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EXCELLENCE DES DIVERS ORDRES

Alors que saint Martin, n'étant encore que catéchumène, eut partagé ses vêtements avec un pauvre, et que notre Seigneur, dans une vision céleste , lui en eut manifesté son approbation, saint Hilaire crut le récompenser clignement en l'admettant au rang des acolytes, et cet ordre mineur, saint Martin hésite à l'accepter et ne l'accepte qu'avec crainte et gémissement, disent les historiens.

Ce même saint Hilaire, la lumière de l'Eglise de France, le rempart de l'Eglise catholique, le vainqueur des ariens, voici le cas qu'il a fait de l'ordre d'exorciste, ou plutôt voici la vénération que le grand saint Martin, le digne disciple d'un si grand maître , la merveille et le thaumaturge de son siècle, la perle des prélats, a eue de cet ordre mineur. Saint Hilaire, auprès duquel saint Martin s'était retiré, voulut souvent l'élever au diaconat. Saint Martin, se jugeant indigne de cet honneur, ne put jamais consentir à le recevoir. Il fallut donc recourir à un pieux artifice et surprendre son humilité pour du moins lui faire recevoir l'office d'exorciste , à quoi il ne consentit qu'avec peine.

Sur l'ordre du lecteur, on ne peut avoir de plus illustres marques de l'estime et du respect que les Pères et les mar-

tyrs ont eus pour cet ordre excellent que ce qui nous est resté dans les écrits du grand docteur de l'Eglise, saint Cyprien. Il s'agit de l'histoire de Tordination des deux jeunes confesseurs Célérin et Aurélius.

Célcrin était un jeune homme de haute naissance. Après avoir souffert les tortures d'un horrible martyre, il est appelé par saint Cyprien aux fondions de lecteur ; Célérin résiste et s'en juge indigne. On le presse encore, il ne peut se résoudre ; il faut une vision pour vaincre sa modestie. Notre Seigneur lui révèle que c'est sa volonté, son évêque lui remontre qu'il doit obéir, les fidèles le sollicitent; il fallut tout cela pour l'obliger à subir cette charge.

Aurélius , son compagnon de martyre, à la fleur de Tàge et d'une haute naissance comme lui , opposa les mêmes résistances au saint pontife qui voulait l'ordonner lecteur.

Après sa conversion et son baptême, elTrayé de sa vie passée, saint Augustin avait résolu de se retirer dans un désert et d'y finir ses jours dans la pénitence; mais Dieu ne voulut pas que celui qu'il destinait à être le salut du monde se retirât du monde ; il lui parla au cœur et lui dit qu'il ne s'en allât pas , et qu'il suffisait de savoir que Jésus-Christ était mort, afin que ceux qui jusque là vivaient pour eux, désormais morts à eux-mêmes, ne vécussent que pour lui. Augustin s'abandonna donc à la Providence.

Cependant Valère, évêque d'Hippone, l'ayant dans la suite élevé au sacerdoce, exigea de lui qu'il en exerçât les fonctions, et surtout qu'il s'appliquât à la prédication. Saint Augustin, qui n'avait reçu le sacerdoce qu'avec une certaine répugnance, lui répondit : « Avant tout , je supplie votre religieuse prudence de considérer qu'il n'y a rien en cette vie de plus désirable devant les hommes que la dignité d'évêque, de prêtre et de diacre , quand on en veut faire les fonctions par manière d'acquit, ni de plus damnable devant Dieu que de les mal remplir, ni de plus heureux que de s'en acquitter dignement.

a On m'a fait violence; on m'ordonne de prendre en maitt

le gouvernail du vaisseau, moi qui ne sais pas seulement manier l'aviron. Je crois que mes péchés m'ont attiré cet engagement clans un ministère que j'ai toujours jugé très-dangereux pour le salut; de là venaient ces larmes que je répandais lors de mon ordination, et que je ne pus cacher aux assistants qui, ne sachant pas Ict véritable cause de ma désolation, tâchaient de me consoler par d'autres endroits. Du moins devrait-on à présent m'accorder le temps de me mortifier par l'étude et par la prière , et d'acquérir, après le sacerdoce reçu, ce que je devais avoir acquis avant de le recevoir. Est-ce qu'on me refusera le moyen de recueillir ce que je sais me manquer?

<( Vous voulez donc que je périsse, mon cher père, en m'engageant si promptement dans le ministère de* la parole et des sacrements? Qu'est devenue votre charité pour l'Eglise et pour moi? Car comment remplir tant de devoirs sans s'y préparer longtemps avant par l'oraison, l'étude, les pleurs? Qu'aurai-je à répondre au juste Juge? Comment pourrai-je donc m'excuser sur ce que le loisir m'a manqué pour me rendre savant dans l'agriculture spirituelle?

« Ainsi je vous conjure par la bonté, mais aussi par la sévérité de Jésus-Christ, d'avoir pitié de moi, de m'accorder le temps que je vous ai demandé pour me disposer aux emplois dont vous voulez me charger. »

Quels sentiments d'humilité, quelle estime des fonctions sacrées , quel amour de la retraite et de l'oraison ne respire pas cette admirable lettre de saint Augustin récemment prêtre ! Mais quel détachement, quel esprit de pauvreté n'admirerons-nous point dans saint Augustin déjà ancien évêque, qui, selon Possidius, ne se trouva pas en état de faire même un testament, ne possédant rien sur la terre.

{Retraite des Ordinands.)

IIP INSTRUCTION.

Du fsoui^- diaconat et du diaconat.

Diaconos simililer piidicos, non bilingues, non multo vino dedilos, non lurpe lucrum sectantes.

Que les diacres soient également chastes, sincères, exempts de tout excès d'intempérance et d'attache à un gain sordide.

(I TiM., III, 8.)

Vous connaissez, mes frères, les fonctions attachées aux quatre ordres mineurs, et vous savez comment vous pouvez vous-mêmes y participer. Nous vous parlerons aujourd'hui de deux ordres sacrés, du sous-diaconat et du diaconat.

Les fonctions du sous-diacrc, comme l'indique son nom, sont de servir le diacre à l'autel. C'est lui qui doit préparer les linges, les vases, le pain et le vin nécessaires au sacrifice, et qui donne l'eau àl'évèque et au prêtre lorsqu'ils lavent leurs mains à la Messe. Il est aussi chargé de réciter l'Epître à la place du diacre, qui le faisait dans les premiers temps, Il assiste au saint sacrifice comme témoin, et il empêche que le prêtre ne soit troublé en le célébrant.

Toutes ces fonctions du sous-diacre sont marquées par les cérémonies de son ordination. Et d'abord l'éveque l'avertit qu'en sa qualité de sousdiacre il sera obligé de garder une chasteté perpétuelle; il lui déclare que personne ne doit être admis à cet ordre s'il n'a pas la volonté sincère de se soumettre à cette obligation ; puis, après avoir récité les litanies des Saints, il fait le dénombrement et l'explication des fonctions et des devoirs attachés au sous-diaconat.

Chacun des ordinands reçoit ensuite de l'éveque le calice et la patène ; et, pour marquer que les sous-diacres sont destinés à servir les diacres, l'archidiacre leur fait toucher les burettes remplies de vin et d'eau, avec un bassin et un linge pour essuyer les mains. En même temps l'évoque prononce ces paroles : Faites attention au ministère qui vous est confié ; je vous engage à vous montrer tels que vous puissiez vous rendre agréables à Dieu.

On joint encore à cela d'autres prières. Enfin, après que l'évoque a revêtu le sous-diacre des ornements sacrés avec les cérémonies et les paroles propres à chacun d'eux, il lui donne le livre des Epîtres en disant: Recevez le livre des Epîlres, avec le pouvoir de les lire dans l'église de Dieu tant pour les vivants que pour les morts.

Mais pour vous donner une idée plus exacte de la sublimité des fonctions du sous-diacre, il faut vous faire connaître les graves avertissements que

l'évêquc lui donne au moment de son ordination : «Fils bien-aimé, lui dit-il, sur le point d'être élevé à l'ordre sacré du sous-diaconat, considérez attentivement et plus d'une fois quelle grande charge vous désirez recevoir aujourd'hui. Car jusqu'ici vous êtes toujours libre, et rien ne vous empêche de retourner dans le monde et d'y contracter à votre gré des engagements séculiers. Mais si vous recevez l'ordre du sous-diaconat, il ne vous sera plus permis de changer de résolution, il vous faudra servir Dieu pendant toute votre vie; mais souvenez-vous que servir Dieu c'est régner. Il vous faudra, avec le secours de sa grâce, garder perpétuellement la chasteté, et être attaché le reste de vos jours au service de l'Eglise. C'est pourquoi, tandis qu'il en est temps encore, réfléchissez; mais s'il vous plaît de persévérer dans votre sainte résolution, au nom du Seigneur, avancez. »

Vous le voyez, mes frères, il s'agit ici d'un engagement irrévocable, qui lie tellement celui qui l'a formé, qu'il ne peut plus le rompre d'aucune manière ; il s'agit de renoncer pour toujours à la pensée de fonder jamais une famille dans le monde pour mener une vie angéliquc dans un corps mortel. Pouvez-vous concevoir de résolution plus grave, d'engagement plus sacré, qui implique des devoirs plus sérieux et plus difliciles? Il faut donc y penser plus d'une fois avant de le contracter.

Si l'ordinand croit que Dieu l'appelle à l'état ecclésiastique, l'Eglise lui ordonne de se prosterne]r

sur le parvis du temple, et il reste dans cette posture humiliante, la face contre terre, tandis que l'évêque récite les litanies des Saints et que toute l'assistance répond. L'ordre du sous-diaconat est un fardeau si lourd, que l'homme en serait écrasé s'il n'était soutenu par la vertu d'en haut. C'est pourquoi l'Eglise a ordonné à tous les fidèles de jeûner pendant trois jours et de faire des œuvres de pénitence à l'époque oii elle confère les ordres sacrés, et, au moment même de la cérémonie, elle adresse les plus ferventes supplications aux trois personnes divines ; à Jésus-Christ, son divin Epoux, dont elle implore les mérites par le souvenir de ses plaies douloureuses; à la très-sainte Vierge, son auguste Mère ; aux anges et aux archanges, à tous les ordres des esprits bienheureux, à saint Jean- Baptiste, à saint Joseph, à tous les patriarches, à tous les prophètes, aux apôtres et aux martyrs, aux confesseurs et aux vierges, en un mot, à toute l'assemblée des anges et des saints. L'Eghse les conjure tous d'intercéder dans le ciel, afin d'obtenir de Dieu les grâces nécessaires pour que le sous-diacre demeure fidèle à ses engagements. Sur la fin des invocations, l'évoque se retourne vers l'ordinand toujours prosterné et fait sur lui plusieurs signes de croix, en priant le Seigneur de le bénir, de le sanctifier et de le consacrer.

Cette prostration fait entendre à Ferdinand qu'il doit se regarder comme étendu et couché sur la croix à côté de Jésus-Christ, et par conséquent

comme une victime, comme un holocauste qu'il oflrc à Dieu ; elle l'avertit qu'il est totalement séparé du siècle et consacré au service du Roi des rois. Les fidèles eux-mêmes, savants ou ignorants, comprennent si bien le sens profond de cette touchante cérémonie, qu'ils ne peuvent en être lémoins sans. verser des larmes. Eh! qui ne serait touché, en effet, d'un pareil dévouement, d'une abnégation aussi complète ?

Les litanies étant terminées, Ferdinand se met à genoux devant le pontife, qui lui dit : « Mon bienaimé fils, au moment de recevoir l'ordre du sousdiaconat, considérez attentivement la grandeur du ministère qui vous est confié. Il faut que le sousdiacre prépare l'eau pour le service de l'autel, qu'il lave les pales et les corporaux, qu'il serve le diacre, qu'il lui présente le calice et la patène pour offrir le sacrifice. Mais il ne doit présenter sur l'autel que la quantité d'oblations nécessaires pour communier le peuple, de peur que rien ne se corrompe dans le tabernacle. Les pales doivent être avées dans un vase et les corporaux dans un autre, et après que les corporaux ont été lavés, il faut jeter l'eau dans la piscine et ne pas s'en servir pour aver autre chose. Efforcez-vous donc de remphr cet office visible dont je viens de parler avec tant de soin et de diligence que vous accomplissiez ce que ces objets signifient. Car l'autel de la sainte Eglise, c'est Jésus-Christ, selon le témoignage de saint Jean, qui, dans son Apocalypse, déclare avoir

~ 168 — vu un autel d'or élevé devant le trône de Dieu, sur lequel et par lequel les oblations des fidèles sont consacrées à Dieu le Père. Les pales et les corporaux de cet autel sont les membres de Jésus-Christ, c'est-à-dire les fidèles de Dieu, dont le Seigneur est revêtu comme d'un précieux vêtement, selon ces paroles de David : « Le Seigneur a régné, il s'est revêtu de gloire. » Saint Jean dit encore, dans l'Apocalypse, qu'il a vu le Fils de l'homme portant une ceinture d'or, c'est-à-dire environné du cortège des saints. S'il arrive donc que, par suite de la fragilité humaine, les fidèles se souillent de quelque péché, vous devez leur présenter l'eau de la céleste doctrine pour les purifier, afin qu'ils ornent l'autel et qu'ils servent au culte du divin sacrifice. Conduisez-vous donc de telle sorte que vous puissiez servir dignement aux divers sacrifices et à l'Eglise de Dieu, c'est-à-dire au corps même de Jésus-Christ ; demeurez ferme dans la foi véritable et catholique ; car, comme le dit l'Apôtre, ce qui ne vient pas de la foi est péché, est schismatique et hors de l'unité de l'Eglise. C'est pourquoi, si jusqu'à présent vous avez été lâche dans le service de Dieu, désormais soyez exact et plein d'ardeur ; si vous avez été endormi, soyez vigilant; si vous avez fait quelque excès d'intempérance, soyez sobre ; si vous avez commis quelque péché déshonnête, soyez chaste. Que Dieu daigne vous accorder cette grâce. »

Mais vous, mes frères, comment pourrez-vous imiter le sous-diacre? Comme il doit laver les pa-

ies, les corporaux et les linges qui servent à l'autel et sur lesquels sont placées les hosties consacrées, afin que le corps de Jésus-Christ soit traité avec toute la décence possible, ainsi devez-vous purifier vos cœurs, afin qu'ils soient plus blancs et plus nets que les linges de l'autel, et que vous receviez saintement le corps et le sang de Jésus-Christ lorsque vous avez le bonheur de communier. Et, puisque les pales et les corporaux signifient les fidèles, travaillez constamment à laver ceux qui se sont souillés, et ne négligez rien pour remettre dans la bonne voie ceux de vos frères qui s'égarent. Une parole de foi ou de charité, un mot d'édification, un avis bien placé, une prière, sont des moyens propres à les ramener à Dieu.

Et si vous avez un peu d'aisance, pourquoi ne concourriez-vous pas, par de pieuses largesses, à doter votre église de beaux et de magnifiques ornements, de vases sacrés riches et artistemenl travaillés, de linges très-fins et très-propres? Pourquoi ne travailleriez-vous pas à l'embellir par des décorations en rapport avec son but ? Est-ce que la maison que Dieu lui-même daigne habiter peut être trop riche, trop belle et trop magnifique? Mais quand elle serait toute en or et en pierreries, elle ne serait pas encore digne de Dieu. Et si nous ivions une foi plus vive, nous voudrions lui donner non seulement notre or, mais notre sang pour sa gloire.

Pratiquez aussi les vertus que l'évéque recom-

mande au sous-diacre. Si jusqu'à présent vous avez été négligents pour entendre la sainte Messe et assister aux offices de la paroisse, soyez-y plus assidus et n'y manquez jamais sans raison légitime. Si vous vous êtes endormis du sommeil de l'indifférence, réveillez-vous et travaillez avec ardeur à l'œuvre de votre sanctification. Si vous avez recherché les plaisirs du monde et la satisfaction des sens, fuyez-les et mortifiez-vous. Si, par des pensées, des paroles ou des actions, vous avez blessé l'angélique vertu de pureté, soyez chastes ; veillez constamment sur vos yeux, sur vos oreilles, sur votre langue et sur tous vos sens. Souvenez-vous que la chasteté n'est pas seulement le plus beau fleuron de la couronne sacerdotale, mais qu'elle est aussi le plus bel ornement de tous les chrétiens.

Le second des ordres sacrés est le diaconat, dont les fonctions sont beaucoup plus étendues et ont toujours été regardées comme beaucoup plus saintes que celles du sous-diaconat. Le diacre doit être toujours à côté de l'éveque, l'accompagner quand il prêche, le servir, lui et le prêtre, dans la célébration de la sainte Messe et l'administration des sacrements. Autrefois il avertissait de temps en temps les fidèles de se rendre attentifs aux saints mystères. 11 donnait le sang du Seigneur à ceux qui communiaient, dans les églises où c'était l'usage de communier sous les deux espèces. La dispensation des biens ecclésiastiques lui était encore

confiée. Chacun recevait de lui les clioses dont il avait besoin.

C'est encore au diacre, comme à l'œil de l'évêque, de s'informer de ceux qui vivent saintement et de ceux: qui passent leur vie dans le crime, de ceux qui fréquentent exactement les instructions et les offices de l'Eglise dans les temps prescrits, et de ceux qui y font défaut. Il doit ensuite en rendre compte à l'évêque, afin qu'il reprenne et qu'il avertisse chacun en particulier ou en public, suivant qu'il le jugera plus utile et plus convenable.

Le diacre récite encore les noms des catéchumènes, et il présente à l'évêque ceux qui doivent être admis au sacrement de Baptême. Enfin, à défaut de l'évêque et du prêtre, il peut expliquer l'Evangile, mais non pas en chaire, afin qu'on voie que cette fonction n'appartient pas proprement à son ministère.

On doit prendre les plus grandes précautions pour n'élever à l'ordre du diaconat personne qui vn soit indigne. Lisez attentivement l'épître de saint Paul à son disciple Timothée, et vous verrez comment cet apôtre explique les mœurs, les vertus et l'intégrité nécessaires au diacre. Les cérémonies qui se pratiquent à son ordination vous le feront ('ijalcment connaître. Ici les prières de l'évêque sont plus longues et plus augustes que pour l'ordination du sous-diacre. Les ornements aussi sont dilTcrenls. De plus, l'évêque lui impose les mains, comme firent les apôtres aux premiers diacres

qu'ils instituèrent. Enfin il leur met entre les mains le livre des Evangiles en disant : Recevez, au nom du Seigneur, le pouvoir de lire l'Evangile dans r église de Dieu pour les vivants et pour les morts.

Ecoutez les paroles graves que l'évcque adresse au diacre : « Fils bien-aimé, lui dit-il, devant être promu à Tordre lévitique, réfléchissez très-sérieusement à quel degré d'élévation vous montez dans l'Eglise. Car il faut que le diacre serve à l'autel', qu'il baptise et qu'il prêche. Dans l'ancienne loi, parmi les douze tribus, ce fut celle de Lévi que Dieu choisit et consacra par un rite perpétuel et par une destination spéciale pour le service de son tabernacle et pour lui offrir des sacrifices. Cette haute dignité lui fut réservée, et personne, à moins qu'il ne fût de sa race, ne pouvait remplir cet office ni exercer aucune fonction concernant le culte de Dieu ; de sorte que, par un glorieux privilège d'hérédité, cette tribu a mérité d'être appelée et d'être en effet la tribu du Seigneur. Vous lui succédez aujourd'hui, mon cher fils, et pour le nom et pour l'office, puisque vous avez été choisi pour remplir la charge lévitique et vous consacrer au service du tabernacle du témoignage, c'est-à-dire de l'Eglise de Dieu qui, toujours l'arme au bras, doit combattre sans cesse ses ennemis, selon ces paroles de l'Apôtre : « Nous n'avons pas seulement à combat- « tre contre la chair et le sang, mais encore contre « les principautés et les puissances, contre les prin-

« ces des ténèbres, les gouverneurs de ce monde, « contre les esprits de malice répandus dans les airs. » Cette Eglise de Dieu, vous devez la porter comme le tabernacle et la fortifier par l'ornement de votre sainteté, par la prédication des choses divines et par la perfection de vos exemples ; car ce mot Lëvi signifie ajouté ou élevé. Pour vous, mon fils bienaimé, qui recevez ce nom par héritage de vos pères, soyez élevé au-dessus des désirs de la chair et des convoitises terrestres qui font la guerre à l'ame; soyez brillant de candeur, de pureté et de chasteté, comme il convient à un ministre de Jésus-Christ et à un dispensateur des mystères de Dieu, afin que vous soyez digne d'être placé dans l'ordre ecclésiastique et que vous méritiez d'être l'héritage et l'aimable tribu du Seigneur. Et parce que vous êtes le co-ministre et le coopérateur du prêtre pour consacrer le corps et le sang du Seigneur, soyez exempt de toute attache aux désirs de la chair, comme vous le dit l'Ecriture par ces paroles . « Soyez purs, vous qui portez les vases du i< Seigneur. » Considérez que c'est surtout à cause de sa rare chasteté que saint Etienne a été choisi par les apôtres pour exercer ce ministère. Ayez donc soin d'édifier par des œuvres de vie ceux auxquels vous prêcherez l'Evangile, afin qu'on dise de vous: rieureux les pieds de ceux qui évangélisent la paix, qui évangélisent les biens célestes I Que vos pieds aient pour chaussure l'exemple des saints, afin de préparer les cœurs à recevoir l'Evangile de la

paix. Je prie le Seigneur de vous l'accorder par sîï grâce. »

Et vous aussi, mes frères, sous un certain rapport, vous êtes diacres; car ce mot signifie ministre, et vous êtes les ministres de Dieu, puisque vous travaillez à propager et à conserver la vie dans le monde. Quelle dignité 1 quelle élévation ! Et cependant vous ne vous en contentez pas. Trop souvent vous voulez être les maîtres absolus de vos biens et de vos enfants; c'est une usurpation. Eh quoi I dans le monde rien ne paraît plus honorable que d'être le ministre d'un grand roi, et vous ne croyez pas qu'il vous soit infiniment plus glorieux d'être les ministres du Roi des rois que d'être le plus grand monarque du monde? Servir Dieu, c'est régner, et régner avec Dieu.

Etes-vous dignes de tant de grandeur et de gloire? Etes-vous, par vos pensées, par vos sentiments et par toute votre conduite, à la hauteur de cette sublime dignité ? Etes-vous entièrement dévoués à votre Maître? Lui sacrifiez-vous vos talents, votre temps, votre repos, votre santé et votre vie? Ses ennemis sont-ils vos ennemis, et les combattez-vous sans cesse? N'êtes-vous pas quelquefois d'intelligence avec eux? Est-ce bien sa gloire que vous cherchez dans toutes vos entreprises?

Le grand Roi, votre Maître, a remis entre vos mains des biens spirituels et temporels; comment en usez-vous? Ne les employez-vous pas à vous procurer des jouissances ou à satisfaire quelque

mauvaise passion? N'oubliez donc pas que vous n'en êtes que les dispensateurs. Après avoir prélevé sur ces biens ce qui vous est nécessaire pour votre entretien et celui de vos enfants, vous devez donner le surplus aux serviteurs de Dieu qui sont dans l'indigence; le leur refuser serait une injustice commise envers votre Maître, et que lui répondrezvous quand il vous fera rendre compte de votre administration?

C'est encore à vous, comme à l'œil de Dieu, de voir si vos enfants, vos domestiques et vos ouvriers vivent saintement, ou s'ils transgressent les lois du Seigneur; c'est à vous à les rendre exacts à assister à la Messe, aux offices et aux instructions de la paroisse, et à les punir s'ils se montrent indociles et rebelles; c'est à vous à leur expliquer la doctrine chrétienne dans le sanctuaire du foyer domestique, à nourrir leur âme des saintes vérités de la foi, et à réchauffer leur cœur par le feu de la charité. Comment remplissez-vous celle charge? lïélas ! mes frères, combien parmi vous ne songent pas même à ces graves et importantes obligations !

Comme le diacre, vous avez à combattre contre la chair et le sang, contre les tentations de Salan et les séductions du monde. Prenez l'armure de Dieu et soyez fermes au moment du combat. Elevez-vous au-dessus des désirs de la chair, au-dessus de l'orgueil, de l'ambition et de la cupidité, au-dessus de ce monde lui -même. Edifiez vos frères

par la pratique des vertus chrétiennes, et vous obtiendrez la récompense promise aux fidèles ministres de Dieu. Amen.

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