‹ Intérêt de la Réaction de Fixation du Complément pour le Diagnostic de l'Infection Grippale (Application à l'étude de deux épidémies)Chapitre 57 sur 69 · Spécificité : Réactions faussement positives · texte numérisé non relu

Spécificité : Réactions faussement positives

Il paraît à priori très difficile d'affirmer leur existence si l'on tient compte de l’allure clinique éminemment variable de la grippe ; mais on peut se demander si des affections connues et différentes de la grippe, en particulier d'autres viroses, ne pourraient pas donner lieu à une élévation du titre des anticorps non significative d’une infection par le virus grippal : cette éventualité est, à priori, peu probable si l'on se souvient que les antigènes utilisés dans la réaction sont préparés à partir du virus lui-même; ce fait permet d'attendre d’une telle réaction une spécificité comparable à celle de la réaction de NELson pour le diagnostic de l'infection syphilitique ; de fait, la pratique journalière de la réaction de fixation du complément appliquée au diagnostic des infections à virus nous à convaincu de la rareté de ces fausses réactions positives : Ainsi nous avons pu vérifier l'absence de réactions positives dans les sérums, pour 4 cas de rubéole, 1 cas de rougeole, 4 cas d’oreillons (dont un porteur d'une méningite à liquide clair), 1 cas de leucémie et 6 cas d’ornithose confirmée par le laboratoire.

Un cas, cependant, a particulièrement attiré notre attention :

Derr… Victor, 22 ans, soldat au camp de La Valbonne, hospitalisé dans le service de médecine du Médecin-Colonel Camelin, présente le 9-5-55, toux, céphalées, lombalgies, rhino-pharyngite, signes de bronchite, température à 39, vitesse de sédimentation normale.

La radiographie montre une ombre diffuse peu dense, parahilaire gauche, qui fait porter le diagnostic de pneumonie atypique. Ces signes évoluent vers la résolution et le malade quitte le service le 9-6-55. Revu le 7-7-55, il ne présente aucune séquelle.

La réaction de fixation du complément pratiquée avec un antigène d’ornithose et les deux antigènes grippaux a donné les résultats suivants: — Sérum du 23-5-55 : ornithose : 1/256 ; grippe A: négatif ; B : 1/32 ; — Sérum du 6-6-55 : — 01/1285 — : non pratiquée.

Chez ce sujet dont les réactions en présence de l’antigène d'ornithose étaient très fortement positives (voir PerLLARD, Sonier, Gt- NESTE, 1955), le diagnostic d’ornithose ne faisait aucun doute. La réaction positive à un titre significatif en présence de l’antigène B semblait constituer un exemple de l'absence de spécificité de la réaction lorsque l’enquête épidémiologique révéla que, dans la méme unité, deux autres cas de grippe B d’allure sporadique avaient évolué à la suite de celui-ci (le premier eut une pneumonie atypique le 25-5-55 pour laquelle il fut hospitalisé, et étiquetée grippe B par la réaction de fixation du complément, le deuxième est Rims.

dont nous avons présenté l'observation p. 65). Il n’est donc pas interdit d'évoquer pour ce sujet, plutôt qu'une erreur par excès de la réaction ou un rappel d’anticorps non: spécifique par l'infection ornithosique, une authentique infection double. Nous en avons d'autant plus déploré que la faible quantité de sérum fournie lors du deuxième prélèvement n'ait pas permis de pratiquer la réaction en présence de l'antigène grippal. On peut également tirer argument en faveur de l’absence de réactions croisées entre la grippe et d’autres affections à virus, de l’expérimentation effectée chez l'animal.

Un cobaye a été infecté expérimentalement par inoculation simultanée du virus des oreillons et celui de la grippe (voie nasale : oreillons : souche BOS : grippe : souche LEE environ 0,7 ml.). On a assisté alors à l'élévation parallèle des titres des anticorps spécijiques pour chaque type de virus, puis à leur retour à une valeur voisine de zéro ; on a alors pratiqué une réinoculation par le virus ourlien et constaté que le rappel du titre des anticorps anti-ourliens nentraînait aucune modification du titre des anticorps anti-grippaux qui restait égal à zéro. Voici le protocole de l’expérience :

Jours de lexpérience 1 123044522004 HENTAI TENTE 396 408

Titre des anticorps anti- OCR NOEL 28008 2 Er ED 8 pre O2 0480%2—

Titre des an-

ticorps antigrippaux ... 0 — — 8 512 — 512 256 256 0 0 0

Le cobaye a reçu : du virus ourlien au 1* et au 383° jour. : du virus grippal au 1% et au 44° jour.

En ce qui concerne la spécificité de la réaction vis-à-vis des souches, le problème se pose différemment; nous avons vu que, s'il est possible d'utiliser dans les réactions des antigènes viraux dont la spécificité étroite est comparable à celle des hémagglutinines, en pratique on utilise, pour le diagnostic clinique, les antigènes solubles, fraction commune à toutes les souches du même groupe. Leur impuissance à distinguer entre les souches, peu importante aux yeux du clinicien qui ne demande au laboratoire que la confirmation ou l'élimination d'un diagnostic, tourne à son avantage quand on ignore à quelle variété de virus on a affaire, la mise en œuvre de la réaction avec deux antigènes du type À et du type B permettant de déceler la quasi-totalité des infections grippales.

Cette incapacité de la réaction de fixation du complément à distinguer entre les souches d’un même type de virus nous amène à aborder un autre problème qui a retenu notre attention : celui des positivités mixtes. ù

DTA

Dans quelques rares cas, la réaction pratiquée sur le sérum d'un sujet présentant les manifestations cliniques de la grippe, se révèle positive simultanément en présence des deux antigènes A et B. Nous avons noté le phénomène chez 7 de nos malades :

FDC FDC grippe A grippe B 8 épidémi * 15-1-53 : 0 0 Mar., épidémie Valence, 1953 ne 1764 1/16 VER, —. . Sathonay, 1955. 16-2-55 : 1/128 1/16 S | . £ 1-4-55 : 12040 2 1/8 9-6-55 : 1/32: 1/8 X/PER., — Ambérieu, 1955. 20-5-55 : 1/16 1/8 NGUE, —— La Valbonne, 1955. 30-3-55 : 1/64 0 ve . 24-6-55 : 1/8 : 1/8 = MOR, MEN ON LU00 8-2-55 : 0 1/8 cn ne 1722255 1/128 1/8 HÉVCASS AA VoRTOSENE 29-92-55 : -1/256 1/32 Es A 5=3-59%: 1/128 1/32 EUCHES "1 %yon, 1955: 15-4-55% 1/8 1/256 25-4-551: 1/8 1/256

Chez 6 sujets, on note une forte positivité pour l’antigène A contrastant avec une faible positivité pour l'antigène B, qui nous a fait porter le diagnostic de grippe à virus du groupe A; chez un seul sujet où la réaction était fortement positive vis-à-vis de l’antigène B, nous avons conclu à une grippe à virus du groupe B.

Le phénomène pourrait, semble-t-il, recevoir plusieurs interprétations :

1.— On pourrait admettre chez un même sujet l'infection simultanée par les deux types de virus ; la preuve ne peut en être apportée de façon formelle que par l'isolement des deux souches ; le fait aurait été constaté mais ne l’avons pas vérifié chez nos 7 malades.

2.— Il est permis d'invoquer l’existence, dans le sérum de ces sujets, de co-sensibilisatrices fixant le complément en présence de l’antigène différent de celui qui a déterminé l'infection, de même que, parmi les infections à germes figurés il existe des co-agglutinines pour des micro-organismes du même genre (leptospiroses), voire de genres très différents (salmonella et Rickettsia - Brucella suis, Pasteurella tularensis et Vibrio comma).

11 faut alors supposer que le virus infectant possède une fraction commune avec l’antigène qui donne la réponse non spécifique : mais on peut retourner l’argument et admettre que, le sujet ne possédant qu'un type d'anticorps, ce sont les antigènes qui servent à nos réactions qui sont insuffisamment purifiés: NIIHAQG 2:

SE rh Se

3.— On peut également envisager que l'infection par un type de virus entraîne le réveil d’une immunité antérieure et jusque-là latente pour un virus d’un autre type ; l'infection par le virus d'un type nouveau provoquerait le rappel des anticorps pour le virus antérieurement rencontré, soit par un phénomène non spécifique, soit parce que le dernier virus rencontré possède une fraction antigénique commune avec le premier.

4. — L'hypothèse est valable enfin de deux agressions par les deux types de virus, séparées dans le temps par un intervalle tel que les anticorps engendrés par la première n’ont pas complètement disparu au moment où survient la seconde. Le cas Mor... nous semble en particulier relever de ce mécanisme puisque la réaction est déjà positive au 1/8 pour l'antigène B, alors qu'elle est encorc négative pour l’antigène A, sur le sérum prélevé au début de l'affection.

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