Sensibilité
Pour 106 sujets dont nous avons pu examiner le détail de l'observation clinique et l'allure de la courbe thermique, 55 présentèrent un tableau clinique qui permettait de poser le diagnostic sans le secours d'investigations biologiques. Chez 51 malades par contre, si l’étiologie grippale aurait pu, dans certains cas, être évoquée, la preuve n'a été apportée que par le secours de la réaction de FDC, ce qui représente un gain considérable par rapport aux seuls éléments cliniques de diagnostic; encore avions-nous limité ces investigations aux seuls sujets chez lesquels l’infection eut une traduction clinique, sans pouvoir, pour des raisons matérielles, rechercher l’incidence des formes inapparentes.
Existe-t-il des réactions faussement négatives ? Chez 45 sujets pour lesquels la FDC a fait rejeter l'étiologie grippale, nous pouvons distinguer :
a) 29 sujets chez lesquels l'allure clinique ne plaidait guère en faveur de cette étiologie : 1 embarras gastrique fébrile, 11 angines, 4 bronchites banales, 2 coryzas, 8 états fébriles frustes, 3 pneumonies atypiques relevant d’une autre étiologie.
b) 12 sujets pour lesquels l’allure clinique, non convaincante aurait pu cependant relever du virus grippal, et chez qui la FDC n'a pu révéler que la présence d'anticorps à un titre du 1/8, donc inférieur au titre du 1/16 admis comme significatif, soit que nous n'ayons pu pratiquer la réaction que sur un échantillon précoce soit que les deux prélèvements aient montré le même titre du 1/8.
soit enfin qu'un échantillon ait donné une réponse négative, un autre atteignant le 1/8 ; or, ces sujets présentèrent leur affection en période épidémique : nous croyons pouvoir rappeler à leur propos la remarque que nous faisions au début de ce chapitre (délai d’apparition du titre significatif). Eu égard à la rareté du titre du 1/8 en période inter-épidémique, la fréquence accrue de ce titre en période d’épidémie laisse penser qu'un certain nombre de sujets fournissent à l’agression virale une réponse aussi faible sur le plan sérologique que sur le plan clinique, ou bien même que cette réponse est strictement sérologique, le trouble clinique ne relevant pas du virus grippal ; celui-ci se bornerait alors à provoquer un léger rappel des anticorps engendrés par une atteinte antérieure, l'affection actuelle, non spécifique, n'étant pour nous qu'une occasion de constater ce rappel.
c) Chez 4 sujets, par contre, le début brusque, les symptômes évocateurs, une courbe thermique diphasique, ne laissaient pas de doute sur la nature grippale de l’affection :
— Pour l’un, le sérum était anticomplémentaire ;
— Deux n’ont fourni qu'un prélèvement précoce de sérum, à l'exclusion de tout prélèvement tardif qui aurait pu mettre en évidence une montée d'anticorps.
— Le quatrième, enfin, nous a paru constituer un cas authentique de défaillance de la réaction :
CHA..., venant d’une unité cantonnée à Lyon, en période épidémique, est hospitalisé le 21 février 1955 pour un état fébrile ayant débuté le 19, par frissons, courbatures lombaires et rachialgies, céphalées, et constitué à la période d’état de température à 39, céphalées frontales, asthénie intense, toux, facies congestif et langue saburrale ; ce tableau et l’évolution diphasique de la courbe thermique font porter le diagnostic de grippe : la réaction de fixation du complément pratiquée sur deux échantillons prélevés au 3° et au 11° jours de la maladie répond : 21-2-55 : A : 0; B : 0; 1-3-55 : A : 1/8, B : 0, mettant en évidence une montée non significative. Peut-être un prélèvement plus tardif aurait-il pu révéler une réponse sérologique anormalement décalée par rapport à la clinique.
Sruart-Harris (1953) conclut, à propos de ces réactions faussement négatives, que si leur existence n’est pas contestable (isolement du virus positif chez certains sujëts ne présentant pas de montée d'anticorps), cette éventualité est rare et que plusieurs explications peuvent être envisagées :
— La plus évidente est qu'il ne s’agisse pas d’une grippe.
— S'il sagit manifestement d’une grippe, la défaillance de la réaction peut s'expliquer par le fait que la réponse sérologique à l'infection est parfois hautement spécifique et, peut-être, ne peut se révéler que si la souche responsable de l'infection est utilisée comme antigène; en effet, plus on utilise d'antigènes dans les