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RÈGLEMENT DE LA CHAURUE

On a précédemment décrit les formes les plus usitées du régulateur et la manière de rajuster pour régler Tenirure du soc de la charrue (voy. Charrue, page 10). Le régulateur à chaîne est celui qui maintient i'entrure avec le plus de fixité. On a introduit récemment im régulateur k tiges qui permet au laboureur de modifier Tentrure sans arrêter la marche de son attelage et sans quitter les mancherons ; on le nomme régulateur de Mettrai , parce qu'il a été employé pour la première fois dans la colonie agricole des Jeunes Détenus, à Mettrai (Indre-et-Loire).

Quelque parfaitement ajusté que puisse être un régulateur, une foule de circonstances peuvent rendre son action insuffisante. La plus fréquente est Tinégaliié de consistance dans les différentes parties d'un même champ. Si la raie est très-longue et que la terre, légère au point de départ, finisse par être plus ou moins forte à l'autre extrémité, la meilleure charrue ne tient pas exactement son entrure. Il faut donc que le laboureur, connaissant parfaitement la nature du sol sur lequel il opère, règle au départ sa charrue le mieux possible, et qu'ensuite il ne compte pas d'une manière trop absolue sur son régulateur. x\ttentif à sa besogne, il saura peser à propos sur les mancherons, les soulever au besoin, et il n'en éprouvera pas d'excès de fatigue, si la charrue dont il se sert est bien en équilibre et si elle est pourvue d'un bon régulateur.

Il faut aussi que le laboureur, avant de commencer son travail, se rende parfaitement compte de l'état de la terre qu'il va retourner. Si c'est une terre légère, modérément

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humide, de même nature sur toute la longueur du champ, il n'a qu'à régler Fentrure à la profondeur qu'il juge la plus convenable : sa charrue, une fois bien réglée, ne se dérangera pas; mais, s'il a affaire à une terre forte, argileuse, un peu durcie par la sécheresse au moment où il doit y mettre la charrue, sa tache n'est plus aussi facile. Il aura beaucoup de peine au début à faire pénétrer le soc assez avant dans la terre; une fois entré, le soc, parla pression exercée sur lui et sur le versoir par la bande de terre déplacée, tendra à s'enfoncer trop avant, puis, tout à coup, la terre dure venant à céder, le soc sera poussé hors de la raie comme s'il recevait un choc violent par-dessous : nouvelle peine à faire rentrer la charrue dans sa raie et à maintenir le soc à la profondeur désirée. On voit par combien de causes diverses le régulateur, à un moment donné, peut se trouver impuissant à bien remplir son office, et quelle attention il faut apporter au ti^avail du labourage lorsqu'on tient à bien labourer, ce qui n'est pas toujours facile, au contraire, et ce qui explique pourquoi tant de gens, qui pourtant n'ont fait autre chose de toute leur vie, labourent le plus mal possible.

CONDITIONS d'un BON LABOUR.

Pour éxécuter un bon labour, dans le vrai sens de cette expression, il faut d'abord se rendre compte exactement du but du labourage ; le labour est bon quand ce but est complètement atteint. Le labourage n'a pas seulement pour but d'ameublir la couche de terre cultivable, et de la rendre par là propre à recevoir les semailles ; il faut aussi qu'il ouvre la terre aux infiuences fertilisantes de l'atmos-

piière, et pour cela, qu'il la mette en contact avec l'air par le plus grand nombre de points possible. Pour que la terre soit bien ameublie par le labour, elle doit être prise bien à son point, ni trop sèche ni trop mouillée ; quand le sol est convenablement drainé, cette condition si importante est réalisée presque toute Tannée, et l'on peut donner au besoin un bon labour à peu près en toute saison. Il faut ensuite que la forme du versoir, bien en rapport avec la profondeur de la raie, n'exerce sur la bande de terre déplacée aucune pression, et la laisse retomber par son propre poids. Le labour peut être parfoit sous ce rapport, et très -défectueux sous d'autres non moins essentiels. Si, par exemple, la bande de terre retombe debout, sans aucune inclinaison, la surface labourée en contact avec l'air aura exactement la même étendue que celle du même terrain avant le labour, et les sommets de toutes les bandes seront au même niveau, sans aspérités. Si les bandes, au contraire, retombent sous un angle plus ou moins ouvert, cette même surface labourée, au lieu d'être unie, sera sillonnée par les arêtes des guérets, et l'étendue de la terre mise en contact avec l'air sera doublée. On obtient une inclinaison plus ou moins forte de la bande de terre retournée selon le rapport établi entre la profondeur du labour et la largeur de la raie. En France, ce rapport est généralement de deux à trois, c'est-à-dire que la largeur de la bande de terre est à la profondeur du labour comme 2 est à 3. Si, par exemple, on laboure à 15 centimètres de profondeur, on prend une bande d'un décimètre; si l'on pique à 18 centimètres, on prend une bande de 12 centimètres , et ainsi de suite. Les cultivateurs de l'Allemagne et ceux de tout le nord de l'Europe suivent la proportion

de o à 7; pour les labours ordinaires, à 14 centimètres de profondeur, ils prennent une raie d'un décimètre de large; cette même proportion entre la profondeur de la raie et la largeur de la bande est également adoptée par les meilleurs cultivateurs de la Grande-BretaL^iie.

Dans les concours de charrue, les conditions d'un bon labour sont déterminées d'avance; elles donnent lieu à un certain nombre de bons points, dont le total additionné décide du sort des concurrents. On exige surtout que la raie soit d'un bout à l'autre parfaitement nette; car, s'il est retombé des parcelles de terre par-dessus le versoir, et que la raie en soit plus ou moins encombrée, c'est faute d'attention de la part du laboureur; il faut ensuite que les raies soient d'une rectitude irréprochable , quelle que soit leur longueur. Ce point n'est pas seulement exigé pour la régularité du travail et la beauté du coup d'œil; quand la raie n'est pas exactement en droite ligne, elle a forcément des parties de largeur inégale sur divers points de soi parcours : la terre est donc inégalemeni retournée, iréj^alcment ameublie, et le labour est défectueux. Enfin, les juges du concours mesurent de distante en distance la hauteur verticale de la raie , avec une baguette graduée en centimètres; ils enfonce.it la même mesure ça et là dans les guérets, et s'assurent ainsi que la terre a été labourée partout à une profondeur uniforme. La conrlition de temps est aussi prise en considération, mais on ne lui accorde, avec raison, qu'une importance secondaire ; dans la pratique, il vaut mieux, en y mettant le temps sans excès de lenteur, exécuter un labour soigné que de faire précipitamment un labour médiocre, à moins qu'on ne craigne d'être déborde par le temps. C'est ainsi qu'en Suède, par exemple, on

enlève les labours avec une rapidité inconnue ailleurs. Aux environs de Stockholm , l'excessive humidité du climat ne permet pas de labourer avant le 20 mai , année moyenne, et les labours ne sont presque plus possibles passé le juillet. C'est dans ce court espace de temps que doit être faite toute la besogne du labourage; on laboure donc en grande hâte, et il lefautbien; cette précipitation, partout ailleurs, serait sans excuse, elle nuirait nécessairement à la perfection du travail. De même, et pour la raison opposée, on est quelquefois contraint, dans nos départements m.éridionaux, quand les sécheresses sévères du climat du Midi contrarient les travaux des champs, de se hâter pour profiter de la saison où le sol n'oppose pas encore au soc de la charrue une trop forte résistance. Chaque laboureur doit, à cet égard, se conformer aux exigences du climat local.

La règle posée ci-dessus, de donner aux bandes déterre déplacées parla charrue une inclinaison qui multiplie leurs points de contact avec l'atmosphère, comporte quelques exceptions. S'il s'agit, par exemple, de retourner une bruyère qu'on veut rendre à la culture par un bon travail de défrichement , il faut débuter par lui donner un labour qui retourne complètement la bande de terre et la fait retomber à plat dans la raie, les racines de la bruyère restant exposées à l'air. Pour ce cas exceptionnel, le laboureur doit prendre une bande beaucoup plus large que la profondeur de la raie.

DÉFONCEMENTS.

Il y a en France peu de cantons où l'on comprenne bien Futilité des défoncements ; à peine comprend-on géné-

ralement les avantages des labours profonds. En principe, quand le sous-sol n'est pas de mauvaise qualité, le sol n'est jamais labouré trop profondément^ il ne Test presque jamais assez. Dans la pratique, le fermier, même quand il est assez éclairé pour se rendre compte des avantages des labours profonds, est arrêté , soit par la difficulté de modifier son matériel et d'augmenter la puissance de ses attelages, soit par celle encore plus grande de faire une quantité d'engrais suffisante pour proportionner la fumure à l'épaisseur de la couche ameublie par la charrue ; car plus cette couche est épaisse, plus il lui faut de fumier. Cependant, en supposant le sous-sol peu différent de la surface, il faut remarquer que les parties solables des engrais vont s'accumuler en pure perle immédiatement audessous de ce que les laboureurs nomment le plancher, croûte durcie par le passage réitéré de la charrue à une profondeur qui ne varie jamais. Il en résulte qu'en donnant un labour assez profond pour rompre le plancher et le mêler à la couche précédemment cultivée, on utilise des principes fertilisants demeurés longtemps sans emploi, et Ton peut retirer d'un labour profond de grands avantages, sans ajouter beaucoup à la dose de fumier que la terre reçoit habituellement. C'est sur l'observation de ce fait qu'est fondée l'excellente pratique des laboureurs du pays de Waes, en Belgique , qui défoncent tous les ans à la bêche le cinquième de leurs terres , de sorte que l'ensemble est défoncé tous les cinq ans.

Les défonceiuents à la bêche ne sont possibles que dans les pays où la main-d'œuvre est abondante et à bon marché, et où les plus grandes exploitations ne dépassent pas 23 à 30 hectares d'étendue; partout ailleurs, on ne peut

défoncer qu'à la charrue. On a donné précédemment la description des meilleurs charrues fouilleuses ou défonceuses qui ameublissent le sous-sol sans le mêler à la terre de la surface, quand le sous-sol est de qualité trop inférieure, ce qui a heu le plus souvent. Dans ce cas. Faction de la défonceuse doit être précédée de celle d'une charrue puissante, qui prend toute l'épaisseur de la couche cultivable, et rompt le plancher, s'il y a Ueu. On rappelle ici les principaux résultats d'un bon défoncement, que les plus fortes charrues peuvent donner à 30 centimètres de profondeur, quand la couche de bonne terre est suffisamment épaisse. Dans Seine-et-Oise, un cultivateur habile, M. Vallerand, avec une charrue puissante de son invention, donne d'un seul trait des défoncements de 35 à 38 centimètres de profondeur, en attelant à sa charrue six bœufs de première force , après quoi il donne une fumure de 75,000 kil. à l'hectare, enfouie par un second labour, seulement un peu moins profond que le premier. Son assolement est quinquennal; la fumure n'est pas renouvelée pendant les cinq ans de l'assolement; la terre reçoit seulement pendant les dernières années 300 à 400 kil. par hectare de goano, depoudrette ou d'os broyés.

Le sol défoncé à cette profondeur est tout d'abord nettoyé comme par enchantement, les graines et les racines de mauvaise herbe se trouvent enfouies à une telle profondeur qu'elles ne peuvent végéter. Les racines de toutes les plantes cultivées, s'étendant à l'aise dans un sous-sol parfaitement ameubli, profitent complètement de toutes les parties solubles des engrais, qui, lorsqu'on ne défonce jamais, vont s'accumuler en pure perle dans et sous le plancher ; les betteraves, carottes, panais, acquièrent une Ion-

gueur phénoménale et un diamètre proportionné à leur longueur; enfin, toutes les récoltes sur le sol défoncé contrastent par leur supériorité avec celles des champs de même nature qui les avoisinent et qui n'out pas été défoncés : tel est le résumé des immenses bienfaits qui peuvent résulter pour la terre cultivée d'un bon défoncement, judicieusement opéré, en se conformant à la nature du sol et à celle du sous-sol.

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