DIRECTION DES LABOURS
Avant de se mettre à labourer, il importe de se rendre compte exactement des motifs qui doivent déterminer la direction à donner aux raies ou sillons. Le plus souvent, cette direction, primitivement prise d'une manière arbitraire, est continuée de temps immémorial ; le laboureur, trouvant très-commode de refendre les sillons dont il reconnaît la trace sur le terrain, ne recherche même pas s'il peut y avoir lieu de leur donner une direction meilleure et plus rationnelle. Ce point est néanmoins d'une grande importance quand le sol à labourer est en pente fortement
inclinée. Dans ce cas, au point de vue de la perfection et de la facilité du travail, les raies doivent être ouvertes dans le sens même de la pente ; les attelages fatiguent, il est vrai, beaucoup en montant, mais ils se reposent en descendant, ce qui fait compensation; l'eau des pluies s'écoule rapidement le long des raies, sans pouvoir séjourner nulle part; le résultat du labour est, dans son ensemble, aussi satisfaisant que possible. Mais, si la pente, au lieu d'être modérément inclinée, est très-rapide, alors, il y a lieu de craindre que les fortes pluies d'orage en été et la fonte des neiges à la fin de l'hiver ne fassent de chaque raie un ravin avec un torrent en miiniature, tendant à entraîner vers le bas la bonne terre des parties élevées du champ labouré ; ce seul inconvénient l'emporte sur tous les avantages du labour dans le sens de la pente, et la direction des raies doit être modifiée. Les attelages et les laboureurs éprouvent trop de fatigue et ont à combattre trop de difficultés, quand on veut donner à ce genre de terrain un labour en travers de la pente; le labour ainsi donné peut rarement être régulier; il faut, comme on dit, partager le différend, et adopter pour les raies une direction oblique, d'autant plus rapprochée de l'horizontale que le sol est eu pente plus rapide. On évite ainsi les dégâts que pourraient causer les eaux si les raies étaient ouvertes dans le sens de la pente ; le labour est moins parfait, mais, selon l'expression très-juste de M. Casanova, il y a lieu de sacrifier la perfection du labour à la possibilité de son exécution.
Si le terrain est tout à fait plat, ou si sa pente est à peine sensible, la direction des raies devient à peu près indifférente ; il faut seulement avoir égard à la forme du champ, et s'arranger pour faire de très-longues raies, afin de n'a-
voir pas à tourner trop fréquemment. La longueur des raies influe plus qu'on ne le croit communément sur le temps dépensé pour exécuter les labours. En ne tenant pas compte du temps accordé à l'attelage pour souffler au bout de la raie, quand celle-ci est très-longue, temps que le laboureur utilise pour nettoyer le soc de sa charrue en le dégageant de la terre, des herbes et des racines qui peuvent s'être accumulées entre le soc et le contre, les calculs fondés sur l'observation donnent en moyenne 30 secondes de temps employé à chaque tournée , quand on laboure avec des chevaux, et 35 secondes, quand on se sert d'un attelage de bœufs.