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XX« INSTRUCTION

E@tiiiie et reconnaissance pour les prêtres.

Testimonium cnim perhiheo vobis, quia, sifvri j)osset,oculos vestros ernixsetisel dedissetis mihi\

Je vous rends ce témoignage, qwc vous êticr. prêts, s'il eût été possible, à vous arracher les yeux pour me les donner.

(Gai.., IV, 15. )

Le beau témoignage que saint Paul rend aux Galatesl Ils étaient si remplis de reconnaissance pour tout le bien qu'il leur avait fait, qu'ils se seraient arraché les yeux pour les lui donner. Mais ces sentiments ne furent pas de longue durée, car l'Apôtre ajoute : Suis- je donc devenu votre ennemi parce que je vous ai dit la vérité? Oui, grand Apôtre, c'est en disant la vérité qu'on se fait des ennemis, parce qu'il n'y a que la vérité qui blesse. Vous en avez fait vous-même l'expérience. Hélas I que n'avez-vous pas souffert pour prêcher partout l'Evangile ou pour dire la vérité I Que votre exemple nous encourage, et que votre intercession près do Dieu nous obtienne ses grâces et ses bénédictions '

Les ennemis de saint Paul profitaient de tout

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pour le décrier: il était petit de taille, disaient-ils; il parlait un langage rude et informe, sans science et sans connaissance des lettres. N'est-ce pas encore ce qu'on fait de nos jours? Les prêtres, dit-on, ne connaissent pas assez les usages du monde; ils sont trop paysans.

Que voulez-vous dire par ce mot? Qu'ils sont tous grossiers et malhonnêtes? C'est une calomnie et rien de plus. Qu'ils ressemblent aux paysans sous certains rapports? C'est pour eux un devoir. Saint Paul nous apprend qu'il s'est fait tout à tous, Juif avec les Juifs, Gentil avec les Gentils, pour les gagner tous à Jésus-Christ. Le Fils de Dieu ne s'est-il pas fait homme pour sauver les hommes? Qu'étaient les apôtres, sinon des paysans, c'est-àdire des hommes du peuple gagnant hur \ie à la sueur de leur front? Lorsque nos missionnaires s'en vont prêcher l'Evangile aux sauvages, ne fautil pas qu'ils se conforment aux usages des sauTages? Sachez donc bien qu'au lieu de rougir de ce titre de paysans, nous nous en glorifions, car il signifie que nous sommes de noire pays, que nous lui appartenons par l'origine, par la langue, par les habitudes, par l'esprit et par le cœur.

Ah 1 sans doute, les honnêtes gens de la ville seraient fiers d'avoir pour pasteurs des hommes de belle taille et de bonne mine, aux formes polies. Ils seraient heureux d'aller les entendre débiter de beaux discours en termes pompeux, en style élégant et fleuri, avec une voix douce et harmonieuse

comme le son d'une flûte ou d'un violon 1 Ne se-* rait-ce pas charmant?

Je n'en disconviens pas, mes frères ; mais seriez-vous plus vertueux? Vous corrigeriez-vous de vos défauts ou de vos vices? Mais, avec votre politesse raffinée, vous n'êtes pas môme chrétiens, pour la plupart; votre religion n'est qu'un simulacre, un vernis de christianisme, ou plutôt c'est l'hypocrisie de la charité. Vous êtes riches en belles paroles et généreux en promesses, même envers Dieu; mais lorsqu'il s'agit de vous imposer quelques sacrifices, de vous montrer reconnaissants et dévoués, c'est tout autre chose. Et les paysans que vous méprisez parce qu'ils ne sont pas polis, c'està-dire parce qu'ils ignorent l'art de mentir, portent souvent dans leurs poitrines des cœurs sensibles et généreux. Il y a dans les hommes rustiques une crainte de Dieu, un fonds de religion plus simple, plus vrai cl plus réel que dans les esprits pohs et élégants ; leur cœur et leur esprit ne sont pas gâtés par les fausses maximes qui infectent les villes; ils craignent et respectent Dieu, et les instructions trouvent en eux plus de ressources que chez les riches, les grands et les puissants du monde.

Les paysans, me dites-vous, ne sont plus aujourd'hui tels que vous les représentez, il s'en faut bien. S'ils sont changés et n'ont plus la simplicité d'autrefois, c'est un grand malheur; mais qui les a pervertis? Ne sont-ce pas les villes?

A vous entendre, si nous n'obtenons aucun suc-

oes pour notre minislèrc, c'est que nous ne sommes pas assez tolérants. A quoi bon tonner contre les vices des heureux du monde? Vous ne les corrigerez pas, dites-vous, et vous vous ferez détester.

Nous reconnaissons avec vous que le prêtre doit user de bonté et d'indulgence, de prudence et de charité. Qui fut jamais plus indulgent et plus sage que Jésus-Christ? Voyez avec quelle bonté ineffable il reçoit les pécheurs, quels qu'ils soient. Voyezle avec la femme adultère, avec Madeleine, avec les publicains. Il commence aussi par instruire les orgueilleux pharisiens, par leur montrer la voie dangereuse qu'ils suivent; mais ses instructions et ses exhortations restant sans fruit, il s'indigne, il les appelle des sépulcres blanchis qui paraissent beaux aux yeux des hommes et sont remplis de pourriture. Un jour il s'arme d'un fouet et chasse les vendeurs du temple. Certes, il n'ignorait pas que sa conduite à leur égard les aigrirait de plus en plus et qu'ils finiraient par le crucifier. Est-ce que cette prévision l'a fait reculer devant l'accomplissement de son devoir?

Voilà, mes frères, le modèle de tous les prêtres et de tous les prédicateurs. Un pasteur qui voit tranquillement les désordres de son peuple, qui se contente de ne pas applaudir aux vices dont il est témoin, qui ne sent pas vivement la perte des âmes qui lui sont confiées, qui ne dit pas avec saint Paul que la chute des faibles l'accable de tristesse, ou qui n'éprouve pas dans son cœur une sainte indi-

gnalion conlre les méchants, est un prêtre qui a perdu la foi. Ignorez-vous que le zèle du salut des âmes est le premier devoir d'un pasteur, qu'il n'est prêtre que pour sauver les âmes?

Tl ne lui suffit pas, croyez-le bien, de mener une vie sage et réglée, une vie pénitente et mortifiée comme celle d'un chartreux. S'il n'est pas pénétré d'une vive douleur en voyant périr les âmes, s'il ne s'arme pas du zèle de la foi et de la charité et du glaive de la parole pour les retirer de la voie de l'égarement, s'il n'exhorte pas, ne conjure pas, ne reprend pas à temps et à contre-temps, ce n'est plus un pasteur, mais un mercenaire, et sa pénitence ne lui servira de rien; il paraît vivant, et il est mort aux yeux de Dieu. Tandis que les hommes louent sa douceur et sa tolérance, Dieu le maudit. Il s'endort dans ses prétendues vertus, mais un jour les clameurs des âmes qu'il laisse périr le réveilleront, et il verra qu'il n'avait lui-même que la vertu du pharisien, et il n'aura d'autre sort que celui des serviteurs inutiles et des hypocrites.

Eh quoi I mes frères, un ministre de Jésus-Christ, envoyé pour faire son œuvre sur la terre et pour agrandir son royaume, verrait le règne du démon prévaloir sur celui de Jésus-Christ dans la portion du troupeau qui lui est confiée, et sa foi et sa charité le laisseraient tranquille ! Parce que sa conscience ne lui reproche rien personnellement, il n'aurait point de remords sur les désordres qu'il souffre dans ceux dont il est chargé ! Il verrait ou-

Irager Jcsus-Clirisl, et il croirait l'aimer en restant témoin impassible de cette nouvelle passion queliû font soulîrir des chrétiens dont il doit lui répondre 1 Mais ce serait un lâche, un prévaricateur;, un ministre qui trahirait son ministère, si une prudence charnelle lui fermait la bouche. Un père peut-il donc voir sans douleur périr ses enfants sous ses yeux? Un pasteur voit-il ses brebis se précipiter dans un gouffre sans courir après elles^ sans leur faire entendre du moins sa voix ? Mais quand une seule vient à s'égarer, il doit traverser les montagnes, essuyer les travaux les plus pénibles pour la rapporter sur ses épaules. Ce n'est plus un père^ c'est un étranger ; s'il n'est pas un loop qui égorge les brebis, c'est un lâche gardien qui les laisse égorger. Quelle différence y a-l-il entre Tud et l'autre?

Vous répliquez et vous dites : Mais vous arez affaire à des hommes qui ne veulent pas vous entendre ; ils en ont pris leur parti. C'est pour cela même que le pasteur doit redoubler de soin et de travail. Le zèle serait inutile s'il n'y avait que des âmes dociles à conduire. C'est parce que les chrétiens sont rebelles à la vérité qu'il ne doit se permettre ni repos ni consolation tant qu'il les verra dans ces dispositions criminelles. Est-ce que l'Evangile se serait répandu dans l'univers, est-ce que la croix de Jésus-Christ aurait triomphé des peuples et des Césars, si les hommes apostoliques avaient eu peur de Topposilion que les païens mettaient aiî-

progrès de la parole sainte? Où en serions-nous si les difficultés avaient ralenti leur zèle ?

Mais il y a de graves inconvénients, dites-vous. Et quels sont-ils? Les mépris, les calomnies, les persécutions? Mais c'est ce que Jésus-Christ a promis à ses apôtres. « Si je plaisais aux hommes, disait saint Paul, je ne serais pas le serviteur de Jésus-Christ. » Mais c'est là sa gloire et la récompense de son zèle. Les mauvais traitements et les outrages sont le sceau le plus honorable de son apostolat.

Mais le mal est général, dites-vous encore; c'est lutter contre un torrent. S'il en est ainsi, le pasteur des âmes doit ranimer son zèle, car Dieu l'a envoyé vers tout ce peuple pour le corriger. N'est-il pas le sel de la terre, la lumière du monde, pour remédier à ce qui est pourri et infecté, et pour éclairer ceux qui vivent dans les ténèbres ? Moïse refuse-t-il son zèle et ses avis à un peuple immense, quand il le voit tout entier souillé d'idolâtrie et prosterné aux pieds du veau d'or? Tout Tunivers n'était-il pas corrompu quand les apôtres y furent envoyés, et reculèrent-ils devant des vices et des passions qu'un culte impie avait consacrés? Mais c'est à cette corruption générale qu'ils reconnurent la divinité et la nécessité de leur mission; ils se regardèrent comme des ministres de salut que la misé-* ricorde de Dieu offrait à cette race d'hommes corH rompus. N'avons-nous pas la même mission et le môme caractère ?

Mais lorsque nous ne ramènerions qu'une seule âme à Jésus-Christ, cela ne doit-il pas nous suffire pour nous dédommager des travaux d'une vie entière? Ne serions-nous pas assez payés de pouvoir la présenter un jour à Jésus-Christ, et d'entendre cette âme nous en rendre d'éternelles actions de grâces dans le ciel? Pourquoi nous défierions-nous de la puissance de la grâce sur les cœurs endurcis? Nous aurions raison de nous décourager si nous ne comptions que sur nous-mêmes; mais ce n'est plus nous qui agissons, c'est Jésus-Christ qui agit en nous et par nous. N'a-t-il pas fait des miracles avec un peu de boue?

Il faut être charitable et indulgent sans doute; mais ne remarquez-vous pas que, tout en condamnant le vice, nous ménageons et nous aimons toujours les pécheurs? Et c'est précisément parce que nous les aimons que nous haïssons leurs vices et que nous mettons tout en œuvre pour qu'ils s'en corrigent. Nous ne nous rebutons jamais, nous ne comptons ni nos pas, ni nos soins, ni nos travaux; nous essayons de tout, des prières et des menaces, d'une douceur extrême et d'une sainte indignation. Avons-nous jamais eu recours aux emportements, aux duretés, aux injures? Que de fois nous refou- Jons dans notre cœur les peines qui débordent ! ,Que de fois nous avons attendu des mois entiers iivant de vous parler des scandales qui nous affligeaient si amèrement I Que ne ferions-nous pas pour sauver vos âmes? Quel bonheur pour nous

s'il nous était donné devons conduire tous au ciel, môme au prix de notre sang et de notre vie ! Vous le savez bien, nous ne vivons que pour vous, et le seul bonheur que nous goûtions ici-bas est de vous voir marcher courageusement dans le chemin de la vertu.

Gardez-vous donc de vous irriter contre votre pasteur parce qu'il ne craint pas de dire aux grands aussi bien qu'aux petits, comme saint Jean-Baptiste à Hérode : « Il ne vous est pas permis d'avoir la femme de votre frère. » Ayez pour lui d'autant plus d'estime qu'il fait preuve d'un plus grand courage, Au lieu d'imiter les Juifs qui lapidèrent saint Etienne parce qu'il leur avait reproché avec une grande force leurs vices grossiers et les avait appelés têtes dures et cœurs incirconcis ^ témoignezlui la plus vive et la plus sincère reconnaissance ; car il vous montre qu'il vous aime plus que vos louanges, et que sa seule ambition est de sauver les âmes.

Vous avez reconnu avec nous, mes frères, que le prêtre est l'ami, la providence vivante de tous les malheureux, la consolation des affligés, l'appui de la veuve, le père des orphelins. Il soulage le pauvre, visite le malade, essuie les pleurs de l'infortune ou fait couler ceux du repentir, instruit l'ignorant, fortifie le faible, affermit dans la vertu les âmes troublées par les orages des passions. Ne sont-ce pas là autant de litres à la reconnaissance des fidèles?

Mais ce que vous ne remarquez pas assez, c'est la bienfaisante influence qu'il exerce sur la prospérité matérielle de la famille et de la société.

Tout le monde reconnaît et publie hautement aujourd'hui que la guerre qui ensanglante le sol américain est désastreuse pour toute l'Europe. Supposons pour un moment que tous les habitants de l'Amérique eussent été de fervents catholiques, toujours dociles à la voix du prêtre, n'est-il pas évident que cette guerre n'eût pas eu lieu?

Que se passe-t-il dans ce moment en Italie? Ce sont des citoyens qui s'égorgent les uns les autres, qui dévastent les provinces et traînent après eux le désordre, le pillage, les ruines. Mais si les habitants de cette péninsule eussent écouté la voix paternelle du chef de l'Eglise, de leurs évoques et de leurs pasteurs, vous y verriez régner la paix, la concorde, la prospérité et le bonheur.

Tout s'enchaîne ici-bas, les biens invisibles sont la source des biens matériels et sensibles, selon ces paroles du divin Maître : « Cherchez avant tout le royaume des cieux et sa justice, et tout le reste, c est-à-dire la paix, l'ordre et les richesses, vous sera donné par surcroît. »

Il suffit pour vous en convaincre de considérer ce que fait le prêtre au milieu de vous. Sans cesse il prêche l'humilité, le désintéressement, le mépris des biens de ce monde, l'amour du travail, la tempérance, la chasteté, la douceur, la patience, la résignation dans les peines de la vie. Il vous ap-

prend en môme temps les moyens à prendre pour triompher de tous les vices, de l'orgueil, de l'ambition, de l'impureté, de l'avarice, de la colère, de l'envie, de la paresse et de la gourmandise. Avouiezvous devenir riches, ou du moins acquérir une certaine aisance? Mettez en pratique ses enseignements.

Qu'est-ce, en effet, qui ruine les familles? Ce sont presque toujours les péchés capitaux. Yoyez ce qui se passe dans la vie du monde. Un père de famille n*a qu'une fortune médiocre, mais elle est plus que suffisante pour son entretien ; il fait même quelques économies chaque année. Mais il veut être riche et très-riche, et il veut l'être rapidement. Que fait-il pour réaliser son projet? Il joue à la Bourse, il fait des spéculations hasardeuses, il cherche quelque nouvelle invention, et il se ruine. C'est donc l'amour de l'or, l'ambition, l'envie de paraître et de marcher l'égal des grands seigneurs qui l'a ruiné. S'il eût été plus simple et plus modeste, il aurait conservé au moins ce qu'il possédait.

Tel autre a reçu en héritage un excellent patrimoine; mais il est négligent, il aime le jeu, les conversations inutiles, les cafés et les cabarets, eî^ en son absence, les enfants, les ouvriers et les domestiques s'endorment ou s'amusent de leur côté,, de sorte qu'il dépense beaucoup sans faire de profit. Cet autre veut avoir une table splendidement servie, ou du moins des aliments recherchés et qui flattent le palais; il veut porter des habits richev^

et brillants; en un mot, il aime le luxe, et qui ne l'aime pas aujourd'hui? Bientôt les revenus ne sont plus en rapport avec les dépenses, et le patrimoine ss fond comme la cire au soleil. D'où cela vient-il? Des péchés capitaux, de la vanité, de la paresse et de la gourmandise.

Combien d'autres dépensent des sommes énormes pour se livrer au libertinage et satisfaire des passions honteuses 1 Ne soulevons pas le voile qui recouvre ces mystères d'iniquité, dans la crainte de vous scandaliser. Mais vous n'ignorez pas quelles sont les suites funestes de ce vice infâme : il vide la caisse, ruine la santé et l'intelligence.

Quand vous auriez des millions de revenus, que vous seriez aussi riche qu'un roi, si vous ne chassez les vices de votre maison, vous serez bientôt réduit à rien. Savez-vous ce que sont les péchés capitaux? Ce sont autant d'issues pratiquées au coffre-fort, d'oii sortent les pièces d'or.

Quelle est la cause principale de presque toutes les maladies? Les péchés capitaux, l'orgueil, l'impureté, l'ivrognerie, la sensualité, la paresse. Arrachez-les de votre cœur, ou du moins combattez-les courageusement, et vous jouirez d'une santé florissante.

Je dis plus : ôtez les péchés capitaux, et vous tarrissez la source des chagrins , des peines et des afflictions qui pèsent sur la pauvre humanité.

Qu'est-ce qui enrichit les familles, maintient ou consolide la santé, réjouit le cœur et conserve la

paix de la conscience? La pratique des vertus chrétiennes. Représentez-vous donc une famille dont tous les membres sont solidement vertueux ; ils travaillent avec zèle et activité et dépensent peu: ils feront donc nécessairement des économies.

D'où viennent tous les malheurs de la France? !)e ce que tous les Français ne mettent pas en pratique ce que les prêtres leur enseignent. Un aumônier d'une prison avait remis un jour à l'un des détenus le Petit Manuel du Chrétien^ et quelques jours après ce prisonnier lui dit : « Ah! monsieur Vabbé, si j'avais connu ce qui est dans ce livre, si je l'avais pratiqué toute ma vie, je n'aurais point fait ce que j'ai fait, et je ne serais pas oii je suis. » La France peut dire la même chose : Si j'avais écouté et pratiqué ce qu'enseignent les prêtres, je ne serais pas où je suis. Non, certes, elle ne passerait pas périodiquement par tant de révolutions qui la ruinent. Elle ne sera sauvée qu'en observant ce que lui a ordonné Celui qui a sauvé le monde. Ce seront donc les prêtres qui sauveront la France, puisque sans la religion la société est perdue, et qu'il n'y a pas de religion sans prêtres.

Plus que jamais donc honneur, vénération, amour et reconnaissance au prêtre I Quiconque le méprise ou le repousse est un aveugle qui ne veut pas voir la lumière en plein midi. Daigne le Seigneur ne pas vous adresser ce reproche un jour. Amen.

RAPPORTS INTIMES ENTRE LE SACREMENT DE l/ORDRE ET l'intérêt TEMPOREL DE LA SOCIÉTÉ,

Il y a bien quarante ans^ un illustre protestant d'Angleterre, lord Fitz-William, dans une suite de lettres aux souverains de TEurope, leur signalait cette connexion intime entre les vérités catholiques et le bon état de la société temporelle. Voici comme lui-même résume ses idées :

« La vertu^ la justice, la morale doivent servir de base à tous les gouvernements.

« 11 est impossible d'établir la vertu, la justice, la morale sur des bases tant soit peu solides, sans le tribunal de la pénitence, parce que ce tribunal, le plus redoutable de tous les tribunaux, s'empare de la conscience des hommes, et la dirigô d'une manière plus efficace qu'aucun autre tribunal. Or, ce tribunal appartient exclusivement aux catholiques romains.

« 11 est impossible d'établir le tribunal de la pénitence, sans la croyance à la présence réelle, principale base de la foi catholique romaine , parce que sans cette croyance le sacrement de la communion perd sa valeur et sa considération. Les protestants approchent de la sainte table sans crainte, parce qu'ils n'y reçoivent que le signe commémoratif du corps de Jésus-Christ; les catholiques, au contraire, n'en approchent qu'en tremblant, parce qu'ils y reçoivent le corps même de leur Sauveur. Aussi, partout oià cette croyance fut détruite, le tribunal de la pénitence cessa avec elle. La confession devient inutile, comme partout oii cette croyance existe la confession devient nécessaire; et ce tribunal, qui se trouve ainsi nécessairement établi avec elle, rend indispensable l'exercice de la vertu, de la justice, de la morale. Donc, comme je l'ai déjà dit, il est impossible de former un système de gouvernement quelconque qui puisse être permanent et avan-

tagetiXj à moiiis qii'iî ne èoit appuyi siw la religion catholique romaine. »

« Voilà donc la solution de la question la plus importante? après celle de l'immortalité de l'âme, qui puisse être présentée aux hommes : Quel est le meilleur des gouvernements? Et plus on rétudiera, plus on verra que cette croyance à la présence réelle s'étend non seulement sur tous les gouvernements» mais sur toutes les considérations humaines; qu'elle en est comme le diapason, et qu'elle est, par rapport au monde moral, ce qu'est le soleil par rapport au monde physique, illuminans omnes homines. w

D'après ces conclusions du politique anglais et anglican;, l'Eglise, en proclamant les dogmes catholiques sur la Pénitance, l'Eucharistie, le saint sacrifice, le sacrement deTOrdrC;, a proclamé les seuls vrais principes d'une bonne réforme, d'une restauration salutaire non seulement pour le clergé^ mais pour le peuple, mais pour les gouvernements, mais pour l'univers entier; non seulement dans Tordre religieux eî moral, mais encore dans l'ordre politique. Puissent tous les catholiques avoir la vue aussi perspicace et les vues aussi élevées (jue cet honnête protestant! (Rohrbàcuer.)

Supposons donc que chaque curé dans sa paroisse instruise les fidèles dont les âmes lui sont confiées et leur donne ces convictions fortes qui font les chrétiens généreux, une salutaire réforme s'opérera bientôt dans l'esprit, dans la conduite et dans les mœurs, surtout s'il fortifie ses leçons par l'austérité de ses exemples, c'est-à-dire par la pratique des vertus d'humilité, d'abnégation, de mépris des biens terrestres, de patience et de charité. L'esprit chrétien pénétrera partout et vivifiera tous les fidèles. Considérez ensuite quelles en seront les conséquences nécessaires : les mauvais livres et les mauvais journaux seront repoussés ou jetés au feu. Je pourrai citer telle paroisse du diocèse de Nancy, renouvelée et réformée par le zèle d'un prêtre instruit, actif, désintéressé, où l'on comptait sept abonnements au journal le Siècle, et oij Ton n'en voit plus qu'un seul aujourd'hui. De même que les

ténèbres fuient en présence de la lumière, ainsi les mauvaises doctrines disparaissent en présence de la vérité.

Ainsi, au lieu de nous plaindre des ravages que font les mauvais livres, les mauvais journaux et les mauvais politiques, plaignons-nous de nous-mêmes; car si nous étions tous ce que nous devons être, prêtres et fidèles, la France serait bientôt entièrement réformée, et l'erreur serait impuissante. Que Dieu daigne nous envoyer desévêques comme saint Ambroise, saint Charles Borromée,dom Barthélémy des Martyrs, de Lamotte, évêque d'Amiens, et des prêtres comme le bienheureux Pierre Fourrier et saint Vincent de Paul; et notre bien-aimée France sera la plus heureuse et la plus puissante de toutes les nations de l'Europe, et même du monde entier.

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