CHAPITRE XX
Le matin du 16 juillet, fête de la Vierge du Carniel et jour solennel à Naples, la ville se montra tourmentée de cette inquiétude fiévreuse qui précède toujours les grands événements.
Le palais est entouré de soldats espagnols et al* lemands sous les armes; l'importante position de Pizzo-Falcone a reçu de nouveaux renforts d'hommes et d'artillerie; les sentinelles sont doublées; les canonhiers se tiennent debout près de leurs pièces. — Les postes occupés par le peuple offrent un aspect non moins significatif. Ici des guérites et des palissades incendiées fument encore sur des remparts en ruines qu'on a détruits avant de les abandonner ; là des masses tumultueuses s'agitent sans ordre et sans accord, brandissent partout leurs armes dans une atti- I. i&
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tude menaçante. — De leur côté, les galères ont changé de mouillage, elles se sont rapprochées du port, tournant la proue au rivage, et laissant voir que tout est préparé pour le combat. Les bourgeois sillonnent la ville par bandes silencieuses. Personne n'ose prononcer le nom de Masaniello, personne n'ose prononcer celui du vice-roi; la foule afflue taciturne à la place du Marché, où Tarchevêque, en officiant, semble accomplir une funèbre cérémonie. Dans les rues, sur la place, à Téglise on se regarde avec défiance, comme pour sonder mutuellement sa pensée. On soupçonne chaque passant de cacher des armes sous ses habits. Le respect religieux produit Tapparence du calme, mais on chercherait en vain du recueillement.
Marco Vitale, le secrétaire de Masaniello, vient de périr à la porte du ch&teau, au moment où d'un ton menaçant il' demandait des explications sur les mouvements militaires. Il est tombé sous les coups d'un ennemi piersonnel, encouragé par le duc d'Arcos luimême, nous le disons à regret. Mais on a fait disparaître le cadavre, et la populace ignore encore cette fin tragique.
AUX premiers rayons du soleil^ Masaniello, trompant la surveillance de ses gardiens, s'était enfui de sa demeure y et s'était réfugié dans la sacristie du CarmeJ. Là, il avait attendu l'arrivée du cardinal-archevéque; il s'était jeté à ses pieds et, s'écriant d'une voix désespérée que le peuple l'abandonnait, il avait r^Enis au prélat une lettre cachetée pour le vice-roi, avec prière de la faire parvenir sans retard, ce à quoi Filomarino avait accédé très-volontiers, en chargeant un de ses pages de la mission. Mais le dictateur ne devait point se borner à cette paisible démarche. II exhala longuement les plaintes les plus amères, proposa tout à coup une grande cavalcade en Thonneiur de la Vierge à la sortie de la messe; et, profitant du moment où l'archevêque s'occupait de revêtir les ornements pontificaux, il entra dans l'église déjà remplie par les fidèles, et monta rapidement en chaire afin de s'y livrer, le crucifix à la main, à toute la fougue de son éloquence naturelle, exaltée encore par sa profonde conviction.
Il parla donc chaleureusement des fatigues et des dangers si récemment traversés; du dévouement avec lequel il s'était lancé dans une entre-
prise aussi saintement patriotique ; et de l'heureux succès dont le ciel avait couronné ses efforts ; il conjura le peuple avec une énei^ie pénétrante de ne point Tabandonner à la fureur des innombrables ennemis qu'il s'était faits en défendant la cause populaire; il rappela Tavarice des traitants, l'orgueil de la noblesse y la tyrannie des autorités espagnôles^ et la situation misérable du royaume , épuisé par les uns, humilié par les autres, et tiraillé par tous. Puis changeant subitement Tordre de ses idées, ou pour mieux dire passant d'un intervalle lucide à un accès de démence, il s'avoua grand pécheur^ et exhorta les assistants à faire ainsi que lui, en présence de la Vierge et de l'archevêque, une confession publique à l'effet d'obtenir la miséricorde du Très- Haut.
Bientôt la folie s'emparant graduellement de son esprit, il débita les extravagances les plus inouïes, et se livra à la pantomime la plus ridicule et même la plus indécente, détruisant en un instant la puissante impression de ses premières paroles. Enfin, d'après les ordres de l'archevêque qui vit la pitié et le dégoût succéder à l'admiration sur tous les visages, on
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l'arracha de la chaTre , pour le transporter hors du temple dans la cellule d'un religieux, où, brisé de fatigue, inondé de sueur et presque évanoui, il se jeta sur le lit du frère et s'endormit profondément.
L'ofiBce divin n'en fut pas moins célébré en grande pompe ; mais à peine le cardinal s'était-il retiré après la bénédiction finale, que l'on vit entrer dans l'église, encore pleine d'une nombreuse affluence, Salvator et Carlo Gataneo, Angelo Ârdizzone, et Andréa Rama, tous plébéiens, tous armés d'épées et d'arquebuses : c'étaient ceux qui la veille avaient eu cette mystérieuse entrevue avec le vice-roi. Us criaient résolument : Vive le roi d'Espagne, vive le duc d'Arcos! meure quiconque obéirait à Masaniello! L'auditoire est frappé de stupeur, les religieux effrayés se retirent au pied des autels, et les quatre bandits, suivis de quelques hommes qui se joignent à eux volontairement, pénètrent dans la sacristie du couvent, cherchant avec ardeur leur victime et répétant leurs cris furieux d'une voix tonnante sans que, du reste, aucun écho retentît pour les contredire ou les appuyer.
Masaniello venait de secouer le sommeil: l'accès de
démence était sans doute passé. Immobile devant la Tenétre de la cellule, il contemplait cette mer dont le bruissement Tavait jadis endormi dans son pauvre berceau, la mer qui l'avait toujours nourri, la mer, théâtre de tous ses jeux d'enfant et de toutes ses aventures de jeunesse (1). Peut--ètre, oubliant puis* sauce et fortune, laissait-il errer son imagination vers des régions plus humbles, lorsque la vue des galères et leur appareil guerrier le rappelèrent tout à coup à ses idées de commandement.
Il entendit un bruit d'armes idans le cloître,
et son nom distinctement prononcé; il crut que
c'était le peuple, son peuple bien-aimé, qui lui
préparait un nouveau triomphe ; qui lui apportait
de nouveaux témoignages d'enthousiasme. Il sortit
précipitamment de la cellule : « Vous me cher^
chez ?.... s'écria-t-il, noble peuple, me voici ï »
Pour toute réponse il reçut quatre balles d'arquebuse
qui retendirent roide mort. — bigmts! traîtres.!
furent ses dernières paroles. Un boucher de la troupe
coupa sa tête, qui semblait conserver encore un reste
<le vie, et Carlo Cataneo la saisissant par les cheveux,
(1) Balilacliini.
l'emporta sanglante à travers une foule morne et atterrée. Il rencontra par hasard une voiture, y monta et courut porter au château son affreux trophée que le vice-roi reçut avec les démonstrations d'une joie féroce, ^aleipent indigne d'un chrétien, d'un gentilhomme et d'un délégué de là majesté royale (1).
Pas un cri, pas une épée ne s'élevèrent en faveur de l'homme du peuple qui, vingt-quatre heures auparavant, était maître absolu de la ville et duroyaume; de celui qu'on avait adoré dix jours comme une idole a^ec un enthousiasme frénétique, de celui enfin à qui Naples devait l'abolition des impôts arbitraires, l'affaiblissement de l'influence espagnole^ et surtout le sentiment de ses propres forces, l'intuition de ce dont elle serait capable lorsqu'elle songerait à conquérir une véritable nationalité.
Leçon terrible pour ceux qui se fient à la reconnaissance et aux applaudissements populaires, pour ceux qui rêvent un pouvoir solide basé sur cet enthousiasme éphémère des masses, d'autant moins durable qu'il se montre plus exalté 1
La multitude qui couvrait la place du Marché et
(I) Gîraffl. — De Santis. -- Comte de Modène.
les rues aToisinantes^ terrifiée mais non pas indignée , tit passer d'un œil sec la tète de son chef, portée au bout d'une pique. Bientôt Tindécision fit place à des manifestations bruyantes, et l'air retentit des cris mille fois répétés : Vive le roi d'Espagne! vive le duc dArcos! Les clameurs, l'agitation, le dégoût inspiré par les dernières cruautés du poissonnier, les transports de ceux qui se crurent délivrés de toutes persécutions, et la joie franche des amis de la paix allumèrent peu à peu un nouvel enthousiasme ; maladie contagieuse qui gagne promptement le flot populaire toujours avide d'émotions neuves. Dès lors la réaction devint universelle.
Le cadavre de l'infortuné Masaniello ne fut pas même respecté. Traité par la plèbe comme l'avaient été ceux de ses victimes, promené dans le ruissseaux, mutilé, informe, il disparut enfin dans les fossés de Porta-Nolano ; tandis que sa tête, saluée à travers les faubourgs de malédictions et de grossiers sarcasmes, était jetée dédaigneusement sur les balayures du grenier public.
L'inconstante et capricieuse fortune n'épargna point non plus la femme du chef suprême, naguère
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si vaine et si comblée d'honneurs. La malheureuse^ voyant des hommes en guenilles assaillir sa maison jusqu'alors vénérée comme un temple, voulut se réfugier au palais avec sa belle-mère et sa belle-sœur. Mais abreuvée dans le trajet de railleries et d'odieux outrages, elle fut loin de trouver à son arrivée l'accueil bienveillant qu'elle pouvait espérer en se rappelant les caresses si récemment prodiguées. La vicereine, oubliant la dignité de son rang et cette commisération innée dans le cœur des femmes, se vengea cruellement des humiliations passées, par la plus araère ironie, traitant ces infortunées de seigneuries illustrissimes, et nommant sans cesse vice^reine des plébéiennes la veuve tremblante et désolée du poissonnier.
Le cardinal Filomarino vint seul au secours des fugitives; il les protégea contre tous, et leur assura un asile à Castelnuovo (1).
L'allégresse était générale. Le peuple ne se souvenait plus de son libérateur que pour le maudire. La noblesse semait l'or à pleines mains et reprenait sa suprématie. Ceux qui avaient souffert des proscrip-
(1) De Sanlls. — Agnello ilclJa porto, M. S.
tioDS et des incendies ne cachaient ni leur satisEactioD immodérée^ ni leur soif de vengeance. Il n'y avait pas un habitant de Naples qui ne désirât l'immédiat et complet rétablissement du pouvoir légitime. Quoique le duc d'Arcos luttât toujours intérieurement avec son irrésolution habituelle, il ne put résister davantage aux conseils, devenus impérieiux, de ceux qui Tentouraient et qui ne le voyaient pas sans effroi perdre des instants si précieux ; il prit donc son parti de se montrer en public et de redevenir véritablement le vice-roi.
Accompagné du cardinal-archevêque, des conseillers, des principaux magistrats et des grands seigneurs du royaume, il se rendit à cheval à la cathédrale pour offrir au ciel les actions de grâces, et Ton exposa publiquement les reliques de saint Janvier. Le duc parcourut aussitôt la ville entière, confirmant les privilèges octroyés et promettant, au nom du roi, des coni essions plus laides encore. Lorsqu'il revint au palais, la multitude le porta presque en triomphe. Elle le saluait de ses acclamations enthousiastes avec cette même chaleur, avec ce même entraînement qu'elle mettait l'avant-veille à le charger d'imprécations
— Tels soot les peuples, tels ils seront tant que durera le monde I
U ne manqua point de gens pour conseiller au vice-roi d'inaugurer la réhabilitation de Tautorité suprême par d'exemplaires et rigoureux châtiments. Mais il eut l'heureuse in^iration de ne pas prêter l'oreille à ces provocations perfides, et de publier, au contraire, de son propre mouvement, un édit faisant défense d'accuser ni de poursuivre personne, relativement aux événemepts accomplis. Le frère et le beau-frère de Masaniello, tous deux en fuite, étaient seuls exceptés de cette amnistie (1).
Une semblable résolution mécontenta vivement les gens qui comptaient sur une réaction violente pour assouvir leurs vengeances; mais elle fut accueillie par la majorité des populations avec tous les témoignages d'une satisfaction manifeste. Plût à Dieu que le vice-roi eût persévéré à suivre la. voie que son bon sens lui avait tracée ; malheureusement il ne tarda guère à s'en écarter, ainsi que nous aurons à le constater.
Les parents de Don Giuseppë Caraffa s'empressè-
(!) Voir l'Àppcnilice.
rent de recueillir les restes méconnaissables de cel infortuné gentilhomme, afin de lui rendre les honneurs de la sépulture. Tous les affreux trophées de la furie populaire disparurent aussi de la place du Marché qu'ils remplissaient de miasmes insupportables; tandis que le cadavre du secrétaire Marco Vitale, provisoirement déposé à Saint Louis, en était violemment arraché par la plèbe ; elle le mutilait et le traînait dans les rues, en haine de ce qu'il avait été Tami de son ancien chef.
I^e vice-roi passa la nuit à dicter les dispositions urgentes pour assurer la tranquilUté publique, et rétablir l'ordre dans la cité. Les boulangers lui ayant représenté qu'il leur était impossible de maintenir le pain à vil prix comme on l'avait exigé, durant l'anarchie, il décréta que le jour suivant on reprendrait les anciens tarifs. Cette mesure, très-équitable assurément, mais un peu trop précipitée, et aussi la nouvelle promptement répandue qu'une patrouille avait massacré aux portes de la ville un des beauxfrères de Masaniello, éveillèrent dès la matinée du 1 7 juillet, une grande agitation dans la populace. L'occasion fut adroitement exploitée par ceux qui
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désiraient rallumer le brasier mal éteint ; ils surent mettre en jeu la rancune des uns et les intérêts des autres ; ils réussirent assez vite et sans trop de peine à ressusciter l'insurrection. Elle n'avait plus de chef, il est vrai, mais elle n'en grondait pas moins, redoutable et menaçante.
La tourbe des fauboui^ fut la première à couvrir la place du Marché ; puis on vit affluer aussi la population plus honnête, attirée peut-être par une simple curiosité. On répétait dans les carrefours que Naples expiait déjà le crime d'avoir abandonné à ses ennemis le héros libérateur ; que si le vice-roi renchérissait le pain et les vivres, il ne^ tarderait pas à rétablir les impôts ; et l'on commençait à exprimer hautement le regret d'avoir perdu le valeureux protecteur, le seul qui eût songé au bien-être du peuple , le seul qtd sût intimider les tyrans. Les esprits s'échauffèrent rapidement, les groupes criaient: Gloire àMcisaniello! et ce souvenir évoqué semblait ranimer l'enthousiasme primitif. Le duc, fort déconcerté, dépêcha de nombreux émissaires pour chercher à calmer l'effervescence, en rejetant sur les boulangers la cause de la cherté du pain; mais cet expédient n'eut
d'autre résultat que de faire égorger quelque&-uns de ces infortunés, uniquement parce qu'ils obéissaient à des ordonnances inopportunes.
Une fois les masses en mouvement, les fonctionnaires publics durent se mettre en sûreté ; les gens pacifiques se cachèrent; les boutiques furent fermées ; les troupes prirent les armes dans leurs quartiers, et la yille présenta de nouveau l'aspect effrayant des premiers jours.
Le nom du glorieux Masaniello était maintenant sur les lèvres de tous ces hommes qui, sans s'émouvoir, avaient regardé passer sa tète sanglante entre les mains de ses bourreaux, et qui avaient couru insulter sa veuve après avoir outrageusement mutilé son cadavre. D'un accord spontané, on décida que tous les meurtriers du chef plébéien seraient recherchés et mis à mort; puis, qu'on irait processionnellement recueillir les restes de l'illustre victime afin de lui faire des funérailles magnifiques, une sorte d^apothéose réparatrice.
Une bande nombreuse, respirant la fureur et la vengeance, s'élance aussitôt à la poursuite des assassins, qui, fort heureusement pour eux, s'étaient
habilement cachés. Une autre colonne se dirige en même temps vers le grenier public, où gisait la tête défigurée de l'idole. On la rapproche du corps; on les recoud ensemble le mieux possible; on les lave dans lés eaux du Sebeto; et ces dépouilles, parfumées^ couvertes de riches vêtements, sont portées en triomphe à travers la ville avec toutes les démonstrations d'une profonde douleur. .
Un instant le bruit se répand que Masaniello revient à la vie. Malgré l'invraisemblance du fait, le vice-roi ne peut se défendre d'une certaine inquiétude ; la populace s'enivre d'espérance.
Chacun voulait le voir et le toucher; chacun voulait posséder un objet lui ayant appartenu; on se disputait de minces fragments de ses habits comme de précieuses reliques. Ceux qui parvenaient à considérer de près le cadavre, avaient les yeux pleins de larmes en annonçant douloureusement aux plus éloignés que Masaniello était bien mort (4).
La foule devint si compacte que le cortège funèbre dut renoncer à se frayer plus avant un passage ;
(1) De Santis.
il s'an*éta donc à Téglise du Carmel où le corps fut déposé sur un magnifique catafalque, entouré de toutes les bannières des fauboui^, de tous les étendards des confréries et d'une garde populaire de quatre à cinq mille hommes. Aux premières ombres de la nuit, placé dans un cercueil avec les insignes de capitaine général, on procéda somptueusement à ses obsèques, auxquelles assistèrent les communautés religieuses, des magistrats et de nombreux fonctionnaires civils. Cette étrange procession, psalmodiant des chants funéraires et promenant partout ses éléments disparates, voyait comme par enchantement les rues et les places s'illuminer spontanément à son approche.
Elle fit une station devant le palais, dont les alentours étaient encombrés de rassemblements taciturnes, et, par ordre du vice- roi, huit pages en costume de cérémonie, tenant à la main de gros cierges de cire, vinrent se joindre au cortège, ainsi <|u'une partie de la garde allemande. Cette manifestation dura jusqu'au point du jour ; alors seulement on revint au Carmel, et l'office des morts fut célébré en grande pompe avec accompagnement de dé-
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charges d'artillerie, et d'une sonnerie générale de toutes les cloches de Naples. Les femmes faisaient retentir le saint lieu de leurs gémissements ; elles se pressaient autour du cercueil, pour y faire toucher leurs rosaires, et l'on entendait de temps en temps soupirer cette fervente prière : beato Masaniello, ara pro nobis.
Pendant ce temps, sur* la place du Marché où s'agglomérait une multitude immense, on vendait à des prix incroyables de petits bustes en cire, et des portraits au crayon. Les aveugles chantaient des oraisons ou des complaintes édifiantes en l'honneur du nouveau béatifié (1), qui fut enterré dans le temple. Mais le manuscrit de Capecelatro assure qu'on l'en exhuma peu de jours après, et qu'on le transporta sans aucun cérémonial hors de la terre sainte, comme étant mort sous le coup d'une excommunication. Le dernier asile de cet homme extraordinaire nous demeure donc complètement inconnu.
Neuf jours seulement avait duré le prodigieux et terrible pouvoir de Masaniello; mais neuf jours si remplis de graves enseignements, d'épouvantables
(1) De Santls. — Comte de Modène.
catastrophes, de crimes monstrueux, de réactions violentes et d'amères désillusions, que cette courte période offre à elle seule une peinture achevée des hommes et des peuples, triste et frappante tout à la fois.