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INTÉRÊT

Voyons, monsietir, nous accordons- tiotis sur ce point de départ? Vous me prêtez, pour toUle FônDée 1849, l,O00 fr. en écus ou un instrument de travail estimé 1,000 fratics— 0(1 un approvisionneWent valant 1,()00 fraticà. C'eàt en 1849 que je recueillètai tdds les avantages que peut procurer cette valeur créée par voire ttavall et non péf lè mien. C'est eiï 1849 que vdus vous priverez volonlaireiiient, en ma faveur, de ces avantages que vous pourriez trèà-îégîtiihiemetit vous réserrer. Sufftra-t-il, poui* que nous soyoiis quittes, pour que les services aient été équivalents et réciproques, pour que la justice soit satisfaite, suffira- t-il qu'au premier de Tan 1850, je vous restitue intégralement, mais uniquement, vos écus, votre trtachine, votte blo, votre maison? Prenez garde, s'il en doit être ainsi, je vous avertis que le rôle que je me réserverai toujours, dans ces ëortes de transactions, sera Celui d'etnptuuteUr; ce fôlè est commode, il est tout profil; il ftie ftiet à mêfne d'être logé et pourvu toute ma vie auic dépens d'aultui, — à la condilion toutefois de trouver uïi pTêtëur, ce qui, dans ce système, ne sera pas facile, car qui bâtira deS ftiaiSoiîS pouî* les louer gratis et se contenter, do terrtie en terme, de la pure restitution?

Aussi, n'est-ce pas là ce que vous prétende^. Vous reconnaissez (et c'est ce que je tiens à bien constater) que celui qui a prêté une maison ou une valeur quelconque, a rendu Un service dont il n'est pas rémunété par la simple remise d©3 clefs au terme, ou le simple temboursemeut à Téetïéâflee; Il y a donc, d'après tous cottime d'ôptëà ifiôî,

quelque chose à stipuler en sus de la restitution. Nous pouvons ne pas nous accorder sur la nature et le nom de ce quelque chose; mais quelque chose est dû par Temprunleur. Et puisque vous admettez, d'une part, la mulualité des services, puisque, d'autre part, vous avouez que le prêteur a rendu ce service, permettez-moi d'appeler provisoirement cette chose due par Pemprunteur un service.

Eh bien, monsieur, il me semble que la question a fait un pas, et même un grand pas, car voici oh nous en sommes:

Selon voire Ihoorie, tout aussi bien que selon la mienne; entre le prêteur et l'emprunteur, cette convention est parfaitement légitime, qui stipule :

1® La restitution intégrale, à l'échéance, de l'objet prêté;

2° Un service à rendre par l'emprunteur au prêteur en compensation du service qu'il en a reçu.

Maintenant, quelle sera la nature et le nom de ce secours dû par l'emprunteur? Je n'attache pas à ces questions l'importance scientifique que vous y mettez. Elles peuvent être abandonnées aux contractants eux-mêmes, dans chaque cas particulier. C'est véritablement leur affaire de débattre la nature et Téquivalence des services à échanger, aussi bien que leur ajppellation spéciale. La science a fini quand elle en a montré la cause, l'origine et la légitimité. L'emprunteur s'acquittera en blé, en vin, ca souliers, en main-d'œuvre, selon son état. Dans la plupart des circonstances, et seulement pour plus de commodité, il poyeraen argent; et comme on ne se procure l'argent qu'avec du travail, on pourra dire qu'il paye avec du travail. Ce payement, juste et légitime d'après vous-même, pourquoi me défendriez-vous de le baptiser loyer, fermage, escompte, rente, prêt, intérêt, selon l'occurrence ?

Mais venons-en à l'équivoque qui nous sépare, à la prétendue confusion que je fais, dites-vous, entre ïusage et la propriété, entre le prêt de la chose et une cession absolue.

Vous dites: Celui qui emprunte une propriété, une valeur, étant tenu de la rendre intégralement à l'échéance, n'a reçu, en fonds, qu'un usage. Ce qu'il doit, ce n'est pas une propriété, une valeur, mais Vusage d'une propriété.

d'une valeut équivalente. Idenlifler ces deux ordres de natures diverses, sans équivalence possiblCf c'est détruire la mutualité des services.

Pour aller à la racine de Tobjection, il faudrait remuer tous les fondements de Féconomie sociale. Vous n'attendez pas de moi un tel travail, mais je vous demanderai si, selon vous, Vusage d'une valeur n'a pas lui-même une valeur? s'il n*est pas susceptible d'être évalué? D'après quelle règle, sur quel principe, empêcherez-vous deux contractants de comparer un usage à une somme d'argent, à une quantité de main-d'œuvre et d'échange sur ces bases, si cela les arrange? Vous me prêtez une maison de vingt mille francs; par- là vous me rendez un service. Entendez-vous dire que, malgré mon consentement et le vôtre, je ne puis m'acquitler, au nom de la science, qu'en vous prêtant aussi une maison de même valeur? Mais cela est absurde, car si nous avions tous des maisons, nous resterions chacun dans la nôtre, et quelle serait la raison d'être du prêt? Si vous allez jusqu'il prétendre que mutualité de services implique que les deux services échangés doiventêtrenoD-seulementégaux en valeur, mais identiques en nature , vous supprimez l'échange aussi bien que le prêt. Un chapelier devra dire à son client : Ce que je vous cède, ce n'est pas de l'argent, mais un chapeau ; ce que vous' me devez, c'est un chapeau, et non de l'argent.

Que si vous reconnaissez que les services s'évaluent et s'échangent, parce qu'ils diffèrent de nature, vous devez convenir que la cession d'un usage qui est en service peut très-légitimement s'évaluer en blé, en argent, en maind'œuvre. Prenez-y garde, votre théorie, tout en laissant parfaitement subsister le principe de l'intérêt, ne tend à rien moins qu'à frapper d'inertie toutes les transactions. Vous ne réformez pas, vous paralysez.

Je suis cordonnier. Mon métier doit me faire vivre; mais, pour l'exercer, il faut que je sois logé, et je n'ai pas do maison. D'un autre côté, vous avez consacré voire travail à en bâtir une ; mais vous ne savez pas faire vos souliers ni ne voulez aller pieds nus. Nous pouvons nous arranger : vous me logerez, je vous chausserai. Je profiterai de votre

trayçiil cpmrae vous du piiep ; i>Qus ftpus repdrops x^proquement service. Le lout est d'arriver à une juste évaluation, à une parfaite équivalence, et je n'y vois d'autre moyen que le Jibre débat.

Et, sous prétexte qu'il y a cession çl*un objet niatérJel d'un côté, et que de l'autre il n'y a cession que d'un usage^ la théorie viendrait nous dire : Celte transaction ne se fera pas, elle rst illégitime, abusive et spoliatrice; il s'agit de deux services gui n'ont pas f équivalence possible, et que Yous n'avez ni la faculté (ïévaluer^ ni le droit d'échanger.

Ne voyez-VQus pas, monsieur, qu'une telle théorie tue ^ la fois et l'échange et la liberté? Quelle est dope l'autorité qui viendra anéantir ainsi notre conamun et libre consentement? ser€|-ce la loi? sera-ce l'État ? Mais je croyais, pioi, que nous faisions Ja loi, que nous payions l'Élat pour protéger nos droits et non pour les supprimer.

Ainsi, nous étions d'accord tout à l'heure sur ce point, que l'en^pfupteur doit quelque chose en sus de la simple restitution, Accordops-nous maintenant sur cet autre point que ce quelque chose est susceptible d'être évalué, et par conséquent d'être acquitté, selon la convenance des contractants, sQus une des formes quelconques que peut affecter la valeur.

La conséquence qui s'ensuit, c'est que, à l'échéance, le prêteqr doit' recouvrer :

1*» La valeur intégrale prêtée; '

2<> La valeur du service rendu pair le prêt.

Je n'ai pas bi^soin de répéter ici comment la restitution intégrale de l'objet prêté implique nécessairement la pérennité de l'intérêt.

El^a^lino^s maintenant, en peu de mots, cette seule question.

L'intérêt du capital est-il prélevé aux dépens du travail?

Vous le savez aussi bien que moi, monsieur, on se ferait une idée bien circonscrite de l'intérêt si l'on supposait qu'il n'apparaît qu'à l'occasion du prêt. — Quiconque fait concourir un capital à la création d'un produit, entend être rérminéré non-seulement pour son travail^ mais pour son cfiipit^l ; de telle sorte que l'intérêt çntre comme un des

|1 ne suttit j)eut-0lrp jwis dp dép^q^trer la légiijipité de n^férêt m^ ^Qmw^ qwi n'oot pas 4p P^pilawi.. Ib seraient s^ns cloute teptqj} 4e plirp ? pujsqup Tiulérêt est lép^itwe, il |94t {iien que uops Ip subissions; mais p'e^t u^i jr§pd ipa|be^r , r^r §ap§ pels pous 9htiep4r}qp§ toqtes çhosps h mpillewr marcjié.

Ce gr|pf est cppjplélernent ei'roné ; ce qpi fiait que les jouiss^pcps {iMfpajftps se ?§pprpcheftt d^ plH§ e^ plus (je la pr^tuii^ pt de la Çûrpmup^uté, p'e^t rjpterveptjpp du palpitai. t.p papit^l c'e^t }^ puissapce démocratique, pjiil^ptl^rûpiqqp et pg^litaire pay pxpeUpppe, Ai^i pejqj qui ep fpr^'cfipipçendre Taptiqp repdr^ le plus çipfpftlé ^vjpfi h la société, car il fer^ cpsser ppt ftPtft«[PPlspifi dç plft^se^ qui p'est fopdé qpp spr upe prrespr.

Il pa'pst de toute jnipossibiUté (te fairci ppl^ef (|ftp^ up 4Ftic|e de joprp^l |ft tfïéprip de§ papit^m, Jp dpj^ fp^ boyper à ipdiqppr iPft pepspe pjir pp ej^mpje, ppp §ppadote, ppe liypQthôsp qui est à l'psagp de tqptps Ip^ transaot|ops bpwaipes.

Fl^çqnsrppps qp ppipt de dépwl 4e l'bupiftnité, ^ cettp epoqpe où ppps pouvons ^ppposef qu'il n'existait ^upun PftPiW- Quelle était alpys la valep?", piesip^ée ftp \ms^ï\, d'up ol\iet quelponquPi d'qpp pai^f 4e b^s, 4'up ^c 4e blé, 4*un mpublPi 4'up livre, etp,; en d'autre§ i^m^^, au prijç 4p qupl travail ces pfc(jet§ aur^iept-ils é\^ apbetésB Je pe pyaips pa?i 4® dire que l^répopsp estçopt^nue daps ce ^RPt : r/ftAm» Pe tels o^e^s étaiept alPT^ tout à fait ipacr cp^sibies h rbup^apit^:

Qu'il s'aglssie d'une paire 4p fea^ 4e potpp. Aucun homme ne serait parvenu ^ la prpduire ^vpc cppt pi ^yec mille jQUrpées de travail,

D'où vient qu'aujourcl'bui, en Fïauce, il p'y a pas pp puv^pr si pialheureuif qui ne puis^ ohieniy uue pair^ de l)as de coton avec ^n travail d'upe journée? — C'est justement parce qup dp capital concourt h la création de ce produit, le genre bnmaip a invppté 4e^ ipstrumppls qui forcent la nature à une collaboration gratMiie-

l\ est bipn vrai qu'ep décopiposapt le pri^^ de cette paire

de bas, vous trouvez qu'une partie assez considérable de ce prix se rapporte au capital. Il faut bien payer le sçuatter qui a défriché la terre de la Caroline; il faut bien payer la voile qui pousse le navire^de New- York au Havre ; il faut bien payer la machine qui fait tourner dix mille broches. Mais c'est justement parce que nous payons ces instruments qu'ils font concourir la nature et qu'ils substituent son action gratuite à Faction onéreuse du travail. Si nous supprimions successivement cette série d'intérôtsà payer, nous supprimerions par cela même les instruments, la collaboration naturelle qu'ils mettent en œuvre; en un mot, nous reviendrions au point de départ, à l'époque où mille journées de travail n'auraient pas suffi pour se procurer une paire de bas. II en est ainsi de toutes choses.

Vous pensez que l'intérêt est prélevé par celui qui ne fait rien sur celui qui travaille. Ah ! monsieur, avant de laisser tomber une seconde fois dans le public cette trisle et irritante assertion, scrulez-la jusque dans la racine. Demandez-lui ce qu'elle contient, et vous vous assurerez qu'elle ne porte en elle que des erreurs et des tempêtes. Vous invoquez mon apologie du rabot, permettez-moi d'y revenir.

Voilà un homme qui veut faire des planches. Il n'en fera pas une dans Tannée, car il n'a que ses dix doigts. Je lui prête une scie et un rabot, deux instruments , ne le perdez pas de vue, qui sont le fruit de mon travail et dont je pourrais tirer parti moi-même. Au lieu d'une planche, il en fait cent et m'en donne cinq. Je l'ai donc mis à même, en me privant de ma chose, d'avoir quatre-vingtquinze planches au lieu d'une — et vous venez dire que je l'opprime et le vole. Quoi! grâce à une scie et un rabot que j'ai fabriqués à la sueur de mon front, une production centuple est, pour ainsi dire, sortie du néant; la société entre en possession d'une jouissance centuple ; un ouvrier qui ne pouvait pas faire une planche en a fait cent; et parce qu'il me cède, librement et volontairement, un vingtième de cet excédant , vous me représentez comme un tyran et un voleur? L'ouvrier verra fructifler son travail, l'humanité verra s'élargir le cercle de ses jouissances, et je suis le seul au monde, moi, l'auteur de ces résultats.

àqui ilsera défendu d'y participer, mdine du consentement universel.

Non, non; il ne peut en être ainsi. Votre théorie est aussi contraire à la justice, à Tutilité générale, à l'intérêt même des ouvriers, qu'à la pratique de tous lea temps et de tous les lieux. Permettez-moi d'ajouter qu'elle n'est pas moins contraire au rapprochement des classe», à l'union des cœurs, à la réalisation delà fraternité humaine, qui est plus que la justice^ mais ne peut se passer de la justice.

Frédéric Bastiat.

RÉPONSE

19 novembre 1849.

La Révolution de Février a pour but, dans Tordre poli« tique et dans l'ordre économique, de fonder la liberté absolue de l'homme et du citoyen.

La formule de cette Révolution est, dans l'ordre politique, l'organisation du suffrage universel, soit Tabsorption du pouvoir dans la société ; — dans l'ordre économique, l'organisation de la circulation et du crédit , soit encore l'absorption de la qualité de capitaliste dans celle do travailleur.

Sans doute, cette formule ne donne pas, à elle seule, rinlelligence complète du système : elle n'en est que le point de départ, Yaphorisme. Mais elle suffit pour expliquer la Révolution dans son actualité et son immédiateté ; elle nous autorise, par conséquent, à dire que la Révolution n'est et ne peut être autre chose que cela.

Tout ce qui tend à développer la Révolution ainsi conçue, tout ce qui en favorise Tessor, de quelque part qu'il vienne, est essentiellement révolutionnaire : nous le classons dans la catégorie du mouvement.

Tout ce qui s'oppose à l'application de cette idée, tout ce qui la nie ou qui l'entrave , qu'il soit le produit de la démagogie ou de l'absolutisme, nous l'appelons résiHance.

w. Si cêUê réBifltanee a pont «utéur le gauvernemenf, ou qu'elle agisse de connivence avec le gouvernement, elle devient ré^Uon.

l^ résistance est légitime quand elle est de bonne foi et qu'elle s'accomplit dans les limites de la liberté républi^ caine : elle n'est alors que la consécration du libre examen, la sanctioa du suffrafe universel, La réaction, au contraire, tendant, au nom de Tautorité publique etdansTlntérôt d'un paru , à supprimer violemment la manifesta» tien des idées, est une atteinte à la liberté : se traduit-eVe en loi d'exil, de déportation, tran^^portation, etc., elle est alors un crime contre la souveraineté du Peuple. L'ostracisme est le suicide des Républiques.

En rendant compte, dans la /^pw du Peuple, du projet d'impôt sur le capital présenté par M. de Girardin , nous n'avons point hésité à y reconnaître Tune des manifestations les plus hardies de l'idée révolutionnaire; et bien , que Tauteur de ce projet ait été et soit peut-être encore attaché à la dynastie d'Orléans; bien que ses tendances personnelles fassent de lui un bomme éminemment gouvernementalf bien qu'enfin il se soit constamment rangé dans le parti de la Conservation contre celui de la Révolu» tion, nous n'en pensons pas moins que son idée appartient au mouvement; à ce titre, nous l'avons revendiquée comme nôtre^ et si M. de Girardin était capable de renier s » propre pensée, nous la reprendrions en sous-œuvre et nous nous en ferions un argument de plus contre les adversaires de la Révolution.

C'est d'après cette règle de critique élevée , et pour ainsi dire impersonnelle, que nous allons répondre à M. Bastiat.

M. Basliat, au renours de M. do Girardin, est un écrivain tout pénétré de Tesprit démocratique : si Ton ne peut encore dire de lui qu'il est socialiste, à coup sûr c'est déjà plus qu'un philanthrope. La manière dont il entend et expose l'économie politique te place, ainsi que M, Blanqui, sinon fort au-dessus, du moius fort on avant des autres économistes, fldèles et immuables disciples de J. B. Say. M. Basliat, en un mot, est dévoué corps et âme à la République, 4 la Liberté, à l'Egalité, au Progrès : U l'a prouvé

maintes fois avec éclat par ses rotes à TAssemblée nationale.

Malgré cela^ notis rangeons M. Bastlat parmi les hommes de la résistance : sa théorie du capital et de Flntérét, diamétralement opposée aux tendances les plas authentiques, eux besoids les plas irrésisliftps delà Révolution, flous en âiit une loi- Paissent nos lecteurs, ô notre exemple, séparer toujours ainsi les questions de personnes d'avec les questions de principes ? la discussion et la charité y gagneront.

M. Bastlat commence sa réponse par une obserr ation d'ube justesse frappante, que nous croyons d'autant plus utile de rappeler, qu'elle tombe d'aplomb sur lui :

« L'ardeur extrême, dit JL Bastlat, avec laquelle le » Peuple, en France, s'est mis à creuser les problèmes » économiques, et Tinconcevable indifférence des classes » aisées à l'égard de ces problèmes, forment un des traits % les plus earactérisliqucs de notre époque. Pendant que » les anciens journaux, organes et miroirs de la b 'nne » sociélf^, s'en tiennent à la guerroyante et stérile politique f> de parti, les feuilles destinées aux classes ouvrières agî- » tent incessamment ce qu'on peut appeler les questions » de fond, les questions sociales. »

Eh bien I nous dirons à M. Bastial :

Vous êtes Vous-même, sans vous en douter, un exemple de cette indifférence inconcevable avec laquelle les hommes de la classe aisée étudient les problèmes sociaux ; et tout économiste de {«remter ordre que vous puissiez vous dire, vous ignorez complètement où en est celte question du capital et de Hotérêt, que vous vous êtes chargé de défendre. Aussi en arrière des idées que des faits, vous nous parïez exactement comme ferait un rentier d'avant 89. Le Soelalîsnae, qui depuis dix ans proteste contre le capital et Pintérêt, est totalement inconnu de vous ; vous n'en avez f)a8 lu les mémoires; car, si vous les avez lus, comment se ftit-il que, vous préparant à le réfuter, vous passiez sous silence toutes ses preuves?

Traiment, à vous voir raisonner contre le Socialisme de notre âge, on vous prendrait pour un Epiménide se réveillant en sursaut, après 80 ans de sommeil. Est-ce bien

à nous que vous adressez vos dissertations patriarchales? Est-ce le prolétaire de 1849 que vous voulez convaincre? Commencez donc par étudier ses idées ; placez-vous, avec lui, dans Factualité des doctrines ; répondez aux raisons, vraies ou fausses, qui le déterminent, et ne lui apportez pas les vôtres, qu'il sait depuis un temps immémorial. Cela vous surprendra sans doute d'entendre dire que vous, membre de FAcadémie des sciences morales et politiques, lorsque vous parlez de capital et d'intérêt, vous n'êtes plus à la question I C'est pourtant ce que nous nous chargeons, pour aujourd'hui, de vous prouver. Après, nous reprendrons la question elle-même, si vous en avez le désir.

Nous nions d'abord, ceci vous le savez tie reste, nous nions avec le christianisme et rÉvangile, la légitimité en ^oi du prêt à intérêt ; nous la nions avec le judaïsme et le paganisnie, avec tous les philosophes et législateurs de l'antiquité. Car vous remarquerez ce premier fait, qui a bien aussi sa valeur : l'usure n'a pas plus tôt paru dans le monde, qu'elle a été niée. Les législateurs et les moralistes n'ont cessé de la combattre , et s'ils ne sont parvenus à l'éteindre, du moins ont-ils réussi jusqu'à certain point à lui rogner les ongles, en fixant une limite^ un taux légal à l'intérêt.

Telle est donc notre première proposition, la seule dont, à ce qu'il semble, vous ayez entendu parler : Tout ce qui, dans le remboursement du prêt, est donné en sus du prêt, est usure , spoliation : Quodcumque sorti aecediu usura est.

Mais ce que vous ne savez point, et 'qui vous émerveillera pout-être, c'est que cette négation fondamentale de l'intérêt ne détruit point, à nos yeux, le principe, le droit, si vous voulez, qui donne naissance à l'intérêt, et qui, malgré les condamnations de Taulorité séculière et ecclésiastique, l'a fait perdurer jusqu'à nos jours : en sorte que le véritable problème pour nous n'est pas de savoir si l'usure, en soi, est illicite, nous sommes à cet égard de l'avis de l'Église,— ou si elle a une raison d'existence, nous sommes, sous ce rapport, de l'opinion des économistes. Le problème est de savoir comment on parviendra à supprimer l'abus

sans endommager le droit; x^mment^ en un mot, on sortira de £etle<îontradictîon.

Expliquons mieux cela, s'il est possible.

D'un côtQ, il est très-vrai, ainsi que vous l'établissez vous-même péremptoirement, que le prêt est un service. Et comme tout service est une valeur, conséquemment comme il est de la nature de tout service d'être rémunéré, il s'ensuit que le prêt doit avoir son prix, ou, pour employer le mot technique, qu'il ûoïi porter intérêt.

Mais il est vrai aussi, et cette vérité subsiste à côté de la précédente, que celui qui prête, dans les conditions ordinaires du métier de prêteur, ne se prive pas, comme vous le dites, du capital qu'il prête. Il le prête, au contraire, précisément parce que ce prêt ne constitue par pour lui une privation; il le prête, parce qu'il n'en a que faire pour luimême, étant suffisamment d'ailleurs pourvu de capitaux ; il le prête, enfin, parce qu'il n'est ni dans son intention, ni dans sa puissance de le faire personnellement valoir, parce qu'en le gardant entre ses mains, ce capital, stérile de sa nature, resterait stérile, tandis que par le prêt et par l'intérêt qui en résulte, il produit un bénéfice qui permet au capitaliste de vivre sans travailler. Or, vivre sans travailler, c'est, en économie politique aussi bien qu'en morale, une proposition contradictoire , une chose impossible.

Le propriétaire qui possède deux domaines, l'un àTours,' l'autre à Orléans, et qui est forcé de fixer sa résidence dans l'un qu'il exploite, par conséquent d'abandonner Pautre : ce propriétaire-là peut-il dire qu'il se prive de sa chose, parce qu'il n'a pas, comme Dieu, l'ubiquité d'action et de domicile ? Autant vaudrait dire que nous sommes privés du séjour de New-York parce que nous habitons h Paris. Convenez donc que la privation du capitaliste est comme la privation du maître qui a perdu son esclave, comme la privation du prince chassé par sçs sujets, comme la privation du voleur qui, voulant escalader une maison, trouve les chiens aux aguets et les habitants aux fenêtres.

Or, en présence de cette affirmation et de cette négation diamétralement opposées, appuyées Tune et l'autre de rai-

sons égales» mais qui^ m% seré^ondaBt pa»» ïte peurefif s'entre-détruire, quel parti prea^bre? Vem» persistez dans votre affirmation, et vous dites : Vous ne voulez pas me payer d'intérêt? Soil ! Je ne veux pas voas prêter mon capital. Tâchez de travailler sans oapitaux I De notre côté, nous persistons dans notre négation, et nous disons: Noua ne vous payerons pas d'intérêt, parce que Fintérêr, dans l'économie sociale, est le prix de l'oisiveté, la canse première de l'inégalité des fortanes et de la itiisère. Aucua de nous ne voulant céder, nous arrivons à Pimmobilisme.

Tel est donc le point auquel le Social rsm© saisit la question. D'un côté, la justice commntative de l'intérêt j dcf l'autre, rimpossibîlité organique, Timmor'hllté de ce même intérêt. Et, pour vous le dire tout d'abord, le Socialisme n'a la prétention de convertir personne, ni TEglise, qui nie Fintérél, ni l'économie politique, qui l'affirme ; d'àuTtant moins qu'il est convaincu qu'elles ont raison toutes deux. Voici seulement comment il analyse le problèmej et ce qu'il propose à son tour , par-dessus les arguments des vieux prêteurs, trop intéressés pour qu'on les Croie sur parole, et les déclamations des Pères de l'Eglise, rastées sans asn» effet.

Puisque la théorie de l'usure a fini par prévak)ir dans les habitades^cbrétiennes, comme datra l'usage des païens; puisque l'hypothèse ou la fiction de la productivité du ca* pilai est entrée dans la pratique des Peuples, acceptons cette fiction économique comme no«s avons accepté pendant trente-trois ans 1» fiction constitutionnelle ; et voyons œ que cette fiction peut produire, développée dans toutes ses conséquences. Au lieu de repjousser purement et amplement ridée ,^ comme a fait rÉgUse, ce qui ne pouvait mener à rien, faisons-en la déduction historique et pfbilosophique ; ety puisque le mot est plus que jamais à Itf mode, décrivons-en la révolution. Aussi bien^ feut-il que celle idée réponde à quelq^^ chose de réel, qu'elle indique un bfôoin quel<5onque de l'esprit mercantile, pour que les Reufples niaient jamais hésité à Im faire le sacrifice d^ kHirs croyances les plus vives et les phps salées*.

y<\m (k^m cofïiflfwnk le So/iaUsme, parftillèWWftI cew*

ifs^mn d€r HûâiifÊsaûcë de Id tftéorié éfeoùomiqtre, aussi bien que de la doctrine ecclésiastique, traite à son tour la question de Tusure.

D'abord il observe que Ife principe de la productivité du capital ne faitaucu!ie acception de personnes, ne constitue pas un privilège : ce principe est vrai de tout capitaliste, san^ distinction dé titre ou de dignité. Ce qui est légitime pour Pierre, est légitime pour Paul : tous deux ont le même droit à Tusure, ainsi qu'au travail. Lors donc, — je reprends ici l'exemple dont Vous vous êtes servi, — que vous me prêtez, moyennant intérêt, le rabot que vous avez fabriqué pour polir vos planches, si, de mon côté, je vous prête la scie qtte j'ai montée pour débiter mes souches, j'aurai droit pareillement à un intérêt. Le droit du eapi'al est le même pour tous î tous, dans la mesure de leurs prestations et de leurs emprunts, doivent percervoir et acquitter l'intérêt. Telle est la première conséquence de votre théorie, qui ne serait pas une théorie sans la généralité, safts la réciprocité du droit qu'elle crée : cela est d'une évîéfettce intuitive et immédiate.

Supposons donc que de tout lé capital que j'emploie, soit sous là fornîe d'iostroment de travail, soit sous celle de matière première, la moitié me soit prêtée par votts ; supposons en même temps que de tout le capital que vous mettez en œuvre, la moitié vous soit prêtée par moi* il es! clair que les intérêts que nous devrons nous payer mutuellement se compenseront ; et si, de |)art et d'autre, les capitaux avancés sont égaux, les intérêts se balançant, te solde ou la redevance sera nul.

Dans la société, les choses ne se passent pas tout à fait ainsi, sans doute. Les prestations que se font réciproquement les producteurs sont loin d'être égales ; partant, les intérêts qu'ils ont à se payer ne le sont pas non plus ; de le, Pinégalité des conditions et des fortunes.

Mais la question est de savoir si cet équilibre de la prestation en capital, travail et talent ; si, par conséqoent^ l'égalité du revenu pour tous les citoyens, parfaitement admissible efn théorie, peut se réaliser dafts la pratique ; si cette rt^isattmt est dans les lendlemces de la socWité^; }<î',

enfin, et contre toute attente, elle n'est pas la conclusion fatale de la théorie de Tusure elle-même ?

Or, c'est ce qu'affirme le Socialisme, quand il est parvenu à se comprendre lui-môme, Socialisme qui ne se distingue plus alors de la science économique, étudiée à la fois dans son expérience acquise et dans la puissance de ses déductions. £n effet, que nous dit, sur cette grande question de rintérôt, Thistoire de la civilisation, Fhistoire de l'économie politique?

Cest que la prestation mutuelle des capitaux, matériels et immatériels, tend à s'équilibrer de plus en plus, et cela par diverses causes que nous allons énumérer, et que les économistes les plus rétrogrades ne peuvent méconnaître :

i^ La division du travail, ou séparation des industries, qui, multipliant à l'infini les instruments de travail et les matières premières, multiplie dans la même proportion le prêt des capitaux ;

2® L'accumulation des capitaux, accumulation qui résulte de la variété des industriel, et dont l'effet est de pro<1uire entre les capitalistes une concurrence analogue à 'celle des marchands, par conséquent d'opérer insensiblement la baissedu loyer descapitaux, laréduction du taux deTintérêt;

3** La faculté toujours plus grande de circulation qu'acquièrent les capitaux, par le numéraire et la lettre de change ;

4'* Enfin, la sécurité publique.

Telles sont les causes générales qui, depuis des siècles, ont amené entre les producteurs une réciprocité de prestation de plus en plus équilibrée, par suite, une compensation de plus en plus ^ale des intérêts, une baisse continue du prix des capitaux.

Ces faits ne peuvent être niés : vous les avouez vousmême; seulement, vous en méconnaissez le principe et la signification, en attribuant au capiial le mérite du progrès opéré dans le domaine de Tind^strie et de la richesse ; tandis que ce progrès a pour cause, non le capital, maïs la CIRCULATION du capital.

Les faits étant de la sorte analysés et classés, le Socialisme se demande si, pour provoquer cet équilibre du cré-

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dit et du revenu, il lïe serait pas possible d'agir directement, non sur les capitaux, remarquez-le bien, mais sur la circulation ; s'il ne serait pas possible d'organiser cette circulation, de manière à produire tout d'un coup entre les capita'istes et les producteurs, deux termes actuellement en opposition, mais que la théorie démontre devoir être synonymes, l'équivalence des prestations, eu d'autres termes, l'égalité dés fortunes.

A cette question, le Socialisme répond encore : Oui, oela est possible, et de plusieurs manières.

Supposons d'abord, pour nous renfermer dans les conditions du crédit actuel, lequel s'effectue surtout par Tentremise du numéraire ; supposons que tous les producteurs de la République, au nombre de plus de 10 millions, se cotisent chacun pour une somme représentant 1 pour 100 seulement de leur capital. Cette cotisation de 1 pour 100, sur la totalité du capital mobilier et immobilier du pays, formerait une somme de plus de un milliard.

Supposons qu'à Taide de cette cotisation une banque soit fondée, ^n concurrence de la Banque mal nommée dé France, et faisant l'escompte et le crédit sur hypothèque, à 1/2 p. 100.

Il est évident, en premier lieu, que l'escompte des valeurs de commerce se faisant à 1/2 p. 100, le prêt sur hypothèque à 1/2 p. 100, la commandite, etc., à 1/2 p. 100, le capital monnaie serait immédiatement frappé, entre les mains de tous les usuriers et prêteurs d'argent, d'improductivité absolue ; l'intérêt serait nul, le crédit gratuit.

Si le crédit commercial et hypothécaire, en autres termes, si le capital argent, le capital dont la fonction est exclusivemenVde circuler était gratuit, le capital maison le deviendrait lui-même bientôt; les maisons ne seraient plus en réalité capital, elles seraient marchandise, cotée à la bourse comme les eaux-de-vie et les fromages, et louée ou vendue, deux termes devenus alors synonymes, a prix

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