle duministrequi les absout. Binon tam se solvere cupiunt^ quàm sacerdotem ligare'^ suam ^^nscientiam non eœuunt ^ sacerdotis induunt.
Que chacun considère et examine sa conscience , dit 9arnt Gésaire d'Arles ( in append. Serm. S. jiug. Senn. ^39), et, lorsqu'ilse trouvera coupable de quelque crimey qu'il commence par purifier sa conscience par les prières, les jeûnes ou les aumônes , avant que d'oser recevoir l'Eucharistie : et quandà sealiquo crimine vulneratum essê cognoverit , priùs orati0nibus^/e/uniis vel d» mosinis studeat mundare conscient iam suam^ et sic JEucharistiam prœsumat accip re.
Saint Isidore de Séville , dans le livre des offices ecclésiastiques^ chap. t8, dit, que recevoir la sainte Eucharistie dans le temps qu'on doit faire pénitence, c'ciC
]a recevoir indignement, ffoc est indigné accipmy
DE L^ÛCHARtSTIE. 45^
st eo tempore quis accipiat quo débet agere pœni^ ^tentiain.
Il est vrai que cette maxime peut avoir ses excep*» lions 3 que la prudence doit ici, comme par-tout ailleurs, appliquer et conduire la règle ^ que U componction est quelquefois si vive oans un pécheur ^ les larmes si abondantes, la conversion si soudaine ^ si entière, si marquée, qu'on doit abréger le temps des épreuves^ et se hâter de consoler sa douleur par Pusage de cette nourriture céleste j qu'il est encore queU quefois d autres enfans prodigues si repentans , si tou<r chés de leurs désordres, si brisés de douleur^ qu'à pcjne ont-ils dit au père de famille, fai péché contre le ciel et contre "vous^qn^on peut les faire asseoir comme lui à la table sainte , et les rétablir dans tous les droits dont ils étoient déchus par leurs crimes. Il est des miracles de grâce; mais ces miracles sont des exceplions, et par-là même confirment la règle.
Nous avons donc raison de dire, que la règle or-* diuaire, c'est que la communion, pour un grand pécheur, doit être encore aujourd'hui le fi'uit et leprix^ et non la première démarche de sa pénitence; qu'elle doit enfm couronner et récompenser ses larmes, et non pas succéder à ses crimes: et qui peut en douter, s'il croit encore que nos mystères sont saints et ter-* ribles? C'est la règle de l'Église; c'est la doctrine des Saints; c'est la pratique de tous les siècles ; et c'est ce que l'apôtre vouloit dire , en recommandant aux fidèles de s'éprouver avant de venir manger ce pain céleste ; probe t autetn seipsum hoifio , et sic de pane Hlo edat.
S'il arrivoit qu'un pécheur crût que l'éloigneraent de la sainte table peut servir seul et sans autre dispo-^ silion, de préparation à la communion, et qu'il lui est permLi de s'en teiuV à la privatiou de la communion , sans pénitence , sans remords , sans désir de rentrer en grâce avec Dieu , ni de s'asseoir à la tabk
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456 Du SlCREltEKT
<Ie soD Fils, il faudroil lui dire avec8aiolChi780St6nt (in 1. Timoth. houu 5.) , que c^est ungnmd mal de mesurer les clignes communions par V intervalle, du temps , au lieu d'en juger par la pureté de la conS" cience f il faudroit lui répondre avec Fauteur d^n sermon atlribur à saint A.ugustinL( in append. Serm. a55*)^ que ? par nue pareille couduile , il augmente le poids de ses péchés , il perd le don du salut étemel^ il amoùs e des crimes , il se prive des remèdes de ses maux , et que , sHl se juge indigne de la commu-* nion^ par la connoissance qui! a de ses crimes ^U doit travailler à s'en rendre digne. Cet auteur ne dit pas qu'on doit s approcher de TEucharistie quand on se sent coupable de grands péchés»^ il ne blâme pas celui qui , étant dans cet étal, s'en croit indigne^ mail il reprend ce pécheur de ne chercher d'autre remède que dans la privation de la communion ^ il l'exhorie à sVn rendre digne , puisqu'il s'en reconnoît si justement prive* Le même auteur demande ensuite comment^ dans cet état affreux, on peut s'en rendre digoe; et voici sa réponse: « en quittant ses mauvaises ha- ^ bitudes, et en demandant pénitence^ afin^ qu'ayant > souillé sa conscience par Timpureté de ses crimes ^ » il se purifie par la pénitence. » Dicitis^ quomoS aliquis dignum se facc.re possit ? QuomodJbf Nisitr* rores pristinos relinquat ^ et pœnitentiam petat \ut^ qui criminum suorum sorde pollutus est , eœomolo^ gesis sati)factionemundetur. Telle est encore la doctrine de saint Cyrille d'Alexandrie ( /^. 3. in Jean.) ^ lorsqu'il condamne ceux qui , se faisant un voile do respect dû à cet at.'gnste Sacrement, pour couvrir leur lâcneté et leur nrgllg'aire dans le service de Diea^sl* lèguent la pureté de \ie qu'il exige, comme une léitime excuse qui les dispense de Tusage de la iîwtt ucharisrie. et Kfcsrni de travaillera acquérir touie la préj^aiatirii i\\\\\W\t(^\\\e\i: Eititi quippemagis^ cmni studio ac liribus decerct , dit ce saint docteur)
DB lIEcchàkistik» 4*^*^
Mi à peccato sîatim mundentur^ honestumque ac pro-' bwn miœ irutUutum amplexi\ iid vU^œ participation nem demiun magnâ cumjhiucid properent.
On ne peut donc, sans avilir la sainteté du plus auguste Sacrement, dire qu'on peut imposer pour péni— teuce de communier^ et que le erand et souverain bonheur de Tàme, le sceau même de la réconciliation | la récompense que les anciens pénitens achetoient par la plus sévère et la plus continuelle pénitence , puisse être enjointe comme une pénitence. II s'ensuivroit qtron peut communier pour se convertir, et par conséquent avant d'être converti ; que le (jécheur peut satisfaire à la justice de Dieu offensé , sans aucune œuvre pénible^ et qu'il n'est pas nécessaire, pour communier, d^attendre que le cœur soit changé , que les passions soient mortifiées , que lamour de Dieu soit dans le cœur. Conséquences dont la cupidité tireroit de grands avantages.
Il y a des cas, où il est expédient de différer la communion à certains pécheurs auxquels on a donné Tabsolution \ où celui qui a commis un péché mortel , quoique confessé et absous, doit s'abstenir de la communion pendant quelque temps , par respect pour ce Sacre* ment, hors -le cas de nécessité. Il ne convient pas, dit saint Thomas ( in 4* dist. 9. ^. 4* ) 7 ?^^ celui qui est encore plein des images impures de ses désordres, s'unisse dans Tinstant au Dieu de toute sainteté^ qu'un esclave à qui , par l'effet de la plus grande miséricorde, on a pardonné toutes ses iniquités, aille dans le moment de la grâce que l'on vient de lui sigriifieri s'asseoir à la table de son maître et de son roi : trop heureux d'avoir part aux miettes qui tombent de la table , il ne doit pas manger le pain des enfans, tans avoir passé par aucune humiliation et par aucune épreuve.
Saint Bernard et tous les maîtres de la vie spiri— luelie enseignent, que l'on ne doitpas dans le moment
'458 Du Sacrembmt
Tnême passer du baiser des pieds de Jâu^Christ, an baiser de sa bouche^ qu'il fant se tenir' long-temps dans celte posture humiliante; qu'il est convenable tl'atieudre que Jésus*Christ daigne noosr en retirer. U faut, ajoutent les mêmes auteurs', aller à lui, non par de stériles désirs, mais par la main d'un sage médecin ^
Î)ar les œuvres. C'est à un confesseur d^en juger par es règles de la prudence et de Tëquité , eu égard aux dispositions insufïisantes qu'il trouve dans un péni-^ tent qui est dans cet état, pour recevoir cette céleste nourriture, et aux empêchemens qu'il trouve en lui pour y participer.
Il y a une espèce d'indécence d'admettre à la com^ muuion, immédiatement après l'absolution, les grands pécheurs qui ont scandalisé le monde par leurs désordres et par une longue impénitence : il est convenable^ hors le cas de nécessité, de leur donner^ après la confession, quelque temps pour se préparer à la communion par une vie réglée et occupée de bonaes œuvres ; tant pour l'édification des fidèles, que pour s'assurer encore plus de la sincérité du retour de ces pcnitens.
On ne doit pas permettre la communion à un pécheur, quoique bien repentant, dans lequel on verroit quelque obstacle qui blesseroit la sainteté de ce Sacrement ^ et le respect qui lui est dû. Saint Thomas, dans l'endroit que nous avons indiqué ci-dessus , dit qu'il ne faudroit pas conseiller à une personne qui auroit commis un péché mortel , de communier aussitôt après, quand même elle seroit contrite et confessée i hors le cas d'une grande nécessité. Dicendum qubd non esset consulendum alicui^ qiiod^ statim post pen/^ eatiim mortale^ etiam contritits et confessas^ ad Eur chavistiam accederet , sed deberet , nisi magna ne'cessitas urgeret , per aliquod tempus , propter rev^ rentidin abstinere. Ce que dit ici saint Thomas , doit 9'appliquer sur-tout au^ péchears coupables de crimes
-imptireté, qitî laissent ordiDaireinent dans Vesprit es idées qui le troublent , et dans le cœur des incliations et des impressions toujours dangereuses , lesuelles ne peuvent qu'être un obstacle aux dispotions nécessaires pour communier dignement. Si ersonne ne se doit exposer à Vexercice d^nnefono on ^ sans une sainte préparation^ dit le concile de rente {Sess. i3. cap. «y. de Euchar.)^ il est certain ue plus ce Sacrement céleste ( la sainte Eucharistie ) y ît reconnu saint et divin ^ plus on doit être attentif n'en approcher et à ne le recevoir quavec un grand fspect et un grande sainteté.
Ces paroles du concile de Trente suffisent pour faire air Terreur de ceux qui disent que , selon ce concile, lute répreuve que demande Tapôtre saint Paul avant I communion, consiste à se confesser des péchés morïls dont on est coupable, parce que, dans le même iiapitre, il est dit, que cet examen nécessaire, dont arle Tapôtre, consiste en ce que nulle personne^ se mtant la conscience chargée d^un péché mortel^ uelque contrition quil lui semble avoir , ne doit approcher de la sainte Eucharistie , sans avoir fait récéder la confession sacramentelle.
Il est vrai que ce concile établit dans ce chapitre onire Luther et Calvin , la nécessité de la coules— on des péchés mortels avant la communion. Il a voulu Dcore par-là faire cesser un abus qui régnoit alors , mt parmi plusieurs prêtres, que parmi plusieurs fi** êtes , de communier avec des péchés mortels , sans voir fait précéder la confession , sous prétexte de la ontrition dont ils se croyoient animés. Le concile dclare , que cette contrition qui les calmoit et qui les 'anquillisoit, ne les dispensoit pas de se confesser , arce que la confession étoit pour eux IVpreuve dont arle saint Paul. 11 dit que cette épreuve est nécessaire i'afil de communier I mais il ne dit pas quVIle soit iffîsante : ce qui est nécessaire uVst pas toujours suf<«
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fisant. Le Baptême est nécessaire pour être sauv^ j maîi il ne suffit pas aux adultes. La foi est de même aéccf* saire pour être justifié ^ mais , sans les œuvres , elle ne suflitpas. La coufessiou fait une partie de Tépreuve que detn.inde Tapôtre^ mais le concile ne dit pas que ce soit la confession qui fasse toute son essence et toute son étendue; il est bien éloigné de borner là toute Tépreuve, et d'enseigner que Tépreuve des œtivre» soit une éj)rvuve de surérogaiion et de conseil. L'erretur proscnle consistoit à ne pas se confesser des péchés mortels, dont on croyoit gémir sincèrement: dans le texte cité, les Pères de cette sainte assemblée'se contentent de proscrire Terreur , et d établir la nécessité de la confession ; ils ne dévoient pas parler des antrei parties de Tépreuve , que Ton ne contestoit pas^ Il n est donc pas permis d'abuser aussi témérairement du silence du concile et de s'en prévaloir, pour soutenir que toute la préparation , pour communier dignemenl^ consiste à se confesser des péchés mortels dont on se sent coupable^ sur*tout après avoir lu ces paroles ci* dessus, que nous avons dcjâ citées (Sêss. i3. Cfip. 7» de Euchar. ) : plus la sainteté et la di\^inité de ce Sacrement est connue à l'homme chrétien^ plus il doit avoir soin de nen pas approcher sans un grand respect et une grande sainteté. Demander une sainteté et un respect qui répondent à la sainteté et à h divinité de ce Sacrement , n'est-ce pas, en substance^ exiger toutes les dispositions et toute Tépreuve que kl saints Pères ont demandées, et que tous les maitresde la vie spirituelle après eux ont expliquées f N'est-cepai faire entendresudisammentque, quoique Tëtat de grice soit nécessaire avant de communier , on ne doit pli se contenter de cette seule disposition?
On ne peut donc sans témérité dire que^ pour fairt une communion digne, méritoire ^ agréable aux jeut de Dieu , il ny a point d autre disposition nécessaire que la pureté de conscience, avec Tassurance morale
DE L^EUCHARI&TIE. 4^1
d^£ire en griice avec Dieu. Ce n'est pas là la doctrine que les Saints nous ont enseignée. Tous les Pères de TEglise, outre Tétat de grâce , demandent ponr la communion d'autres dispositions ^ saus lesquelles ib veulent qu'on s'en abstienne ^ jusqu'à ce qu'on les les ait acquises. Ils exigent la pureté d'intention , c'està-dire , que dans la communion nous n'ayons en voe ue la gloire de Jésus— Christ, Tavancement spirituel e nosftmes, ou d'autres objets^ bons ^ vertueux et dignes de la sainteté du Sacrement) de sorte que. selon eux , commtmier pour quelque motif temporel et humain , et sV arrêter , renferme un péché, parce
an'une action telle que la communion , ne peut être irigée par des vues si peu dignes, et qui sont l'effet d'une volonté déréglée : c'est le sentiment de saint Bernardin de Sienne, qui appelle ce défaut de pureté d'in-> tention , une espèce de simonie mentale ^ puisqu'on y achète ce qui n'est que temporel , par une chose spirituelle et céleste. Dirigez exactement votre inten-^ tion ,dit saint Bonaventure {^in ^. sentent.). Considérez hien ce que vous désirez. Gardez-vous d^ap^ procher de cette table sainte , par vanité^ par or^ gueil , par coutume^ par quelque complaisance mon-^ daine , pour obtenir quelque faiseur temporelle , comme le font plusieurs de nos jours ^ qui abusent pour leur perte de ce qui leur a été donné pour leur salut. Tous tes Pères tiennent le même langage.
Us ne parlent pas avec moins de force d'une seconde disposition qu'ils appellent attention. Ecoutons saint Chrysostôme ( ffomel.de non contemné Eccles. mrst.) : que personne , dit ce saint docteur, ne s^approche de ces mystères sacrés ai^ec un esprit distrait et dis-^ sipé. Que personne , pendant ce temps , ne roule des projets terrestres et humains. Libre de tous les soins de la terre^ que chacun s^élèi^p jusqu au ciel^ et s^u^ nisse avec les séraphins^ puisquUl est si prés du trône du Tout-puissant.
462 Du Sacremekt
Saint Basile ( Moral. Reg. ai.) dit que celuiquipaP^ ticipe au corps et au sang de Jésus-- Christ ^ et qui ne considère pas attentivement les motifs de tins^ titution de ce mystère ^ n'en remporte aucun fruit , aucun avantage.
Pour communier dignement , dit saint Bonaven-^ lure ( in brev. part. 6. cap. g. ), il faut manger le corps du Seigneur spirituellement , avec ^attention de Vesprit et la dévotion du cœur.
En. communiant sans attention, on commet donc nn péché ^ on fait de Tactiou la plus sainte de la Rer Jigion, une action désagréable à Dien^ doiit on sera jt)gé au tribunal du souverain juge.Il s^ensuit de— la^ qtion peut traiter de doctrine (àusse et contraire au sentiment des Saints, Topiuion de quelques modernes* qui osent soutenir qu'il est plus avantaj^eux de s'approcher de la sainte communion avec des distractions acr tuelles volontaires , que de s'en abstenir.
La troisième disposition- c^we les Pères exigent pour communier, c'est le respect intérieur et extérieur. Uio: téricur consiste dans Tadoration^ dans Thumilialiaii profonde de Tâme en présence du Roi des rois,qtii vient faire sa demeure en elle. L'extérieur demaude qu'on se prosterne devant la majesté divine^ avec les signes et les témoignages d'honneur , de dévotion et d'humilité. Saint Augustin ( in Ps. 90. ) reconnsU que ce seroit un péché ^ que de ne pas adorer cette citair divine avant que de s en nourrir j et saint Bovaventure ( depra?p. ad Miss. c. 5. ) est du sentiment que la recevoir sans respect^ c'est la recevoir mdignement. ILn eflTet, quand on est véritablement cour vaincu que le 'corps et le sang du Fils de Die» sont réellement présens, dans le Sacrement de rEucharûtiit s)ifHt— il de ne le pas profaner ^ ne faut— il pas encore rbonorer? Peut-on ne se pas primera la tabk ..sacrée avec une sainte fraveur, une .humilité profonde "ci une grande modestie? ]>fe .seroit-il pas indéc^l)
et même criminel , d'y venir avec des yeux égar^s^ un maintien paii réglé, nn air de fasle et de mondanité? Oiii sans doute. La simple prière sans allcntion et sans respect nous rend coupables ; la simple assis-tance aux aivins mystères sans recueillement et avec dissipatioiî, est un péché, parce gue c'est une irrévérence que de parler à Dieu , et a être en sa présence occupé A^ofontairement de tout autre objet. A combien plus forte raison sera-t-on coupable, de recevoir ia personne' même de Jésus-Christ , sans la respecter^ sans faire auention à 1^ majesté infinie de Thôte qui daigne- venir habiter en nous.
Les Pères demandent d'un commun accord une quatrième disposition pour communier. Cest la dévotion actuelle qu'ils nomment aussî un désir, une faim spirituelle, un goût pour la divine Eucharistie. S'en approcher sans cette dévotion , c'est selon eux , faire injure au Sacrement; cest se priver des grâces qu'il doit procurer j c'est s'exposer à ne recevoir aucun avantage en goûtant ce pain délicieux. Jésus-Christ a^ous permet non-seulement de le a)oir^ dit saint Chrysostôme ( Hom. 70. ad pop. ) , mais encore de le toucher^ <fe le manger^ de le recevoir eh n)OuSy ne vous en approchez donc pas avec dédain.^ avec dégoût^ soyez enflamfnés.^ fêwens .^ remplis d^ardeur.Cemème saint dpcicur ( Ilom. 83. in Mat th.) dît encore: nê^oyez^ n^ous pas avec quelle avidité un petit enfant saisit la mamelle de sa nourrice? Telle et plus grande encore doit être notre ardeur pour cette nourriture et ce breuvage spirituel.^ afin d^attirer en nous la grâce ' du Saint-^Esprit. C'est pourqtioi saint Grégoire le grand dit , parlant de ce divin Sacrement ^ ^u^il ny a que ceux qui ont faim' qui soient rassa-^ siés. Saint Bonaventure dit (Z/16. de prœp. ad miss.)f prenez garde d'apporter à la .participation des '4dùïts mystères , de Ve^mui et de la froideur ^^^xni ^TTbomas (3 p. 9. Çr a. 10. ) dit , qad /out, quil est
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• Cest une max'ime certaine, quW nlionore jamâîl plus parfaitement Jésus- Christ, que par la commu*^ nion fréquente; mais il faut ajouter, par la communion fréquente, faite avec les dispositions que Féglise demande : sans cette précaution , on pourroit abuser de la proposition.
> Yoilà la maxime générale ^'mais Tapplication, k Tégard ^e chacun en particulier, doit être réglée par les avis d'un guide prudent, éclairé dans les voies de Dieu, et parfaitement instruit des dispositions intérieinres des personnes qu^il condi^t. Nulle règle sûre en cette matière, que celle de l'avis et du conseil d'un sage directeur^ et le docteur lui-même n'en a d'autre, que celle d'un examen et d^un discernement fondé sur Tépreuve, et sur répreuve des œuvres. C'est ainsi qu'ont pensé toitf les Pères , et tous les théologiens les plus exacts et les plus éclairésv
Tous les Pères ont conseillé la fréquente commonion *, c'est une maxime généralement répandue diof leurs écrits ; c'est une vérité constante. Il en est ooe autre essentielle et intéressante pour les fidèles : c'^sC d'établir clairement quels sont ceux à qui l'ont doit la conseiller. Tous les médecins conseillent le pm et la viande , comme une bonne nourriture. S'ensuit-il qu'ils la conseillent dans tous les états de santé ou de maladie ^ qu'ils la conseillent indifTéremment , sans avoir égard aux différentes dispositions, aux différeitf tempéramens , aux différcns degrés de force , i l'e'Ut présent de celui qui consulte? En deux mots, cette fré* quente communion , dont les Pcrcs parlent , s'étend* elle également aux innocens et aux coupables, aos }usies et aux péuitensP Tous Les justes sont-ils ap* pelés à une égale fréquentation T C'est ce que nous allons examiner.
De ce que les premiers chrétiens , les premiers héroi de la foi ])ariicipoient très-souvent à la sainte Eo* « charistie , cm ne doit pa;^ conclure que, le juste lâdte^
DE^ L^EnCHARISTIE. 4^
le juste a veô ses indé votions, avec sa' tiédeur, qui est la juste puniiion de sa négligence et de sa paresse , puisse communier tous les jours ^ et que, plus un juste se trouve foible, dénué de grâce ^ sans force et sans vertu , plus il doit approcher de la table sainte avec confiance. Ce n'est qu'en renversant toutes les règles de la morale et du raisonnement , que Ton peut admettre une pareille conséquence. Enfin, les exem-^ pies des chrétiens de l'Eglise des premiers temps , de ces hommes uniques qui avoient reçu la plénitude de TEsprit saint , dont la foi opéroit des miracles^ qui^ déjà élevés dans le ciel par la vie la plus parfaite, fou— loient aux pieds le monde et toutes ses promesses \ dont toute la vie étoit un exercice continuel de la plus pure vertu ; de ces hommes que TEglise a toujours regardés comme le modèle le plus accompli de la sainteté du christianisme , ne serviront jamais pour autoriser la
Ï pratique de la communion très-fréquente et journaière , dans tous les étals et toutes les conditions , sans demander une sainteté plus élevée , que la seule exemp-« tien du péché mortel.
Saint Bonaveriture parle bien différemment de Tissage qu^on doit faire de l'exemple des premiers chrétiens^. Il demande ( in 4* dût. 12. p. 2. art. 2. 1/. 2. ) s'il est mile de communier souvent : si ergb quœritur utriim ejcpadiat alicui frequentare* Il faut répondre^ dit-il , quc^ si une personne voit qu'elle est dans tétat C|i étoient les chrétiens de ^Eglise primitive , elle fait bifin de communier tous les /ours y mais que si elle reconnoit qWelU est dans l'état où sont les chrétiens de C Eglise des derniers temps ^ c'est-à-dire, qu'elle tsi froide et lente dans les choses dç Dieu , elle est louable de ne communier que rarement. 11 ajoute que^ si elle est dans un état qui tienne comme le inuieu entre ces deux premiers , elle doit se conduire d'une manière proportionnée à cet état , c'est-à-dire , 5 Vloignant quelquefois pour apprendre à s^approcher
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ai^ec phis de respect^ et s approchant ûHssi ^iel^uifinSm parce que le respect ei l^amour sont également dus a cet hôte. Il est iei question d'uu juste qui tient le oailiea entre la térveur des premiers fidèles et la tiédeur de» fidèks du siècle où saiiii Bonavetilure vivoiu Quelle est la lègle qu'il douiie pour c^ justes qui voBti Dieii|mais qui ont rticore des impei/eciions^ qui sont foiblef^ niais qui gémi!»sent de leurs ibiblesses^ qui Biarckeiit dans la voie des eommaiidenieBs , non, a la vérité y avec eette rapidité que nous admirons dans les premier» chrétiens, mais non aussi avec cette lenteur, cette indifle» renée ^ cette liedeni que Ton reproche aux Ames liédcsf Tantôt ils s'abstiendront de communier , mais pont un temps f tantôt , mais plus souvent , ils s^approche* ront de Jésus- Christ avec amour. Ce saiut établit ensuite la méthode la plus sûre, ou plutôt Tunique sôre^* pour ne pas se tiomper ; et alors ^ dit--ily cette peT'^ sonne , ajrant recormu si elle s^avance davantage dans la piété ^ ou en s^ en éloignant .^ ou en s^en approchant ^ iju^elle choisisse la voie qui lui est la plus utile , parce que Vhomme ne connaît en cela que ce que Vexpé^ rience lui apprend. Ce saint docteur finit enfin par ces paroles remarquables ; tout ce qu^on peut dire^ pour porter les âmes à recevoir souvent V Eucharistie^ suppose toujours qu^onj apporte la préparation qui hiiest due.^ laquelle ne se trouve ordinairement qu^eiè un très-petit nombre de personnes^ m paucissioiis* Lorsque le pape benoît XIY. {Brev.ad Epis. ItaL)
i)rdpose Pexempte des premiers siècles, comme le motn e plus propre dont les pasteurs puissent se servir pour ranimer la toi languissante de nos jours , et engagcf les fidèles à approcher fréqtienjmeni des saints mjalerff | il en parie comme saint Bonaventure. C/f imim , dfl-îl^ eo ipso christ ianœ pietatis fervore quo Jideies pri^ fnorum sa*culorum exardebant , nostrorum quoqwe temporum komines ifi/fammati , m^idè ad puMicam sacram mensam advolare ^ sanctorumque
rum solemnliati , non mlesse tantum ^ $ed religiosè tôt umdempartici^atUmcm axoptare conspicerentur! JVulla certè res est^ qua utilius episcopi^ parochi ^ corifessarii ^ siuJium suant omne iinpendere valeant^ 4fiiâtn in ejccitandis Jidelibus ad cam mentis pnrita^ tem sectandam ^ undè digni rcddantur frequenti ad sacroin fnensam accessu.
Nul Père, nul aiiieur exact n'a parlé de lacoromunîoa firëqueme ^ sans établir que le fondeoieat des disposi* li«Mis nécessaires pour communier souvent a v€c frnîi^ est de mener une vie véritablement chrétienne. Ce n'est donc pas coonoitrcles vraies dispositions qtie demande la fréquente communion elle relâchement du siècle on Doiis vivons , que de faire une règle générale de la coin* munion très-fréquente^ sans avoir égard à rétat^aux dîKéreus mérites^ aux différens degrés de justice dea fidèles auxquels on la conseille.
Saint Bonaventure a décidé encore bien claircmenl dans un autre ouvrage {de Prof. Relig. Ub. 2, cap^ 23. )^ lequel des deux confesseurs est le plus prudent , ou d^ celui qui porte également toutes les personnes de difft^rens états et de diflféreutes professions à communiei^ tons les huit jours ^ et même plusieurs fois la semaine^ ou de celui qui, pesant tout au poids du sanr:tndire) demande uue grande |)réparation pour uuecomniunion ii fréquent ^ets eu tient à cette grariderègle dont il nefa.t pas se départir : qu il faut considter les différentes dispositions que. le Saint-^Esprit met dafis les âmes qui s^ajressent à ses ministres.
il faut remï^rqfier que saint Bonaventure parle dans pu ouvrage destiné à finslruciion des religieux, qui^ ifaisant profession d'une vie pttis pure, plus relevée^ plus sainte que celle des gens du monde, sont parleur état même plus disposés pour recevoir souvent cette di«viue nourriture. Si quelqu'un^ dit ce saint doct/^ur^ désire connoftre s^U vaut mieux communier souvent que rarenufU | U me semble en ceci quon ne peut pas
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490 • Du Sacremekt
donner à tous une même règle. Les mérites dès hommes ne sont pcfs égaux ^ leurs actions et leurs perfections ne se ressemblent pas^ leurs désirs sont differens ^ et les opérations du Saint-Esprit en euac sont très^ différentes. Si c*est avec celle prudence qu'écrîvoîl saint Bonaventure pour des religieux, avec quelle précaution se seroit-il expliqué sur la communion des laïques et des personnes du'siècle?
Il y a divers états , même dans la Religion, dit ce saint docteur : et diversi etiam status in Èeligione. 11 y a sans doute beaucoup plus d'états difFérens dans les personnes du monde. Il en est qui ont conservé leur innocence, et qui ont des leur enfance médité la toi sainte ] il en est qui sont déchus de cette précieuse innocence; cetix-ci forment difFerentes classes ^plusietin en sont déchus par un seul péché mortel, d'autres par plusieurs \ les uns ont passé nombre d'années dans les plus grands désordres, d'autres se sont relevés promptement du péché. Parmi les justes, on en voit de lâch^ de (bibles , de lièdes *, il s'en trouve d'autres ferveus, courageux, humbles, qui s'aflfligent, qui marchent a grands pas , dont il faut modérer le zèle.
Il faut donc conclure avec saint Bonaventure : c'est pourquoi , comme on ne peut pas prescrire à tous les malades un même remède^ à cause de la divetsUé des complétions^ ou du lieu , ou du temps ^ ou du régime de vie^ ou pour d autres considérations^ quidéter* minent à leur donner un mêmeremède ou plus souvent^ ou plus rarement , ou dans une moindre , on dans une plus grande quœitité^ il faut suivre la même méthodt à Végard du remède spirituel , qui est te corps de Jésus-^Christ.
Ce saint ajoute , que tous ne veillent pas avec la même circonspection à la garde de leur âme , au règlement de leurs mœurs , à la pureté de leur coDsctenee. £t alii magis , alii minus sunt circumspecti in custodU vitœ suœ ^ et morum y et conscient ia^ suœ puritate,
DE l^Euchahistie.' 49^
II ne suffit donc pas d'avoir une piété foible et laQ-* guissaute, pour communier souvent ^ il ne sufiit pas de se confesser souvent, de s'accuser toujours des mêmes péchés , sans faire des efforts pour s'en corriger , de passer toute sa vie à tomber , se relever , retomber ^ mais sans se faire violence , sans éviter les occasions de chute. 11 faut veiller avec circonspection à la garde de sou âme , in custodiâ vitœ suas / au règlement des mœurs , pour les rendre conformes aux principes im-* muables de TEvangile , contre lesquels on ne sauroit prescrire , et morum^ enfin , à la pureté de sja conscience^ eh purillant son âme des taches journalières, par les larmes d'une vraie pénitence et le feu de la divine charité , et conscientiœ puritate.
Après toutes ces différentes considérations, voici la décision de saint Boaaventure sur la fréquente communion. Il croit que, si Ton excepte les prêtres^ à peine se troiivera-i-il une personne si vertiiense et si sainte, à qui il ne suffise de communier pour l'ordinaire une seule fois la semaine, f^ia: tamen aliquis ita religiosus esse videtur et sanctus , exceptis sacerdotibus ^ oui seniel in^ septirnanâ non sufficiat ex consuetudine communicare. Ce saint docletjr, toiijours inébranlable dans ce grand principe , que la fréquentation de cet ineffable mystère doit se régler par beaucoup de circonstances , et sur-tout par les différentes opérations du Saint-Esprit dans les âmes ^ ajoute cependant une exception digue de sa piété et de sa tidélité à suivre les mouvemens de Dieu dans ceux qu'il conduisoit : si ce n'est , dit-il , quil arrive quelque raison particulière qm porte une personne à communier plus souvent^ comme quelque maladie surprenante , ou la rencontre d^uneféte solennelle , ou la ferveur d^une extraor^ dinaire dévotion , ou une soif extrême et un désir brûlait de recevoir celui qui seul êst capable de ra^ fraîchir Vardeur de Vdme qui Vaime^ et^ parce que cest le Saint-Esprit seul qui peut inspirer cette ardeur,
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êi ces irànsportsi violcns , ainsi qu^on a sujet êe h croire ^ on ne doit pas s'attacher en ces rencontres nuoc lois de la coutume ^ non plus quaux règlemens et aux ordonnances des hommes^
Le pap« Benoit XIV. , après avoir dit que les iiisiructious, que les cures doivent à leurs paroissiens sur la fréquente communion , ne neuvent en aucune manière s écarter de la doctrine au dëcret du pape Innocent XI. sur celte matière , ajoute : prœcipuè verh monendi sunt con/essarii nejrequentem ad Eucfuh fistiam- accesaum iis aut suadeant , aut permittant^ qui in gravia peccata sœpè labtmtur , nec de pœnÎF tentid peragendâ , sudque vitâ emendandd s^mt solliciti , sicut nec il lis qui. etsi gravia évitent crimbuk^ voluntcuem tamen habent veniaUbus inhœrentem ( De Synodo Diœces. L 7. cap. 1 a. n. g. )• Sur quoi ce pape recommande de lire ce qu'en a écrit saint François de Sales.
Personne n^a mieux connu les règles qui nous 50Dt tracées sur la fréquente communion par la sage anti-' qiiité, que saint François de Sales; personne ne les a mieux pratiquées et n'en a mieux pénétré Tesprit. Ce saint évéque^ si zélé pour la gloire de Dieu, pour Ja conversion des hérétiques , pour le salut et la sanctification des pécheurs, nous a expliqué ce qn*il croit nécessaire pour la communion fréquente. Il commence par établir ( Intr. à la Fie dét^ote^ Part. /. Chap. aa) qu'il faut bien distinguer entre les péchés vénieb H les inclinations ou affections au péché véniel ; que jamais nous ne pouvons être entièrement purs de pérh^ .véniels, au moins persister long- temps dans cette pu* teié ; mais que nous pouvons bien n'avoir aucune «ffection aux péchés véniels i c'est autre chose ^ dit-il, de mentir une fois ou deux en chose peu impor^ tante ^ de gaieté de cœur; et autre chose de se ptain à mentir^ et d* avoir V affection à cette sorte dépêche. Ceue distinction mpposée , y oici cooune il parle {
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Piwt* IL Chap 30. ), d'après le ^enliment de saint Aiigtisiiii \ je ne blâme ni ne loue la communion de tous Its jows^ mais fejchortc un chacun^ et je lui conseille de communier tous les dimanches , pourvu tfUt Vesprit soit sans aucune affection au p**ché^ cl ))litô bas : pour communier touA les huit jours ^ il est nécessaire de îiauoir ni péché atortel^ ni aucune gijffection au péché véniel , et d avoir un grand désir de communier. Voilà deux disposiiioiis requises : (a première, d'être exempt d'afleclioii au perhé véniel^ jC^esl-à«dirC) comme l'explique saini François de Salei lui-même ( Ihid. Part, L Chap. 22.)^ qu^il ne faut pas sjr plaire , ni nourrir volontairement dans son jcoeur la ^volonté de continuer et iiy persévérer^ et par conséquent de déplaire à Dieu. La seconde ^ c*est d*avoir un grand désir de s'approcher de la î»ain(e table.
La nécessité d'élre exempt d'affections au péché véniel^ est fondée.sur la naloremêmc decesaffeciions.jE'//<*5 .vonf^ dit ce saint évèque , contraires à la dévotion , rlles rendent les forces de Ces prit languissantes ^ empé'chent les consolations divines , ouvrent la porte aux tentations f et bien quelles ne tuent pas Fâmc^ elles la rendent extrêmement malade ; et c'est en quoi elles diffèrent des péchés véniels ; ceuac-^ci , arrivant en une âme et ne sy arrêtant pas long-temps , ne ren-» giommagent pas beaucoup ^ mais^ si ces mêmes péchés demeurent dans l^âme^pour t affection qu'elle y met^ fis lui font perdre la dévotion.
Saint François de Sales assure que raffectîon au péché ^véniel affoiblit au moins la dévotion : or, la dévotioa étant affoiblie , il n est pas permis de communier soumirent, parce que, selon le principe de saint Thomas^ il laut, pour la communion, une grande dévotion et un grand respect^ parce que, selon saint Césaire^ ( Senn. 1 o4* in append. Serm. S. jiug. n. 3. de Sanct. ) les péchés véniels multipliés et commis avec affection rendent l'âme si difforme ^ quUs ne lui permçttmt
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pas de se livrer soutient aux divins emhrassemens de V époux j parce que, selon le concile de Trente ( Sess. 1 3. cap, 8. de Euch. ) , pour recevoir souvent ce pain qui est au-dessus de toute substance^ il faut que les chrétiens aient une foi ferme et constante^ un profond respect^ une gvande piété et une grande dévotion de cœur.
Une âme qui ne craint que les ruptures qui font perdre le BienTaimé , qui n'est nullement touchée de toutes SCS langueurs dans la piété ^ de ses refrQJidisseiDens, de ses négligences pour Dieu, tient peu à Jésus-Christf et touche de près au moment de sa disgrâce entière. On ne peut trop mettre devant les yeux des fidèles qaç ron porte à la communion fréquente , qu'il est fort à craindre qti'après n'avoir pas assez respecté la sain* leté du Sacrement , par Thabitude que Ton contracte de n'être pas touché de ses fautes vénielles , on ne vienne au point de le profaner par un horrible sacrilège.
On ne peut leur représenter trop souvent que ^ si Tétat d'une âme morte par le poché , rend la communion indigne et sacrilège ^ la langueur et le peu de goût, qui vient de certaines attaches qui déplaisent à Dieu, quoiqu'elles ne soient pas criminelles, et du peu de soin qu'on a de purifier son cœur , la rend infructueuse selon le degré ou cette mauvaise disposition est poussée : or , dire qu'une communion est sans fruit , ce n'est pas dire tout ce quVIle est ; on doit ajouter qu'elle est dangereuse dans ses suites. Si, en recevant le corps de Jésus-Christ , nous mettons, par la disposition de notre cœur, un obstacle a la communication surabondante de son esprit , qui est la fin pour laquelle il donne sa chair à manger , il est à craindre que nous n'en soyons punis par des afToiblissemeiis ^ qui nous conduisent insensiblement à la mort , si nous ne recourons au remède de la pénitence. Quand même nous ne serions pas tout*à»fait indignes , de cette indignité qui nous rend coupables du corps et du sang
DE l'Euchabistie. 49^
ifu Sauveur /nous pourrions nous rendre indignes de ces grandes grûces j sans lesquelles nous ne pourrons vaincre les grandes foiblesses ni les grandes tentations dont la vie est pleine. Nous pourrions nous rendre indignes de cette parfaite communication avec rëpousr, et causer entre lui et nous , sinon la rupture ^ du moins ces froideurs qui sont des dispositions à la rupture même. On doit appliquer à cette vérité ce que dit saint Basile ( L,I. deBapt.) : non terrihile tantfim judicium habet , qui in carnis ac spiritâs inquina-^ mento ad sancta accedit indigné ( accedens vero reusfit corporis ac sanguinis Domini ) , $ed et otiosé et inutiliter edens ac bibens , in eo qubd non per memoriam ejus qui pro nobis est mortuus. Ce saint docteur ajoute celte grande règle : Quiconque s^ap-proche du corps et du sang du Seigneur^ en mé^ moire de sa mort et de sa résurrection , doit être non-seulement exempt de tout ce qui souille le corps et l'esprit , pour ne pas manger et boire sa con-^ damnation ^ mais encore exprimer en soi la res^ scmblance de celui qui est mort et ressuscité pour nous^ en faisant i^oir qu'il est mort au péché ^ au monde et à soi-même , et quil rie "vit plus que pour Dieu^ par Jésus-Christ Noire-Seigneur. Il est donc important qu'un chrétien qui désire son salut, et qui veut s^avancer dans la piété, comprenne qu^il doit craindre toutes les communions infructueuses, et qu'il ne peut être trop attentif à prendre pour règle ce que vient de dire saint Basile.
Ecoutons encore sur ce sujet saint Grégoire le grand. // ny a , dit ce saint pape (Z. :î. in i.Reg. c. i.), que ceux qui ont faim qui soient rassasiés : ce sont ceux qui^ en jeûnant parfaitement des vices , reçois^ent les diçins Sacremens. Et^ parce que les plus saints même ne peuvent être sans péché ^ il faut qu* ils s'efforcent de se purifier de ces fautes dont la fragilité humaine ne cesse point de les souiller. Car quelque petits que
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puissent être les péchés qaon commet^ si Pon.n^m pas soin de s^ en purifier tous les jours ^ Vârne s^en remplit peu à peu ^ et ils la privent juslemeni du fruit du rassasiement intérieur. Cest pour nous ejchorter à notLS vider de cette mam^aise réplétion^ que l'apôtre dit ^ que Vhofnme s^éprouve s(h même ; et qu après cela il mange de ce pain et boii^e de ce calice. Car en quoi cette éprem^e consiôte^l-elle ^ si^ non à vider son âme de la malice du péché ^ pour je présenter ensuite éprouvé et pur à la table du Seigneur F Puis donc que nous péchons tous les/ows^ ayons tous les fours recours aux larmes de la pém^ tence^ puisque c'est cet te seule vertu qui purge notre éme de tout ce que le péché j amasse d*ordure» Cest alors que ceux qui ont faim sont véritablement ras* rasiés ^ parce que^ plus nous avons soin de nou^wi^ rijier par les larmes de la pénitence , ^plus le jruà de la grâce divine que nous recevons dans le festin spirituel^ est abondant.
Pour se convaincre toujours davantage qu'ail faut être -exempt d'afTrction au ppchë véniel pour la comoiu** liion fréquente , il faut lire ce que nous dirons en |iar* lant du Sacreineiil de Pénitence, de faUention avec laquelle les confesseurs doîvanl travailler à purifier Ici âmes des péch<*s légers.
A l'exemption aaflfeclioQ au péché véniel, néces* saire pour pouvoir communier fréquemment y saint Frauçois de Sales ajouta: le désir et au grand de^ir de ta communion^ et cela conformément à cette exhoD* talion de saint Jean Chrysostome : que personne nen approche avec dégoût^ avec indifférence; scnrestoMS enflammés ^fei^vtns^ pleins de zèle ^remplis d ardeur; ein À ce qi»e nous venons d'entendre dire à saîui Grégoire le grand : // n'jr a que ceux qui ont Jaim qui soient rassasiés.
Il n*est pas nécessaire que ce désir soit sensible , il MÛit qu'il soit dans le cœur« Mais il e$\ imjpoiuuit d*ui
^^^nvrir te principe : car ii y a deux softH de faim^ Tiiiie qui est causée par la bonne digestion, et Tauire par le vice radical qui est dauK 1 estomac. Saint François* de Sales demande que la véritable faim pour la sainte' Eucharistie naisse de la chaletir de Tàme embrasée d'amour; or^ pour jnger de cette faim, il uy a qu^à examiner si cette nourriture profite , si Ton eu est plus fort« Les désirs les plus araens de la communion doivent toujours parottre suspects, quand on n'aperçoit aucun profit, et qu'on éprouve une augmeiUatioii de foîblesse plutôt qu'une augmentation de force.
Outre r épreuve qu'il faut faire de cette viande c^ste^ pour ri y pas manger sa condamnation^ dit' le célèbre Bossuet, évèque de Meaux ( discours sur Ut cène ) ^ il f a encore une épreuve^ une pré-^' parât ion nécessaire pour la manger avec profit. Cette viande ne nous est pas seulement donnée pour entretenir la i;ie, mais encore pour nous rendre / emhonpoint. Elle renouvelle ^ elle engraisse^ elle ^yeut détruire de plus en plus jusqu^aux moindres restes du mal*
Cette viande ne se digère pas ,• mais c'est elle ^ pour ainsi parler , qui nous digère , et nous change en elle-même II faut considérer le progrès que nous faisons en la numgeant ^ et la prendre avec réserve , fusqu^à tant que nous soyons rendus propres à rcce-^ voir tout son effet ^ sinon elle nous surcharge f et^ si nous vl avons pas la mort dans le sein , il s^amasse des humeurs qui doivent nous faire craindre une rechute. Il faut donc craimlre le fréquent usage de t Eucharistie , si Von nen vient à cet embonpoint spirituel et à un état de force,
H est vrai que c'est en la recevant^ que nous de-' menons propres à la recevoir ^ c'est cUe-^mëme qui^ par sa vertu , noi4S rend propres à elle-^méme et à ses effets j mais il en faut savoir tempérer l'usage. jLa marque la plus assurée^ dans les bonnes dmes^
498 Du Sacremekt t
pour la receiH)ir souvent , c'est Vappétit spirituel qu^ elles en ressentent ; . mais il faut sai^oir ménager cet appétit : il y a des appétits de malades^ ilj en a que la santé donne. Vappétit est donc équwoque^ et il faut le savoir connoitre : il faut savoir le ré-^ primer^ il faut savoir te réveiller: il faut quelque^ fois exciter l^ ardeur par quelque délai ^ pour aussi augmenter le goût.
Telle âme aura besoin quon le lui excite par quelque temps de lecture et par la méditation de la parole divine : goûter la parole de Jésus^- Christ y c'est la bonne marque qu'on le goûte lui-même , et la meilleure préparation à le goûter. Qui est le sage qui entendra , qui discernera ces choses P Qui est cet économe Ji de le et prudent^ qui saura donner lefro* ment ^ dont la distribution lui est confiée^ en son temps et selon la mesure? Remarquez qu'il jrale temps et la mesure à garder , et que ce dispemû" teur ne doit pas seulement être fidèle, mais encore prudent, ^insi^ que lliomme s'éprouve lui-^méme:^ car le temps de l'un n'est pas toujours le temps» de l'autre , et la mesure de l'un rt'est pas toujours la mesure de l'autre.
Il s'ensuit que, puisqu'il y a une faim fansse et ap' parente derEucharislie, et qui nait d'un maavai&priB' cipe, il est essentiel que les confesseurs n'oublient jamais que le désir qu'un pénitent fait paroilre de la communion, n'est pas toujours une raison suiBsante pour la lui permettre. Il faut examiner si Dieu seul en est le principe^ si l'amour-propre et la Vanité, Tliabitude et le respect humain n'y ont point de part. Ce désir se trouve quelquefois dans des persoDoef qui, ayant perdu leur innocence par des crimes réitérés, se sont contentées de les confesser , sans s'être mises en peine de les expier par la prière , par la mortification, raumône et les autres bonnes oeuvres, et p^r rexer,çice des vertus contraires aui^ excès auxquels elkn
DE L^EUÇHÀAISTIG. 499
iem abandonniies^ sans tâcher d'assuner leur conver— upar une sincère douleur et un véritable changement, aésir de la fréquente commuuion nait souvent de taines causes extérieures, de certaines occasions^ certaines circonstances , qui ne sont rien moins que
effets de lamour de Dieu. Tel est celui que, dans :élébritéde certaines fêtes, sentent certaines fausses 'Otes y lesquelles, après leurs communions réitérées, Q sont pas moins impatientes , moins orgueilleuses lautaines, moins sensibles et délicates, moins poli— jes et intéressées , moins entières dans leurs volontés, ins aigres dans leurs paroles , moins vives dans leurs ientimens , moins précipitées dans leur conduite leurs jugemens, moins médisantes, moins oisives, ins dissipées qu'elles éloient auparavant, lesquelles, un mot, font consister toute leur piété à communier ivent , et croient trouver dans la communion fré— înte un sup[)lénientà toutes les vertus qu'elles n'ont
et qu'elles négligent d'acquérir.
[1 faut que le désir de la communion, ce grand ir que saint Frauçois de Sales exige pour pouvoir nmunier fréquemment^ soit une faim vraiment spi* telle, c'est-à-dire, la faim de la justice ^ il faut que désir forme les faméliques dont parle saint Grégoire, il provienne d'une intention droite de s'unir plus oitement à Jésus*-Christ ^ pour demeurer et pour re en lui, c'est-à-dire, dans son esprit et dans ses entions ; il faut que ce désir ait pour objet l'esprit Jésus-Gbrist comme son corps, et qu'il nous porte Q*seulemeut à manger sa chair sacrée, mais encore vivre de sa propre vie^ et, comme dit saint Basile, xprimer en nous sa mort , en mémoire de laquelle us recevons l'Eucharistie en mourant au péché ^ au nde et à nous-mêmes. Y a-t-il en effet rien de is propre à ranimer en nous la ferveur de l'esprit, à exciter dans nos cœurs les sentimens de foi . de të, de confiance et d'amour envers Jésus-^Christ ,
5oo Du SACBEMBirr
que les approches de ce divin époux de nos fines , les préparatifs du festin où il veut être lur même notre nourriiitre, et rinviiation pleine de charité et de tendreifse q\iil nous fait^ d'aller nous rassasier & sa lablei et puiser la vie dans la source même dé la vie et da saliitf
Les communions , faites avec une vraie tiédeur et sans préparation, sont des communions infructueuses^ très— dangereuses ^ et qui conduisent iuseusîblemeut a la communion indigne ^ mais il ne faut pas les con«» fondre avec celles ou Ton éprouve une espèce depesauteur et de sécheresse : il est de la dernière im|M>rtance que les confesseurs examinent d'où vient cette
{)esanteur et cette aridité. Nous savons, par tout ce que PS Saints nous apprennent, que celte privation de gcftt sensible, ce dénuement de ferveur et de consolation spiritiiclie, cette aridité de Pâme , dans les momensqui pi'écèdi!nt la communion et dans la communion même^ est une de ces épreuves par lesquelles il plait à Dtea d'exercer les pins saintes âmes, en se retirant d'elles en apparence, en leur ôtant le lait de ses divines conso-^ Indous, pour leur apprendre par ces rigueurs qui lei aflli^ent, à connoitre le prix de ses dons; pour lei porter^ par ce vif sentiment de leur misère et de letif pauvreté, à vivre dans une continuelle dépendance dt sa grâce, et h le chercher avec plus d'ardeur dans leSa^ crement où il se donne tout entier à elles. Cette tiédeur ou plutôt cette sécheresse que nous voyous dans les âmes vigilantes , mortifiées , pénitentes , qui vont à Dieu dans la droiture et la simplicité de leur cœiu*| ne doit jamais être regardée comme une raison de se retirer do la communion. Nous sommes bien éloigoéi de vouloir détourner de la communion fréquente oes âmes justes, solidement vertueuses, que Dieu éprouve par des peines, des craintc^set des alarmes; qui passent la j)ius grande pariie de leur vie dans une contmuelb
ilfcheresse et aridité j qui soutiennent cet état aï pé--
uibk
DE L'ErcHiiitsTiB* j^Bx
nfble sans se relâcher. Il faut au contraire U$ avertkr que^ pour leur consolation, iiy a jusqu'à la consom*» maiion des siècles, une table préparée sur nos autels , pour les fortifier contre toutes les attaques qu'elles ont ai soutenir et au dehors et au dedans d^elles- mêmes : parasti in consvectu meo mensnm , adversùs eos qui tribulant me , ait le prophète roi ^ que dans nos taber-* nacles, est enfermé ce pain céleste qui leur donnera des forces pour les consoler dans leur exil, traverser lo désert, et achever leur carrière; c'est ainsi que parloit saint Bonaventure : nec ideo prœtermittenda commu-^ nio ^ si quandoque homo non sentit speciaiem devo-r» tionis giatiam^ cicm adillamstudet seprœparare. Ainsi rétat de ce juste qui, selon saint Bonaventure, ne doit pas omettre la communion à laquelle il se prépare , n'est ni un état de lâcheté, ni un état d'indolence et de paresse ; c'est un état de combat , un état d'une sainte violence, un état d'application, ciim ad illam stiidet se prœparare. En vain Dieu semble se retirer j en vain il semble détourner de cette âme ses regards favorables; en sorte qu'elle peut lui dire comme Job; mutatus es mihi in crudelem-^ vous n'êies plus pour moi ce Dieu consolateur, mais un Dieu plein de rigueur, sa fidélité est toujours la même; elle s'attache uniquement, non à ce lait si doux, dont elle étoit abondamment remplie dans les premiers temps de sa ferveur, mais à son époux , qu'elle désire uniquement. Qu'il lui rende le calme et la sérénité , ou qu'il continue ses rigueurs apparentes*» il sera toujours le Dieu de son cœur. Bien loin, dans cet état, de chercher des prétextes pour diminuer le nombre de ses communions, nous croyons qu'on doit les augmenter; et que
la fréquente communion doit être la récompense des
victoires continuelles de sa foi, et de cet héroïsme de
constance et de fidélité qui est si rare. Mais on doit traiter bien différemment les justes foi-
Ues, Ianguissans,qui, sans combat, sans violence, $ani Tome L H h
J^^2 Du SAfcREMEftT
antres dispositions que celle d'être e'Ioign^s simplement d'une entière rupture avec Dieu , ne comptent pour rien les refroidissemens, les infidrlitcs qui ne vont pas à la rupture, à laquelle cependant elles préparent. £t Ton doit s'en tenir inviolablement à la règle de saint Bonaventure, que, lorsque la tiédeur vient de ce qu'on mène une vie relâchée et dissipée, qu^on n^a pas soin de se nourrir de la parole de Dieu, qu'on se laisse aller à ses penchans , qu'on est peu touctié de ses fautes, il faut intiirrompre la communion fréquente, jusqu'à ce qu'on soit sorti de cet élat : consuiendum est talihus , dit ce saint docteur ( comp. TheoL L 6. c. 17.), ut de communione eocpectent ^quausquepO' ratij et devoti , ac circumspecti possint accedere. C'est aux personnes de ce caractère , dont toute la piété se borne à quelques exercices de dévotion, dont toute la vie est mondaine et séculière, qui sont aussi vides de l'esprit de Dieu , que pleines de l'esprit du monde, et qui cependant demandent tous les jours le paie des forts avec une assurance qui tient de la présomption , qu'un sage confesseur doit interdire la fréquente communion.
Au reste, on ne doit rien oublier, lorsqu'on voit des âmes saintes que Dieu conduit par de rudes épreuves de différentes espèces, épreuves dans les exercices de piété , épreuves dans le Sacrement de Pénitence, épreuves et épreuves sensibles dans la communion, o& ne doit, dis-je, rien oublier pour modérer leurs trouhles^ aux saintes frayeurs de la piété trop alarmée, on doit opposer les saintes ardeurs de Tamonr, les vifr cmpressemens de la cbarité, qui aime â s^unir à roui que objet de ses désirs. On doit avertir en mhat temps ces justes troublés et alarmés, de suivre pour h communion les règles d'un directeur pieux et instniit^ auquel elles doivent s'adresser. On doit leur apprendre enûn, quMl v a souvent un excès dans ces recherches trop profondes du cœur et de se» replis ^ dans rexaoKtf
DE L^EUCBARISTIE. 4^3
scrupuleux des moindres fautes ; que ces discussions toujours coDlinuelles épuisent Tesprit, dessèchent le cœur^ et occasiouent souvent les troubles dont ils sont inquiétés aux approches de la communion.
Telles sont les maximes de saint François de Sales, au sujet de la fréquente communion. Maximes dont •u ne peut trop soigneusement recommander la lecture et la pratique aux curés et aux confesseurs , qui sont obligés dy conformer les instructions qu'ils doivent aux fidèles qu'ils conduisent. S'éloigner de ces prin-^ cipes, ce seroit abandonner la route qui nous est tracée^ et par conséquent s^exposer volontairement au péril de s'égarer et d'égarer les autres dans un point de la plus grande importance.
C'est en conséquence de cette doctrine , que le saint prêtre Avila^ une des plus grandes lumières deTEglise d'Espagne , disoit (^Ep. 3i. p. i.) Quant à ceux qui bien quUls communient souvent ^ demeurent toujours en même état , il Leur faut représenter , que c'est une chose terrible de porter dans son sein un feu divin^ sans en ressentir de la clialeur^ de manger dun pain céleste sans en goûter la douceur , et de demeurer toujours malade après tant de remèdes si salutaires. On doit ensuite leur ôter cette nourriture surnaturrelie , comme étant des personnes lâches et indignes d*en être rassasiées ^ afin que la douleur de s'en voir privées , leur apprenne à Vestimer autant qu'elle mé-* rite de tétre^ et à travailler pour se mieux préparer à la recevoir.^ en se corrigeant avec rigueur de leurs fautes^ en désirant avec ardeur dy remédier^ et en priant et faisant tout le bien dont elles sont capa-bles^ afin de se pouvoir approcher de la sainte table cvec une faim intérieure.
Ce même auteur écrit ainsi à un prédicateur de se$ «mis {Ep. 68. p. i. ) : fai su que Von use fort de communion par delà et en quelques lieux , plus soU" ^^t que je ne vaudrois 5 quoiqu'il ri y ait rien qui
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me donne plus grande joie que fait ce saint exercice^ quand il est fait comme il faut. J'en ai vu qui^ étofit lâches , et ne se souciant pas beaucoup de Fayance' vient de leur salut ^ pensent qu^en communiant soûcent , et sentant un peu de dévotion à Vheure^ qui dure peu^ et ne laùfse en F âme aucun profit et avan-cernent de salut ^ ils communient bien dans cette fausse opinion ^ et puis après Us viennent à perdre même ce peu de dévotion^ demeurant dans tel état^ quils ne se sentent non plus du fruit de la communion^ que s'ils HLavoient pas communié : et c'est le trop fréquent usage de la communion qui cause cela] d'autant que la vie de celui qui communie ^ n^ est pas digne de cette viande céleste^ c est pourquoi je vous avertis de ne pas ouvrir à tout propos la porte de ce pain sacré et divin , vmis de regarder la cons^ cience de chacun pour le bien disposer. Je ne vou" drois pas qu'ail se trouvât aucun qui le prît plus soU" vent que de huit fours en huit fours , s'il n^cn m'cU uelque nécessité ou faim si particulière^ qu'il semr lât que l'on fit tort à un si grand désir^ de lui rcfuscr une chose si désirée. Il la faut donner aux autres ou de quinze en quinze fours ^ ou de mois en mois; les avertissant que^ si ce banquet les délecte^ il leur doit coûter quelque chose^ les porter à ramendément et à la correction de leur vie f et que^ s^ils vivent lâchement ^ il ne faut pas qu'ils aient ta$^ surance de recevoir ce pain , lequel a été ordonné pour ceux qui suent et travaillent à résister à leurs passions et à mortifier leur volonté. La sentence it saint Paul est claire pour l'un et l'autre point: cehd qui ne travaille pas , ne doit pas manger^ puisque" trement il mange le pain sans Favoir gagné : et qui est celui qui a ce pain très-saint dans son âme^ sens travailler et sans combattre^
Ainsi la règle inviolable des saints Pères, des aulcon ies plus pieux ) des directeur^ les plus éclaires, des ibctf*
ivE l'Euchahistii. 4^5
logiend qui ont écrit avec le plus d'exactitude sur ces . matières, a toujours été de juger les fidèles dignes de la sainte communion , non précisément par leur empressement à la demander, mais par la pureté de leur vie, par l'innocence de leurs mœurs, par Texercice des bonnes œuvres , par un état ferme et constant dans la pratique des vertus. Ce n'est ni par la pureté de conscience précisément, ni par les dispositions actuelles de respect, d'attention, de désir, qu'on doit juger si uu juste peut être admis à la participation fréquente des saints mystères ^ c'est par l'état habituel de son âme j c^est par la connoissance de ce qui se passe de plus intime dans son cœur. A-t-il un grand éioignement pour le péché , une grande vigilance sur lui-même , uu grand désir de plaire à Dieu , une grande attention a éviter tout ce qui peut lui déplaire, une faim et une soif spirituelle pour la justice et pour tout ce qui peut accroître la justice en lui ^ est-il rempli de Tamour de Dieu, sans affection au péché véniel, il faut l'engager, Texciter, l'exhorter à communier souvent et très-souvent ; mais, s'il est lâche, s'il ne fait pas d'efforts pour avancer dans la perfection, s'il veut que ce banquet céleste ne lui coûte rien, si son intention est de se nourrir du pain des anges sans sueur, sans travail, sans le gagner par sa résistance à ses passions, par la mortification de ses affections et de ses volontés , par réloigriement du péché, par la pureté de sa vie, par Finuoccnce de ses mœurs, par Texercice des bonnes œuvres, par la fermeté, par la constance dans la pratique de la vertu ^ alors il faut lui dire ce que répctoilsi souveiitS. Jean Chrysosiôme (in £p. ad Hebr. hom, ir.): Les choses saintes sont pour les saints 5 si quelqu un n* est pas saint ^qu Un approche point. Je ne dis pas seulement eocempt de péchés , mais saint. Or, ce n'est pas la seule exemption des péchés qui fait les saints , il faut eneore la présence de V Esprit divin et les ri-chesses des bonnes œuvres. Non-seulement on doit
II h 3
486 Pu Sàcremknt
être hwé de la boue dont on étoit sali , mais il faut être remarquable , par la blancheur et la beauté du visage de tdme*
Au reste, ii est important de bien distinguer ce qu^oo doit entendre, quand on die que, povr communier fréquemment, il est requis d'être exempt de toute affection au péchë véniel. Nous n'entendons pas ici par ^^cf ioif au péché véniel^ une volonté réfléchie^ une volonté délibérée dans celui qui communie, de continuera commettre le péché véniel. Quel est le juste qui près de communier, dise : je veux perséi^érer dans telpé^ ché véniel^ et je prends une vraie résolution de ne m'en pas corriger? Il nVst pas nécessaire, pour être censré avoir cette affection, que celui qui va communier dise expressément: je ne veux pas me corriger dun tel péché véniel^ je veux jr persévérer. Un chrétien peut conserver en communiant, Taffection au péché véniel, sans avoir celle volonté délibérée de continuer k le commettre. Cette affection est donc une volonté réelle de retomber dans les mêmes fautes, qui se cache et se renferme dans les secrets replis du cœur, quand on veut communier \ qui demeure comme assoupie avant la' communion \ mais, après la communion et lorsque Toccasion se présente , elle se réveille et se fait connoitre par les effets •, cVst-à-dire , qu'on retombe (acilemeot et sans résistance dans ces péchés, qu'il nj a point d'amendement réel et effectif, et qu'on n'en est pas plus avancé qu'auparavant. Car^ pour connoitre si Ton conserve une affection au péché véniel , il faut 8P ré(;ler sur les mêmes principes, par lesquels on se décide sur Taffection au péché mortel, sur les efforts, itur la violence que l'on se fait, sur le caractère delà vigilance que Pon apporté pour l'éviter, sur Taiteotioa ue l'on a à s'en humilier devant Dieu, et a se relever es qu'on s'aperçoit y être tombé, sur la fuite dei occasions, sur le temps que Ton passe dans cet état, laus se meure en peine d'employer les remèdes propres
DE l'Eucharistie. 487
pour détruire la racine du mal qui subsiste dans le cœur. Ainsi la volonté de ne plus tomber dans ses péchés véniels, qui n'est que foible, légère, superficielle, el qui se dément, qui cède aisément dans Toccasion, qui néglige, et souvent même fuit les moyens de se corriger^ qui fait persévérer dans le même état, est plutôt une velléité qu'une volonté véritable, et elle n'empêche et ne détruit pas raiTeciion au péché véniel.
Pour bien connoitre cet état des justes dont nous parlons, il faut le comparer avec celui des justes fer— vens et pleins damour de Dieu. Ceux-ci font sans doute des fautes, ils en font tous les jours 3 mais ce sont des fautes de fragilité, de précipitation, de surprise, d'inadvertance, de légèreté, auxquels ils remédient dès qu'ils s'en aperçoivent^ ils en gémissent^ ils s'en humilient devant Dieu , ils en deviennent plus humbles, plus circonspects, plus vigilans^ ces mêmes fautes, dont ils se punissent sévèrement, contribuent à nourrir dans le fond de leur cœur un gémissement continuel, qui est Tâme de la prière, et qui attire sur eux des grâces plus abondantes. Donc, autant qu'il est certain que ces justes, qui sont dans le vrai état de santé que demande saint f rauçois de Sales pour la communion de tous les huit jours, n'ont aucune affection au {)éché véniel, autant il est certain que les justes foibles^ anguissans, qui n'ont aucun trait de ressemblance avec ce caractère de piété que nous venons de décrire , conservent une vraie affeciion pour ces mêmes péchés, que les justes fervens expient par leurs larmes.
On doit cire encore ires-atteniif à ne pas confondre les différentes espèces de péchés véniels , lorsqu'il est
3uestion, ou de conseiller la fréquente communion, ou e la rendre plus rare ou moins fréquente. Il v a en effet des péchés véniels volontaires, il y en a d'involontaires^ il y en a qui ont pour principe une secrète lUalignité du cœur^ d'autres qu'une tentation momen- Unée produit: il y en a que Ton commet avec une pleine
488 Du Sacrement
délibération ) une entière coûDoissance , cl^autres qui fions échappent^ il en est de négligence et de pure fragilité ^ la charité pour le prochain paroit plus in-^ téressée dans ceu!K — ci que dans d^auires^ il en est de scandale, pour un domestique qui les voit^ pour une famille qui en gémit ^ qui en est même trou-* bléè , d'autres ne sont connus que de Dieu ^ enfin , ces péchés sont tantôt en plus grand, tantôt en plus petit nombre: tous ces différens états demandent da règles différentes.
Quelque grandes que paroissent les dispositions que léâ saints docteurs exigent pour là communion fré-* quente^ elles ne leur ont cependant pas encore paru Buffisantes pour la communion journalière. Participer continuellement à la divine Eucharistie^ est moins, selon eut , un moyen de persévérance et de salut qu'oa doive proposer aux justes, que la digne et précieuse ï'écompense d'une âme qui, après des combats réitérés, a remporté une victoire presque complète sur le dclïion, sur le monde, sur ses inclinations et sur ses passions , et qui peut dire avec Tapôtre: je suis sûr ùiiè rien ne me séparera de la charité de Jésus^ C/irist. Rien n'est plus capable de nous donner aue haute idée du Sacrement de Tautel, que le détail des principes que les saints docteurs ont établis sur cette matière.
Ils enseignent d'abord, que, quoîquil n^y eflt dans iTi^lise primitive ni loi ni coutume générale, qui obJifje'ûl les Hdèles à communier tous les jours, on voyoît cependant la plupart des chrétiens approcher très-sou-. veut de la table sacrée ^ ils avoient les dispositions nécesssaires pour une si fréquente parlicipadou : c'ctoit oea non) mes animés de ce feu divin et tont nouTCiu que Jésub— Christ étoit venu allumer sur la terre; humbles, purs, désintéressés, ils renonçoîetit de tout leur cœur aux biens et aux espérances du siècle; '^
i IDE L^ËuCHÀRIStlË. 4^
fiMtoient ôô<iup^s que âb royaume de Jesus-Christ et des bieus éternels^ intimement utils entr'eux^ils ne faisoient qu'un coeur et qu'une âme ^ livrés à la médi-* tàtion de la toi divine, au travail, à la prière, à la pratique de toutes les œuvres de la charité, ils ne soupiroient qu^après le martyre. Donnez-^moij disoitsaini Bonaventure, dont nous avons déjà rapporté ci-dessud les paroles , donnez-moi des hommes de ce caractère^ {/ui aient ta même sainteté^ la même perfection^ la même ferveur ; et nous les admettrons volontiers à la même familiarité avec le Sauveur.
Trouvez-moi la même dévotion , le même zèle de la foi dans les chrétiens de nos jours, et nous leur donnerons sans difïïcullé, disott saint Thomas, le pain quotidien qu'on donnoit à ces prémices du christianisme»
Si Ton a vu dans ces premiers temps, admettre à la communion quotidienne ou du moins très-fréquente, des justes qui n'avoient pas cette ferveur, celte perfection, ce zèle, celle sainteté qu'on juj^e nécessaires Sour la communion journalière, c'est que les ministres e l'Eglise avoîenl une raison pressante qui les déierminoit â rendre facile, et pour ainsi dire, familier l'usage de la sainte table: c'étoit Tétai actuel du christianisme. Au milieu des persécutions et des persécuteurs, chaque chrétien étoit à chaque instant menacé de comparoitre devant le tribunal des juges paiens. Il falloit donc le nourrir du pain des forls, le revêtir de ces armes puissantes quilerendoicnt invincible et impénétrable aux traits de l'ennemi. Donnons la commua nion aiuc fidèles^ s'écrioil saint Cyprien ( C 17. Ep. a."), et à ceux que nous excitons au combat ^ ne les y exposons pas sans armes et sans défenses . forti/inns-les^ armons-les du corps et du sang de Jêsus-Christ,
Si l'on accordoit alors la communion journalière à de telles personnes et dans de telles circonstances, s'en* suit- il qu il soit à propos aujourd'hui de recevoir tous les justes à la même participation f A Dieu ne plaise.
490 Dg SAMEMEirr
II s'eDsnivroil tout au plus que, si des personnes exemples de péché mortel, et qui auraient respect, attention, désir, pureté d'intention, se trauvoient exposées à une tientalion, ou à une extrémité actuelle ou prochaine, telle que le martyre, on pourroit leui^ ac* corder la communion journalière pour un espace de temps, aCn de les fortifier et d^assurer leur courage au milieu de ces traverses. Mais n'en concluons pas^ qu'il faille admettre tous les jours à la sainte table, des justes lâches, des justes indévots, des jiisles lièdes, des justes paresseux, foibies, lauguissans, imparfaits. Pour corn* munier habituellement tons les jours, il est nécessaire d'être arrivé à une grande perfection. L'usage si fréquent de cet auguste Sacrement^ demande une grande retraite intérieure pour 1 attention 5 la présence continuelle de Dieu pour la révérence; une profonde humilité pour la droiture d'intention , et un amour ardent qtû embrase nos désirs , et cause en nous une faim spirituelle de TEucharistie. Outre cela, il faut examiner si c'est la voie par laquelle l'esprit de Dieu veut conduire une âme : car l'usage journalier de la communion ne se réduit pas à la sainteté et à la perfection. Les plus grands saints avoient sans doute les dispositions conveuables à la communion journalière; cependant les tms s'en retiroient quelquefois par révérence et par humilité; les autres s'en approchoient davantage avec amour et confiance. Le moyen le plus sensible pour connoUre si l'Espiît divin nous appelle à la commur nion quotidienne des saints mystères, cest^ remarque saint Ûonavenlure, une ferveur de dévotion extraor^ dinnire^ une soif^ un désir immense et cjccessifdB recevoir celui qui seul est capable de rafraîchir Var* deur d^une âme vraiment aimante. Encore faut-il que ces désirs si vifs, si empressés, si ardens, soient en même temps tranquilles, patieus et soumis.
Saint François de Sales exprime en un seul mot toutes les dispositiotis que demande la communion quo-
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tîdienne; mais ce mol bien approfondi, est si énergique^ qu^il rappelle ce qu'il j a de plus grand et de plus héroïque dans la pratique de la vertu. Cest dans ïln-^ traduction à la i^ie dévote ( Part. II, Chap. ao. ) ; il corminence par une exhortation pathétique à la communion fréquente ^ venant ensuite à la communion Î'ournalière, ce saint dit qu'il ne la blâme, ni ne la eue absolument, mais qu'il la laisse à la discrétion du père spirituel de celui qui voudra se résoudre sur ce point ^ voici la raison quil en apporte : la disposition exigée pour une si fréquente communion^ devant être fort exquise , il nest pas bon de la conseiller généralement ^ et^parce que cette dispoition se peut trouver en plusieurs bonnes âmes^ il n'est pas bon non plus d^en détourner et dissuader généralement un chacun ^ mab cela se doit traiter par la considération de tétat intérieur de chaque particulier. Il marque ensuite la disposition nécessaire pour communier tous les jours: il faut avoir surmonté la plupart des mauvaises in-^ clinations^ c^ est— à-dire^ non-seulement taffection aiix choses inutiles et dangereuses , comme sont les feux^ les festins^ les parures et autres choses sem-^ blables , mais encore ces incliruitions naturelles quî^ najrant point pris V origine de nos péchés particuliers^ ne sont pas proprement vices , ni péchés , mais im-^ perfections y comme sont la légèreté^ r inclinât ion à la colère^ la mélancolie et autres défauts qui viennent du tempérament et du naturel. Il faut encore, ajoute le saint, pour communier tous les jours, que ce soit par l'avis du père spirituel : c'est-à-dire, que pour la comnnunion journalière^ non— seulement il faut être eu <Uat de grâce ^ non-seulement il faut avoir des dis-* positions actuelles de respect^ d'attention, de désir^ une intention droite; non-seulement il ne faut plus avoir d'affection au péché mortel, ni au véniel; mais il faut encore avoir si bien combattu contre son tempérament, contre ses inclinations, contre ses passions
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dominantes, contre ses penchans, qu^on les att potif la plupart dompiés, vaincus, terrassés, surmontas. Ce n^est qu^après une victoire si glorieuse et si difficile , que ce grand ëvêque permet la communion journalière; et encore veut-il que ces licros du christianisme, au milieu de tant de sujets de se glorifier en Dieu, soient 31 humbles, si dociles,, si soumis, qu'ils n'aspirent et ne prétendent a la jouissance continuelle d'un si grand bienfait , que par les lumières et les avis de leur directeur. Ils méritent sans doute d'être couronnés; mais il veut que cette couronne de gloire , ils ne l'usurpent pas d'eux— mêmes , qu'ils la tiennent avec une humble docilité de la main ae celui que la providence a chargé de les conduire.
Ces règles de saint François de Sales étant généra-» lement adoptées, il n'en faut pas chercher de plus sures. Ce grand saiut les avoit ])uisées dans les saints Pères, les docteurs de TEglise, les meilleurs auteurs. El en effet, si saint Basile di^ (Epist. gi. ad Cœsariam.)^ que &est une pratique très-utile de communier tous les jours ^ ce saint doctenr, ainsi que nous l'avons déjà remarqué ci dessus , "veut que quiconque s^ approche du corps du Seigneur^ exprime en soi la ressemblance de celui qui est mort et ressuscité pour nous , en Jaisant i^oir quil rst mort au péché ^ au monde et à soi-même^ et quil ne "vit plus que pour Dieu par Jésus^Christ Notre-Seîgneur (L. \. de Bapt. ).
Jésus- Christ nous appelle des aigles^ dit saint Cbiysoslôme ( in Ep. i. ad Cor, Hom. s^* ) ) pour nous apprendre que celui qui approche de son corps dans V Eucharistie^ doit être élevé et sublime ^ et n^açoir rien de commun avec la terre. Il ne doit pas se trabuf et ramper en bas , mais voler assidûment et toujours en haut , regarder /e soleil de justice j car c^est id la table des aigles.
C'est ce que saint Jérôme a marqua en disant (^
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cap. 9. Zach. ) ; hune panem comedunt^ qui in Christo robusti sunt.
Nous ne croyons pas qu'on puisse rien dire de plus fort , pour exprimer la perfeclion des dispositions qu'exige saint François de Sales pour la communion quotidienne 3 dispositions qu'on ne doit pas facilement présumer dans le commun des chrëtiens 3 dispositions si excellentes, que saint Bonaventure disoit qu^elIes se trouvoient en bien peu de personnes ; débita prœpa^ ratio in paucissimis est.
Quant à ceux que vous verrez ^ disoit Avila ^ écrivant à un directeur ( Ep. 64. i. p.)^ particulièrement touchés du zèle , pleins d^amour de Dieu ^ connaissant quasi à VœiL le f mit et V accroissement de leur vie spirituelle^ ils pourront communier tous les huit jours : il ne Jaut pas permettre de communier plus souvent^ si Von ne voit quelque grande faim et ré^'érence^ ou quelque extrême nécessité quicon^ seillât autre chose y en quoi il faut regarder à cer^ taines personnes , et y procéder at^ec prudence ; et f estime que peu se trouçerofit , auxquels Usait conyenable de se présenter à ce sacré mystère ; et de communier plus souvent que de huit jours en huit jours.
Il est raisonnable^ dit Thomas de Argentine, célèbre théologien ( Summ, Tlieolog. ) , que ceux qui ont une plus grande chaleur^ reçoivent la sainte Eu-charistie plus sauvent ; c'est-^à-dire^ ceux qui ont plus d'amour^ un désir plus ardent et une plus grande faim. (Test pourquoi la communion de tous les jours est grandement utile à ceux en qui cette chaleur ^ qui procède du feu du Saint-Esprit^ bien loin de s'éteindre et de diminuer , s'accroît et augmente chaque jour. Cet auteur sage et judicieux est bien éloigné de
fiermeltre la communion journalière ar.x âmes fbible^^ anguissantes, attachées au monde, et qui ne sentent pas la même chaleur : In quibus autem è converso
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fieret^ illis expeâit ahstinere^ donec magis esuriermt* Efifin ) il faut observer que cette chaleur , cette faim qui rend digne de communier tous les jours, doit être vue chaleur produite par le Saint-Esprit) et qu^ilne faut pas la confondre avec celle dont se glorifient grand nombre de personnes qui prétendent à la com-* munion quotidienne.
Rapprochons ces principes, et, sur le fondement f0« lide Qts conciles, des Pères et des docteors de l'E^ glise, établissons des règles sures de conduite qui pui^* sent diriger les confesseurs dans l'administration de rEucharistie. Voici celles qui regardent la communion en général. Pour communier dignement , c'est-à-dire, pour faire une communion agréable à Dieu, méritoire, avantageuse au salut, et qui ne soit pas un péché, les Pères demandent Télat de ta grâce, la pureté d'intention, les dispositions actuelles d'attention , de respect, de désir.
Donc, 1. on ne peut admettre à la communion les grands pécheurs, les pécheurs d'habitude, avant que de les avoir éprouvés par une épreuve de changement, par une épreuve de pénitence, telles que nous les avons expliquées. Non est audaciœ^ àxisdinl Chiysosiôme ( Hom. 5. in \. ad Tint. )^sœpius accédera ad dominicain mensam ^ se d indigné accéder e ^ etiamsi semel tantàm quispiam toto vitœ tempère accédât Ou ne peut accorder la communion à un pécheur qu'on ne trouve pas suffisamment disposé , et qui , malgré toutes ses protestations si souvent réitérées, mais si souvent vaines , n'est pas changé. Celui qui a perdu la justice et la grâce , et qui est coupable de péché mortel, ne peut faire qu'une communion indigne et sacrilège pendant qu'il est dans cet état.
Lorsqu'en suivant les règles prescrites pour la pénitence, et que nous rapporterons dans la suite en parlant de ce Sacrement, on peut s'assurer avec uni }uste confiance d'avoir rempli le ciel d'alégresse^ f^s
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la conversion et la jastificaiiou d'un pécheur , on doit I exhorter fortement à éviter tout ce qni peut éloigner de lui TEsprit saint, et le porter à croître dans la justice qu'il a reçue par le bienfait de Pabsolution. Oa doit Texciter à cette persévérance et k cet accroisse-* ment , en lui représentant avec le concile de Trente ( Sess. 6. cap, loet i3.de Justifie. ), que ceux guij par la justification , sont devenus les domestiques et les amis de Dieu , ont cependant encore sujet iVap^ préhender pour le combat qui leur reste à soute^ nir contre le démon , le monde et la chair ; que par conséquent ils doivent prendre garde de ve point tomber^ travaillera leur salut ave4: crainte et tremblement dans les travauac^ da?is les veilles^ dans les aumônes^ dans les prières^ dansles offrandes.^ dans les jeûneSydanslapureté^et.s^avançant de vertu en vertu^ se renouveler ^cowmc dit Tapôire, de/ouren/our^ mortifier les membres de leur chair , les faire servir à la piété et à la justice , pour mener une vie sainte dans ^observation des commandemens de Dieu et de ^Eglise. Dans le dénombrement de tous ces moyens e persévérance et de salut, on doit insister beaucoup ir ia fréquentation des Sacremeus , et sur-tout de \dorable Eucbaristie.