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croire en droit de noter une direction d'après une trajectoire qu'on était forcé de supposer en ligne droite, alors qu’en réalité le flotteur l'avait suivie en effectuant mille circuits, boucles, tourbillonnements dans tous les sens. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder sur les « Pilot-Charts » américains le tracé continu des épaves de navires abandonnés qui, constituant un sérieux danger pour la navigation, sont signalées chaque fois qu’on les rencontre et de plus sont assez grosses pour ne pas rester inaperçues. En outre, les flotteurs se tenant uniquement dans la couche tout à fait superficielle de l’eau et étant en partie immergés dans l'air, car autrement on ne les aurait pas vus, obéissent aux mouvements infiniment variables et irréguliers de cette nappe d’extrème surface ; la marche d’un tel flotteur, à supposer même qu'elle soit suivie continuellement, participe à la fois du mouvement des eaux et de celui de l’air; c’est de la météorologie autant pour le moins ‘ que de l’océancgraphie, dans une proportion impossible à apprécier ou, pour mieux dire, ce n’est ni de la météorologie ni de l’océanographie. Il était tout aussi absurde de prétendre évaluer une vitesse d’après la comparaison des deux dates de mise à l’eau et de découverte, surtout sur une plage.Savait-on depuis combien de temps la bouteille gisait sur le sable au moment où on l’y ramassait ? Dans une seule circonstance, l'emploi des flotteurs libres a été justifié, lorsque les Américains cherchèrent à vérifier expérimentalement l'hypothèse de Nansen d’une circulation polaire par passage continu des eaux de la côte de Sibérie et du détroit de Behring aux environs du pôle arctique et leur sortie du bassin polaire par le détroit de Danemark. Ils lancèrent à la mer, vers le détroit de Behring, de solides flotteurs en bois qui furent recherchés ensuite sur la côte Est du Groenland. La question ne pouvait guère être résolue autrement et; de plus, les flotteurs pris dans la glace et rendus ainsi indépendants des causes accessoires
150 OCÉANOGRAPHIE PRATIQUE.
n'étaient plus soumis qu'aux influences de la dérive qu’il s'agissait précisément d'étudier. Mais le cas était tout à fait exceptionnel et, d’une façon générale, la méthode d’observation des courants par flotteurs abandonnés à eux-mêmes est absolument à rejeter.
On étudie les courants soit par l'observation directe au moyen de la drague à courant, des bouteilles accouplées
de Hautreux, des épaves artificielles et du flussomètre
Makarow, soit par la méthode indirecte basée sur la densité des eaux qui s'applique surtout aux eaux très profondes.
Draque à courants. — La drague à courants employée à
bord du Challenger consistait (/ig. 50) en deux cadres rectangulaires égaux en bois, croisés perpendiculairement entre eux, soutenus par un axe vertical en bois et sur chacun desquels est tendue une toile à voile qu'il y à avantage à huiler à l’huile siccative afin de la rendre imperméable à l’eau. Le double cadre est convenablement lesté pour enfoncer avec l’excès de poids le plus faible possible et est suspendu à un fil de sonde plutôt métallique qu'en filin qui esttrès pesant et long de la profondeur où l’on veut observer. Celui-ci est attaché à une bouée de surface qu’il convient de faire aussi petite que possible pour donner moins de prise au vent, qu'on surmonte d'un pavillon blanc afin de la rendre
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