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PRÉFACK.
Pourquoi la plupart des fidèles sont-ils si indifférents pour l'instruction religieuse ? Pourquoi vont - ils entendre un sermon à peu près comme les hommes lettrés assistent à la lecture d'un discours académique? Pour les uns comme pour les autres, c'est une récréation ou un divertissement spirituel, ou une heure d'ennui et de fatigue. A quoi cela tient-il? Nous croyons qu'une des principales causes du peu de succès qu'obtient de nos jours le ministère de la prédication, est la mauvaise méthode trop généralement adoptée» par ceux qui sont chargés d'instruire. Chaque dimanche est un sujet nouveau qui ne se lie d'aucune façon à l'instruction précédente et ne laisse aucune trace dans l'es-
prit des auditeurs. Supposons pour un moment qu'un professeur de mathématiques, de physique, de philosophie ou d'histoire donne à ses élèves des leçons ainsi détachées, sans
qu'ils puissent voir aucun rapport entre elles : pensez-vous que ces élèves pourraient jamais acquérir des idées exactes sur ces sciences? Ajoutez encore que cette méthode met le prédicateur dans l'impossihilité d'approfondir aucune matière, et par là même d'ahorder les sujets les plus intéressants, je veux dire les grandes vérités de îa foi catholique.
Chose étrange ! à tous les degrés de l'enseignement, de récole primaire à la Sorhonne, pour toutes les sciences et pour tous les arts, on donne des leçons suivies sur une même matière; tout est lié, enchaîné, coordonné : de sorte que chaque leçon est la suite naturelle de la leçon précédente et la pre^paration de celle qui suivra; réunies, elles forment un corps de doctrine complet. Pourquoi donc ne pas suivre la même méthode lorsqu'il s'agit d'expliquer la plus importante, la plus universelle et la plus pratique (le toutes les sciences?
Mais, me direz-vous, lorsque le prédicateur explique la religion d'une manière suivie, il devient monotone et ennuyeux. — A cela
je réponds qu'il importe de persuader aux fidèles qu'ils ne doivent point venir entendre une instruction pour se procurer un délassement, mais pour s'instruire et s'édifier. Et il est certain d'autre part que le même sujet traité sous toutes ses faces, surtout s'il est approfondi et présenté dans ses rapports avec les vérités fondamentales du christianisme, au lieu d'ennuyer des auditeurs sérieux, leur plaît infiniment. Ce qui les fatigue et les rebute, ce sont les sermons composés de phrases sonores, de périodes bien arrondies, mais vides de sens et de doctrine.
On se borne généralement à exposer quelques vérités morales et à tonner contre le vice et l'impiété, et on laisse dans l'oubli la partie la plus essentielle et la plus importante de la religion, le dogme. C'est une lacune très-regrettable et qui occasionne les plus fâcheux inconvénients. Le grand Apôtre, ie maître des prédicateurs ne prêchait pas ainsi. Dans les instructions qu'il adresse à tous les chrétiens, il commence toujours par l'exposition du dogme, puis il en tire des règles pour la conduite de la vie. Dans tous les temps l'Eglise a instamment recommandé à tous les pasteurs des âmes d'expliquer la doctrine chrétienne d'une manière suivie et en-
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chaînée, et leur a remis entre les mains un abrégé substantiel qui doit leur servir de thème, je veux parler du Catéchisme du saint concile de Trente.
Il est vrai qu'un semblable enseignement exige de leur part un travail auquel les autres fonctions de leur ministère ne leur permettent pas de se livrer; car tout est à faire. Nous ne connaissons en France aucun auleur qui ait exposé la religion suivant cette méthode. Nos grands prédicateurs, Bossuet, Bourdaloue et Massillon, se sont plus occupés à combattre les vices de leur temps qu'à exposer le côté positif de la doctrine chrétienne. Les prédicateurs qui leur ont succédé ont suivi leurs errements, et si quelques uns ont essayé de nous donner des instructions suivies, leurs œuvres, très-utiles peut-être pour l'époque 011 elles ont paru, sont tout à fait insuffisantes aujourd'hui et ne satisfont nullement les besoins de la société actuelle. C'est ce qui nous a inspiré la pensée de publier nos Instructions sur les Sacrements. Ce ne sont pas des chefs-d'œuvre, il s'en faut bien ; ce n'est qu'un essai eu ce genre. Notre intention est d'ouvrir la voie, avec l'espoir que d'autres la parcourront avec plus de talent et de succès. Si elles peuvent être de quelque utilité, tout
imparfaites qu'elles soient, nous aurons atteint notre but.
Nous n'avons pas craint d'aborder quelquefois des questions qui paraissent difficiles et abstraites au premier coup d'œil, et nous nous sommes efforcé de les traiter avec clarté et simplicité, afui de les mettre à la portée de toutes les intelligences. Il nous a semblé que rien n'était plus propre à faire concevoir une haute estime pour la religion que ces magnifiques expositions du dogme calboli- {|ue que nous ont données les plus illustres Docteurs de l'Eglise, que ces analogies si frappantes qu'ils nous font remarquer entre les lois de la nature et celles de l'ordre surnaturel et divin ; nous avons pensé que rien n'était plus capable de faire aimer Dieu, d'élever l'esprit et le cœur au-dessus de ce monde sensible, que ces considérations profondes, puisées dans les entrailles mêmes de la vérité catholique. La grande difficulté que nous avions à résoudre était de les rendre intelligibles à tous les fidèles. L'expérience nous dira si nous l'avons résolue.
Dans ce long et pénible travail, nous nous sommes aidé de tous les auteurs que nous connaissons, et nous leur avons fait de larges emprunts lorsqu'ils ont bien traité la \é-
rite que nous exposons. On verra que nous avons moins cherché à briller qu'à nous rendre utile.
JNous soumettons à l'avance toutes nos publications au jugement de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, et nous désavouons tout ce qui aurait pu nous échapper de contraire à son enseignement.
Divin Sauveur, aimable Jésus, bénissez ce fruit de nos labeurs, et faites-le servira votre gloire et à la sanctification des âmes. Bénissez-le aussi, ô Marie, Vierge immaculée, et offrez-le à votre divin Fils, afin qu'il lui soit agréable. C'est à vous que je dois le peu de bien que j'ai pu faire jusqu'ici, et c'est de vous que j'attends la grâce d'en faire plus à l'avenir. Je n'ai jamais rien entrepris et je n'entreprendrai jamais rien sans implorer votre protection. Vous avez toujours été et vous serez toujours ma douce et tendre Mère.
Mois de Marie 1861.