ATTELAGE DES ANIMAUX DE LABOUR
Le premier soin dont il faut se préoccuper avant de se mettre à labourer, c'est celui de bien atteler les animaux de service, de manière à utiliser complètement leurs forces, sans leur imposer ni gêne ni excès de fatigue pendant le travail. Lorsqu'on laboure avec des bœufs, bien que l'antique usage de les atteler par la tête à un joug attaché par des courroies soit resté en vigueur dans la plupart des départements où les bœufs sont employés au labourage, il
vaut mieux les atteler au collier, comme les chevaux et les mulets, et les faire tirer par le poitrail. On objecte que les bœufs liés au joug par les cornes sont plus faciles à conduire : c'est un préjugé. En Belgique, où l'usage du joug pour les bœufs est inconnu, on attelle ces animaux à la charrue, à la charrette, au tombereau même; ils sont aussi dociles et font un aussi bon service que les chevaux les mieux dressés, et ne donnent jamciisUeu à aucun accident; mais c'est à la condition qu'ils soient traités avec beaucoup de douceur. S'ils sont brutalisés, ils s'en vengent tôt ou tard comme les chevaux, et la vengeance d'un bœuf est terrible à cause de ses cornes ; on voit que rien n'est plus aisé que de ne pas s'y exposer. On fait observer à ce sujet que l'homme, pour tirer un bon service des animaux qui le secondent dans la tâche de labourer la terre, doit les traiter comme de bons serviteurs, comme des amis«
Le collier, partie essentielle du harnais, doit être modelé sur les formes de l'animal qui doit le porter; il ne va jamais bien s'il n'est fait sur mesure, selon l'expression reçue. Le meilleur modèle de collier pour les chevaux de labour est le collier perfectionné par M. Vandecastecle. Ce collier est muni à sa partie supérieure de deux œillets qui servent à relier les attelles au moyen d'une courroie qu'on peut serrer ou desserrer selon le besoin. Une échancrure est ménagée pour recevoir le garot , qui , sans cette précaution , se comprime et contracte des écorchures douloureuses ; enfin, Févasement du bas, mesuré d'après la conformation de l'anim^al, laisse toute liberté à la respiration et à la circulation, même quand le cheval est contraint h tirer de toutes ses forces. Les mêmes principes doivent régler la forme du collier pour les mulets ou les bœufs
(l'attelage, en admettant les modifications que nécessite la conformation du cou et du poitrail de ces animaux.
La bonne disposition des palonniers fixés à l'âge de la charrue n'est pas moins nécessaire pour bien utiliser la force des attelages. Quand la charrue fonctionne avec deux bêtes de travail, ou, selon l'expression reçue, avec deux colliers, le cheval de droite doit marcher dans la raie, et celui de gauche dans le guéret, c'est-à-dire dans le sillon tracé par le trait précédent de la charrue. Si l'un des deux chevaux, par excès d'ardeur ou par défaut d'habitude, tend à s'écarter de la iigne qu'il doit suivre en ne maintenant pas assez exactement sa distance de son camarade, on remédie à cet inconvénient par l'emploi d'un bâton mince attaché aux harnais de tête des deux chevaux. La longueur de ce bâton étant précisément égale à celle de la distance qu'ils doivent constamment garder pendant le labourage, cela suffit pour qu'ils ne puissent s'en écarter.
Quand, dans les terres fortes et pesantes, pour donner des labours profonds, on doit atteler à la charrue un troisième cheval, son palonnier est fixé au crochet de la partie antérieure de l'âge par une chaîne de longueur suffisante pour que rien ne gêne la marche de l'attelage, surtout quand la charrue doit tourner au bout de chaque raie. Le mode d'attelage est le même quand, pour des défoncements ou pour des défrichements de bruyères, on doit mettre quatre chevaux à la charrue. Les deux premiers sont attelés comme s'ils devaient labourer seuls; les deux de devant sont attelés à un palonnier double attaché par une chaîne au crochet de l'âge de la charrue.