SIS
pierreries (1) » Et n'est-ce pas en cette langue que l'Église dans ses hymnes chante les splendeurs de l'au-delà?
Hic margarîtis emicant Patentque cunctis oslia :
Scalpri salubris ictibus
Et tunsione plurima,
Fabri polita malleo
Hanc saxa mollem construunt,
Aptisque juncta nexibus
Locantur in fastigio.
N'est-ce pas aussi sous ce jour tout humain que TApocalypse elle-même nous représente la scène du jugement dernier dans la seconde vision, où Dieu, rayonnant d'une éblouissante clarté, assiste sur son trône à l'ouverture des sceaux et aux prodîges qui annoncent la fin des temps. « Celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe ou de sardoine. L'arc-en-ciel brillait au-dessus de sa tète, pareil à une vision smaragdine. Autour de son trône, il y avait vingt-quatre sièges, et sur ces sièges vingt-quatre vieillards, vêtus de blanc, avec des couronnes d'or sur la tète. Du trône sortaient des éclairs, des voix et des tonnerres; au-devant brûlaient sept lampes ardentes qui sont les sept esprits de Dieu. Vîs-à-vis s'étendait une mer de verre semblable à du cristal, et tout autour se tenaient les quatre animaux (2). »
(1) Loc. cit., t. Il, p. 304 a-b.
(2) VI, 3-6. — Cette scène majestueuse est terrible, oii l'ima-
LES INFERENCES
Oui, les symboles nous viennent comme d'euxmêmes, quand nous méditons sur Fauteur suprême des choses, sur l'origine et la destinée de nos âmes ; ils jaillissent alors des sources les plus profondes de la TÎe. Et le fait s'explique aisément. Nous ne sommes pas des esprits purs. Nous avons une imagination; il est naturel qu'elle cherche à se représenter ce que la raison conçoit; elle en a besoin et court comme après sa pâture, quand l'intelligence dépasse » l'ombre » pour monter jusqu'à la contemplation de a l'être ». Nous avons un cœur; nous voulons aimer. Or nous aimons surtout ce que nous sentons; et nous ne sentons profondément que la beauté qui revêt une forme visible. C'est la raison pour laquelle les mystiques ont un langage si métaphorique; de là vient qu'il leur faut des « châteaux de l'âme » , des « fontaines d'eau vive » , des » déserts » immenses où ils soient enfin seuls avec Dieu. Et comment la raison ellemême arriverait-elle à se maintenir sur ses sommets? Gomment pourrait-elle s'établir dans ses concepts métaphysiques, si elle ne trouvait audessous d'eux d'autres concepts moins purs, mais à la fois plus rapprochés du réel et plus familiers? Le symbolisme a ses racines dans notre nature. Mais il importe de remarquer en même temps qu'il ne compromet d'aucune manière l'exactitude
gination de l'Orient s'accuse avec tant d'éclat, est magnifiquement reproduite au tympan de Moissac.
RATIONNELLES
de nos inférences sur l'au-delà. Nos concepts vrais, ceux qui viennent tout droit des exigences du donné, ne perdent rien de leur valeur objective au contact des éléments inférieurs dont ils s'étoffent; ils gardent toute leur pureté native et sous les images qui les trahissent, et sous les concepts empruntés à notre expérience qui les traduisent imparfaitement : si bien que nous pouvons toujours les retrouver sous le vêtement de chair qui les déguise. Les comparaisons ne suppriment pas la raison; elles ne font que la traduire en une autre langue, plus humaine et par là même moins précise. Discerner les concepts vrais des analogies qui les accompagnent et s'y mêlent, c'est affaire à la critique; et, partant, c'est une besogne toujours possible.
Qu'on nous laisse donc nos symboles; qu'on nous laisse nos légendes, nos rites, nos chants et nos cathédrales de pierres. Ces choses-là sont l'efflorescence naturelle et bienfaisante de la vérité. On peut sans doute écarter les lierres et les fleurs qui grimpent le long des murs du temple, afin d'en mieux voir les puissantes assises. C'est même une tâche utile; bien plus, c'est une tâche qui peut devenir nécessaire. Mais qu'on ne la fasse point d'une main brutale; et surtout, qu'on n'abatte rien de ce qui s'est glissé de vénérable dans ce magnifique décor. Le peuple, pour comprendre, a besoin d'images où la vérité s'irise comme dans un
LES INFERENCES
prisme; et surtout il en a besoin pour aimer. C'est à travers la splendeur des symboles que les foules communient avec Tintelligible; c'est par là qu'elles s'en donnent l'émotion profonde et le contact purifiant. Les foules ont d'ailleurs plus raison qu'on ne le pense, dans leurs sentiments obscurs ; et la prudence veut qu'on ne s'en sépare pas radicalement. Si loin que le philosophe pousse ses spéculations, c'est toujours un homme.