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I? CLASSE

APPAREILS ET MECANISMES AUXILIAIRES DE LA THERAPEUTIQUE, OU NÉCESSAIRES À LA PROTHESE.

Viennent maintenant les objets de la seconde catégorie, qui ont déjà une part plus ou moins active dans la thérapeutique des maladies, mais qui n’ont pas le caractère d’instruments, et sont affectés à toute autre chose qu’aux opérations proprement dites. Ce qui les distingue parliculièrement, c’est qu’ils sont destinés à une autre action continue, prolongée, ou même permanente; tel, un bandage avec lequel on contient une hernie, et qui doit rester en place, sinon toujours indéfiniment, au moins aussi longtemps que cette hernie tend à se reproduire; tel, un membre artificiel , ou tout autre des moyens destinés à remplacer une partie du corps qui manque, ou à corriger, au moins pour la vue, la difformité qui résulte de la mutilation de cette partie; ainsi agit un œil d’émail, les dents postiches et toutes ces imitations artificielles aussi du nez, de l’une des lèvres, de la conque ou du pavillon de l’oreille, les obturateurs d’ouverture à la voûte palatine ou du voile du palais, toutes choses imaginées en grand nombre pour les parties intérieures ou extérieures du visage : car c’est au visage que les difformités sont le plus choquantes; c’est

là qu’on a le plus intérêt à les pallier, à les déguiser, à les cacher.

Et combien ne s’est-on pas exercé, de nos jours, à varier de toute manière, à perfectionner ces moyens prothétiques! Les bandages herniaires; certains autres appareils destinés à contenir ou à comprimer des parties autres que celles dont le déplacement constitue les hernies; les machines orthopédiques de toutes sortes, c’est-à-dire destinées à agir sur tant de régions différentes du corps, et à combattre leurs déformations ou leur état d’impuissance, les moyens si nombreux et si variés de prothèse par lesquels on supplée à un organe qui manque en totalité ou en partie, de manière à tromper l’œil sur ce que cet organe a d’apparent ou de visible, et quelquefois même aussi à en réhabiliter la fonction naturelle (et, parmi ces divers moyens, il faut ranger les membres artificiels dont quelquesuns comportent certaines combinaisons de la mécanique). Tels sont les objets dont se compose notre seconde division, et qu’on a pu remarquer à l’Exposition de Londres. Aucun do ces objets n'est d’invention tout à fait moderne; dès longtemps une impérieuse nécessité les a fait créer, et pour un bon nombre d’entre eux, il faut le dire, la France avait pris l’initiative. Ce sont des chirurgiens français, ou de simples artistes inspirés par ceux-ci , qui , les premiers , ont porté le goût et la précision dans la construction des bandages ou des appareils mécaniques simples , dans celle des machines orthopédiques , dans ces pièces artificielles destinées à remplacer, au moins de manière à tromper la vue , certains organes quand ils viennent à manquer, comme cela arrive si souvent pour l’œil, pour le nez , pour une des lèvres, pour le menton, pour une partie de la voûte palatine ou du voile du palais.

Incessamment aussi des efforts ont été faits, en France, pour perfectionner les produits industriels et à demi artistiques du genre de ceux dont il s’agit, pour en imaginer de nouveaux à mesure que de nouvelles exigences ou des circonstances nouvelles plus ou moins extraordinaires se sont présentées. Voyez surtout quel parti on a su tirer du caoutchouc, quelles trans-

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formations diverses on lui a fait subir, combien d’instruments, d’appareils de tous genres, il a servi à composer! Et, de nos jours, n’emploie-t-on pas utilement, pour des objets de même genre , et la gutta-percha et le caoutchouc vulcanisé? Ce dernier a même, sinon pour toutes choses indistinctement, au moins pour un bon nombre d’objets qui en comportent l’usage, plus d’avantages que le caoutchouc pur et simple; il les doit à ce qu’il est moins altérable, et à ce qu’il conserve plus longtemps sa souplesse et son extensibilité.

Besoin n’est pas de tenter ici, ni une classification méthodique, ni seulement même un dénombrement un peu complet de toutes ces choses de second ordre sur lesquelles nous venons de jeter un coup d’œil, ou plutôt que nous venons seulement de caractériser. Si remarquables qu’elles puissent être par le haut degré d’intelligence qui préside chaque jour à leur construction, et par la perfection de plus en plus grande que chaque jour aussi elles acquièrent, elles ne comportent ici ni un examen plus approfondi, ni une plus haute appréciation. Il faudrait les parcourir toutes; il faudrait citer tous les hommes dont les mains les ont enfantées, pour faire entre ceux-ci une juste répartition d’éloges, et signaler le mérite propre de chacun d’eux. Un motif plus puissant encore nous détourne de cet examen approfondi et d’une appréciation tant soit peu développée. Ces appareils de tant de sortes diverses, ces bandages, ces machines plus ou moins compliquées, tous ces moyens prothétiques, toutes ces choses que nous avons réunies dans un même groupe, sont bien soumises, dans leur construction , à quelques principes généraux; il est bien vrai aussi que l’usage en est très-répandu; mais elles ne sont pas d’une application aussi générale que les instruments proprement dits. Presque toujours il y a à modifier pour chacune des circonstances qui en réclament l’emploi. On pourrait dire qu’elles ont presque toutes, ou plutôt chacune en particulier, un caractère propre et une destination spéciale.

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Bien differents des appareils dont il vient d’être question sont les instruments proprement dits. Ceux de chaque espèce ont presque toujours une destination très-étendue, très-variée; ils sont les auxiliaires constants, habituels, du chirurgien , pour les opérations qu’il doit faire ; car bien rarement ses forces et ses moyens lui suffisent. Le même instrument, qu’il soit ou général ou spécial, on peut l’appliquer à de nombreux cas, chez presque tous les individus, dans presque toutes les occurrences : on n’a guère à lui faire subir de modifications que pour des cas extraordinaires ou dans des circonstances imprévues. De même, il n’y a guère nécessité de créer ou d’imaginer des instruments nouveaux, ou de grossir utilement l’arsenal déjà si considérable dont l’art est en possession , si ce n’est pour satisfaire à des indications nouvelles.

Considéré dans son ensemble, l’art instrumental, c’est-àdire l’art de fabriquer les instruments, lesquels doivent être distingués des simples outils et sont presque tous construits avec du métal, cet art, disons-nous, a deux grandes destinations : ou bien ce qu’il crée, ce qu’il produit, est affecté aux mille et une actions communes et ordinaires de l’homme vivant en société; ou bien les objets qu’il confectionne ont leur destination pour tel ou tel autre art en particulier.

A elle seule, la chirurgie en réclame un très-grand nombre : de tous les arts scientifiques, c’est incontestablement celui qui a l’arsenal le plus compliqué, un arsenal qui doit s’étendre chaque jour avec des besoins nouveaux. C’est l’art dont la pratique exige le plus d’instruments qui lui soient spécialement affectés. Cela est vrai de nos jours plus que cela ne l’a été dans aucun autre temps.

Tant de progrès, tant de perfectionnements, tant de créations nouvelles, qui ont eu lieu en chirurgie depuis le com-

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mencement du siècle, n’ont pu s’accomplir que par l’heureux concours d’hommes livrés, par état, à la fabrication des instruments : de là, ces moyens nouveaux, susceptibles euxmêmes d’être modifiés et perfectionnés, ajoutés à ceux dont l’art était déjà en possession. Par un de ces hasards dont on ne prise pas toujours assez les conséquences, en même temps que le génie de la science marquait ses pas par de nouvelles conceptions, d’habiles industriels se montraient capables de les comprendre, de venir en aide à la chirurgie, de rendre exécutables les actes qu’elle avait imaginés , et faisaient prendre à leur art un caractère de grandeur qu’il n’avait jamais eu.

C’est en France particulièrement que ces deux choses se sont produites. Et quel contraste entre ce qui est maintenant et ce qui était il y a cinquante ans! C’est qu’en effet, depuis le commencement du siècle, la pratique de la chirurgie a fait d’immenses progrès. Des opérations nouvelles ont été instituées; presque toutes celles qui étaient déjà pratiquées ont été perfectionnées; d’autres méthodes ont pris place à côté de celles qui , depuis longtemps , étaient consacrées par l’usage. Ces opérations nouvelles, comme les méthodes nouvelles appliquées à des opérations déjà connues, ont presque toutes nécessité de nouveaux moyens d’exécution; même pour de simples modifications apportées aux procédés opératoires anciens, les instruments ont dû subir certains changements.

Dans aucun temps, à aucune époque de l’art, le génie industriel n’a eu autant à seconder et n’a mieux secondé les inspirations de la science. Si c’était ici le lieu d’entreprendre une revue rétrospective, il ne serait pas sans intérêt de signaler, à ce point de vue, les phases diverses par lesquelles la chirurgie a passé , d’en comparer les époques , et de faire remarquer combien, dans certains temps, ses moyens d’exécution ont été simples; combien dans d’autres, au contraire, ils ont été compliqués. Une telle étude devrait commencer par l’indication de ce fait historique des plus remarquables : c’est que la chirurgie, comme science et comme art, ayant pris

naissance chez les Grecs et les Romains, c’est d’eux aussi que sont venus les premiers moyens spéciaux, les premiers instruments affectés à des opérations régulières, et differents de ceux qui sont consacrés dans les arts généraux. N’est- ce pas une chose plus remarquable encore, que quelques-uns de ces instruments aient été, d’abord, abandonnés ou perdus, puis retrouvés au milieu des débris de l’antiquité; et que, dans des temps modernes , avant que les modèles anciens fussent connus , on les ait imaginés de nouveau! Comme si, en beaucoup de choses, dans les arts, dans les sciences, les mêmes vues, les mêmes pensées, les mêmes projets, devaient germer et se produire à des époques differentes et plus ou moins éloignées les unes des autres, probablement, il est vrai, sous l’empire des mêmes circonstances et pour satisfaire aux mêmes besoins! Ne sait-on pas que, parmi les objets d’art remis au jour par les fouilles d’Herculanum et de Pompéi, qui forment la belle collection du musée de Naples , on trouve des instruments de chirurgie en nombre assez considérable? Quelques-uns n’offrent-ils pas la plus parfaite ressemblance avec des instruments modernes qu’on croyait d’invention toute nouvelle? Telle est particulièrement une algalie en S, sur laquelle semble avoir été calquée la sonde également à double courbure, dont on attribuait l’introduction dans l’art à J. L. Petit : instrument dont l’usage est de nouveau tombé en désuétude, mais qui a pu rendre quelques services jusqu’au temps où l’on a perfectionné les sondes flexibles en gomme élastique.

Mais c’est assez s’occuper des temps anciens; ne perdons pas de vue l’Exposition de Londres, et disons seulement comment, par l’œuvre des industriels français, elle a brillamment reflété les progrès de la chirurgie depuis le commencement du siècle, et ceux de l’art instrumental. Deux choses distinctes étaient à considérer et devaient frapper l’attention des membres du jury : l° Ce qui concerne la fabrication en général, son caractère, sa perfection plus ou moins grande, sous le rapport de l’élégance et de la bonne qualité des pro-

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cluits; 2° ce qui avait le caractère de la nouveauté, de l’invention, et procédait, en quelque sorte, du génie industriel.

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