JOAN., X
Quel est donc le but que se propose la religion? N'est-ce pas de rattacher l'homme à Dieu? Et comment le relie-t-elle à Dieu? N'est-ce pas en lui faisant connaître ses glorieuses destinées, en lui révélant et lui expliquant les lois qu'il doit oberver pour les conquérir, en lui mettant entre les mains tous les secours nécessaires pour éviter le vice et pratiquer la vertu, pour atteindre ce bonheur parfait après lequel il soupire? La religion se compose donc de trois grandes parties : du dogme ou des vérités à croire, de la morale ou des préceptes à observer, du culte ou des moyens établis de Dieu
pour onlretenir et augmenter en nous la foi aux vérités de la religion et la fidélité aux préceptes de l'Evangile. Or, les principaux de ces moyens sont les sacrements, destinés à produire, à conserver et à perfectionner en nous la vie surnaturelle et divine. Mais, avant de vous les expliquer en détail, il est nécessaire de vous donner quelques notions sur leur nature, leur nécessité, leur excellence, leurs merveilleux effets, et sur les dispositions nécessaires pour les recevoir utilement.
Qu'est-ce qu'un sacrement? C'est un signe sensible, efficace de la grâce, i^nslitué par notre Seignè\ir Jésus-Christ pour nous sanctiuer. iTest un signe sensible ou qui tombe sous les sens, comme l'eau dangTt Baptême, l'imposition des mains et l'onction du saint chrême dans la Confirmation, le pain et le vin dans l'Eucharistie, le consentement des époux dans le Mariage. C'est un signe jefficace de la grâce, parce qu'il la produit, comme le soleil produit la lumière, comme le feu produit la chaleur, comme la nourriture produit la force dans le corps humain. Cependant, de même que l'homme peut fermer volontairement les yeux et se plonger dans les ténèbres en plein midi, quoique le soleil inonde la terre des flots de sa lumière ; de même qu'il peut périr de froid, parce qu'il s'éloigne du feu, ou comme un malade peut mourir, parce qu'il refuse de prendre la nourriture qui lui est nécessaire, ou parce qu'il n'observe pas les règles de la tempérance ; ainsi le chrétien peut perdre la vie de l'âme, malgré tous les secours qu'il trouve dans les
sacrements ; car, quoique d'eux-mêmes ils produisent la grâce ou la vie surnaturelle et divine, ils sont sans effet pour ceux qui les dédaignent, et donnent la mort au lieu de la vie à ceux qui les reçoivent indignement.
La fin ou le but d'un sacrement est donc de nous sanctifier, c'est-à-dire de nous communiquer la vie surnaturelle et divine. Or, deux éléments sont nécessaires pour constituer un sacrement, savoir: un élément matériel, ou un signe sensible et palpable, et un élément immatériel qu'on ne peut ni voir ni toucher, et qui produit la vie surnaturelle et divine.
Qu'est-ce que l'homme? C'est une créature raisonnable, composée d'un corps et d'une âme formée à l'image de Dieu. Il y a donc en lui deux substances et par conséquent deux vies, la vie du corps et la vie de Fâme raisonnable. S'il est chrétien, il possède une troisième vie, la vie surnaturelle et divine, et, chose admirable 1 ces trois vies se forment, se conservent et se développent par des lois semblables.
En effet, l'enfant vient au monde par une cause indépendante de sa volonté, et quand il naît, il n'a en quelque sorte qu'un commencement de vie; car il n'existerait pas deux jours s'il était abandonné à lui-même. Les substances qui doivent lui continuer la vie sont renfermées dans le sein de la terre comme dans un foyer, et il faut qu'une main paternelle et laborieuse lui procure son pain de chaque jour, sa nourriture et son vêtement. Que
sont donc les substances alimentaires ? On peutles définir : un signe sensible qucDieuainslituépour nous communiquer et entretenir en nous la vie du corps.
Mais l'enfant ne se donne pas plus la vie de l'intelligence que la vie du corps : il a reçu l'une et l'autre de l'auteur de la nature. Or, pour vivre de la vie de l'âme raisonnable, il ne lui suffît pas d'avoir une âme intelligente, car l'intelligence la plus sublime ne serait que ténèbres, si l'enseignement ne venait y faire briller la lumière : témoin le sourdmuet, qui reste dépourvu de toute idée intellectuelle et morale avant d'avoir reçu l'enseignement. Mais, pour s'instruire, l'homme a besoin du langage, de la parole ou de l'écriture. Qu'est-ce donc que le langage, la parole ou l'écriture? C'est un signe sensible que Dieu a établi pour produire et développer la vie de l'âme raisonnable.
Par le Baptême, l'enfant reçoit la vie surnaturelle et divine, sans qu'il puisse y concourir lui-même; mais il doit l'entretenir et la développer en luimême par d'autres sacrements.
Mais comment peut-il se faire, me direz-vous, qu'un peu d'eau, ou que du pain oudel'huile, produise ou augmente la vie de la grâce, la vie surnaturelle et divine dans l'âme? C'est là, mes frères, un profond mystère que nul homme au monde ne pourra jamais expliquer; mais remarquez, je vous prie, que les lois par lesquelles s'entretiennent et se conservent la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable sont aussi mystérieuses et incompréhensibles que les sacrements.
En effet, que sont les substances alimentaires ? Un peu de matière, ni plus ni moins. Mais qu'est-ce que la matière? D'après tous les savants, la matière est quelque chose d'inerte et de passif; ce qui signifie que c'est une substance qui n'a pas de force. 3Iais comment ce qui est sans force peut-il communiquer la vie, c'est-à-dire des forces? Est-ce que le froid peut produire la chaleur? Est-ce que les ténèbres peuvent engendrer la lumière? Les savants nous parlent, il est vrai, des forces de la nature ; mais que sont ces forces? Sont-elles quelque chose de matériel ou de spirituel? Quelle est leur nature? Si c'est quelque chose de matériel, comment ce qui est purement matériel ou sans force peut-il donner des forces? Si, pressés parla logique, vous me répondez qu'il y a dans la matière quelque chose de spirituel, il faut donc reconnaître qu'il y a dans le pain qui vous nourrit un double élément, un élément matériel, ou un signe sensible, et un élément immatériel, ou quelque chose d'invisible et de spirituel qui produit les forces et donne la vie. Mais n'est-ce pas là un mystère aussi incompréhensible que celui du Baptême et de l'Eucharistie?
De quoi se compose l'enseignement? N'est-ce pas aussi de deux éléments, dont l'un est matériel ou palpable, le langage, la parole ou l'écriture, et l'autre immatériel, la vérité ou la pensée? Le langage est le signe sensible, le corps de la pensée; et la pensée ou la vérité est l'élément invisible qui donne la vie à l'intelligence. Mais comment cela se fait-il? comment un peu d'air ébranlé qui va frapper
l'oreille des auditeurs porte-l-il à leur intelligence la pensée ou la vérité ? Comment des caractères tracés ou imprimés sur du papier sont-ils remplis de vérités et peuvent-ils les communiquer à l'esprit? ]S'est-ce pas là un profond mystère qu'aucun savant n'a jamais expliqué et n'expliquera jamais?
Hommes du monde, libres penseurs, vous admettez les lois de la vie du corps et de la vie de l'âme raisonnable. Comment pourriez-vous les nier? Elles sont fondées sur des faits évidents et incontestables. Pourquoi donc rejetez-vous les sacrements, c'est-à-dire les lois de la vie surnaturelle et divine? Ne reposent-elles pas aussi sur des preuves irréfragables, sur la parole même de Dieu? Vous n'en voulez pas, dites-vous, parce que ce sont des mystères. Mais les premières ne sont-elles pas des mystères aussi incompréhensibles?
Après cette explication , pourriez-vous encore nier la nécessité de recourir aux sacrements pour avoir la vie surnaturelle? Pourquoi, me dites-vous, faut-il recevoir les sacrements pour avoir la vie de la grâce? Mais pourquoi faut-il que vous mangiez et que vous buviez pour avoir la vie du corps? Vous me répondez que c'est là une loi de notre nature, et que de fait l'expérience prouve que la nourriture matérielle est nécessaire pour entretenir et développer la vie physique. Si vous étiez privés d'aliments, ou si vous n'aviez pas une nourriture assez substantielle, vous sentiriez, pour ainsi dire, la vie vous échapper. Au contraire, après un repas succulent, vous vous sentez renaître à la vie.
Pourquoi faut- il vous approcher des sacrements pour avoir la vie de la grâce? Mais pourquoi avez-vous besoin de l'enseignement pour acquérir et développer en vous la vie de l'inlelligence? ?î'est-ce pas là aussi une loi de votre nature? Avezvous jamais vu quelqu'un vivre de la vie intellectuelle sans avoir jamais rien appris ni dans les écoles ni dans les livres? Ce serait un fait inouï dans l'histoire. C'est aussi une loi qui ne souffre aucune exception dans Tétat actuel du monde, à moins d'un miracle.
Est-il donc besoin que je vous prouve la nécessité de recevoir les sacrements pour avoir la vie de la grâce, pour l'entretenir et la développer? iS'est-ce pas aussi une loi que Dieu a établie dans l'ordre surnaturel, comme il a établi la nécessité des substances alimentaires et de l'enseignement pour entretenir et développer la vie du corps et la vie de l'âme raisonnable? Quelle bonté infinie de votre part, ô mon Dieu ! Vous nous appelez à vivre de votre propre vie dans le ciel, et vous voulez que nous soyons appelés vos enfants et que nous le soyons en effet. Mais comment serons-nous vos enfants, si nous n'avons pas en nous la viedivine? Et comment aurons-nous la vie divine, si nous ne remplissons pas les conditions que vous avez établies pour nous la communiquer?
Quand un père et une mère s'aperçoivent qu'un de leurs enfants ne prend plus de nourriture, ils l'interrogent sur sa santé; et quoi qu'il dise, et quelles que soient les apparences, ils sont convain-
eus par le fait même qu'il est malade et que bientôt ils auront le malheur de le perdre; dans celte appréhension, ils versent d'abondantes larmes. Puis-je aussi, mes frères, ne pas pleurer moi-même, quand je vois qu'un si grand nombre de mes enfants spirituels ne s'approchent plus des sacrements depuis tant d'années? Non seulement ils sont malades, mais ils sont morts devant Dieu. C'est un si grand malheur, que nous devrions tous, si nous avions une foi plus vive, le pleurer avec des larmes de sang.
Pourquoi donc, mes frères bien-aimés, fuyezvous ainsi les sacrements? Pourquoi ne vous voiton plus vous asseoir à la table de votre Père céleste? Avez-vous peur des railleries du monde? Mais vous voit-on rougir de vous asseoir à la table des princes de la terre? Vous voit-on trembler de recevoir les leçons d'un maître pour apprendre le droit, la médecine ou les lettres? Rougissez-vous d'aller entendre les savants professeurs de nos facultés? Vous vous en félicitez, au contraire; vous vous en glorifiez. Ne devriez-vous pas aussi vous féliciter avec plus de justice et vous glorifier des rapports si intimes que Dieu a établis entre vous et lui par le moyen des sacrements?
Vous n'avez plus cette vie de la grâce que vous avez reçue au Baptême, et qui vous a été rendue au moment de votre première communion, si vous l'aviez perdue auparavant. Vous ne la sentez plus couler dans votre âme comme dans ce jour d'heureuse mémoire, ni vous communiquer cette joie et cette paix ineffables dont vous avez été comme
enivrés. Il s'est creusé au fond de votre cœur un vide immense, un vide affreux, que tous les plaisirs de ce monde ne sauraient combler. Une voix sourde s'y fait entendre et vous reproche vos infidélités. Combien ne souffrez-vous pas depuis que vous avez perdu Dieu ! >'on, vous n'êtes pas heureux : vous avez donc violé les lois de la vie.
Pour vous autoriser dans votre indifférence, je vous entends me dire : Mais à quoi bon ?>«e puis-je pas être vertueux et honnête homme sans aller à confesse? — Que vous soyez un honnête homme, je suis loin de le contester; et quand vous pratiqueriez toutes les vertus humaines au plus haut degré de perfection, en seriez-vous plus avancés ? Persuadez-vous donc bien que les vertus humaines les plus parfaites ne vous suffisent pas pour vous faire entrer dans le ciel. Personne n'y est admis s'il ne possède la vie surnaturelle et divine. Dieu en a donné sa parole, et, vous le savez, le ciel et la terre passeront, mais la parole de Dieu ne passera pas. Votre conscience elle-même rend témoignage à cette affirmation de Dieu, puisqu'elle vous crucifie et vous torture. Sachez donc qu'il n'y a que les sacrements, ou un désir sincère de les recevoir, s'il y avait impossibilité pour vous d'y recourir, qui puissent vous ouvrir la porte du ciel. C'est par les sacrements qu'il vous communique la vie divine, et vous ne pouvez pas plus l'obtenir autrement que vous ne pouvez conserver et développer en vous la vie du corps et la vie de l'intelligence sans les substances alimentaires et l'enseignement.
Après cela, ne vous étonnez plus que tous les peuples aient fait usage de rites sacrés ou de sacrements. Les descendants de notre premier père, en se dispersant dans le monde, ont emporté avec eux, comme leur plus précieux trésor, l'espérance de pouvoir reconquérir le ciel qu'ils avaient perdu par le péché. Bien convaincus qu'il ne suffit pas à l'homme de vivre de la vie physique, de la vie intellectuelle et morale, pour entrer dans la société de Dieu même et jouir de son honheur, ils ont cherché à communiquer avec lui, non seulement par la prière, mais aussi par des cérémonies sacrées, par des rites expiatoires et par l'immolation des victimes. Certains sacrements n'étaient pas seulement en usage chez le peuple juif, mais ils étaient communs à toutes les nations du monde. Aujourd'hui encore il n'y a pas jusqu'au peuple le plus ignorant et le plus barbare qui n'ait sa divinité et son culte, des moyens pour purifier l'âme et lui rendre l'amitié de Dieu. C'est donc une vérité attestée par toutes les générations, que l'homme a besoin de signes sensibles pour communiquer avec le monde céleste et invisible, quoique les hommes se soient trompés souvent sur l'application. En pratiquant un culte faux et superstitieux, ils reconnaissaient du moins la nécessité d'un culte extérieur pour se mettre en rapport avec Dieu et se le rendre favorable.
Les protestants se mettent donc en contradiction avec les traditions universelles du genre humain, quand ils ne reconnaissent la nécessité des sacre-
ments que pour éclairer l'esprit et ranimer la piété dans les cœurs, et lorsqu'ils prétendent qu'ils ne sont point nécessaires au salut, parce que c'est la foi seule qui l'opère. Le saint concile de Trente les a frappés d'anathème par ces paroles : « Si quelqu'un dit que les sacrements de la loi nouvelle ne sont pas nécessaires au salut, mais superflus, et que, sans eux ou sans le désir de les recevoir, les hommes, par la seule foi, peuvent obtenir de Dieu la grâce de la justification, quoiqu'il soit vrai de dire que tous les sacrements ne sont pas nécessaires à chacun, qu'il soit anathème. » Conc. Trid., sess. 7, can. 4.)
Pourquoi donc l'homme ne peut-il, sans les sacrements, ou du moins sans le désir de les recevoir, obtenir lagràcede lajuslificalion, c'est-à-dire entrer dans le ciel? C'est, vous répond la sainte Eglise, parce qu'ils sont les moyens voulus de iJieu par lesquels toute justice véritable, c'est-à-dire la vie surnaturelle et divine, ou commence, ou s'augmente lorsqu'elle est commencée, ou se répare quand elle est perdue. N'avons-nous pas raison de dire que les sacrements sont aussi nécessaires pour la vie de la grâce que les substances alimentaires pour la vie du corps et l'enseignement pour la vie intellectuelle et morale ?
Toute l'année, et chaque jour de l'année, vous travaillez pour l'entretien et le développement de la vie du corps et de la vie de l'intelligence, et Dieu nous garde de blâmer l'ardeur qui vous anime au travail, puisque c'est parla que vous vous acquittez
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de vos dettes envers la société, et que vous devenez comme les aides et les coadjuteurs de Dieu pour la conservation de ce monde. Mais pourquoi donc ne sanctifiez-vous pas mieux les jours de dimanche et de fête, et ne profitez-vous pas de ce temps de repos pour donner à votre âme les aliments destinés à conserver en vous la vie par excellence? Pourquoi tant d'ardeur pour augmenter votre bienêtre temporel et tant de négligence pour entretenir en vous la vie divine? Pourquoi entasser trésors sur trésors? Quand vous aurez centuplé vos revenus, votre taille en sera-t-elle plus élégante et votre âme plus belle et plus agréable à Dieu? Vous tourmentez, vous torturez la nature pour en extraire tout ce qui peut satisfaire les instincts de la brute, et vous avez devant vous des sources abondantes où vous pouvez puiser la vie véritable et l'augmenter sans cesse en vous, et vous n'en avez nul souci? Vous voulez étancher la soif de bonheur qui vous dévore en vous désaltérant dans des eaux bourbeuses, et vous dédaignez ces fontaines d'eaux vives dont le Seigneur enivre ses élus ? Quel déplorable aveuglement 1 Eclairez, ô mon Dieu, ces aveugles infortunés, et touchez leurs cœurs, afin qu'ils ouvrent les yeux et comprennent leurs véritables intérêts. Sauveur Jésus, vous me les avez donnés pour les sanctifier ; sanctifiez-les vous-même, et conduisez-les à la source de la véritable vie.
Le marquis de Valdegamas, un des hommes les plus remarquables de notre époque, fit un jour à Paris la rencontre d'un de ses compatriotes, dont la
vertu, la charité et la simplicité l'avaient singulièrement frappé, et lui donnaient à penser qu'il y avait, dans la profession d'honnête homme, un degré dont il restait encore éloigné, tout fier qu'il se croyait de son honneur et de sa vertu. Il s'était senti subjugué par cette vertu si différente des vertus qu'il connaissait, et il en parla à ce fervent chrétien, qui lui répondit : « Vous êtes un honnête homme, monsieur le marquis, et moi aussi; et il y a dans mon honnêteté quelque chose de supérieur à la vôtre. — Mais à quoi cela peut-il tenir? lui dit le marquis. — Cela lient, lui répond cet homme, à ce que je suis chrétien, tandis que vous ne l'êtes plus. »
En promenant vos regards autour de vous, vous trouverez aussi, mes frères, deux classes d'honnêtes gens. Les uns sont justes, probes, généreux même, mais cependant peu scrupuleux sur la manière dont ils remplissent leurs devoirs envers Dieu, orgueilleux, hautains, recherchant l'estime du monde, avides de louanges et de plaisirs. Les autres sont justes aussi, mais plus charitables, plus dévoués, exacts à remplir leurs de\oirs religieux, modestes, se souciant peu de la considération du monde, vivant de sacrifices et d'abnégation. D'où vient cette diôerence, et à quoi tient-elle? C'est que les premiers ne sont que d'honnêtes gens, tandis que les seconds sont tout à la fois honnêtes gens et bons chrétiens. La cause de cette haute supériorité de pensées, de sentiments et de conduite est la vertu des sacrements. C'est là, mes frères, qu'ils
puisent celte vigueur, cette grandeur d'àrae qui les élève si prodigieusement au-dessus de tout ce qui est purement honnête. Imitez-les donc, et comme eux vous vous rapprocherez de Dieu, vous serez plus forts et plus généreux. Amen.
LA GRACE ÉLÈVE l'hOMME DIEN AU-DESSUS DE l'honnêteté.
La Corée, dit Mgr Berneux, c'est la terre des bénédictions, le paradis terrestre du missionnaire. On y travaille à se tuer. sans boire, ni manger, ni dormir, et on trouve toujours à faire. Ces pauvres chrétiens sont si pleins de bonne volonté, si avides d'entendre la parole de Dieu et de recevoir les sacrements; ils font quelquefois tant de sacrifices, s'exposent à tant de dangers et endurent tant de fatigues pour se les procurer, que le missionnaire, lors même qu'il tombe de sommeil, ou épuisé par Texcès du travail, ne peut pas songer à se reposer.
A la capitale où je réside, j'ai près de dix-huit cents chrétiens, y compris les enfants. Parmi eux, un grand nombre appartiennent à des familles païennes qui ne s'en doutent pas : ce sont des femmes qui ont été baptisées à l'insu de leurs maris, des enfants à Tinsu de leurs parents. Les difficultés de pratiquer sont sans nombre dans une pareille position; leur foi les rend ingénieux : ils sauront trouver moyen de tromper les regards, et chaque jour ils réciteront exactement leurs prières du matin et du soir, observeront les abstinences, et, ce qui est plus difficile, éviteront les superstitions ou sortiront pour venir se confesser chaque année dans les calacombes où nous sommes réduits à nous cacher. Que s'il vient à être découvert qu'ils sont chrétiens, on les brisera de coups, mais on ne vaincra pas leur constance.
Le caractère coréen est d'une énergie que je n'ai rencontrée
nulle part ailleurs. En 1839, lious avons vu des enfants de douze à quatorze ans qui, traînés devant les mandarins, se sont laissé broyer les os des jambes et décapiter ensuite plutôt que d'apostasier. J'ai près d'ici un nouveau chrétien, converti par sa mère, qui dernièrement encore a donné une belle preuve de constance. Apprenant sa conversion, ses oncles accoururent chez lui pour le supplier d'épargner à leur famille l'ignominie attachée au nom chrétien; on emploie les caresses, puis les menaces, et enfin les coups, mais des coups bien assénés. « Frappez, leur dit-il, tuez-moi si vous voulez. Je me suis fait chrétien pour sauver mon âme; vos coups sont une échelle qui me conduit au ciel ; la mort que vous me donnerez m'en ouvrira la porte tout de suite. »
Or veut le conduire au mandarin : « Très-bien, je vous suis. Que peut me faire le mandarin? Me tuer? C'e.^^t m'envoyerau ciel. M'envoyer en exil? Dieu est partout, partout je le servirai. » De guerre lasse, on Ta laissé tranquille; et cet homme m'a présenté au baptême onze païens par lui convertis et instruits. L'n pareil nombre m'attend maintenant pour recevoir la même grâce.
Que sommes-nous à côlés de pareils chrétiens !
Clotilde - Justine Pochon naquit au mois de septembre 179G. Docile à profiter de l'éducation chrétienne qu'elle reçut de ses parents, elle marcha avec une sainte émulation sur les traces de ses sœurs. Ses belles qualités la faisaient rechercher de tous, mais elle mettait autant de soin à cacher ce qu'il y avait de bien en elle que d'autres en mettent h le faire paraître au-dehors. Exacte dans l'accomplissement de ses devoirs envers le monde, elle s'acquittait avec plus de zèle encore de ses devoirs envers Dieu, dont elle s'approchait souvent par ses communions ferventes, qui la comblaient d'ineffables délices.
La toilette, les fêtes, toutes ces frivolités dont tant de jeunes filles se montrent avides, n'eurent jamais aucun attrait pour elle ,• elle aimait mieux parer son àme ; elle aimait mieux chercher ses plaisirs dans l'intimité de la vie de famille et dans les douces satisfactions que la charité procure. La ten-
dresse qu'elle avait pour ses parents la rendit inconsolable de Jeur perte.
Que dire de son esprit de mortification, de son exactitude à observer les abstinences et les jeûnes, sans vouloir profiter des adoucissements permis par l'Eglise, même pendant les dernières années de sa vie, lorsque l'âge et les infirmités la dispensaient de privations aussi rigoureuses ? Aucun raisonnement ne pouvait triompher de son amour de la pénitence ; mais autant elle était sévère pour elle-même, autant elle se montrait indulgente pour les autres ; et les ménagements qu'elle se refusait, elle était la première à les conseiller à ses amis quand leur santé lui paraissait compromise. Compatissant aux misères du corps, elle savait compatir aussi aux misères de l'àme; jamais elle ne jugeait ni ne condamnait personne ; prompte à chercher des excuses à toutes les fautes, elle plaignait sincèrement ceux qu'elle ne pouvait disculper , et trouvait toujours néanmoins quelques causes atténuantes pour diminuer la culpabihté de ceux que l'on blâmait devant elle. Sa charité allait au-devant des misères qui ne réclamaient point son appui. Une de ses œuvres favorites était de placer des orphelins dans de pieux asiles. Souvent elle visitait les malades, les entourait des soins les plus minutieux et des prévenances les plus délicates. Les meilleurs fruits de son jardin étaient pour eux, et pour eux elle faisait des réserves d'hiver.
L'oubli de soi, l'humilité, une active et constante charité, telles furent les simples vertus qui remplirent cette vie uniforme et paisible, s'écoulant comme ces ruisseaux dont on entend à peine le murmure, mais qui rafraîchissent et fertilisent les vallées qu'ils parcourent. Elle souffrit beaucoup pendant les trois dernières années de sa vie; mais elle adorait la main qui la frappait et ne proférait aucune plainte. [Journal de^ Botis Exemples.)
Voilà les merveilleux effets des sacrements.
ir INSTRIGTION.
De Tauteur des !!iaerenieut».
Ecce Deus, Salvator meus, fiducialiter agam, et non timcbo : quia fortitudo mea et laus mea Dominus, fi factus est mihi in salulem. Haurictis aquas in gaudio de fontibus Salvatoris.
Voici, Dieu est mon Sauveur; j'agirai avec conflance, et je ne craindrai point, parce que le Seigneur est ma force et ma gloire, et qu'il est devenu mon salut. Vous puiserez avec joie des eaux dans les fontaines du Sauveur.
(IsAiAS, m, 2 et ô. »
Jésus-Christ nous dit lui-même qu'il est la voie, la vérité et la vie. Il est la voie qu'il faut suivre pour arriver au ciel, car il nous enseigne par ses préceptes et ses exemples le chemin qui doit nous y conduire. Il est la vérité suprême et infaillible que nous devons écouter pour connaître Dieu et pour savoir quelle est notre origine, notre nature et notre dernière fin. Il est la vie et l'auteur même de la vie ; c'est par lui que Dieu a donné la vie à tout ce qui existe , et c'est par lui encore qu'il nous communique la vie surnaturelle et divine, qu'il l'entretient et la perfectionne en nous, si nous répondons à ses pressantes sollicitations. Pour atteindre plus sûrement ce but, notre aimable Sau-
veura établi les sacrements de la loi nouvelle, au nombre de sept, savoir : le Baptême, la Confirmation, l'Eucbarislie, la Pénitence, l'Extrême-Onction, l'Ordre et le Mariage. C'est une vérité de foi catholique, reçue et enseignée dans toute l'Eglise catholique.
Permettez-moi de vous citer un seul fait bien propre à vous confirmer dans celte croyance et à vous faire apprécier la bonne foi de certains hérétiques. Vous n'ignorez pas que les protestants ont rejeté cinq sacrements, pour n'en retenir que deux, le Baptême et l'Eucharistie, qu'ils appellent la Sainte Cène. Ils prétendaient que notre Seigneur Jésus- Christ n'avait établi que ces deux sacrements, que les autres n'en étaient pas, mais que ce n'étaient que de pures cérémonies que les apôtres ou quelques papes avaient introduites dans l'Eglise, et dont l'Eglise romaine avait fait plus tard des sacrements. Mais on leur répondait avec raison : Si les sept sacrements n'avaient pas été établis par Jésus- Christ, et si, comme vous le dites, la plupart n'étaient que des rites sacrés inventés par l'Eglise romaine, l'Eglise grecque, qui s'est séparée de l'Eglise romaine depuis bien des siècles, n'aurait certainement pas reçu ces sacrements, à cause de sa haine profonde pour l'Eglise romaine. Or, l'Eglise grecque reconnaît et a reconnu de tout temps sept sacrements de la loi nouvelle, les mêmes que ceux qui sont admis dans l'Eglise romaine. Celte preuve était incontestable et donnait la victoire aux catholiques. Que firent les protestants? Ils parvinrent à
séduire un patriarche de Constanlinople, nommé Cyrille Lucar, qui s'empressa de leur adresser une prétendue profession de foi des Eglises orientales, par laquelle on ne reconnaissait que deux sacrements, le Baptême et la Cène du Seigneur. Mais à peine cette supercherie ful-elîe connue en Orient, qu'aussitôt les patriarches et les éveques se réunirent en concile, anathématisèrent Cyrille Lucar, et déclarèrent que les Eglises d'Orient reconnaissaient sept sacrements, les mêmes que ceux qui sont en usage dans l'Eglise d'Occident. Ce fait vous prouve que Luther et Calvin sont les premiers qui ne professent pas cet article de notre foi.
Au surplus, mes frères, est-il possible de croire que l'Eglise catholique ait admis, contrairement à la vérité, sept sacrements institués par notre Seigneur Jésus-Christ, tandis que de fait il n'en aurait établi que deux? S'il en était ainsi, il faudrait donc avouer que, pendant seize siècles, Jésus-Christ aurait abandonné son Eglise aux erreurs les plus grossières, malgré la promesse qu'il lui a faite de demeurer avec elle tous les jours jusqu'à la fin des siècles? 3Iais le penser serait un blasphème. Non, non, mes frères, Jésus-Christ ne nous a pas trompés : il a accompli ce qu'il nous avait promis depuis des siècles.
L'éternelle sagesse, est-il dit dans l'Ecriture, s'est bâti une maison supportée par sept colonnes. Celte maison, mes frères, est l'Eglise catholique. que Jésus-Christ, la sagesse vivante du Père, a fondée et a fait reposer sur les sacrements qui la
soutiennent comme sept colonnes inébranlables contre lesquelles iront se briser toutes les puissances humaines.
Le Seigneur fait dire au grand-prelre nommé Jésus, par le prophète Zacharie : « Ecoutez, voici que je vais faire venir de l'orient mon serviteur. Car voici la pierre que j'ai mise devant Jésus. Il y a sept yeux sur cette pierre unique. Je la taillerai et je la graverai moi-même avec le ciseau, dit le Seigneur des armées, et j'effacerai en un jour l'iniquité de celte terre. » Qu'est-ce que celte pierre, sinon Jésus-Christ lui-même, qui sert de base à sou Eglise? Dieu l'a taillée et l'a gravée avec le ciseau et le marteau des souffrances de la passion ; et il y a mis sept yeux, c'est-à-dire les sept sacrements, qui sont comme sept flambeaux destinés à éclairer les hommes et à guider leurs pas dans le chemin du ciel.
Enfin les sacrements sont encore figurés par les sept branches placées sur le chandelier d'or pour dissiper les ténèbres de ce monde ; par les sept étoiles que le prophète de Pathmos vil dans la droite de Jésus-Christ ; par les sept lampes qui brûlent constamment devant le trône de Dieu, et dont les rayons éclairent les esprits cl échauffent les cœurs.
Il vous est bien facile de comprendre qu'il n'y a qu'un Dieu qui ait pu instituer les sacrements ; c'est une œuvre vraiment divine, et qui défie toutes les forces et toutes les puissances de la terre. En effet, pourquoi les substances alimentaires sontelles les seules propres à entretenir et à développer
la vie du corps? Pourquoi les autres substances n'onl-elles pas la même propriété? C'est que Dieu a donné aux premières une vertu qu'il a refusée aux dernières. Les plus grands monarques ont-ils jamais pu et pourront-ils jamais, je ne dis pas changer les lois de la nature, mais même leur faire subir de légères modifications? Malgré les progrès étonnants qu'ils ont faits dans les sciences et dans les arts, ont-ils trouvé le secret de communiquer à la pierre, au bois ou à la terre la vertu de nourrir l'homme? Comprenez donc que s'ils ne peuvent modifier en rien les lois de la vie matérielle ou raisonnable, à plus forte raison sont-ils impuissants pour établir les lois nécessaires à la production et à l'entretien de la vie surnaturelle et divine; et si la toute-puissance de Dieu doit intervenir pour créer et conserver le corps et l'intelligence de l'homme, à plus forte raison est-elle nécessaire pour le faire vivre d'une vie infiniment plus parfaite, de la vie de la grâce.
Il est libre à l'homme, sans doute, d'accepter ou de repousser les éléments nécessaires à sa conservation. Dieu l'a placé dans la main de son conseil; il amis devant lui la vie et la mort, en lui accordant toute liberté de choisir l'une ou l'autre : mais il n'appartient nullement à l'homme de changer ou de modifier les lois de son existence. Qu'à l'aide de la science il découvre la vertu ou les propriétés d'une plante ou d'un élément restées inconnees jusqu'alors, cela se comprend; mais qu'il puisse doter une créature d'une ^erlu qu'elle n'a
pas! Jamais. Quoi! l'homme, cet èlre d'un jour, ce misérable néant, pourrait de lui-même se donner la vie éternelle I Quoi 1 ce faible roseau, que le moindre souffle renverse, aurait la puissance de s'élever jusqu'au ciel par lui-même! Il serait capable d'unir la vie à ia mort, réternitc au temps et l'infini au fini ! Qui pourra jamais se le persuader?
Pour opérer une semblable merveille, il ne fallait rien moins que la puissance infinie de Dieu. C'est pourquoi le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous. Nous l'avons vu, ce Fils unique du Père éternel, plein de grâce et de vérité, et c'est de sa plénitude que nous recevons tous la vérité et la grâce. Voulant élever jusqu'à lui et déifier l'humanité tout entière, il a dû établir des sacrements, c'est-à-dire des moyens de communiquer la vie divine à tous les hommes de bonne volonté.
Nous concevons que Jésus-Christ aurait pu déléguer ses apôtres pour accomplir cette grande oeuvre, en les revêtant de son autorité et de sa puissance divines. Cependant ne convenait-il pas qu'il s'en chargeât lui-même? Pour inspirer au peuple juif un plus grand respect pour le culte qu'il devait lui rendre. Dieu lui fit entendre sa voix du milieu des éclairs et des tonnerres, et il lui enseigna luimême les cérémonies et les rites qui devaient être observés. Mais est-ce que la loi nouvelle n'est pas plus importante que l'ancienne loi? Est-ce que la vérité ne l'emporte pas sur les figures? Quoi ! notre divin Sauveur a daigné instruire lui-même la multitude, les pauvres comme les riches, et il n'au-
rail pas établi lui-même les sacrements, qui sont de véritables professions de foi et constituent la partie la plus essentielle du christianisme!
Quand il paraît dans le monde, il ne se contente pas de guérir les malades, de soulager les malheureux et d'évangéliser les pauvres, encore qu'il soit envoyé pour guérir les infirmités de notre nature. Toutes ses instructions et tous ses actes de bienfaisance ont pour but d'élever l'homme à l'ordre surnaturel, de lui faire apprécier le don de Dieu par excellence et de le disposer à le recevoir avec amour et reconnaissance. Une multitude d'hommes et de femmes le suivent jusque dans le désert pour recueillir ses enseignements divins, et ce charitable Sauveur, touché de leur zèle à écouter la parole divine, les nourrit tous avec quelques pains et quelques poissons. Frappé de ce prodige, tout le peuple court à sa rencontre, et tout aussitôt Jésus-Christ prend occasion de lui parler d'un pain qui ne périt pas, de la foi en la parole de Celui que le Père a envoyé. Puis, s'élevant encore plus haut, il lui annonce un pain plus précieux que la manne que ses pères ont mangée dans le désert, et qui ne les a pas empêchés de mourir, et il lui dit : Je suis le pain vivant; celui qui me manye vivra éternellement.
Un docteur de la loi vient un jour le trouver, et lui demande des explications sur sa doctrine. Jésus-Christ lui fait voir qu'il n'est venu sur la terre que pour renouveler et transformer le genre humain dégradé. Il lui parle donc de la nécessité de
— 3* — naître de nouveau pour entrer dans le royaume des cieux. « Ce qui est né de la chair est chair, lui ditil, et ce qui est né de l'esprit est esprit; » ce qui veut dire : Ce qui est né de l'homme est humain, et ce qui est né de Dieu est divin. Et c'est là le hut qu'il poursuit sans relâche, la transformation et la déification de l'homme par la grâce.
Qu'y a-t-il de plus beau et de plus admirable, mes frères, que de voir le Fils de Dieu lui-même devenu notre frère, parcourant les villes et les bourgades de la Judée, se mêlant avec les pauvres et les malheureux: pour les consoler dans leurs peines et les guérir de leurs infirmités? Quoi de plus touchant, lorsqu'il appelle à lui le pauvre et lui donne ces sublimes leçons de morale et de vertu qu'il avait apportées du ciel? Et cependant cela ne suffisait pas pour rendre la vie au genre humain : car il n'était pas seulement malade et sujet à toutes sortes de misères et d'infirmités ; il n'était pas seulement ignorant et capable de se heurter contre les erreurs les plus grossières; mais, blessé au cœur, affaibli dans sa volonté, il gémissait sous le poids de ses vices sans pouvoir s'en débarrasser. Il disait comme le poète : « Je vois ce qui est bien, ce qui est parfait, et je l'approuve; mais je me laisse asservir par le vice. » Souvent il s'écriait avec saint Paul : « Je ne fais pas le bien que j'aime, et je fais le mal que je hais. Je sens dans mes membres une loi qui se révolte contre la loi de mon esprit, et qui nie tient captif sous son joug. Malheureux que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort? » Et
le Fils de Dieu a répondu : « Ce sera la grâce que je vous communiquerai par les sacrements. »
Oui, mes frères, la grâce nous guérira de nos misères et de nos faiblesses; elle nous élèvera môme jusqu'à nous rendre participants de la nature et des perfections de Dieu, jusqu'à nous déifier. Mais il fallait la communiquer à tous les hommes, cette grâce si précieuse; il fallait donc mettre les hommes en communication avec Jésus-Christ, puisqu'il est notre médiateur et notre sauveur ; il fallait donc qu'il établît de mystérieux canaux pour faire couler la grâce dans le cœur de tous les fidèles, et c'est la merveille opérée par Jésus-Christ dans l'institution des sacrements.
Ne vous étonnez donc pas, mes frères, que Jésus- Christ dise à ses apôtres, avant de les charger de l'administration des sacrements : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre : comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. Recevez le Saint- Esprit; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Et encore, au moment où il établit l'auguste sacrement de nos autels, il se rappelle, nous dit saint Jean, que son Père lui a remis tout entre les mains. D'où cela vient-il? Pour nous apprendre que l'institution des sacrements est une œuvre autrement importante que la guérison d'un malade, la résurrection d'un mort ou la multiplication des pains dans le désert. Jésus n'a besoin que d'un mot ou d'une parole pour opérer de semblables miracles : « Soyez guéri, » dit-il au paralyti-
que , et celui-ci est guéri. Il commande au fils delà veuve de Naim de se lever, et le jeune homme se lève ; la vie lui est rendue. Quand il s'agit de la création du monde, un seul mot lui suffit : « Que la lumière soit, » dit-il, et aussitôt la lumière existe. Après qu'il a pétri le corps de l'homme de ses propres mains, il lui suffit de tirer un souffle de son cœur pour l'animer. Mais quand il s'agit des sacrements, un seul mot ne suffit plus au Fils de Dieu ; il faut qu'il descende du ciel, qu'il vienne au monde dans une élable, qu'il travaille pendant trente ans dans la maison d'un pauvre ouvrier; il faut qu'il soit calomnié, persécuté et maudit ; il faut qu'il souffre de la faim et de la soif, et qu'il arrose la terre de ses sueurs et de ses larmes ; il faut enfin que, chargé de sa croix, il gravisse la montagne du Calvaire, soit cloué sur un infâme gibet et y meure entre deux scélérats.
Considérez, je vous prie, ce spectacle si attendrissant : Jésus-Christ vient de rendre le dernier soupir; un soldat lui ouvre le côté d'un coup de lance, et l'on en voit sortir de l'eau et du sang. Qu'est-ce donc que cette eau et ce sang qui coulent du côté percé de notre Sauveur? Ce sont les sacrements de la loi nouvelle. Entrons donc, mes frères, dans ce cœur sacré de Jésus; contemplons, admirons et louons son infinie bonté pour nous. Tâchons de comprendre quelle est la hauteur, la largeur et la profondeur de son amour pour notre pauvre humanité. Voyez-vous comment, du sommet du Calvaire, de cette sainte montagne, coule un fleuve de
vie, divisé par sept canaux, qui va arroser tous les pays et tous les siècles? C'est la source de la véritable vie, le rocher du désert, la pierre vive qui a été frappée et des flancs de laquelle jaillissent des eaux rafraichissanlcs pour désaltérer les habitants du désert consumés par une soif qui les dévore. C'est là que sont allés étancher leur soif les patriarches et les prophètes, les apôtres et les martyrs, les moines et les vierges, le clergé et les fidèles. C'est là qu'iront se désaltérer toutes les générations jusqu'à la fin des siècles. C'est du cœur de Jésus, ouvert par la lance du soldat, que la vie passera, par le moyen des sacrements, comme par autant de vastes artères, à tous les membres de son corps mystique.
Qu'est-ce donc que les sacrements? Ce sont les larmes, les sueurs et le sang de Jésus-Christ môles ensemble et élaborés par sa toute-puissance, son inlinic sagesse et sa bonté sans bornes ; c'est le résultat de ses travaux, de ses soullrances et de ses mérites, ou plutôt, mes frères, c'est Jésus-Christ lui-même appliquant aux hommes le fruit de sa mort et les élevant à la hauteur des cieux.
Honnêtes gens du monde, vous nous répétez sans cesse que vous remplissez tous vos devoirs, que vous êtes justes, polis et généreux, et que si vous ne vous approchez pas des sacrements, c'est que vous n'avez rien à vous reprocher. Mais ne voyez-vous donc pas que votre éloignement des sacrements est un véritable crime ? >'e voyez-vous pas que c'est le mépris le plus formel des sueurs,
des travaux, des souffrances, des humiliations et des mérites de Jésus-Christ? Vous lui dites, non point en paroles, mais par votre conduite : Je n'ai que faire de ton incarnation et de ta rédemption, de tes travaux, de tes sueurs et de tes larmes. Je n'ai pas besoin de tes mérites, mon honnêteté me suffit. Réserve tes dons pour ceux qui les désirent et qui les acceptent. Concevez-vous, mes frères, quelque chose de plus outrageant qu'une telle conduite de la part des chrétiens, pour qui Jésus-Christ a versé jusqu'à la dernière goutte de son sang? C'est le prisonnier qui ne daigne pas même regarder son libérateur, venu de loin et harassé de fatigue pour payer sa rançon ; c'est le fils exilé qui se moque des peines que son père a supportées pour aller le rechercher, des dangers qu'il a courus, des tourments horribles qu'il a soufferts, et qui lui dit insolemment de le laisser tranquille dans la terre étrangère ; c'est le malade qui répond par le silence du mépris à la tendre charité du médecin. N'est-ce pas là un grand crime ?Direz-vous encore que vous êtes innocents?
N'oubliez pas que chaque jour vous rapproche de la mort et vous avertit que la vie présente vous échappera bientôt. Tout en faisant les intrépides, vous avez une peur effroyable de mourir ; vous vous imposez les plus durs sacrifices pour prolonger votre existence de quelques jours. Vour mourrez malgré vous ; vous mourrez avec une soif dévorante de la vie. Et devant vous et tout près de vous coule un fleuve de vie ; vous pouvez y boire à longs
traits, et vous vous laissez mourir ! Quel aveuglement! Vous ne redoutez rien tant que la pauvreté, vous avez pour les richesses une passion qui tient de la fureur, quoique vous sachiez bien qu'il faudra vous en séparer un jour, bon gré, mal gré, et vous avez à coté de vous des arbres mystérieux (jui produisent des pommes d'or, des perles et des diamants pour l'éternité; on vous presse d'en faire une abondante provision, et vous n'en faites rien. A^ous avez tout près de vous un torrent qui roui.des trésors infinis, vous n'avez qu à vous baisser pour les recueillir, et vous n'en prenez nul souci. V a-t-il donc folie pareille à la vôtre?
Ecoutez donc la voix de l'Eglise votre mère, qui vous conjure d'avoir pitié de vous et de profiter de toutes les avances qui vous sont faites. Les sacrements ressemblent h ces chars de feu qui sillonnent les provinces et les empires ; ils apportent du ciel sur la terre des richesses infinies, et ils transportentles fidèles de la terre au ciel. Acceptez donc les trésors dont ils sont chargés, afin de ne point paraître devant Dieu les mains vides. Jmen.