‹ Instructions sur les sacrementsChapitre 3 sur 34 · DBRNIERS MOMENTS DE SAINTE MATUILDE, REINE DE GERMANIE · texte numérisé non relu

DBRNIERS MOMENTS DE SAINTE MATUILDE, REINE DE GERMANIE

L'an 907, sainte Mathilde eut à Norlliause, où elle avait fondé un monabtère de trois mille religieuses, une dernière entrevue avec tous ses enfants et petits-enfants. L'empereur Othon s'y trouvait avec sa sœur Gerbergo, reine de France. Ils passèrent ensemble sept jour?. Sainte Matliilde leur recommandait, surtout à l'empereur son fils, le nouveau monastère qu'elle avait fondé pour le salut de toute sa famille. Elle rappela à son fils que dans ce lieu étaient nés Henri, son frère, et sa sœur Gerberge; le seul nom de ce monastère devait ainsi lui rappeler le souvenir affectueux d'un père, d'une mère, d'un fière, d'une sœur. Le jour que l'empereur devait partir, après qu'ils eurent entendu la sainte Messe, elle lui renouvela ces souvenirs avec une tendresse plus vive que jamais, et lui annonça qu'il voyait sa mère pour la dernière fois. Ils se firent les derniers adieux et s'embrassèrent en pleurant ; tous les assistants pleuraient. L'empereur étant monté à cheval, elle rentra dans l'église, s'approcba de l'endroit où il avait entendu la Messe, se mit à genoux et baisa en pleurant les traces de son fils qui parlait. L'empereur, en ayant été averti, sauta de cheval, vint se jeter à ses pieds en disant : « 0 vénérable dame, par quel service pourrons-nous jamais payer ces larmes? » Après un court entrelien, la pieuse reine dit : « Que sert-il de rester plus longtemps ensemble? Bon gré, mal gré, il faudra bien nous séparer; en vous voyant, je ne diminuerai point ma douleur, je l'augmenterai au contraire. Allez dans la paix du Christ; vous ne verrez plus notre face dans cette chair mortelle, du moins nous le pensons. »

En fcffcl, revenue de Nortlmuse à Quedlimbourg, elle y 'oinba malade, et voyant que sa mort était proche, elle fit appeler Richeburge, alors abbesse de Nortbause, afin qu'elle l'assistât jusqu'à la fin. Elle distribua aux évoques et aux prêtres ce qui lui restait de biens et qu'elle n'avait pas achevé de distribuer aux pauvres et aux monastères. Une foule de personnes vinrent la visiter pendant celte maladie, entre autres son petit-fils Guillaume, archevêque de Mayence. Elle le reçut avec une grande joie et lui dit : « Je ne doute pas que Dieu ne vous envoie ici ; car personne ne m'est plus intime ni plus agréable pour ce qu'il s'agit de faire, surtout depuis que j'ai perdu Tespoir de voir mon cher fils Brunon me survivre pour voir mes derniers moments et confier mon corps à la terre. Maintenant donc entendez ma confession, et donnez-moi l'absolution par la puissance que vous avez reçue de Dieu et de saint Pierre; ensuite entrez dans l'église, chantez la Messe pour mes péchés et mes négligences, pour l'àme de mon seigneur le roi Henri, et pour les fidèles chrétiens vivants et défunts. »

Après que l'archevêque, son petit-fils, eut dit la Messe, il revint la trouver, lui donna une seconde absolution, puis l'onction de l'huile sainte et le Viatique. Il demeura encore trois jours auprès d'elle; mais, voyant qu'elle n'était pas si près de sa fin, il lui demanda la permission de s'en retourner. Alors la reine dit à l'abbesse : « Apportez-moi les draps mortuaires réservés pour ma sépulture, afin que j'en donne un à mon petit-fils comme un gage de mon amour; car il en aura plus tôt besoin que moi pour le très-difficile voyage qu'il va entreprendre. » L'évêque le reçut de sa main avec action de grâces, lui donna une dernière bénédiction, et dit tout bas aux assistants : « Nous allons à Radelvrolh; je laisse ici un de mes clercs, afin que, si la reine meurt, il vienne m'en avertir aussitôt, et que nous revenions pour donner au corps la sépulture convenable. » La reine, levant la tête, dit tout haut : « Il n'est pas nécessaire qu'il reste ici ; il fera bien de partir avec vous; vous en aurez plus besoin dans ce

voyage. Allez dans l.i paix du Christ, quelque part que sa volonté vous appelle. » L'éveque, étant arrivé à Radelvroth, prit une potion médicinale et mourut subitement. Quand la nouvelle en fut venue, on ne savait comment l'annoncer à la reine pour ne pas accroître son mal ; mais la servante du Christ, souriant avec larmes, leur dit : a Que chucliotez-vous ensemble? Pourquoi vouloir nous cacher cette triste nouvelle? Car nous savons que Tévêque Guillaume est sorti de ce monde, et c'est le comble de nos souffrances. Allez, faile:i sonner les cloches, assemblez les pauvres, distribuez-leur des aumônes qui intercèdent pour son àme. »

Lapieuse reine survécut douzejours à son petit-fds Guillaume. Enfin, le samedi de la première semaine de carême, dès le point du jour, elle fit appeler les prêtres et les religieuses, et comme une grande multitude de l'un et de l'autre sexe était accourue pour la voir, elle ordonna de laisser entrer tout le monde. Elle leur donna plusieurs avis salutaires, et particulièrement à Mathildc, abbesse de Queldimbourg, fille do l'empereur son fils. Ensuite elle fit approcher les prêtres et les religieuses pour entendre sa confession et demander à Dieu la rémission de ses péchés. Elle ordonna qu'on célébrai la Messe et qu'on lui apportât le corps de notre Seigneur. Vers la neuvième heure, elle se fit coucher à terre sur un cilice, se mit de la cendre sur la tête de ses propres mains, disant : « Il ne sied ù un chrétien de mourir que sur le cilice et la cendre. » Ensuite, ayant fait sur son corps le signe de la^croix, ello s'endormit dans le Seigneur. (UonRBACHER.)

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