PREMIÈRE CLASSE
MODÈLES D’ANATOMIE CLASTIQUE.
Qu’on ne soit pas étonné de voir cette première classe d’objets réunie aux deux autres, et comprise dans un même
1 Klacrhurj (à pièces brisées).
ensemble de produits. Difficilement eût -on pu lui assigner une autre place dans le cadre systématique de l’Exposition universelle. N’est -il pas vrai, d’ailleurs, que toute l’anatomie élastique, en ce qui concerne l’homme particulièrement (car elle applique ses procédés à d’autres êtres, à d’autres, corps), vient en aide à la médecine, à la chirurgie? Comme l’anatomie faite ou étudiée sur les cadavres, elle prépare à saisir, à comprendre le jeu, l’action des machines, des appareils , des instruments , qui sont les principaux moyens de la thérapeutique chirurgicale. Ainsi que l’anatomie proprement dite, dont elle dérive, dont elle est comme le simulacre, mais qu’elle ne suppléera jamais complètement, et dont il serait fâcheux qu’on cherchât à dispenser les jeunes adeptes de la science, elle donne une connaissance assez parfaite de la situation, du nombre, de la forme des organes et des rapports qu’ils ont entre eux. Elle peut donc suffire, jusqu’à un certain point, pour toutes les applications à faire de ces seules notions anatomiques; mais elle est sans utilité, et presque sans valeur, pour tout ce qui se déduit de la structure ou de l’organisation intime de nos parties. Précisément ces notions de grandeur, de forme, de situation et de rapports sont celles qui se combinent le plus avec les principes de construction et le jeu des instruments, avec les principes de construction et le jeu .des appareils et des machines employés comme moyens thérapeutiques. Le rapprochement qui a été fait était donc tout naturel; et, puisque nous avons été conduit à le justifier, parlons tout de suite des nouveaux progrès qu’a faits l’anatomie élastique, et disons dès à présent quelle part d’éloges revient au principal propagateur de cette industrie scientifique.
Après avoir demandé au dessin et à la peinture les moyens de rendre sensible à la vue, d’une manière permanente, tout ce qui, dans l’organisation de l’homme et des animaux, est particulièrement du 'domaine de ce sens, on a demandé à d’autres arts une reproduction approchant plus de la réalité , ou tout au moins plus materielle, des objets que le dessin ou
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la peinture faisaient voir sans qu’on pût les toucher. On a voulu des objets palpables, images bien imparfaites sans doute de ce que sont nos organes, alors même que la vie les a abandonnés et qu’on les étudie sur un cadavre; mais pouvant, du moins, faire illusion, à quelques égards, et servir à certaines études.
De là est venu l’art des préparations en cire. Créé d’abord pour l’anatomie proprement dite, cet art a été utilisé ensuite pour d’autres parties de l’histoire naturelle. De l’Italie, où il a pris naissance, en même temps qu’il y a été porté à une assez grande perfection , il s’est promptement répandu en France, en Angleterre, en Allemagne : mais, après avoir atteint ses dernières limites, il devait avoir d’heureux rivaux. Tout porte à croire que bientôt il ne sera plus affecté qu’à la reproduction inanimée de certains personnages et réservé à des spéculations théâtrales, du genre de celles qui, presque oubliées maintenant en France, prospèrent encore d’une manière remarquable dans la capitale de l’Angleterre. C’est qu’en effet, pour les études sérieuses, les préparations anatomiques en cire n’ont qu’une utilité très-bornée. Oui, sans doute, quand elles sont convenablement soignées et bien protégées, le temps les altère peu; mais encore exigent-elles un certain entretien. Remarquons, d’ailleurs, que la matière première qui entre dans leur composition et les moyens de fabrication les ont toujours maintenues à un prix très-élevé.
Le siècle présent, qui a été si fécond en découvertes et en inventions de tous genres, devait voir éclore des procédés nouveaux, avec des produits imitant de mieux en mieux la nature , d’une exécution plus simple , et dont l’acquisition des procédés n’oblige pas à de trop grands sacrifices.
En France, plusieurs hommes, qui avaient déjà par euxmêmes une valeur scientifique, guidés par les connaissances qu’ils possédaient antérieurement, sont entrés dans cette nouvelle voie; ils ont réalisé l’une des plus heureuses alliances, celle de la science et de l’industrie.
M. Auzoijx s’est distingué plus que tout autre dans ce genre.
Ses travaux, déjà si remarqués aux dernières Expositions françaises, auraient mérité plus qu’ils n’ont obtenu à l’Exposition de Londres. Il y a une puissance d’invention , et presque du génie, dans la manière dont il parvient, avec une matière susceptible de moulage, et pouvant donner un nombre illimité d’exemplaires à reproduire, quant à leurs attributs physiques, toutes les parties de l’organisation de l’homme et de certains animaux, depuis les plus grands jusqu’aux plus petits, depuis le cbeval jusqu’à l’abeille. Ces parties, il les rassemble ensuite et les réunit, d’après leurs connexions naturelles, en groupes plus ou moins considérables, pour former telle ou telle autre grande division du corps, et constituer enlin l’être en totalité : être inanimé, factice, qu’on peut à volonté décomposer, refaire et décomposer encore, autant de fois que l’exigent les études auxquelles il est destiné , sans qu’il subisse aucune altération.
Les préparations de M. Auzoux ont été accueillies par toutes les nations où les sciences naturelles sont en honneur; elles ont pénétré dans presque toutes les parties du monde; elles sont surtout d’un grand secours dans les pays où règne habituellement une température trop élevée pour qu’il soit possible de consacrer beaucoup de cadavres aux travaux anatomiques ordinaires, comme dans ceux où le même empêchement tient à l’empire des préjugés.
Combien encore sont plus dignes d’éloges les efforts que M. Auzoux a faits pour porter à un haut degré de perfection l’art qu’il cultive en même temps que les objets qui en sont le produit, quand on pense qu’il y fait concourir un grand nombre de sujets d’âge assez différent dont il assure l’existence et le bien-être; qu’il a ainsi doté d’une industrie particulière et fort lucrative un petit village de la Normandie, où il a reçu le jour, et, que par sa surveillance et ses soins, les individus qu’il emploie doivent à la nature de leurs travaux une instruction spéciale assez étendue, et sont remarquables par leur moralité !
Bien que d’autres produits du genre de ceux de M. Auzoux
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aient pris. naissance en France, presque en même temps que les siens, et telles ont été les préparations cleM. Thibert, leur caractère, à raison des objets qu’ils sont destinés à représenter, ne permettait pas qu’ils parussent à l’Exposition de Londres, de même qu’ils ne paraîtraient dans aucune autre exposition publique ; ils ont une autre destination que ceux de M. Auzoux; ils ont été créés dans un autre but, ce qui n’exclut, d’ailleurs, ni leur mérite, ni leur importance, ni leur utilité. Par la perfection à laquelle il est déjà parvenu dans les siens , perfection qu’il surpassera peut-être encore , M. Auzoux a rendu, en ce genre de préparations, les autres peuples tributaires de la France.