‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 2 sur 34 · PREMIÈRE INSTRUCTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE INSTRUCTION

li'Extrénie-Onctiou est un sacrement.

Infinnaliir qiiis in vobis? Inducat presbyteros Ecclcsiœ, et oient super eum, ungenles eum oleo in nomine Domini.

Quelqu'un est- il malade parmi vous ? Qu'il fasse venir les prêtres de l'Eglise, et qu'ils prient sur lui, lui faisant des onctions avec de l'huile au nom du Seigneur.

(Jacob., v, J4.)

Admirons encore une fois, mes frères, l'infinie bonté de Dieu; il a bien voulu nous donner des remèdes pour guérir toutes les maladies de notre âme. Par le Baptême nous mourons au péché et nous naissons à la vie divine; nous devenons enfants de Dieu et membres de cette grande famille qu'on appelle l'Eglise. La Confirmation nous enrôle sous l'étendard de Jésus-Christ et nous arme d'un saint courage pour être de vaillants guerriers. L'Eucharistie est le pain descendu du ciel pour conserver et développer en nous la vie surnaturelle

et divine. Que nous faut-il de plus pour gagner le ciel? Rien, si nous demeurions fermes dans l'état de grâce. Mais, en butte à des ennemis puissants et rusés, fatigués d'une lutte un peu longue, bientôt nous lâchons prise et nous déposons les armes ; nous brisons notre sceptre et nous jetons par terre la couronne d'immortalité qui ornait notre front; nous ne sommes plus que des rois détrônés, de malheureux esclaves et de pauvres infirmes. Ce n'est pas assez dire : notre âme est morte devant Dieu et n'est plus qu'un cadavre. Mais notre aimable Sauveur nous a ménagé dans le sacrement de Pénitence un moyen efficace de sortir de notre tombeau, de recouvrer la vie et de reconquérir nos droits à l'héritage céleste. Il est des circonstances, néanmoins, où nous avons besoin d'un secours plus efficace, soit à raison de notre situation qui est plus critique, soit parce que nous ne pouvons remplir les conditions requises pour recevoir avec fruit le sacrement de Pénitence. C'est pourquoi, par un excès de bonté ineffable, le Sauveur Jésus a institué le sacrement d'Extrême-Onction pour le soulagement spirituel et corporel des malades.

Ecoutez d'abord ce que l'Eglise nous enseigne touchant ce sacrement, que les saints Pères regardent comme la consommation non seulement de la Pénitence, mais de toute la vie chrétienne, qui doit être une pénitence continuelle. Premièrement donc, à l'égard de son institution, elle déclare et enseigne que, «comme notrcRédempteur infiniment bon.

qui a voulu pourvoir en tout temps ses serviteurs de remèdes salutaires contre tous les traits de toutes sortes d'ennemis, a préparé dans les autres sacrements de puissants secours aux chrétiens pour pouvoir se garantir pendant leur vie des plus grands maux spirituels, aussi a-t-il voulu munir et fortifier la fin de leur course par le sacrement de l'Extrême-Onction, comme une défense ferme et assurée. Car, quoique durant toute la vie notre adversaire cherche et épie les occasions de dévorer nos âmes par toutes sortes de moyens, il n'y a pourtant aucun temps où il emploie avec plus de force et d'attention ses ruses et ses efforts pour nous perdre entièrement et pour nous faire déchoir, s'il pouvait, de la confiance en la miséricorde de Dieu, que lorsqu'il neus voit sur le point de quitter la vie. (Conc. Trid., sess. xiv.)

« Cette Onction sacrée des malades a été instituée par notre Seigneur Jésus-Christ comme un sacrement propre et véritable du Nouveau Testament, insinué dans saint Marc, promulgué et recommandé par saint Jacques, apôtre et frère de notre Seigneur. « Quelqu'un, dit-il, est-il malade « parmi vous ? Qu'il fasse venir les prêtres de « l'Eglise, et qu'ils prient sur lui, l'oignant d'huile « au nom du Seigneur ; et la prière de la foi sau- « vera le malade, et le Seigneur le soulagera ; et « s'il est en péchés, ses péchés lui seront remis. »

C'est ainsi, mes frères, que parle l'Eglise en matière de foi : ce n'est pas un savant qui discute,

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mais un maître qui enseigne et qui rédige ses leçons sous la dictée de Dieu môme.

Sur quoi se fonde l'Eglise pour prononcer avec son autorité infaillible que rExtreme-Onclion est un sacrement de la loi nouvelle? Sur ces paroles de l'apôtre saint Jacques que nous venons de rapporter; elles établissent clairement ce point de doctrine. En effet, un sacrement est un signe sensible, efficace de la grâce, institué par notre Seigneur Jésus-Christ pour nous sanctifier, c'est-àdire pour nous communiquer la vie surnaturelle et divine. Or, la cérémonie de l'Extrême-Onction dont parle saint Jacques ne réunit-elle pas toutes les conditions requises pour être un sacrement? C'est un signe sensible, car les prêtres prient pour le malade et lui font des onctions avec de l'huile au nom du Seigneur. Ce signe produit la grâce, puisque, si le malade est en état de péché, ses péchés lui sont remis. Or, dans l'ordre actuel des choses. Dieu remet-il jamais les péchés sans communiquer en même temps la grâce sanctifiante ou la vie surnaturelle et divine? Ce signe sensible a été institué par notre Seigneur Jésus-Christ ; car quel autre serait assez puissant pour attacher à des choses matérielles et sensibles la vertu de produire la grâce dans les âmes? L'apôtre saint Jacques ne peut donc pas être l'auteur de ce sacrement ; il en a été seulement le propagateur.

Ce rite sacré a été institué d'une manière permanente dans l'Eglise. L'apôtre ne dit-il pas clai-

rement que Jésus-Christ a donné l'ordre aux malades de recevoir ce sacrement, quand il a dit : Inducat presbytères , « Q\i"\\hsseYemr\esiiTèives^ » Ne savez-vous pas que tout ce qui est obligatoire dans l'Eglise de Dieu et ordonné par notre Seigneur n'est pas un règlement de discipline qui ne doive durer que quelques années? C'est une loi qui subsiste toujours. D'ailleurs, s'agit-il de subvenir à un besoin qui n'existera qu'à une époque déterminée? Il fallait pourvoira une nécessité qui sera de tous les temps et de tous les lieux. Il y aura toujours dans l'Eglise des malades qui auront besoin de soulagement spirituel et corporel.

Qu'ont fait les protestants pour éluder la force des paroles si claires et si formelles de l'apôtre saint Jacques? Ils ont prétendu d'abord que par le mot latin presbytères il fallait entendre des vieillards ou des hommes choisis par l'assemblée des fldèles et non consacrés par l'onction sainte et l'imposition des mains. Ils ont ensuite soutenu que cette cérémonie n'était que le don de guérir les malades. Ecoutez comment l'Eglise catholique a fait justice de toutes ces inventions sataniques : v< Si quelqu'un dit que l'Extrême-Onction n'est pas vraiment et proprement un sacrement institué par notre Seigneur Jésus-Christ et promulgué par l'apôtre saint Jacques, mais que ce n'est qu'une cérémonie reçue des Pères ou une invention humaine, qu'il soit anathème.

« Si quoiqu'un dit que l'Onction sacrée que l'on

donne aux malades ne confère pas la grâce, ne remet pas les péchés, ni ne soulage les malades, et qu'à préscnl elle doit cesser, comme si cela n'avait été autrefois que le don de guérir les maladies, qu'il soit anathème.

« Si quelqu'un dit que la pratique et l'usage de l'Extreme-Onction , telle que l'observe la sainte Eglise romaine, répugne au sentiment de l'apôtre saint Jacques, que pour cela il faut la changer, et que les chrétiens peuvent sans péché la mépriser, qu'il soit anathème.

« Si quelqu'un dit que les prêtres de l'Eglise que saint Jacques exhorte à faire venir pour oindre le malade ne sont pas les prêtres ordonnés par l'évêquc, mais que ce sont les hommes avancés en âge dans chaque communauté, et que pour cela le propre ministre de l'Extrême-Onction n'est pas le seul prêtre, qu'il soit anathème. » (Conc. Trid., sess. xiv, can. 1 , 2, 3 et 4, De Extrem. Onct.)

L'Eglise avait déjà dit précédemment(ibid. , c. m) : « Quant à ce qui est de déterminer quels sont ceux qui doivent recevoir ce sacrement et ceux qui doivent l'administrer, les paroles citées nous l'apprennent très-clairement; car on y montre que les propres ministres de ce sacrement sont les prêtres de l'Eglise, dont le nom ne doit pas s'entendre en ce lieu des plus anciens en âge ou des premiers en dignité d'entre le peuple, mais ou des évêques ou des prêtres ordonnés par eux selon le rite, par l'imposition des mains sacerdotales. On y déclare

aussi qu'il faut faire cette Onction aux malades, principalement à ceux qui sont attaques si dange-reusemcnt qu'ils paraissent être sur le point de quitter la vie; d'où vient qu'on l'appelle aussi le sacrement des mourants. Que si les malades, après avoir reçu cette Onction, reviennent en santé, ils pourront encore être aidés par le secours de ce sacrement lorsqu'ils tomberont dans un autre pareil danger de mort.

« Il ne faut donc écouter d'aucune façon ceux qui, contre le sentiment de l'apôtre saint Jacques, si clair et si manifeste, enseignent que cette Onction est ou une invention humaine, ou un usage reçu des Pères, mais non un précepte de Dieu qui renferme quelque promesse de grâce; ni ceux qui affirment que l'usage de celte Onction a cessé, comme si elle devait se rapporter seulement à la grâce de guérir les maladies dont jouissait la primitive Eglise; ni ceux qui disent que la coutume et la manière que la sainte Eglise romaine observe dans l'administration de ce sacrement répugne au sentiment de l'apôtre saint Jacques, et que pour cela il faut la changer en une autre; ni enfin ceux qui assurent que cette Onction dernière peut être méprisée sans péché par les fidèles, car tout cela est en opposition formelle avec les paroles précises do ce grand apôtre. Et certainement l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres, n'observe dans l'administration de celte Onction que ce que saint Jacques en a prescrit; et on ne

pourrait pas mépriser un si grand sacrement sans un grand crime et sans faire injure au Saint-Esprit même. »

Voulez-vous consulter la tradition? Origène, qui vivait au uf siècle, parle d'un sacrement qui remet les péchés et qu'on administre aux malades, d'après la recommandation de l'apôtre saint Jacques.

Que faire si un malade a demandé un prêtre et qu'il ait perdu l'usage de la parole avant l'arrivée du prêtre? Le pape Eusèbe répond, au iv'' siècle, que le prêtre doit lui conférer le sacrement des malades, prier pour lui, lui faire des onctions avec de l'huile sainte, et lui administrer le sacrement de l'Eucharistie.

A la même époque, saint Jean Chrysoslôme enseigne que les prêtres ont le pouvoir de remettre les péchés, lorsqu'ils sont appelés près des malades, qu'ils prient pour eux et leur font des onctions avec de l'huile.

Au v^ siècle, un évêque nommé Décenlius consulte le pape Innocent I" et lui demande 1^ si les paroles de saint Jacques doivent s'entendre des infirmes, et s'ils doivent être oints par les prêtres; 2** si les évêqucs peuvent faire cette Onction aussi bien que les prêtres ; 3° si les fidèles peuvent se servir de l'huile bénite par l'évêque ; 4^ si l'on peut faire cotte Onction aux pénitents. Ce grand pape lui répond qu'il n'y a aucun doute que les paroles de saint Jacques ne s'appliquent aux infirmes; que les évêques peuvent administrer ce sacrement,

puisque l'évêque peut faire dans l'Eglise tout ce que fait le prêtre ; que les simples fidèles peuvent se servir de cette huile, mais qu'il n'est pas permis d'oindre les pénitents, parce que cette Onction est un sacrement, et que, dès lors qu'on leur refuse les autres sacrements, on ne peut pas non plus leur accorder celui-là.

Ecoutez saint Augustin : « Que le chrétien qui tombe malade, dit-il, reçoive le corps et le sang de Jésus-Christ, et qu'on lui fasse des onctions sur le corps, afin d'accomplir ce qui est dit par l'apôtre saint Jacques. » Et après avoir rapporté les paroles de cet apôtre, il ajoute : « Considérez, mes frères, que le chrétien malade qui a recours à l'Eglise reçoit la santé du corps et mérite d'obtenir le pardon de ses péchés. » (Serm. 215, De Tempore.)

Mais à quoi bon vous citer de plus nombreux témoignages, puisque la tradition nous enseigne, d'un consentement unanime, que l'Onction dont parle saint Jacques est un sacrement de la loi nouvelle ?

j A quelle époque ou à quel moment Jésus-Christ y l'a-t-il institué? Est-ce avant sa mort ou après sa résurrection ? On l'ignore. L'évangélistc saint Marc i nous dit que les apôtres faisaient avec de l'huile ! dos onctions à beaucoup de malades et qu'ils les guérissaient. Etait-ce le sacrement d'Extreme-Onction qu'ils administraient eux-mêmes? ou bien était-ce une simple cérémonie qui l'annonçait et le figurait? On n'en sait pas davantage.

L'Exlrèmc-Onclion est donc un véritable sacrement, cl il n'y en a qu'un seul, quoiqu'on l'administre avec plusieurs onctions difïërentes, dont chacune se fait avec des prières et une forme particulières. Il n'y a qu'un seul sacrement, non en ce sens que les parties qui le composent ne puissent être divisées, mais parce que ces parties contribuent chacune à sa perfection. N'est-ce pas ce qu'on remarque dans toutes les choses qui sont composées de plusieurs parties différentes? Une maison se compose de plusieurs appartements et de pièces diverses, et sa perfection n'est que dans l'unité de sa forme. Ainsi le sacrement de l'Exlreme- Onction renferme plusieurs choses et plusieurs paroles, et cependant ce n'est qu'un signe unique d'un effet unique qu'il a la vertu de produire.

Quelles actions de grâces ne devons-nous pas rendre à notre aimable Sauveur! A peine entrés dans la vie, l'Eglise nous a reçus dans ses bras, et après nous avoir purifiés dans le bain sacré du Baptême, elle a veillé constamment surnouscorame la mère la plus tendre sur son fils unique, toujours prête à se sacrifier pour nous secourir dans tous nos besoins. Mais, parce que c'est la fin qui couronne l'œuvre, Jésus-Christ a voulu qu'elle fût à nos côtés au moment du dernier combat, qu'elle nous fournît des armes particulières, afin de remporter une victoire complète.

Ecoutez ce que dit saint Paul aux chrétiens d'Ephèse : « Fortifiez-vous dans le Seigneur et dans

sa vertu toute puissante. Revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, afin de pouvoir vous défendre des embûches et des artifices du diable ; car nous avons à combattre, non contre des hommes de chair et de sang, mais contre les principautés et les puissances infernales, contre les princes de ce monde et les esprits de malice répandus dans l'air. C'est pourquoi prenez toutes les armes de Dieu, afin que vous puissiez résister au jour mauvais et demeurer fermes. Soyez donc inébranlables. Que la vérité soit la ceinture de vos reins, que la justice soit votre cuirasse ; ayez à vos pieds une chaussure qui vous dispose à suivre l'Evangile de la paix. Servez-vous surtout du bouclier de la foi, afin de pouvoir repousser tous les traits enflammés du malin esprit. Prenez encore le casque du salut et l'épée spirituelle, qui est la parole de Dieu. »

Vous voyez, mes frères, que nous sommes des soldats toujours sur le champ de bataille, et à qui on ne laisse ni paix ni trêve tant que nous sommes dans ce monde. Mais si les puissances de l'enfer sont aussi formidables dans le cours de notre vie, que ne feront-elles pas au moment de notre mort? Ce n'est pas, retencz-lc bien, une simple supposition, mais une vérité certaine enseignée par l'Eglise, qu'il n'y a aucun temps où le démon emploie avec plus de force et d'attention ses ruses et ses efforts pour nous perdre entièrement et pour nous faire déchoir, s'il pouvait, de la confiance en la miséricorde de Dieu, que lorsqu'il nous voit près de

quitter la vie. Que fait alors notre Seigneur Jésus- Christ? Ce que fait un commandant de place lorsque le siège de la ville qu'il est charge de défendre est poussé avec vigueur. Il place les plus vaillants guerriers aux endroits les plus faibles et par où l'ennemi pourrait entrer.

Ainsi fait notre grand Capitaine : comme les sens sont les portes par lesquelles le péché entre dans l'âme, il fera lui-même sentinelle à chacune de ces portes, afin de repousser l'ennemi lorsqu'il se présentera. Soutenus par le hras tout puissant de Dieu, pourrions-nous craindre une défaite? Ne sommes-nous pas assurés du triomphe, pour peu que nous déployions de bonne volonté? Vivons donc de telle sorte que nous méritions d'être fortifiés par ce sacrement au sortir de la vie. Quel malheur pour nous si nous en étions privés ! et combien sont à plaindre ceux qui le repoussent et qui en ont peur 1

Divin Sauveur, nous nous jetons tous à vos pieds, et nous vous conjurons de nous accorder cette insigne faveur de ne point sortir de ce monde sans être saintement munis de ce divin secours. Nous vous la demandons par ce sang précieux que vous avez répandu sur la croix pour expier nos péchés. Amen.

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