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visible de plus loin. On se contenterait, à la rigueur, d’un simple radeau.
La dimension du cadre est variable ; elle dépend du but que l’on se propose. Le bâtiment télégraphiste anglais Buccaneer à réussi, dans le golfe de Guinée, à se faire remorquer à contre-courant de surface par sa drague qui devait par conséquent posséder une surface considérable. Comme cet instrument susceptible d’être fabriqué à bord de n'importe quel bâtiment est surtout destiné à étudier les courants de moyenne profondeur, on cherchera à augmenter la surface sur laquelle agit le courant, c'est-àdire celle du double cadre et, au contraire, à diminuer celle de la bouée de surface qui, soumise à un courant souvent différent, n’est qu’une cause de trouble dans la marche du système et dont la seule utilité est de soutenir le cadre et d’être aperçue de loin.
La drague est abandonnée à la profondeur requise et le bâtiment qui la suit de loin pour ne pas troubler sa marche, note sa position de temps en temps soit d'après des repères terrestres si l’on est en vue de la côte, soit astronomiquement si l’on est au large. On marque ces points sur une carte et on les relie par une courbe continue. Cette étude est simple et il serait à souhaiter qu’elle fût entreprise dans les mers d'Europe, particulièrement en Méditerranée dont on connaît mal les courants superficiels et pour ainsi dire pas les courants inférieurs. On immergerait la drague d’abord à 5 m et ensuite à 25, 50 et 100 m. Cette étude réserverait certainement des surprises et devrait bien tenter les yachtsmen.
Bouteilles accouplées de Hautreux. — M. Hautreux a eu l’idée excellente de remplacer le flotteur de Mitchell composé de deux récipients en cuivre d'égale surface et dont le prix est assez élevé, par deux bouteilles en verre (fig. 51), de forme et de dimensions quelconuues pourvu
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qu’elles soient identiques pour l’une et pour l’autre. . La première bouteille débouchée est destinée à descendre dans la profondeur et, par conséquent, à se remplir d’eau. La seconde, attachée par un fil qui peut n’êtré qu'une simple ficelle paraffinée afin d'empêcher son rétrécissement au mouillage et qu'on prend de longueur conforme à la profondeur où l’on désire con-
naitre le mouvement de l’eau, est
ou de sable pour que son col seulement soit visible à la surface.
Du reste, pour mieux obtenir la visibilité, rien n'empêche de peindre en couleur à l’huile voyante le col de la bouteille.
Si l’on veut établir une rose de courants, d’une embarcation mouillée et par conséquent fixe, on peut encore attacher au col de la bouteille flottante une légère ficelle paraffinée, métrée et munie d’espace en espace de petites balles de liège qui la maintiennent sur l’eau sans cependant être assez nombreuses pour gêner son mouvement. On commence par n'employer que la bouteille de surface qu'on abandonne au courant et, après un temps déterminé, 1,2, 3 ou 5 minutes, selon la vitesse du courant, on relève l’azimut de cette bouteille et la longueur de ficelle filée. On ramène le système à bord, on attache la seconde bouteille à une distance quelconque de la première, 2, 3, 5 mètres ou davantage. on abandonne de nouveau au courant; après le même intervaile de temps que la première fois, on prend l’azimut de la bouteille flottante et la longueur de ficelle filée. On recommence autant de fois que l’on veut avoir de profondeurs différentes et l’on se procure ainsi tous les éléments nécessaires pour dresser la rose de courants.
bouchée et lestée avec assez d’eau
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LM
Dans l’Iroise, j'ai opéré d’une autre façon. J’avais une série de bouteilles accouplées deux par deux et séparées par
des longueurs de fils différant entre elles de 5 en 5 mètres. Dans chaque système, le col de la bouteille flottante était
peint d'une couleur différente. Toutes furent abandonnées au même point repéré et au même moment, et dès que je jugeai qu’elles avaient accompli un trajet suffisant, j’allai les repêcher successivement, notant chaque fois l’heure et la position par un coup de cercle hydrographique sur des repères situés à terre. La rose fut facile à établir et l’opération exécutée rapidement, ce qui importait, car il s’agissait de courants de marées simultanés à diverses profondeurs, courants très variables de vitesse et de direction, comme on sait, suivant l’heure de la marée.
Épaves artificielles. — Le Service Hydrographique des
États-Unis indique sur les « Pilot-Charts » le trajet des
épaves de navires abandonnés flottant en pleine mer et dont la position est relevée par tous les bâtiments qui les rencontrent, ce qui permet de figurer leur trajectoire par une courbe continue. Ces épaves sont un sérieux danger pour la navigation et, à diverses reprises, on à proposé de s’en débarrasser avec de la dynamite ; néanmoins l'examen de leur trajectoire a rendu d’utiles services à l’étude générale de la circulation océanique, d'autant plus que leurs fortes dimensions les laissant apercevoir de loin, le tracé graphique est à peu près continu. J’ai pensé que l’emploi d'épaves artificielles, non dangereuses pour les navires qui viendraient à les heurter, présenterait tous les avantages des épaves réelles avec d’autres qui leur seraient particuliers puisque, semblables aux bouteilles Hautreux, elles pourraient être accouplées.
Elles consisteraient ({g. 52) en deux vieilles barriques sans valeur, peintes aux couleurs nationales des diverses nations participant à ces travaux, l’une destinée à être
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complètement noyée, la seconde devant flotter à la surface, peinte ainsi qu’il a été dit, fermée, marquée d’un numéro d'ordre visible de loin et même munie d’une perche portant un lambeau d'’étoffe blanche. Ces deux barriques, de surface égale, seraient rattachées l'une à l'autre par une corde de longueur correspondant à la profondeur où l’on tient à observer le mouvement de l’eau.
Dans de telles conditions, les épaves artificielles seraient sans danger; visibles de loin, elles seraient signalées par tous les navires qui les rencontreraient, tandis que leurs couleurs natious nales avec leur numéro d’or-
dre permettraient d'informer de leur rencontre le service hydrographique compétent de la nation ayant procédé au lancement.
Il est évident qu'un certain nombre de ces épaves artificielles établies à diverses profondeurs dans une mer bien délimitée comme, par exemple, la Méditerranée, sillonnée par beaucoup de bâtiments, renseigneraient à peu de frais et en peu de temps sur des circonstances de circulation bien peu connues, même en Méditerranée.
La seule objection faite à cette proposition si facile à régler par une entente internationale est que les barriques, malgré leur valeur presque nulle puisqu'on les aurait choisies à dessein hors de service sauf pour le rôle qui leur serait attribué dans cette circonstance, ne manque-
raient pas cependant de tenter la cupidité et seraient immédiatement volées et dépecées.
Flussomètre Makarow. — L'amiral Makarow a imaginé dans le but de mesurer à diverses profondeurs les courants du Bosphore et construit un mesureur de courants extrèmement ingénieux, peu coûteux, très précis et remarquablement facile à établir. J'ai essayé de rendre son appareil un peu plus maniable sans rien changer d’ailleurs à ses conditions de simplicité.
Le prix des divers mesureurs mécaniques de courants est assez élevé parce qu’on est obligé d'y installer un compteur enregistrant le nombre de tours exécutés sous l’action du courant par un système d’ailettes. L'amiral a conservé les ailettes et la girouette d'orientation de ces appareils, mais il a disposé son fiussomètre de manière que, à chaque tour des ailettes, un marteau ou battant mobile vienne frapper un coup sur une cloche portée par l’appareil lui-même et immergée avec lui. On mesure le nombre des tours d’ailettes et par conséquent la vitesse d’après le nombre de coups entendus pendant un temps déterminé.
La girouette d'orientation (/g.53) est un simple cadre en gros fil de fer sur lequel est tendue une toile à voile huilée; la cloche est portée à l’extrémité de l’axe de rotation et son battant est assujetti à ne retomber et à ne frapper la cloche que - dans le plan vertical. On entendrait ainsi deux coups à
PA
Fig. 53.
156 OCÉANOGRAPHIE PRATIQUE.
chaque tour, ce qui serait gênant, si l’on n'avait eu la précaution de coller avec une colle insoluble dans l’eau un morceau de caoutchouc à l’intérieur de la cloche dans le plan de chute du battant. Celui-ci en retombant ne produit alors aucun son et l’on ne perçoit qu'un seul coup par tour.
La manière la plus simple de graduer l'instrument consiste à l’exposer à un courant de surface dont on mesure directement la vitesse en y abandonnant un flotteur retenu par une cordelette. On évalue ainsi à quelle vitesse réelle correspond un nombre de tours déterminé
des ailettes. On recommence plusieurs fois l'opération avec.
des courants d’intensités différentes et on dresse ainsi une table ou mieux une courbe.
On leste l'instrument avec un plomb pour le faire descendre. On prétend que le bruit des chocs peut s'entendre jusqu’à une trentaine de mètres de profondeur surtout si l’appareïl est supporté par un fil métallique.
Pour avoir la direction du courant, il suffira d'envoyer un flotteur quelconque, une boule blanche ou une petite drague à courant, retenu par un fil à la profondeur où sera descendu ensuite le flussomètre et de déterminer la direction de son entraînement. Le flussomètre indiquera ensuite la vitesse (1). |
(1) On pourrait, je erois, simplifier encore le flussomètre Makarow et se servir de la boule blanche creuse (fig. 37) pour mesurer la direction et la vitesse de courants superficiels ou profonds. L'opération ne se ferait évidemment qu'à bord d’une embarcation ou d’un bâtiment mouillés et par conséquent immobiles.
Supposons qu’on désire observer les courants d’abord à la surface, puis à 10, 15... mètres de profondeur. Pour le courant superficiel, la boule est lestée d’eau de façon à ce que sa densité soit à peine inférieure à celle de l’eau de mer. On y attache une cordelette paraffinée graduée, on abandonne au courant et au bout de l’unité de temps, on mesure la longueur de cordeletie entraînée. On attache ensuite la cordelette à un petit dynamomètre à ressort, de poche, on maintient la boule immobile et l'on mesure en kilogrammes