SAINT GEORGES
Ce saint est né en Cappadoce, de parents nobles et riches; il fut instruit dans la religion chrétienne et se fit soldat. Comme il était intelligent, adroit et robuste, il devint tribun de l'empereur Dioclétien, qui Thonorait beaucoup à cause de ses belles qualités, et voulait l'élever à de plus hautes dignités.
Cependant l'empereur ayant soumis à son conseil son projet de détruire la religion chrétienne, Georges osa seul le contredire, tandis que tous les autres y applaudirent. Sans s'épouvanter, il se tourna vers l'empereur et lui dit : « Il vous serait plus avantageux, ô Dioclétien, de connaître et d'adorer le vrai Dieu, et de lui offrir un sacrifice de louanges; car, en le servant ainsi, il vous donnerait un empire plus riche et plus durable que celui que vous avez, puisque votre empire est périssable de sa nature, s'évanouit entre les mains, et ne peut servir de rien à celui qui le possède. Pour moi, qui ai cette lumière et cette connaissance, ne pensez pas, ô empereur, me persuader de renoncer au vrai Dieu ,• vos promesses ne peuvent me séduire, ni vos menaces m'épouvanter. »
L'empereur furieux le fit jeter en prison et charger de chaînes. On l'étendit sur le pavé, et on roula sur lui une grosse pierre. Le lendemain il fut amené devant l'empereur, et, après un assez long interrogatoire, celui-ci le fit tourmenter avec une roue armée tout autour de pointes tranchantes comme des rasoirs, qui mirent en pièces tout le corps de
Georges. Mais une voix du ciel lui cria : « Georges, ne crains point, car je suis avec toi. » On vit paraître un homme resplendissant et vêtu d'une robe blanche qui lui tendit laraain, i'embrassa et Tencouragea dans ses travaux.
A la vue de cette constance, quelques païens se convertirent, entre autres deux préteurs, hommes de grande autorité ; lis se nommaient Anatole et Protole, et ils furent décapités pour l'amour de Jésus-Christ. Plus on augmentait les tourments du saint, plus il montrait de patience et de confiance en Dieu. Enfin l'empereur essaya de le gagner par de belles promesses.
Georges, désirant faire éclater davantage la puissance de Dieu, lui dit : « S'il vous plaît, ô empereur, allons au temple, et nous verrons les dieux que vous adorez » L'empereur fut satisfait; et, simaginant que Georges avait changé de sentiment, fit assembler le sénat et le peuple dans le temple pour assister au sacrifice qu'il croyait que Georges devait offrir. Quand tous furent réunis, le saint s'approcha de l'idole d'Apollon, et lui demanda en étendant la main : « Veux-tu que je te fasse un sacrifice comme à Dieu? » Puis il fit le signe de la croix. Alors le démon répondit : « Je ne suis pas Dieu, et il n'y a pas d'autre Dieu que celui que tu prêches. » Le saint lui dit : « Comment oses-tu donc demeurer ici en ma présence, puisque je connais et adore le vrai Dieu ?» A ces paroles, on entendit des cris et des gémissements épouvantables qui sortaient comme de la bouche des idoles, puis elles se brisèrent d'elles-mêmes.
Les prêtres païens indignés excitèrent le peuple à s'emparer du saint, et dirent à l'empereur qu'il fallait mettre à mort ce magicien, de peur que le mal ne s'augmentât. Georges fut mené au lieu du supplice, et ayant obtenu la permission de ses bourreaux, il adressa à Dieu une prière fervente en lui disant : « Seigneur mon Dieu, qui êtes avant tous les siècles, vous m'avez élu pour vous dès mon enfance; vous êtes l'unique et véritable espérance des chrétiens, le refuge assuré de vos serviteurs, l'inépuisable trésor de tous ceux qui ont mis leur confiance en vous ; vous gratifiez ceux qui vous aiment.
même avant qu'ils ouvrent la bouche pour vous demander quelque chose. Ecoulez-moi, Seigneur, puisqu'il a plu à votre miséricorde de me donner la patience et la force d'endurer les tourments et de confesser votre nom : recevez maintenant mon âme et placez-la parmi vos élus dans la gloire éternelle. Pardonnez à ces gens ce qu'ils ont fait contre moi et à l'endroit de vos autres serviteurs; donnez-leur la lumière par laquelle ils puissent se reconnaître, et puisque vous désirez que tous les hommes soient sauvés, donnez la main à tous ceux qui vous invoquent et implorent votre faveur avec une sainte crainte et une charité enflammée, atln que, vous aimant par-dessus toutes choses, ils suivent la trace des saints, pour jouir conjointement avec eux de vous à qui appartient l'empire, la gloire et la félicité. » Sa prière achevée, il se mit à genoux et fut décapité le 23 avril 304. (Ribadeneira.)
Xr INSTRUCTION.
•fësus-Clirist roi des cltrëtiens.
Habet in vcstimenlo scriplum . Rexre- Qum et Dominus dominantium.
Il porte écrit sur son vêtement : Roi (les rois et Seigneur des seigneurs. (Aroc, XIX, 10.)
Jésus-Christ est venu dans ce monde pour y établir son royaume, pour régner sur les intelligences et sur les coeurs, sur les peuples et sur les rois. Son Père lui a donné les nations pour héritage. Mais remarquez que ce royaume lui appartient à titre de Créateur et à titre de Rédempteur. Comme Créateur, tout lui appartient, et comme Rédempteur, il l'a conquis pour être avec nous et nous aider à faire nous-mêmes la conquête du ciel. C'est dans ce but qu'il nous a faits ses soldats.
Sans doute, si nous combattions seuls, nous serions bientôt mis en déroute ; mais Jésus-Christ a bien voulu se mettre à notre tête pour nous servir de capitaine, et il nous presse de nous ranger sous sa bannière : pourrions-nous hésiter un seul moment? Mais les plus pressants motifs nous y engagent, et une voix céleste nous crie à tous les instants : Aux armes !
1°Les rois de la terre, si savants qu'ils soient,
n'ont pourtant que des connaissances bornées; d'où il arrive que les plus habiles commettent de grandes fautes. Encore qu'ils exercent la plus exacte vigilance, ils ignorent une multitude de choses, et,, malgré toute leur bonne volonté, ils laissent leurs soldats dans la peine et dans la souffrance, parce qu'ils ne sauraient connaître les besoins de tous et de chacun en particulier. Mais Jésus-Christ, notre Roi, a une intelligence infinie; il .connaît tout, il n'a pas besoin d'officiers pour tout examiner, il n'oublie rien parce qu'il voit tout par lui-même et qu'il pourvoit à tout. Etes-vous dans l'affliction ? il est près de vous pour vous consoler. Etes-vous dans les ténèbres, ne sachant plus de quel côté diriger vos pas? il est là pour les dissiper et vous indiquer votre route. Etes-vous malade? il est là pour vous guérir. Etes-vous tombé en défaillance? il est là pour vous fortifier. Un mot, un cri de votre cœur suffit pour qu'il s'empresse de vous secourir.
2" Les rois de la terre, si riches qu'ils soient, ne peuvent soulager toutes les misères, tant elles sont grandes et nombreuses. Combien de malheureux souffrent toutes sortes de privations dans toute Tétendue de leurs Etats! Ils ne peuvent pas même secourir tous les pauvres de leur ville capitale. Et quand ils disposeraient de trésors infinis, il y a tant de douleurs qu'on ne soulage point avec de l'or et de l'argent I Jésus-Christ peut soulager tous ceux qui soulfrent; il connaît les hesoinsde tous, et il y pourvoi t. Mais pourquoi donc laisse-t-il tant de fidèles dans la peine ou la douleur? ^e croyez pas
que ce soit par impuissance. C'est que la pauvreté ou la peine leur est plus utile que l'abondance ouïe plaisir, et que c'est par là qu'ils mériteront une couronne plus brillante.
S"" Les rois de la terre ont le droit de faire grâce ; mais cependant ils ne peuvent pas toujours pardonner ; leur clémence doit avoir des bornes. Ne faut-il pas sauvegarder la société et empêcher que l'ordre public ne soit ébranlé? Jésus-Christ, au contraire, est toujours miséricordieux. Vous révoltez-vous cent fois, mille fois contre lui? il vous pardonnera autant de fois, si vous implorez sa clémence avec le repentir dans le cœur. Non seulement il est disposé à vous pardonner, mais il vous ordonne d'aller lui demander grâce, et il veut que vous espériez toujours l'obtenir. Et cette facilité n'ébranle en rien l'ordre public dans son royaume. C'est au contraire ce qui fait aimer son gouvernement. Que quelques uns de ses sujets abusent de cette miséricorde, cela se comprend ; mais elle sera plus tard le plus puissant motif pour les engager à se convertir.
4*» Les rois de la terre ne sauraient récompenser tous les mérites; ils ne les connaissent même pas et ne peuvent les connaître. Et quand ils les connaîtraient, pourraient- ils les bien apprécier? Mais Jésus-Christ connaît tout et pèse tout dans sa main divine. Le plus léger mérite , un verre d'eau froide donné en son nom aura sa récompense. L'n jour il couronnera quiconque aura légitimement combattu, et dès ce monde même il nous récompensera par
une plus abondante effusion de ses grâces, c'esl-àdire de son intelligence et de sa force.
5° Si bons et si généreux que soient les rois de la terre, ils sont forcés d'imposer des tributs à leurs sujets. Pourraient ils autrement subvenir à tous les besoins de l'Etat? Comment feraient-ils un traitement à tous ceux qui s'occupent des intérêts généraux de la société? Si le service public était un moment interrompu, l'Etat serait en danger, comme, lorsque la circulation du sang s'arrête dans le corps humain, il périt. Mais, au lieu de nous charger d'impôts, Jésus-Christ paie les noires ; il acquitte les dettes immenses qne nous avons contractées envers Dieu, et qu'il nous était impossible de payer nous-mêmes, quand même on nous eût vendus avec tout ce que nous possédons. Sans lui, nous serions morts banqueroutiers et condamnés aux galères perpétuelles.
Considérez encore combien sa conduite diffère de celle des rois de la terre sous d'autres rapports.
1° Quand les rois paient quelque chose, c'est avec l'argent de leurs sujets ; et Jésus-Christ paie nos dettes de son propre fonds. Par nos péchés d'orgueil, nous avons mérité toutes sortes d'humiliations, et, pour les expier, il devient le mépris du peuple et l'opprobre des hommes. Par nos péchés de cupidité, nous avons mérité d'être réduits à la dernière indigence, et Jésus-Christ souflre toutes les privations de la pauvreté pour nous enrichir. Par nos péchés de volupté, nous avons mérité tous les supplices de l'enfer, et Jésus-Christ s'est fait
homme de douleur pour souffrir tout ce qu'on peut imaginer de plus cruel. Où trouverez-vous jamais pareille générosité?
2" Les rois de la terre imposent souvent des lois sévères; la conservation de la société l'exige. Jésus-Christ nous donne des lois très-douces, trèsfaciles à accomplir. Ses préceptes ne sont pas lourds, nous dit saint Jean, ni difficiles à observer. Cet aimable Sauveur nous déclare lui-même que son joug est douxct son fardeau léger. Et, en effet, ceux qui en contractent l'habitude ne trouvent rien de plus facile que l'observation de la loi de Dieu ; ils s'y portent d'eux-mêmes, parce que c'est là qu'ils trouvent la paix et le bonheur.
3'^ En temps de guerre, les rois de la terre se mettent rarement à la tête de leurs troupes ; ils se font remplacer par des généraux habiles. S'ils combattent en personne, on ne les laisse manquer de rien. Jésus-Christ marche toujours à la tête de ses soldats, et dans les combats il est toujours au plus fort de la mêlée; il se trouve partout, marchant devant vous pour vous encourager. Etes-vous tenté par l'orgueil? suivez Jésus à l'établc de Bethléem, à l'atelier de Nazareth, sur la montagne du Calvaire. Est-ce la cupidité qui vous entraîne? suivez Jésus dans toute sa vie ; il n'a pas où reposer sa tête; il finit par ne plus rien posséder que sa croix. Avez-vous à lutter contre l'amour des plaisirs ? suivez Jésus dans le désert et dans tout le cours de sa passion, du jardin de Gethsémani au Golgotha. Quel que soit votre champ de bataille, Jésus-Christ
sera devant vous pour combattre avec vous et pour vous.
4° Si les rois font la guerre à leurs propres ennemis, ils ne la font pas toujours aux nôtres. Jésus- Christ n'ayant point d'ennemis personnels, en ce sens que rien ne peut troubler son bonheur et qu'il est souverainement heureux par lui-même, n'est occupé qu'à combattre nos propres ennemis. Ayant vu que par nous-mêmes nous serions toujours mis en déroute, il est descendu des cieux pour se mettre à notre tête. Or, sous la conduite d'un chef aussi habile et aussi puissant, pouvons-nous être vaincus?
5^ Quand les rois font la guerre, ils ne sont pas certains de la victoire ; elle ne se met pas toujours du côté des plus gros bataillons ni des capitaines les plus habiles. Jésus-Christ nous promet la victoire et nous la garantit. Par le sacrement de Confirmation, il nous donne la science et la force dont nous avons besoin pour vaincre. Ignorons-nous les pièges que nous tendent nos ennemis? consultons Jésus-Christ, et il noas les fera connaître. Sommesnous effrayés de leur nombre et de leur force?Mais Jésus-Christ est avec nous; qu'avons-nous à craindre? Ne sommes-nous pas capables de braver l'enfer conjuré contre nous et de triompher de toutes le.< puissances qui nous font la guerre?
G'^Les rois accordent comme récompense aux plus braves guerriers des croix d'honneur et des pensions de retraite. Mais combien meurent sur le champ de bataille ! combien dont le courage et la bravoure
sont méconnus ! Ces récompenses sont de courte durée, et n'empêchent nullement les maladies ou les infirmités. Avec Jésus-Christ, tons les braves sont récompensés; le combat ne dure que quelques instants, et le triomphe est éternel. Que sont soixante ou quatre-vingts ans à côté de l'éternité? Quel triomphe que celui où Dieu déploie toute sa magnificence 1 Quelle récompense que celle où Dieu donne son propre bonheur ou se donne lui-même !
Je vous parle de combats, mes frères ; mais vous y êles-vous jamais présentés? Depuis si longtemps que Jésus-Christ vous presse, avez-vous daigné l'entendre? Ecoutez donc, car il vous dit à tous : Si quelqu'un veut être mon disciple, il faut qu'il se renonce lui-même, qu'il porte sa croix tous les jours et qu'il me suive. Comprenez-vous tout ce qu'il y a d'aimable dans ces paroles? D'abord il ne veut que des soldats volontaires ; car il est venu pour nous affranchir, nous rendre libres et indépendants. C'est pourquoi il nous traite lui-même avec un grand respect. El cependant il a prévu les abus de la liberté, et il a vu sortir de là la révolte des mauvais anges, la chute de nos premiers parents, la corruption du monde, la famine, la guerre, la peste et tous les crimes qui ont souillé la terre. Il a sondé les abîmes qu'a creusés l'abus de la liberté, et il a mieux aimé l'enfer avec ses éternels supplices que la privation de laliberté dans l'homme.
Mais voyez aussi comme il nous presse à combattre avec lui et sous ses étendards 1 D'un côté, il nous montre un abîme de châtiments ouvert sous
nos pieds, si nous refusons de le suivre, et de l'autre, un bonheur infini au-dessus de nos têtes, si nous sommes courageux et braves, ^est-ce pas plus qu'il n'en faut pour nous détourner du vice et nous faire pratiquer la vertu ?
4° Cependant il en est qui s'obstinent à fermer l'oreille à cette voix si douce et si miséricordieuse qui les appelle. Dieu a beau leur envoyer des prédicateurs, ils n'écoutent rien. S'il leur remet entre les mains des armes puissantes, ils les jettent ou les brisent, et fuient le champ de bataille. Leur unique soin est de se procurer tous les plaisirs de ce monde. Lutter contre leurs passions, cela leur paraît trop dur. Pourquoi d'ailleurs Dieu leur at-il donné des passions, sinon pour les satisfaire? Dites-leur qu'ils ne sont sur la terre que pour conquérir le ciel ; qu'il n'y a rien de plus vain et do plus trompeur que les biens de ce monde, et que, loin de remplir l'immensité de leur cœur, ils ne feront qu'irriter ses désirs; qu'ils peuvent gagner le bonheur du ciel par la pratique des vertus chrétiennes, ils ne daignent pas vous entendre.
2° Il en est d'autres qui consentent à combattre, mais non avec les armes que Jésus-Christ leur a remises, ni de la manière dont il leur ordonne de combattre. Ils ne veulent ni de la foi, ni de l'espérance, ni de la charité; ils s'enveloppent d'une certaine vertu qu'ils appellent l'honnêteté, et prétendent que Dieu doit être content d'eux. Vous le voyez, ce n'est plus le capitaine qui commande au soldat, mais le soldat qui donne l'ordre au capi-
— 4()i — tainc. Dieu est bon, disent-ils; il ne nous a pas créés pour nous damner, mais pour nous sauver et nous rendre heureux. Rien de plus vrai ; reste à savoir s'il veut les sauver en remplissant certaines conditions ou en les laissant vivre à leur fantaisie. Mais ils prétendent qu'ils connaissent la religion mieux que le Pape et que tous les évêques du monde. Qu'ont-ils besoin de vos avis ou de vos instructions? Ne sont-ils pas bacheliers es lettres et es sciences?
3° Il en est d'autres qui acceptent les armes que leur présente Jésus-Christ, mais ils ne veulent pas combattre selon les ordres de ce grand capitaine; ils acceptent la foi, mais avec réserve; ils veulent bien croire telle vérité, mais non telle autre; ils vous soutiennent que le péché d'Adam n'est point transmis à sa postérité, que la confession faite au prêtre n'est pas nécessaire pour se réconcilier avec Dieu, et que l'enfer n'est pas éternel. Il faut aimer et servir Dieu, disent-ils, mais chacun à sa manière. Ainsi on peut lui rendre hommage au fond de son cœur, sans qu'on soit obligé pour cela d'assister à la Messe les jours de dimanche et de fêle, ni d'observer les lois de l'abstinence. L'Evangile est le code de morale le plus parfait, mais il faut l'entendre, et c'est nous seuls qui le comprenons bien.
i*' Enfin quelques uns, plus conséquents avec eux-mêmes et avec leurs principes, acceptent toutes les armes que leur fournit Jésus-Christ, et veulent bien combattre selon ie commandement du ca
pilaine. Toute leur occupation est de cuhiver en eux la foi, l'espérance et la charité, la patience, la chasteté, la mortification et l'obéissance. Ils renoncent à eux-mêmes, ils portent leurs croix, et ils suivent Jésus partout, et ils combattent bravement avec lui. Et Jésus les associe à sa gloire et à sa puissance, car il les fait déjà participer à sa royauté.
1'^ Un roi s'assied sur un trône qui l'élève bien au-dessus de ses sujets. Et vous, mes frères, vous qui êtes fidèles à Jésus-Christ vous êtes assis sur un trône plus élevé que le monde , vous êtes plus élevés que les nues et que le firmament. La grâce de Dieu vous a saisis et placés sur le trône même de Dieu. Puisque vous méprisez les dignités et les grandeurs de la terre, vous avez sous vos pieds tout ce qu'il y a de plus grand et de plus élevé dans ce monde.
2'' Un roi porte une couronne sur la tête; et vous, mes frères, n'avez-vous pas le front couronné d'honneur et de gloire, puisque les vertus que vous pratiquez vous font honorer des grands et des petits, des riches et des pauvres? Vous croyez qu'il est estimé ce riche rentier qui mène une vie toute païenne, parce qu'il est environné de flatteurs qui se courbent devant lui; détrompez-vous : ces prétendus amis le connaissent trop bien pour l'estimer : ils savent que, sous ce vernis de politesse et d'urbanité, il cache les vices les plus grossiers ; ils l'honorent par intérêt, ils ont besoin de son appui et de sesécus; mais ils le détestent cordialement, et au
fond ils le méprisent. Mais ils estiment toujours le chrétien vertueux, fût-il leplus pauvre des hommes.
S*" Un roi porte un sceptre à la main comme marque de sa puissance ; mais le vrai chrétien a aussi un sceptre que nul au monde ne saurait briser. Voyez saint Basile : le gouverneur Modeste le cite à son tribunal, et, pour le faire apostasier, il lui parle de la confiscation de ses biens , de l'exil et de la mort; et saint Basile lui répond avec calme : << Vous voulez confisquer mes biens; vous n'en serez pas plus riche : je ne possède que quelques livres et des vêtements tout usés. Vous me menacez de l'exil; mais le chrétien n'a d'autre patrie que le ciel, et partout où il se trouve dans ce monde, ce n'est qu'un pauvre exilé. Vous me parlez de la mort; mais vous voyez que je n'ai plus qu'un souffle de vie, et, en me délivrant des infirmités de ce corps mortel, vous me rendrez un éminent service. >• Modeste dit à l'empereur : « Seigneur, nous sommes vaincus. » Tel est le véritable chrétien : il tient sous ses pieds toutes les choses d'ici-bas, et il règne en souverain.
i'* Un roi a des ministres et des officiers nombreux ; mais le chrétien en a plus encore, car il est servi par tous les événements, il ne veut que ce que Dieu veut. Est-il dans la prospérité? il ne s'enfle point; il s'humilie plus profondément devant Dieu. Est-ii dans l'adversité? il ne se décourage jamais; il se réjouit comme les apôtres d'avoir tHé trouvé digne de soufi*rir pour Jésus-Christ.
5'' La cour d'un roi est formée des hommes les
— 4G7 — plus illustres du royaume ; mais le chrétien a aussi un royal cortège : il est environné des anges et des saints. Si d'une part il se trouve au milieu des puissances des ténèbres qui le poussent au mal, d'autre part il a pour le défendre des milliers d'esprits célestes et une multitude de saints qui le gardent nuit et jour. Que sont tous les gardes du corps à côté des princes de la cour céleste?
6° Un roi a besoin de conseillers, d'hommes expérimentés dans les affaires, et assez courageux pour dire la vérité qui déplaît et non celle qui flatte. Or, le chrétien a ses conseillers qu'il peut consulter toujours, à la ville et à la campagne, à la maison et dans ses voyages ; conseillers intègres, francs, désintéressés, intelligents, quin'ontd'autrebut que l'intérêt du maître, et ces conseillers sont les dons du Saint-Esprit.
7® Un roi a de grands trésors • c'est ce qui fait sa gloire et sa force. Comment se ferait-il servir, s'il ne pouvait récompenser ses serviteurs? Mais, me direz-vous, 011 sont donc les trésors du chrétien^ Son coffre-fort est son cœur ; c'est là qu'il renferme ses trésors, et il n'y a aucune puissance qui puisse les lui ravir, à moins qu'il ne veuille les perdre. Quel magnifique trésor que la grâce sanctifiante, les vertus chrétiennes et les dons du Saint- Esprit! C'est le ciel tout entier, puisqu'avec la grâce le chrétien possède Dieu, et en possédant Dieu, ne possède-t-il pastout ? Que pourrait-il encore désirer? Il est tellement élevé qu'il fait alliance avec Dieu et traite ainsi de puissance à puissance.
Quel est donc, mes frères, celui d'entre vous qui ne se glorifierait d'avoir Jcsus-Chrisl pour roi et pour capitaine? Qui ne s'enrôlerait avec bonheur sous ses étendards? Qui ne combattrait avec courage et énergie à la suite du Dieu des armées? Souvenez-vous de ces belles paroles : servir Dieu, c'est régner. Si vous êtes de courageux soldats de Jésus-Christ, déjà sur la terre vous participerez à sa royauté; votre front sera ceint d'un diadème, et, le sceptre à la main, vous commanderez avec autorité à tous vos sens, et vous régnerez sur vos passions et sur le monde entier. Avec quelle noble indépendance ne vous conduirez-vous pas dans toutes les affaires de la vie ? Attachez- vous à Jésus- Christ, à ce Maître si bon et si généreux, et vous serez plus grands et plus puissants que les rois et les empereurs de la terre, et vous régnerez avec Jésus-Christ pendant toute l'éternité. Amen.
SAIM MAURICE.
L'etnpereur Maximien avait dans son armée une légion appelée Tiiébciine, composée de soldats intrépides et tuus fervents clirétieiis. Ils reçurent l'ordre de rechercher les chrétiens, de s'en emparer et de les conduire à la mort, mais ilfi déclarèrent qu'ils ne pouvaient exécuter des ordres aussi injustes. Maximien l'ayant appris fit décimer la légion, c'est-àdire fit mourir un soldat sur dix. Ce châtiment, loin d'épouvanter ceux qui restaient, ne servit qu'à exciter dans leur cœur l'amour du martyre. Maximien la fit décimer une se- «"onde fois, et les autres persévérèrent dans leur refus.
Ces soldats étaient encouragés par Maurice, Exupère et Candide. Ces trois officiers ne cessaient de leur représenter
]a sainteté du serinent qu'ils avaient fait à Jésus-Christ et ia fidélité qu'ils lui devaient comme à leur véritable empereur; ils leur faisaient voir qu'il était beau de mourir pour la défenst-! de la loi de Dieu; que l'exemple de leurs compagnons qu'ils voyaient étendus comme autant de victimes sacrifiées à ce grand Dieu devait merveilleusement les encourager,- que, du haut du ciel où ils venaient de monter, ils leur tendaient la main et leur montraient des couronnes semblables à celles qu'ils voyaient briller sur leurs têtes. Ils n'eurent pas de peine à allumer dans le cœur de leurs soldats ce feu divin dont ils brûlaient eux-mêmes. Cependant ils firent présenter à l'empereur une requête conçue à peu près en ces termes :
« Seigneur, nous sommes vos soldats, il est vrai ; mais nous sommes aussi les serviteurs du vrai Dieu, et nous nous faisons gloire de le confesser. Vous nous avez honorés de la milice ; mais nous devons à Dieu le don inestimable de l'innocence. Nous recevons de vous la solde comme une récompense due à nos travaux; mais nous tenons de Dieu la vie comme un don purement gratuit, et que nous ne pouvons jamais mériter. Il ne nous est donc pas permis d'obéir à notre empereur, dès que notre Dieu nous le défend ; oui^ notre Dieu et le votre, seigneur. Commandez-nous des choses justes, vous nous trouverez soumis, obéissants, prêts à tout entreprendre pour votre service et pour votre gloire. Montreznous l'ennemi, et nous répondons de sa défaite : nos mains n'attendent que votre ordre pour les tremper dans son sang ; mais nous ne répandrons jamais celui de nos frères et de vos sujets. Avons-nous pris les armes pour exterminer les Romains ou pour les défendre? N'est-ce pas pour la justice, pour la conservation dePempire, pour le maintien de la tranquillité, que nous avons combattu jusqu'à présent? C'a toujours été le prix aussi bien que le motif de tant de périls oij nous nous exposons chaque jour. Mais enfin, seigneur;, si nous manquons à la fidélité que nous avons promise à Dieu, quelle assurance aurez-vous que nous vous garderons celle que nous vous avons jurée? Un double serment nous lie envers Dieu et envers notre empereur; si nous violons le premier.
pouvez-vous compter que nous garderons le second ? Vous nous commandez d'égorger des chrétiens ; que n'employezvous à ce grand exploit vos autres soldais ? Ils vous ont si bien servi lorsque vous leur avez ordonné de mettre à mort nos compagnons ! Pourquoi n'en faites-vous pas autant de nous? Qui vous arrête? Nous confessons un Dieu, Créateur de toutes choses, et un Jésus-Christ, son Fils et Dieu comme son Père. Nous avons vu nos compagnons expirer par le fer de vos uourreaux, et nous sommes tout couverts de leur sang. Avons-nous versé une larme? avons-nous fait la moindre plainte ? vous a-t-on dit que nous déplorions leur mort prématurée? Mais nous l'avons accompagnée de nos vœux et de mille marques de joie. Nous envions leur sort, et nous les estimons heureux d'avoir été trouvés dignes de souffrir pour leur Dieu. Ne craignez pas que nous nous révoltions; la crainte de la mort n'armera point notre bras pour repousser celle qu'on voudra nous donner. Nous ne parerons point les coups que l'empereur nous fera porter, et nous ne nous servirons point de nos armes pour empêcher l'exécution de ses ordres, quelque injustes qu'ils soient. Nous aimons mieux mourir que de faire le moindre mal à nos frères, et entre mourir innocents et vivre coupables, nous n'avons pas à balancer. Enfin nous sommes chrétiens, et nous ne pouvons nous résoudre à verser le sang des chrétiens. »
Maximien, après avoir lu cette requête, ordonna que tous eussent la tête tranchée. Ces généreux soldats mirent bas les armes et se présentèrent à leurs bourreaux. (Ribadeneira. ,