‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 14 sur 34 · MO · texte numérisé non relu

MO

un cheval, un instrument quelconque, ne sont bons qu'autant qu'ils sont propres à atteindre la fin pour laquelle vous vous en servez. Or, vous n'existez que pour connaître Dieu et l'aimer, et en l'aimant le posséder, et en le possédant être éternellement heureux avec lui et en lui. « La fin de Thomme, vous dit saint Thomas, n'est pas seulement de pratiquer la vertu, mais de parvenir à la possession de Dieu et à la jouissance de son bonheur. Mais, puisque l'homme en société est le même que l'homme isolé, ne faut-il pas admettre que la société ne peut avoir d'autre fin que celle de l'homme? Elle ne doit donc point rechercher la richesse et le plaisir; et l'acquisition même de la vertu est sans objet, si elle ne conduit pas à la possession du souverain bien, qui est Dieu même.

Mais comment l'homme pourra-t-il arriver à la possession et à la jouissance de Dieu? Par le Médiateur qu'il nous a donné. C'est pourquoi, avant de retournera son Père, il a établi sur la terre le sacerdoce catholique pour continuer son œuvre. Le sacerdoce est donc le pouvoir divin, le levier tout puissant qui doit soulever la terre jusqu'au ciel. Or, de même que dans une société bien ordonnée il y a une forte hiérarchie qui du chef de l'Etat descend par les ministres, les conseillers d'Etat, les préfets, les sous-préfets, jusqu'au simple magistrat du dernier des hameaux; ainsi, dans l'Eglise, vous montez du simple clerc par différents degrés jusqu'au Pape, chef de toute l'Eglise, età Jésu's-Christ,

Fils de Dieu, dont le Pape est le vicaire et le représentant sur la terre.

Qu'est-ce que la cléricature? C'est une préparalion à la réception des saints Ordres. Comme on prépare au Baptême par les exorcismes, et au Mariage par les fiançailles, ainsi ceux à qui l'on coupe les cheveux sont introduits par là dans la voie des Ordres sacrés ; car cette cérémonie est la figure des dispositions qu'on doit apporter à la réception de ce sacrement.

Celui qui reçoit la tonsure reçoit en même temps pour la première fois le nom de clercy parce qu'il commence alors à n'avoir que le Seigneur pour sa portion et son héritage. Chez les Hébreux, ceux qui étaient attachés au ministère des autels ne devaient avoir aucune part dans le partage de la Terre-Promise, d'après Tordre du Seigneur qui avait dit : C'est moi qui serai leur portion et leur héritage. Il est bien vrai que Dieu est l'héritage de tous les fidèles ; mais il l'est d'une manière toute particulière à ceux qui sont consacrés au saint ministère.

On coupe les cheveux en forme d'une couronne qui doit se renouveler perpétuellement et qui devient plus grande à mesure qu'on avance dans les ordres. L'Eglise enseigne que cet usage lui vient des apôtres, et l'on en voit une mention expresse dans saint Denys l'Aréopagite, dans saint Augustin et dans saint Jérôme.

On dit même que saint Pierre fut le premier qui

introduisit celte coutume, en mémoire de la couronne d'épines de Jésus-Christ, afin que ce qui lui avait servi à l'humiliation et au tourment, dans la main des impies, fût pour les apôtres un signe d'honneur et de gloire. L'Eglise a voulu aussi rappeler sans cesse à ses ministres qu'ils doivent s'appliquer à imiter Jésus-Christ et à le représenter en toutes choses.

Qu'est-ce encore que la tonsure? C'est la marque de la dignité royale dont sont revêtus les ecclésiastiques. N'est-ce pas à eux surtout que s'appliquent ces paroles de saint Pierre : Vous êtes la race choisie^ un sacerdoce royal, une nation sainte. ^ C'est un diadème ; c'est le signe de la vie plus parfaite qu'ils embrassent, parce que la figure circulaire est la plus parfaite de toutes les figures. Par cette action l'Eglise dit aux clercs : De même qu'on vous retranche les cheveux, qui sont quelque chose de superflu, dépouillez-vous de tous les soins de la vie présente et méprisez les choses de ce monde. Avez-vous entendu saint Jérôme tournant en ridicule certains clercs qu'il avait rencontrés à Rome, portant des cheveux soignés et bouclés, comme font d'ordinaire de jeunes fiancés dans le monde?

Les clercs doivent donc travailler sans cesse à devenir, comme saint Paul, des copies vivantes de notre Seigneur Jésus-Christ, afin que les fidèles puissent à leur tour les prendre pour modèles.

Et vous aussi, mes frères, vous devez vous détacher des biens de la terre et prendre Dieu seul

pour votre héritage. Laissez aux mondains les honneurs, les richesses et les plaisirs du monde. Pauvres mendiants au comble de la fortune, malheureux affamés assis à des tables somptueuses, ils s'en vont demandant à toutes les créatures le bonheur qu'elles leur refusent, et rien ne peut étancher la soif qui les dévore. Ah I qu'ils sont à plaindre I et combien vous êtes plus heureux de mépriser ce qu'ils recherchent avec tant de passion pour vous attacher au souverain bien !

C'est alors que Dieu descendra en vous, car il n'entre que dans des cœurs vides de toutes choses. Il faut que vous lui disiez en toute vérité : Mon Dieu et mon tout, oui, vous êtes tout pour moi; vous êtes ma gloire, ma richesse, ma lumière, ma force, mon trésor, ma félicité, mon père, mon protecteur, mon frère, mon ami, mon compagnon de voyage, ma consolation, mon repos, ma vie, mon tout !

N'oubliez pas non plus que, lorsque l'affliction vient vous visiter, c'est Jésus-Christ qui place sa couronne d'épines sur votre tête. Oh I ne vous en plaignez pas; c'est un honneur infini qu'il vous fait. Un jour viendra que ces épines seront changées en fleurs magnifiques pour orner votre couronne pendant l'éternité. Si vous portez royalement ce diadème de douleur, vous porterez aussi un jour une couronne de gloire, et le Fils de Dieu vous fera asseoir sur son trône lorsqu'il aura mis ses ennemis sous ses pieds et qu'il régnera sur toutes cho-

ses. Ne cherchez donc point à plaire au monde : rien n'est plus honteux pour un chrétien que de vouloir attirer l'attention des autres par la richesse ou l'élégance de ses habits, ou par l'arrangement de ses cheveux. Laissez cette vanité à ceux qui n'ont pas d'autre mérite.

Après la tonsure vient l'ordre de portier, qui a pour fonctions de garder les clefs et la porte de l'église, et d'éloigner du lieu saint ceux à qui l'entrée est interdite. Autrefois il assistait au saint sacrifice pour empêcher qu'on n'approchât l'autel de trop près et que le prêtre ne fût troublé en célébrant les saints mystères. Il avait encore d'autres charges à remplir, comme on le voit d'après les cérémonies qui s'observent à son ordination. L'évêque, prenant les clefs sur l'autel, les remet ensuite dans les mains de celui qu'il fait portier, en lui disant : Conduisez-vous comme devant rendre compte à Dieu, des choses qui sont enfermées sous ces clefs.

>^e voyez-vous pas que cette dignité de portier était, dans l'ancienne Eglise, au moins aussi honorable que la fonction de trésorier l'est de nos jours? C'est à lui qu'était confiée la garde du tabernacle, des vases sacrés et des richesses matérielles de l'église.

Pour vous, mon frère, vous n'ignorez pas que par le saint Baptême vous êtes devenu un temple, une église. L'évêque l'a consacré et en a fait la dédicace en vous conférant le sacrement de Confirma-

lion. Le prêtre a placé l'Eucharistie dans le tabernacle le jour de votre première communion. Or, vous êtes le portier de ce temple, chargé d'en éloigner les indignes et de n'y laisser entrer que les ministres de Dieu pour y remplir certaines fonctions saintes, ou de pieux fidèles qui veulent l'orner et l'embellir ou en faire disparaître la poussière et les toiles d'araignée. Dans cette église de votre cœur sont cachés des trésors qui valent mieux que toutes les richesses du monde, c'est-à-dire la grâce sanctifiante, les vertus chrétiennes et les dons du Saint-Esprit. Gardez-les soigneusement.

Votre cœur lui-même est un vrai tabernacle, c'est un vase infiniment plus riche qu'un ciboire ou un calice en vermeil; et si vous possédez en vous la grâce, ce n'est plus vous qui vivez, c'est Dieu qui vit en vous. Mais si c'est un grand honneur pour un soldat de faire sentinelle à la porte d'un palais habité par un illustre empereur, n'est-il pas infiniment plus honorable de faire la garde auprès du Roi des rois? Si donc l'ennemi de Dieu et le vôtre se présente pour détruire ou profaner ce sanctuaire où le Dieu des armées a placé son trône, criez aux armes. Ayez confiance; qu'une prière ardente s'élève de votre cœur au moment du danger et monte jusqu'au ciel : Dieu vous enverra des légions d'anges pour vous prêter main forte ; Tauguste Marie, plus terrible qu'une armée rangée en bataille, se montrera, et les ennemis de Dieu et les vôtres prendront la fuite.

Le second degré des ordres est celui de lecteur, dont la fonction est de lire dans l'église, d'une voix claire et distincte, les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, et surtout ceux qui se lisent à l'office de la nuit. Autrefois le lecteur était encore chargé d'enseigner aux fidèles les premiers éléments de la foi. C'est pourquoi, dans son ordination, l'évêque lui remet entre les mains, en présence du peuple, le livre où ces vérités sont contenues, et lui dit : Recevez et annoncez la parole de Dieu ; si vous remplissez dignement et avec fruit votre ministère, vous aurez votre part avec ceux qui ont fidèlement prêché la parole de Dieu dès le commencement.

Vous aussi, mon frère, vous devez remplir les fonctions de lecteur ; vous devez lire quelque bon livre pour vous édifier et vous porter au bien, vous et vos enfants. Ne dites pas que vous manquez de livres : le plus pauvre ouvrier s'en procure aisément, s'il le veut. Y a-t-il une seule paroisse où des âmes charitables ne prêtent quelques bons livres aux familles pauvres? Lisez-les, ces livres ; ils vous rappelleront et vous expliqueront les principales vérités chrétiennes. De même que le lecteur lit à l'église les passages de l'Ecriture que le prédicateur doit ensuite expliquer, lisez chaque jour une page ou deux dans un livre de piété, et le Saint-Esprit, ce prédicateur invisible, sans lequel celui qui parle extérieurement n'est plus qu'une cymbale retentissante, vous expliquera ce que vous aurez lu,

vous en donnera l'intelligence, le gravera dans votre cœur et vous communiquera la force de le pratiquer.

Jésus-Christ ne vous a-t-il pas dit que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais encore de toute parole qui sort de la bouche de Dieu? Mais comment cette parole vous fera-t-elle vivre, si vous ne la connaissez pas, si vous ne cherchez pas à la comprendre, à en saisir le véritable s^ns? L'explication la plus claire est la conduite des saints. Lisez leur vie, et relisez-la toujours : c'est l'Evangile en action. Il n'est pas possible que vous hsiez chaque jour quelque chose de la vie des saints sans éprouver le besoin de les imiter et sans en devenir meilleur.

Le lecteur monte sur un lieu très-élevé pour lire à l'église, afin d'être entendu de tous les assistants ; et vous, mon frère, élevez-vous au-dessus de tous les vains bruits de ce monde, afin qu'ils ne vous empêchent point d'entendre la parole intérieure que Dieu vous adressera lui-même ; montez assez haut pour le dominer par la sublimité de vos pensées et la noblesse de vos sentiments.

Vient en troisième lieu l'ordre des exorcistes, qui ont le pouvoir d'invoquer le nom du Seigneur en faveur de ceux qui sont possédés par des esprits immondes. C'est pourquoi l'évêque, en les ordonnant, leur donne le livre des exorcismes et prononce en même temps ces paroles : Recevez ce livre et gardez-le dans votre mémoire; recevez le

pourvoir d'imposer les mains sur les éncrgumènes^ tant ceux qui sont baptisés que ceux qui sont encore catéchumènes .

Vous aussi, mon frère, vous avez le pouvoir de chasser le démon. Rappelez-vous ces paroles du grave Tertullien : « 0 juges, dit-il aux empereurs romains, vous qui nous tourmentez avec une telle inhumanité, c'est à vous que j'adresse la parole. Qu'on me produise devant vos tribunaux : je ne veux pas que ce soit en un lieu caché, mais à la face de tout le monde ; qu'on y produise un homme notoirement possédé du démon, que l'on fasse venir quelque chrétien, le premier venu, et si en sa présence il n'est pas contraint non seulement de parler, mais encore de vous dire ce qu'il est, et d'avouer sa tromperie, n'osant mentir à un chrétien, là même, sans plus différer, sans aucune nouvelle procédure, faites mourir le chrétien imprudent qui n'aura pas pu soutenir par l'effet une promesse aussi extraordinaire. »

Vous n'aurez pas lieu sans doute d'être mis à une semblable épreuve; mais n'oubliez pas que si vous êtes retombé dans le péché mortel, le démon, vous dit Jésus-Christ, est entré dans votre âme avec sept autres démons plus méchants que lui, et ils y font leur demeure, et votre état est pire que le premier. C'est la Vérité même qui vous affirme ces terribles vérités ; pourriez-vous en douter? Or, voilà les démons que vous devez chasser. Repentez-vous donc de vos péchés, expiez-les par des

œuvres de mortification, efforcez-vous d'en concevoir la plus vive douleur, accusez-les au tribunal sacré de la pénitence, et l'absolution du prêtre mettra en fuite tous ces démons qui vous tyrannisent. Fuyez ces occasions qui vous entraînent au mal; fuyez ces compagnies dangereuses qui vous corrompent : ce sont comme autant de démons acharnés à votre perte ; jetez au feu ces images indécentes, brûlez ces mauvais livres qui vous gâtent l'esprit et le cœur; en un mot, éloignez de votre âme et de votre corps toute impureté et toute malice, de peur que vous ne redeveniez jamais l'esclave de Satan.

Enfin le dernier des ordres mineurs est celui des acolytes, qui accompagnent les ministres supérieurs, les diacres et les sous-diacres dans le service de l'autel, et qui sont chargés de les aider. A la Messe, et principalement à l'Evangile, ils portent des cierges allumés, et c'est de là qu'ils ont reçu le nom de céroféraires ou porteurs de cierges. A leur ordination, l'évêque les instruit d'abord, puis il leur donne un cierge allumé en disant : Recevez ce chandelier avec ce cierge au nom du Seigneu7\ et sachez que vous êtes chargés d'allumer les cierges de l'église. Ensuite il remet vides entre leurs mains les burettes dont on se sert pour l'eau et le vin du sacrifice de la Messe, en disant : Recevez au nom du Seigneur ces burettes, pour servir l'eau et le vin nécessaires à la consécration de r Eucharistie de notre Seigneur.

Ecoutez aussi, mes frères, les belles et touchantes paroles que l'évêque adresse aux acolytes, et faites-en votre profit, car l'apôtre saint Paul les adresse lui-même à tous les chrétiens : « Sachez donc que vous ne pouvez plaire à Dieu, si vous faites des œuvres de ténèbres, et si vous donnez ainsi l'exemple de la perfidie. Mais comme vous le commande la Vérité : « Que votre lumière brille aux yeux des hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Et comme vous le recommande l'apôtre saint Paul : « Vivant au milieu d'une nation perverse, semblables à des flambeaux, répandez la lumière dans le monde, conservant et portant en vous la parole de vie. Que vos reins soient ceints, c'est-à-dire que la vertu de pureté soit votre ceinture et votre plus bel ornement, et portez dans vos mains des lampes ardentes, afin que vous soyez des enfants de lumière. Rejetez loin de vous les œuvres de ténèbres, et revêtez-vous des armes de la lumière. Car autrefois vous étiez ténèbres, lorsque vous demeuriez dans le péché ou que le péché habitait votre cœur, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur; marchez donc comme des enfantsde lumière. ))Et savez-vous quelle est cette lumière que l'Apôtre vous recommande si instamment? Lui-même vous l'explique lorsqu'il ajoute que le fruit de la lumière consiste dans toute bonté, toute justice et toute vérité. Soyez donc pleins de sollicitude pour pratiquer toutes les vertus chré-

tiennes, la foi et la charité, la justice et la force, riiumilitc et l'obéissance ; vous serez comme des soleils, vous éclairerez vos frères et toute l'Eglise de Dieu ; vous vous offrirez vous-mêmes en sacrifice à Dieu, en menant une vie pure et chaste, et en vous exerçant dans toutes sortes de bonnes œuvres. » Amen.

Page 1