PREMIÈRE PARTIE DE L'OBSERVATION
A... S..., 20 ans, atteint en juin 1918 d’une grippe de trois Jours, présenta, en janvier 1920, un nouvel épisode d’hyperthermie (39°8 pendant 2 à 3 jours), suivi d’une longue période d’hypersomnie, de lassitude extrême, puis d’insomnie et de torpeur intellec- : tuelle. Il est en 5°; il dort à peu près pendant toute la classe, se réveillant pour écrire deux ou trois lignes, puis s’interrompant pour se rendormir. Le diagnostic d’encéphalite épidémique fut alors porté par notre collègue, le docteur Péhu.
Au début de l’année 1921, ce jeune homme parut complètement guéri ; mais en juin de la même année, céphalée et insomnie firent leur réapparition. En novembre 1921, de nouveau les céphalées reparaissent, avec légère hyperthermie. S... s'endort en classe et même en s’habillant. En 1922, l’état psychique du jeune homme éveille de réelles inquiétudes. 1] devient incapable de suivre sa classe, n’a plus d'orthographe, son écriture est irrégulière, anarchique. Par place, elle est même illisible et informe avec quelques lignes qui s’emmêlent et se chevauchent. Plein de bonne volonté, le jeune homme perd tout : il est toujours mal habillé.
Il y a toujours de l’insomnie nocturne et de l’hypersomnie diurne. Sans cesse la langue sort des arcades dentaires et le jeune homme souffle comme un phoque en se frottant les genoux. Bien que de très bonne
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éducation, il a pris la marche lourde, l'allure paysanne.
Au traitement anti-infectieux (urotropine intraveineuse et abcès de fixation) sont joints des efforts de rééducation avec des exercices d'écriture sur feuilles rayées en doubles lignes, exercices qui avaient été conseillés par l’un de nous.
Peu à peu sous cette double action, l’état s’améliora, le travail redevint possible, l'écriture se normalisa. Il y a tout lieu d'admettre que l'écriture anarchique et informe sus-mentionnée n'était qu’ « écriture en état de rêve ». Elle faisait partie de ces curieux troubles psychiques et graphiques de l’encéphalite épidémique sur lesquels l’un de nous a attiré l’attention. Le tic du souffleur finit par s’atténuer. Mais en 1925, la démarche restait lourde : la jambe gauche semblait se faire traîner à la remorque. Le tronc restait un peu ‘affaissé, les épaules arrondies. |
En 1928, continuant toujours, au moins par inter-, mittence, le traitement par l’urotropine, le jeune homme entre à l'Ecole de Commerce (section tissage). I travaille beaucoup, désireux de rattraper le temps perdu. I maigrit, traîne de plus en plus la jambe gauche. On constate, d’ailleurs, au niveau du poignet gauche, une rigidité latente, discrète, du type dystasique. Elle s’accentue plus encore dans le test dit du comptoir, ainsi que dans le test dit de Romberg aggravé, comportant des mouvements de tête de sens divers exécutés sur ordre, les pieds restant accolés et les yeux fermés. Le coefficient de Maillard-Lanzenberg présentant l'élévation horaire habituellement notée dans l’état parkinsonien passe de 4,8 (midi) à 11 (9 h.
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et18 h.) ; S... présentant toujours, de temps en temps, des poussées fébriles avec crises d’hypersomnie, on fait repratiquer, sans résultat appréciable, 40 injections intra-veineuses d’urotropine (2 gr. 50 par injection).
Pendant l'été 1928, qu'il passe au bord de la mer, le jeune homme paraît assez bien aller, prend des bains de mer et nage beaucoup. Il traîne d’ailleurs toujours la jambe gauche.
En octobre, il reprend ses cours de l'Ecole de Commerce 2° année, mais traîne de plus en plus la jambe gauche, marche de plus en plus mal. La fatigue s’accroît et, 2 à 3 jours par semaine, $S... est contraint de dormir toute la journée. Du 22 au 28 novembre, il a même, avec une température qui un soir atteint 38°, trois jours de torpeur complète, suivie de céphalées et de douleurs lombaires.
La réapparition d’un état léthargique avec courte réaction subfébrile, jointe à l’accentuation du parkinsonisme, interprété comme conséquence d’un nouvel assaut de l'infection causale, incite à recourir, après l'urotropime, à des injections intraveineuses quotidiennes de salicylate de soude. S... à maintenant l'allure d’un hémi-parkinsonien typique et presque d'un hémiplégique, bien qu'il ne présente aucun signe de la série pyramidale. Le membre inférieur gauche est en extension forcée, la pointe traînant contre le sol, la marche se fait en draguant, elle est très pénible. Le membre supérieur, presque impotent, reste en flexion à la manière de l’hémiplégique.
En dépit du traitement régulièrement poursuivi (45