COMMENCEMENTS DU BIENHEUREOX JOSEPH ORIOL
Le bienheureux Joseph Oriol naquit à Barcelonne en 1650, et fut placé chez les chapelains de l'église paroissiale de Sainte- Marie de la Mer. Il y servait les messes, arrangeait les autels, appropriait la sacristie, en même temps qu'il apprenait la lecture, récriture et la musique. Souvent il se retirait dans la chapelle du Saint-Sacrement et y passait de longues heures en prières. Les chapelains, charmés de ses dispositions, engagèrent ses parents à l'envoyer aux écoles de l'Université, dans le désir qu'il pût devenir prêtre un jour.
Il fit des progrès très-rapides dans les sciences, et fut reçu docteur en théologie à l'ùge de vingt-trois ans. Il reçut la prêtrise en 1675, et dit sa première messe avec une ferveur angélique. Afin d'aider sa mère, qui était très-pauvre, il entra comme précepteur dans la maison de don Thomas Gasneri , maître de camp des armées du roi. Il y vécut d'une manière exemplaire, et il y était vénéré comme un homme du ciel.
Il jeûnait tous les jours au pain et à l'eau, et pendant le carême il prolongeait son jeûne jusqu'au soir. Son pain était dur et de la plus mauvaise qualité; il l'achetait-lui-même et l'échangeait souvent avec des pauvres pour de vieux morceaux dont ils ne voulaient plus. Les jours de fête, il ajoutait quelques herbes crues ou cuites, mais sans aucun accommodement, pas même de sel. Il ne but plus de vin. Il passa une fois le carême tout entier sans rien manger de la semaine, excepté le dimanche. Il faisait à Pâques un petit festin; il mangeait une sardine ou un peu de soupe pour se réjouir avec tous les chrétiens.
Il ne put, à son grand regret, cacher ses austérités; le peuple les connut, et, quand il passait dans les rues, on l'appelait le Docteur au pain et à l'eau. Quelquefois on l'insultait
par des paroles ou par des coups, et il s'en réjouissait, heureux de ressembler à noire Seigneur. Ses vêtements étaient toujours propres et décents, mais il portait sous la soutane une grosse chemise de marinier et de rudes cilices. Il se donnait la discipline avec tant de force, qu'on entendait les coups, malgré toutes ses précautions. Il dormait peu et finit par se réduire à deux heures de sommeil. Il attachait une bougie allumée à l'une de ses mains, et quand le feu brûlait sa chair, il fallait bien qu'il se réveillât; il ne dormait que sur une chaise.
Il méditait continuellement la vie de notre Seigneur selon la méthode de saint Ignace. Tous les jours il se confessait avant de dire la sainte Messe, et il employait au moins une demi-heure à faire son action de grâces après le saint sacrifice.
En 1686, sa mère mourut, et il fit le voyage de Rome pour satisfaire sa dévotion. Quelle fut sa joie en voyant la ville sainte, en disant la Messe aux tombeaux des Saints Apôtres, en visitant tant de sanctuaires célèbres? Au bout de huit mois, le pape Innocent XI le pourvut d'un bénéfice dans l'église de Notre-Dame du Pin, à Barcelonne, dont il alla prendre possession. Ses confrères le nommèrent leur infirmier, et il accepta cette charge avec joie. Il visitait souvent ceux d'entre eux qui étaient malades, les consolait, les secourait de son argent s'ils étaient dans le besoin. Il habitait une pauvre petite chambre de loyer au plus haut étage, et tout son mobilier se composait d'un crucifix, d'une table de travail, d'une chaise, d'un banc, de quelques livres, d'une malle où il mettait ses habits, d'une cuvette et d'un pot à l'eau. Il lavait luimême ses mouchoirs et ses chemises, afin d'économiser pour ses chers pauvres.
A la fin du mois, quand il recevait son argent, il le distribuait aussitôt à la porte de l'église. Les pauvres savaient le jour et s'y réunissaient en foule. Il leur donnait tout. Il se rappela un soir qu'il lui restait une toute petite pièce de monnaie ; il descendit pour la donner à un pauvre, afin de
dormir en paix. Dieu multiplia quelquefois son argent pour qu'il pût suffire à ses aumônes. Quand on lui reprochait de ne rien conserver pour lui et de s'exposer à mourir de faim, il disait qu'il ne faisait que rendre aux pauvres ce qui leur appartenaitj et que la Providence divine ne lui avait jamais manqué. 11 se servait ordinairement d'un vieux peintre de ses amis pour faire ses aumônes, et beaucoup ne furent connues qu'après sa mort.
Il priait aussi pour le soulagement des pauvres après leur mort. Ayant reçu trois cents écus de la succession de sa mère, il les donna à l'église de Notre-Dame du Pin, afin qu'on dît chaque mois quatre messes pour les pauvres défunts à un autel privilégié.
Tout le temps que n'exigeaient point ses devoirs de bénéficier et ses oraisons était .employé au salut des âmes. Il confessait beaucoup de personnes, et il en conduisit quelques unes jusqu'aux degrés les plus élevés de la perfection. Une fois il conseilla à une religieuse de faire deux heures d'oraison avant le jour. Elle s'excusa sur la difficulté de se réveiller. « Soyez tranquille, lui dit le bienheureux, je vous éveillerai moi-même. Le lendemain, à l'heure dite, elle entendit qu'on l'appelait par son nom et reconnut la voix de son confesseur; mais la paresse l'emporta. Le jour suivant, le bienheureux lui en fit des reproches. « Prenez garde, lui dit-il , Dieu vous demandera compte de ce dernier avertissement. » La religieuse, frappée comme d'un coup de foudre, sortit de son engourdissement et s'élança dans les voies de la perfection.
On l'accusa d'être trop sévère dans sa direction, et l'évêque lui fit défendre de confesser. Il se soumit et dit à l'un de ses amis qui le plaignait : « Cela ne durera pas longtemps; l'évêque mourra bientôt, p Ce qui arriva en effet. Le nouvel évêque lui rendit tous ses pouvoirs.