DE REVIENT
Si le capital maison, de môme que le capital argent, était gratuit, ce qui revient à dire, si l'usage en était payé à titre d'échange, non de prêt, le capital terre ne tarderait pas à
devenir gratait à son tour : c'est-à-dire que le fél'mage, au lieu d*ôtre la redevan'^ payée au i^ropriétaire Aon exploitant, serait la compensation du produit entre leë terres de (qualité supérieureetles terres de qualité inférieure : ou, pour mieux dire, il n'y aurait plus, en réalité, ni fermiers ni propriétaires, il y aurait seulenient des laboureurs et des Vignerons , comme il y a de* meuniers et des mécaniciens.
Voulez-vous une autre preuve de la possibilité de ramener, par le développement des institutiofis économiques, tous les capitaux à la gratuité?
Supposons qu'au lieu de ce système d'impôt^ si compliqué, si onéreux, si vexatoire, que nous a légué la féodalité nobiliaire, un seul impôt soit établi, non plus sur la production, la circulation, la^ consommation, Thàbitâtion, etc. ; mais, comme la justice Pexige et comme le veut la science économique, sur le capital net afférent à chaque individu. Le capitaliste perdant par TirapÔt autant ou plus qu'il ne gagne par la rente el l'intérêt, serait obligé ou de feire vaiœr par lui-môme ou de vendre : Téquilibre économique, par cette intervention si simple, el d'ailleurs inévitable du fisc, de rétablirait encore.
Telle est, en somme, la théorie du Socialisme sur le capital et rmtérél.
Non-seulement nous âffinnon», d'après cette théorie qui d'ailleurs nous est commune avec les économistes, et sur la foi du développement industriel, que telle est la tandaneeet la portée du prêt à intérêt; 80u» prouvons encore, par les résultats subversifs de l'économie actuelle, et par ladéwonstoation des cause» de la misère, que cette tendance esk nécpssftire, et Textinclioa de l'usure inévitable*
En effet, le prix du prêt,, loyer de capitaux, inférêt d'argent, usure, en «n Mot, faisant, comme tlfi^ été dit, partie intégrante du prix des produits^ et cette usute n'étant pas égale poia? tous, il s'ensuit que le prix ^es produits, coml^osé qu'il est de salaire et d'intérêts, ne peut pas être acquitté par ceux qui n'ont pour le payer que leur Claire et point d!intérêt ; en sorte que, par le fait de l'usure, le travail est condamné au chômage et le capital à la bafiquafoutev
Cette démonstration, dans le genre de celles que les mathématiciens appelIe^t réduction à l'absurde, de rimpossibilito organique du pr^t à intérêt, a été reproduite cent fois dans le Socialisme ; pourquoi les économistes n'en parient-ils pas ?
Voulez-vous donp sérieusement réfuter les idées soeinrlistes sur le prêt à intérêt ? Voici les questions auxquelles vous avez à répondre :
1. Est-il vrai que si, au for extérieur, la prestation du capital est un service qui a sa valeur, qui par conséquent doit être payé ; — au for intérieur, cette prestation n'entraîne point pour le capitaliste une privation réelle; conséquemment qu'elle ne spppoie pas lé drqil de rien exiger pour prix du prêt?
2. Est-il vrai que l'usure, pour être irréprochable, doit être égale ; que la tendance de la société conduit à cette égalisation; en sorte que l'usure serait complètement licite alors qu'elle serait devenue égale pour tous, c'est-àdire nulle?
8. Est-il vrai qu'une banque nationale, faisant le crédit et l'escompte gratis, soit chose possible ?
4. Pst-il vrai que par l'effet de cette gratuité du crédit et de l'escompte, comme par l'action de l'impôt simplifié et ramené à sa véritable forme, la rente immobilière disparaît, ainsi que l'intérêt de l'argent ?
5. Sst-il vrai qu'il y ait contradiction et impossibilité mathématique dans l'ancien système?
6. E^t'il vrai que l'économie politique, après avoir, sur la question de l'usure, contredit pendant plusieurs milliers d'années la théologie, la philosophie, la législation , arrive, par sa propre théorie, au même résultat?
7. Est -il vrai, enfin, que l'usure n'a été, dans son insti« tution providentielle, qu'un instrument d'égalité et de progrès; absolument comme dans l'ordre politique, la naonarchie absolue a été un instrument de liberté et de progrès ; comme dans 1 ordre judiciaire l'épreuve de l'eau bouillante, le duel et la question ont été à leur tour des instruments 4e conviction et do progrès ?
Voilà ce que nos adversaires sont tenus d'examiner,
avant de nous accuser dlnfirmité scientiflque et intellectuelle; voilà» monsieur Bastiat, sur quels points devra porter à l'avenir votre controverse, si vous voulez qu'elle aboutisse. La question est clairement et catégoriquement posée: permettez-nous de croire qu'après en avoir pris lecture, vous reconnaîtrez qu'il y a dans le Socialisme du dix-neuvième siècle quelque chose qui dépasse la portée de voire vieille économie politique,
P, J. Proudhon.
DEUXIÈME LEnRE.
ae MOTembre 1848.
Monsieur, vous me posez sept questions. Veuillez vous rappeler qu'entre nous il ne s'agit en ce moment que d'une seule :
L'intérêt du capital eslril légitime?
Cette question est grosse de tempêtes. Il £aut la vider. En acceptant la loyale hospitalité de vos colonnes, je n'ai pas eu en vue d'analyser toutes les combinaisons possibles de crédit que le fertile génie des socialistes peut enfanter. Je me suis demandé si Vintérêt, qui enire dans le prix de toutes choses, e^t une spoliation ; si, par conséquent, le monde se partage entre des Capitalistes voleurs et des Travailleurs volés. Je ne le crois pas, mais d'autres le croient. Selon que la vérité est de mon lôté ou du leur, l'avenir réservé à notre chère patrie est la concorde ou une lutte sanglante et inévitable. La question vaut donc la peine d'être sérieusement étudiée.
Que ne sommes-nous d'accord sur ce point de départi Notre oeuvre se bornerait à détruire, dans Tespritdes masses , des erreurs funestes et des préventioos dangereuses. Nous montrerions au peu i^ le le, capital, non comme un parasite avide, mais comme une puissance amie et féconde. Nous le lui montrerions, -— et ici je reproduis presque vos expressions, — s'accumulant par l'activité, Tordre, l'épar-
gne^ la prévoyance, la séparation des travaux, la paix et la sécurité publique; se distribuant, en vertu de la liberté, entre toutes les classes; se mettant de plus en plus à la portée de tous par la modicité croissante de sa rémunéra* iion; rachetant l'humanité enfin du poids de la fatigue et du joug des besoins.
Mais comment nous élever à d*autres vues du problème social, lorsque, à cette première question : l'intérêt du capital est-il légitime? vous répondez : Oui et Non?
Oui : car — « Il ^t4rès-vrai que le prêt est un urvicê, et comme tout service est une valeur, conséquemment, comme il est de sa nature d'être rémunéré, il s'ensuit que le prêt doit avoir son prix, qu'il doit porter intérêt» »
Non : car — « Le prêt , par Fintérêt qui en résuite , produit un bénéfice qui permet au capitaliste de vivre sans travailler. Or, vivre sans travailler, c'est, en économie politique aussi bien qu'en morale, une proposition contradictoire, une chose impossible. »
Oui : car — « La négation fondamentale de rintârét ne détruit pas à nos yeux le principe, le droit qui donne naissance à l'intérêt. Le véritable problème pour nous n'est pas de savoir si l'usure a une raison d'existence; nous sommes sous ce rapport de l'opinion des économistes. »
Non : car — « Nous nions, avec le christianisme et l'Évangile, la légitimité en soi du prêt à intérêt. »
Oui : car — « L'usure n'a été, dans son institution providentielle, qu'un instrument d'égalité et de progrès. »
HoN : car — « Tout ce qui , en remboursement du prêt, est donné en sus du ptêt est usure, spoliation. »
Oui et Non, enfin : car — « Le socialisme n'a la prétention de convertir personne, ni l'Église, qui nie l'intérêt» ni l'économie politique, qui Taffirme, d'autant moins qu'il est convaincu qu'elles ont raison toutes deux. »
II y en a qui disent : Ces solutions contradictoires sont un amusement que M. Proudhon donne à son esprit. D'autres : Il ne faut voir là que des coups de pistolet que M. Proudhon tire dans la rue , pour foire mettre le public aux fenêtres. Four moi, qui sais que vous les appliquez à tous les sujets : liberté, propriété, concurrence, machines,
*- se —
QOl^i^ti i je les tiens pour une conceptîoB sino^ et né* rieuse de votre intelligence.
Mais, monsieur, pensee-^vouS que le Peuple puisse vous suivre longtemps dans le dédale des Ântimonies ? Son gé^ nie ne s'est pas façonné sur les banos vermoulus de la Sorboune. Les fameux : Quidquiddixeris, ar§umentabori **ê§e ^êfh eontrà — ne vont pas h ses branches allures ; il veut voir le fond des choses, et il sent instinctivement qu'au fond des choses il y a un Oui ou un JSefïf mais qu'il ne peiit y. avoir un Of*i et un Non fondus ensemble. Pour ne pas sortir du suj(^t qui nous occupe, il vous dira ; I) faut pour^ tant bien que rintérét soit légitime ou lUégiUme, Juste ou injuste, providentiel ou satanique^ propriété ou spoliation^ La ^nên^Hetion , soyes-en sûr^ est ce qu*il y a de plus dîffieile h faire accepter, môme aux esprits subtils, à plus forte Aiflon au Peuple.
si je m'arrête à la première moitié, j'ose dire à la bonile moitié de votre thèse , en quoi différes-vous des économistes?
Vous convenes qu^avanoer un capital c'est rendre uti sir^iœ qui donne droit à un leraoe équivalent, lequel est susceptible d'évaluation, et s'appelle miérêL
Vous convenei que le seul moyen de dégager l'équiva* lence de ces deux services , c'est de les laisser s'échanger librement, puisque vous repousse» rintervention de l'Etat, et proclamai» dès le début de votre article » la liberté de l'homme et du oitoyeni
Vous convenez que l'Intérêt a été| dans son institution providentielle^ un Instrument d'égalité et de progrès.
Yousoonyelieiqttei par l'accumulation des capitaux (qui certes ne s'aeCumuleraienl pas si toute rémunération leur était déniée)^ F Intérêt tende balsseri à mettre l'instrument du travail, la matière première et l'approvisionnement ta^^ours à la portée plus facile de classes plus nombreuses. -Yout^ convenez que les obstacles qui arrêtent cette dési*rable diffusion du capital sont artificiels et se nomment : privilèges, restrictions, monopoles; qu'ils ne peuvent être la conséquence fatale de la liberté^ puisque vous inroquez la liberté.
Voilà un^ éoclriiiili qui , par sa simplicité , sa f randetir, sa ocmeordanœ» la parftim de justice qui s'en eKhhlo, s'impose aux convictions , entraîne les cœurs» et fait pénétrer, ëans tous les replis de Tinteliigence , le sentiment de la eertitude. Que reprochez-vous donc à Téconoroie politique? Est-ce d'avoir repoussé les formules diverses — et phr suite refusé de prendre le nom — du Socialisme? Oui, elle a combattu le Saint-Simonisme ^t le Fouriérisme; vous Favez combattu comme elle. Oui, elle a réprouvé les théories du Luxembourg; vous les avez réprouvées comme elle; Oui, elle a lutté contre le Communisme; vous atoz fait plus, vous Tavez écrasé.
D'accord avec l'écohomie politique sur le capital^ son origine, sa mission, son dtoit, ses tendances; — d'accoM avec elle sur le principe à promouvoir, la liberté ; — d'acctord aVcc elle sur Teonemi à combattre, Tinterventlon abusive do l'Etat dans les transactions honnêtes; ^ d'ëceerd avec elle dans ses luttes contre les nlanifestations passées du Socialisme ; —d*où vient que Vous vous retourne* contre elle? C'est que vous avez trouvé au Sdcialisfaie une nouvelle formule : la contradicUoh, ou^ si votis âitiiet mieux, Vantinomie. Ceii pourquoi vous apostrophe» l'économie politique et lui dites \
Tti es vieille d'un siècle. Tu n'es pldô au ëôuiratit des questions du jour. Tu n'envisages la question que sous tiue face. Tu te fondes sur la légitimité et Futilité de l'intorél, et tu as raison^ car il fest hlllé et légitime; mais fce que tu ne cohiprends pâs^ c'est qu'en hlême temps il est nuisible et illégitittie. Cette contradiction rémervfeille ; la gloil*e dll Néo-8ocidlisrtie est de l'avoir découverte, et c'est pai- Ift (Ju'il dépasse ta portée.
Avant de chercher, aihsi que vous m'y invitez, à faiW sortit une solution do ces prémisses contradictoire^, il faut savoir si la cObtradlctiori existe, et nous sommet Ramenés par IS à creuser de plus en plus ce problème :
tUhiéril du capital est il légitime?
Mais que puis je dire? Mon œil se fixe sur Tépée de Damoclès que vous tenez suspendue sur ma tête. Plus con-
— /iO —
Gluantes seront mos raisons , plus vous vous firotteroz les mains, disant : On ne saurait mieux prouver ma thèse. Que si des bas-fonds du communisme il s'élève contre mes arguments une réfutation spécieuse, vous vous frotterez les mains encore , disant : Voici du secours qui arrive à mon anti-thèse. antinomie ! tu es vraiment une citadelle imprenable; tu ressembles, trait pour Irait, au scepticisme. Gomment convaincre Pyrrhon , qui vous dit : Je doute si tu me parles où si je te parle. Je doute si tu es et si je sais; je doute si tu affirmes; je doute si je doute?
Voyons néanmoins sur quelle base vous faites reposer la seconde moitié de l'antinomie.
Vous invoquez d'abord les pères de TEglise, le judaïsme et le pajranisme. Permettez-moi de les récuser en matière économique. Vous l'avouez vous-même, Juife et Gentils ont parlé dans un sens et agi dans un aulre. Quand il s'agit d^étudier les lois générales auxquelles obéit la société ^ la manière dont h^s hommes agiss>'nt universellement a plus de poids que quelques sentences.
Vous dites : « Celui qui prête ne se prive pas du capital qu'il prête. Il le prête, au contraire , parce que ce prêt ne constitue pas pour lui une privation. 11 le prête parce qu'il n'en a que faire pour lui-même, étant suffisamment pourvu, d'ailleurs, de capitaux. Il le prête, enfin, parce qu'il n'est ni dan3 son intention ni dans sa puissance de le faire per* sonnellement valoir. »
Et qu'importe, s'il Ta créé par son travail, précisément pour le prêter? Il n'y a là qu'une équivoque sur l'effet nécessaire de la séparation des occupations. Votre argument attaque la vente aussi bien que le prêt. En voulez-vous la preuve? Je vais reproduire votre phrase en substituant Fente à Prêt çt Chapelier à Capitaliste.
« Celui qui vend, dirai-je, ne se prive pas du chapeau qu'il vend. Il le vend, au contraire, parce que cette vente ne constitue pas pour lui une privation. Il le vend parce qu'il n'en a que faire pour lui-même, étant d'ailleurs suffisamment pourvu de chapeaux. Il le vend enfln ^arce qu'il n'est ni dans son intention, ni dans sa puissance, de le faire personnellement servir. »
En faveur de votre antithèse, vous alléguez encore la compensation.
« Vous me prêtez, moyennant-intérêt, le rabot que vous avez fabriqué pour polir vos planches. Si, de mon côté, je vous prête la scie que j'aie montée pour débiter mes souches, j'aurai droit pareillement à un intérêt... Si de part et d'autre les capitaux avancés sont égaux, les intérêt se balançant, le solde sera nul. »
Sans doute; — et si les capitaux avancés sont inégaux, un solde légitime apparaîtra. Cest précisément ainsi que les choses se passent. Encore ici, ce que vous dites du prêt, on peut le dire de l'échange et même du travail ; parce que des travaux échangés se compensent, en concluez- vous que le travail a été anéanii?
Le Socialisme moderne aspire, dites-vous, à réaliser cette prestation mutuelle des capitaux, afin que l'intérêt, partie intégrante du prix de toutes choses, se cx)mpense pour tous et par conséquent s'annule. — Qu'il se compense, ce n'est pas idéalement impossible, et je ne demande pas mieux. Mais il y faut d'autres façons qu'une Banque d'invention nouvelle. Que le Socialisme égalise chez tous les hommes l'activité, l'habileté, la probité, l'économie, la prévoyance, les besoins, les goûts, les vertus, les vices et même les chances, et alors il aura réussi. Mais alors aussi il importera peu que l'intérêt se cote à demi pour cent ou à cinquante pour cent.
Vous oous reprochez de méconnaître la signifldation du Socialisme, parce que nous ne fondons pas de grandes espérances sur ses rêves de crédit gratuit. Vous nous dites : a Vous attribuez au capital le mérite et le progrès opérédans le domaine de l'industrie et de la richesse, tandis que le progrès a pour cause non le eapilal, mais la circulation du capital. »
Je crois que c'est vous qui prenez ici la cause pour l'effet. Pour que le capital circule, il faut d'abord qu'il existe ; et, pour qu'il existe, il faut qu'il soit provoqué à naître par la perspective des récompenses attachées aux vertus qui l'engendrent. Ce n'est pas parce qu'il circule que le capital est utile; c'est parce qu'il est utile qu'il circule. Son utilité
ii)iFi08«KiUQ fiait que les uns là dêmcmdint , que les autres V offrent ; de là la circulation qui n'a besoin que d'une chose :
tjm LIBRE,
Mais ce que je déplore suTfout , c'est de voir séparer en deuJi classes antagoniques les capitalistes et lesIravailleuFs, Gommp s'il y avait un seul travailleur au monde qui nefût, à quelque degré, capitaliste; eomme si capital et travail n'étaient pas une même chose \ comme si rémunérer l'un CQ n'étail pas rémunérer l autre. Ce n'est certes pas à vous qu'il faut démontrer cette proposition. Permettez-moi, cepenchant, de l'élucider par un exemple; car, vous le savez bien, nous n'écrivons pas l'un pour l^autre, mais pour le public.
Deux ouvriers se présentent, égaux d'activité, de force^ 4*9dra$se. L'un n'a que ses bras; l'autre a tîne hache, une sqIq, une bermiuette. Je paye au premier 8 fr. par jour» au second 3 fr. 7ô c. Il semble que le salaire soit inégal; creusûps la matière, et nous nous convaincrons que cette inégalité apparente est de l'égalité réelle.
D'abord, il faut bien que je rembourse au charpentier \u$ut^ des outils qu'il i*te à mon service et à mon profit. 11 faut bien qu'il trouve, dapa un accroissement de salaire» de quoi entretenir cet outillage et maintenir sa position. De ce chef, je lui doone cinq sous de plus par jour qu'au simple manœuvre, sans que l'égalité soit )e moins du monde blessée.
Ensuite, — et j'invoque ici Tatlention du lecteur, car nous sommes au vif de la question, «^ pourquoi le char^ pontier a^t-il des outilst Apparemment parce qu'il les n laits avec âxk travail ou payés far du travail^ ce qui est tout un. Supposons qu'il les ait faits en consacrant à oette oréa^ tion tout le premier mois de Tannée. Le manœuvre, qui b% pas pris cette peine , pourra me louer ses services pendanl 300 jQurSf tandis que le oharpentiep^capilaiiste n'^uia plus que 270 journées disponibles ou rémunépables. Il faut donc que 270 journée, avec outils, lui produisent autant que 300 journées sans outils ; en d'autres termes, que les pre* mières se pa^nt cinq sous do plus.
Ce n'e&l pas tout encore. Quaad 1^ cbaifientier a^i éé^
cidé à faire ses outilâ, il a eu un but, assurément fort légitime, celui d^améliorer sa condition. On ne peut lai mettre dans la bouche ce raisonnement : « Je vais accumuler des approvisionnements, m'imposer des privations, afin de pouvoir travailler tout un mois saps rien gagner, Ce mots, je le consacrerai à fabriquer des outils qui me mettront à même de débiter beaucoup plus d'ouvrage au profit de mon client; ensuite je lui demanderai de régler mon s{^laire pour les onze mois suivants , de manière à gagner Juste autant, tout compris, que si j'étais resté manœuvre, p Non, cela ne peut être ainsi. Il est évident que ce qui a stimulé, dans cet artisan, la sagacité, l'JiQbileté, la prévoyance, la pritalion, c'est l'espoir, le très-juste espoir d'obtenir pour son travail une meilleure récompense*
Ainsi nous arrivons à ce que la rétribution du charpentier se décompose comme il suft :
1* 3 fr. » ç., salaire du travail h^ut.
usure des outils.
compeDsatioq 4u tepips coosf^cr^ h fi(ir^
des outils, juste réiquqération de Thabileté, de }f^
prévoyance, de la privation.
â fr. 76 c.
Où peut-on vohr là injustiee, iniquité, spoliation I Que signifient toutes ces clameurs À absurdemeat élevées o6n- •w notre charpentier devenu oapitallsfe?
fil Femarques bien que Teioédant de salaîFS qoHl mçoit n^est obtenu aux iépen$ de personne; moi| qui le paje, j'ai moins que personne à m'en plaindre. Grâce aux outils, une production supplémentaire a été pour ainsi dire tirée du néant. Cet excédant d*utilité se partage entre le eapîtaliste et moi, qui, comme consommateur, représente ici la cûin^ munauté, Phumanilé tout entière.
Autre exemple, — car il me semble que ces analyses direcleg des foits instruisent plus que la controverse.
Le laboureur a un champ rendu presque improductif paf la surabondance d'humidité. En homme primitif, il (NreBé ie«s les atatins un vase et va épuisa Feau qui a^
ses sillons. Voilà un travail excessif; qui doit le payer T évidemment l'acquéreur de la récolte. Si Thomme n'avait jamais imaginé d'autre procédé de dessèchement, le blé serait si cher, quoiqu'il n'y eût pas de capital à rémunérer (ou plutôt parce que), que l'on n'en produirait pas; et tel a été le sort de l'humanité pendant des siècles.
Mais notre laboureur s'avise de faire une rigole. Voilà le capital qui paraît. Qui doit payer les frais de cet ouvrage? Ce n'est pas l'acquéreur de la première récolte. Cela serait injuste, puisque la rigole doit favoriser un nombre indéterminé de récoltes successives. Comment donc se réglera la répartition? Par la loi de Fintérét et de l'amortissement. Il faut que le laboureur, comme le charpentier, retrouve les quatre éléments de rémunération quej'énumérais tout à l'heure, ou il ne fera pas la rigole.
Et, encore que le prix du blé se trouve ici grevé d'un Intérêt, ce serait tomber dans une hérésie économique que de dire : cet Intérêt est une perte pour le consommateur. Bien au contraire ; c'est parce que le consommateur paye l'Intérêt de ce capital, sous forme de rigole, qu'il ne paye pas l'épuisement, beaucoup plus dispendieux, à force de bras. — Et, si vous observez la chose de près, vous verrez que c'est toujours du travail qu'il paye; seulement dans le second cas, il intervient une coopération de la nature trèsutile, très-productive, mais qui ne se paye pas.
Votre plus grand grief contre l'Intérêt est qu'il permet au capitaliste de vivre sans travailler. « Or , dites-vous, vivre sans travailler c'est, en économie politique, comme en morale, une proposition contradictoire, une chose impossible. »
Sans doute, vivre sans travailler, pour l'homme tel qii'il a plu à Dieu de le faire, est, d'une manière absolue, chose impossible. Mais ce qui n'est pas impossible à l'homme, c'est de vivre deux jours sur le travail d'un seul. Ce qui n'est pas impossible à l'humanité, ce qui est même une conséquence providentielle de sa nature perfectible, c'est d'accroître incessamment la proportion des résultats obtenus aux efforts employés. Si un artisan a pu améliorer son sort en fabriquant de grossiers outils, pourquoi ih Va-
méliorerait-il pas davantage encore en créant des machines plus compliquées, en déployant plus d'activité, plus de génie, plus de prévoyance; en se soumettant à de plus longues privations? Que si le talent, la persévérance, l'ordre, Téconoraie, l'exercice de toutes les vertus, se perpétuent dans la famille, pourquoi ne parviendrait-elle pas, à la longue, au loisir relatif, ou, pour mieux dire, à s'initier à des travaux d*un ordre plus élevé?
Pour que ce loisir provoquât avec justice, chez ceux qui n'y sont pas encore parvenus, l'irritation et l'envie, il faudrait qu'il fût acquis aux dépens d'autrui, et j'ai prouvé qu'il n^en était pas ainsi. Il faudrait, de plus, qu'il ne fût pas l'éternelle et universelle aspiration de tous les hommes.
Je terminerai cette lettre, déjà trop longue, par une considération sur le loisir.
Quelle que soit mon admiration sincère pour les admirables lois de l'économie sociale, quelque temps de ma vie que j'aie consacré à étudier cette science, quelque confiance que m'inspirent ses solutions, je ne suis pas de ceux qui croient qu'elle embrasse toute la destinée humaine. Production, distribution, circulation, consommation des richesses, ce n'est pas tout pour l'homme. Il n'est rien, dans la nature, qui n'ait sa cause finale, et l'homme aussi doit avoir une autre fin que celle de pourvoir à son existence matérielle. Tout nous le dit : D'où lui viennent et la délicatesse.de ses sentiments, et Tardeur de ses aspirations; sa puissance d'admirer et de s'extasier? D'où vient qu'il trouve dans la moindre fleur un sujet de contemplation ? que ses organes saisissent avec tant de vivacité et rapportent à l'âme, comme les abeilles à la ruche, tous les trésors de beauté et d'harmonie que la nature et l'art ont répandus autour de lui? D'où vient que des larmes mouillent ses yeux au moindre trait de dévouement qu'il entend raconter? D'où viennent ces flux et ces reflux d'affection que son cœur élabore comme il élabore le sang et la vie? D'où lui viennent son amour de l'humanité et ses élans vers l'infini? Ce sont là les indices d'une noble destination qui n'est pas circonscrite dans l'étroit domaine de la produc-
tioo industrielle. L^homme a donc «ne fin. Quelle est-elle? Ce n'est pas ici le lieu de soulever cette question. Mais, quelle qu'elle soit, ce qu'on peut dire» c'est qu'il ne la peut atteindra si, courbé sous le joug d*un travail inexorable et ii^cessant , il ne lui reste aucun loisir pour développer ses organes, ses affections, son intelligence, le sens du beauj^ ce qu'il y a de plus pur et de plus élevé dans sa nature ;^ ce qui est en germe chez tous les hommes, mais latent et inerte, feule de loisir, chez un trop grand nombre d^nlre eux.
Quelle est la puissance qui allégera, pour tous dans pne certaine mesure, le fardeau de la peine? Qui abrégera les heures de travail? Qui desserrera les liens de ce joug pesant (jui courbe aujourd'hui vers 1^ matière, non-seulement les liommrs, mais les femmeset les enfants c^ui n^ semblaient pas destinés? —C'est le capital, lecapital qui, sous la forme de roue, d'engrenage, de rail, de chute d'eaq, de poids, de voile, de rame, de charrue, prend à sa charge une si grande partie de l'œuvre primitivement accomplie aux dépens de nos nerfs et de nos muscles. Le capital qui fait concourir, de plus en plus, au profit de tous, les forces gratuites de la nature. Le capital est donc l'ami, le bienfeiteur de tous les hommes, et particulièrement des classes souffrantes. Ce qu'elles doivent désirer, c'est qu'il s^accumule, se multipHe, se répande sans compte ni mesure. — El sHl y a un triste spectacle au monde, — spectacle qu'on ne pourrait définir que par ces mots : suicide matériel, moral et coHeclif, — c'est de voir ces classes, dans leuï égarement, faire au capital une guerre acharnée. —Il ne serait ni pKis absurde ni plus triste, si nous voyions tous les capitalistes du monde se concerter pour paralyser les bras et tuer le travail.
En me résumant, M. Proudhon, je vous dirai ceci : Le jour où nous serous d'aceord sur cette première donnée : rintérôt du capital, déterminé par le libre débat, est légitime, — je me ferai un plaisir et un devoir de discuter localement avee vous les autres questions que vous me posez.
FnÉBÉftfe Bastiat.
^ déc&phxe ifid.
It om o î e or , fotp» ^kmièie Mta se lennfaM |^r ces papolfs:
<r ie jour eù^ bous ti&mnê d'aoeofd sur eelte fMAiène » doTMi^a IHotéfêl «ki Mpliftl «st légilline; •«> j* m» levai » un plaisir et un devoir de discute» lo^alemesl ftTec Yens » les autres questions rpie r^v» m* fosvE. »
Je vais , nckiisieuv, tieliep de vou» donn^ sfttMicliM.
Mai^ pefinelte»-moi d*aberd de vous adresser eeMe qmi^ ^n , que je voudrais jpouvoir rendie moins brveqiio : Qu'ètes-vous venu foire à la Vûx du iRrayMs?-»^ Méftitof te Ibéorie de rabolition de tcml intéfèidies capitauit de toute renie de la Pro{H4été.
Pourquoi donc refiuseahvous do vous f^eer tout éa soile sur le terrain de cette théorie t de la suivre daa^ son prtn» eîpe, sa méthode, son dévetoppecnçfttt d'examitter ce qui !a constitue, les pre»vea ée vérité qu'elle appuie, le sess des faits qu'elle cite, et qui eonlredîse&l, abrogent, d'une manière éclatante, to £alt, qu ptutôt hk fiction que veos vous eSoTe&E de sooleftii de ia ptoduetivitQ du capital l Cela esM d'une disoussioa séneose et legrale I Depiûs q^^Bd a-t-on vu les philosophes répondsft à un systèm de |M^ losophîe par cette fixt de non^reeeveir : MeUQUMMNiA premièrement d'aecoid m» le sjralëme en vo^ua, afwèa quoi nous examinions le nouveau t fk»^u|s quand estré |e$« dans lee sciences que Von doil le^donaocr impttojablemeat, par ia quesiien préatahle, tout fait, taule idée^ toute tbéûPi^ qui contredit la théorie généralement a^aûse?
Qiioi I vous enteteprepez do n» réftitor et de me «aovaincre; e^ puis, au Ke«i de saisir mosi sjmlèmd oerpa à corps, vous me présentez le vôtre ! Foi» me répondre^ vous commences par exiger que je tombe d'aceoi^avec vous de ce que )o nie positivement ï En v^ité, n*aurais-je pas, dès ce moment, le droit de vous dire : Gardez votre théoai» d» priH à Intéiil, puieqn'elle voua agséa,. el l aia a es moii ma
théorie du prêt gratuit , que je trouve plus avantageuse, plus morale, plus utile, et beaucoup plus pratique? Au lieu de discuter, comme nous l'avions espéré, nous en serons quittes pour médire l'un de l'autre, et nous décrier réciproquement. A l'avantage !...
Voilà, monsieur, comment se terminerait la discussion, si, par malheur pour votre théorie, elle n'était forcée, afin de se maintenir, de renverser la mienne. C'est ce que je vais avoir Thonneur de vous démontrer, en suivant votre lettre de point en point.
Vous commencez par plaisanter, fort spirituellement sans doute, sur la loi de Contradiction dont je me suis servi pour tracer la marche de la théorie socialiste. Crojez-n»>i, monsieur, il y a toiiyours peu de gloire à acquérir, pour un homme d'intelligence, à rire des choses qu'il n'entend pas, surtout quand elles reposent sur des autorités aussi respectables que la loi de contradiction. La dialectique, fondée par Kant et ses successeurs, est aujourd'hui comprise et employée par une moitié de TEurope, et ce n'est pas un titre d'honneur pour notre pays assurément, quand nos voisins ont porté si loin la spéculation philosophique, d'en être resté à Proclus et à saint Thomas. A force d'éclectisme et de matérialisme, nous avonsperdu jusqu'à l'intelligence de nos traditions; nous n'entendons pas même Descartes; car, si nous entendions Descartes, il nous conduirait à Kant, Fichte, Hegel, et au delà.
Quittons, toutefois, la contradiction, puisqu'elle vous est importune, et revenons à l'ancienne méthode. Vous savez ce que l'on entend, dans la logique ordinaire, par distinction. A défaut de professeur de philosophie, Diafoirus le jeune vous l'aurait appris. C'est le procédé qui vous est le plus familier, et qui témoigne le mieux de la subtilité de votre esprit. Je vais donc, pour répondre à votre question, faire usage du distinguo : peut-être alors ne vous sera-t-il plus possible de dire que vous ne me comprenez pas.
Vous demandez : L'intérêt du capital est-il légitime, oui ou non? Répondez à cela, sans antinomie et sans antithèse.
le réponds : Distinguons, s'il vous plaît. Qui, l'intérêt du
capital a pu être considM comme légitime dans un temps ; non» il ne peut plus Tôtre dans un autre.^ Cela vous oflÂret-il encore quelque ambage, quelque équivoque ? Je vais tâcher de dissiper toutes les ombres.
La monarchie absolue a été légitime dans un temps : ce fut une des conditions du développement politique. £lle a cessé d'être légitime à une autre époque, parce qu'elle était devenue un obstacle au progrès. ^ 11 en a été de même de la monarchie constitutionnelle : c'était, en 89 et jusqu'en 1830, la seule forme politique qui convint à notre pays; ce serait acgourd'hui une cause de perturbation-et de décadence.
La polygamie a été légitime à une époque : c'était le premier pas fait hors de la promiscuité communautaire. Elle est condamnée de nos jours comme contraire à la dignité de la femme : nous la punissons des galères.
Le combat judiciaire, l'épreuve de l'eau bouillante, la torture elle-même , lisez M. Rossi, eurent également leur légitimité. C'était la première forme donnée à la justice. Nous y répugnons maintenant, et tout, magistrat qui y aurait recours, se rendrait coupable d'un attentat.
Sous saint Louis, les arts et métiers étaient féodalisés, organisés corporativement, et hérissés de privilèges. Cette réglementation était alors utile et légitime; elle aVait pour but de faire surgir, en foce de la féodalité terrienne et nobiliaire, la féodalité du travail. Elle a été abandonnée depuis, et a?ec raison : depuis 89 l'industrie est libre.
Je vous répète donc, et, en conscience, je crois parler clair : Oui, le prêt à intérêt a été, dans un temps, légitime, lorsque toute centralisation démocratique du crédit et de la circulation était impossible : il ne Test plus, maintenant que cette centralisation est devenue une nécessité de Tépoque, partantun devoir de la société, un droitdu citoyen. C'est pour cela. que je m'élève contre l'usure; je dis que la société me doit le crédit et l'escompte sans intérêt : l'intérêt, je l'appelle vol.
Bon gré, mal gré , il faut donc que vous descendiez sur le terrain où je vous appelle : car, si vous refusez de le faire, si vous vous renfermez dans la bonne foi de votre s^ncienne
peiMMioii , 9iom y^mmct^à votm mauvais raulolr t Je enerai partottt, coauneleMftwartttede Moli^ : jéuvelmr ? «lé «oiMff / «H voter I
Pour en finir tout à tiil «vee fantinomle, )• ¥aîg hmIrleoaBtt à i'aide éea exesiplat {préeMamneat elles, vous éire en |^ 4a qiot» ce qWtHHe i^}oiile h la disteetieB. €eia ut aeta paa uulMe à ^oi^te «onte^averae.
Voua ooaeefea donc qu'«Hé olMse peut être vraie, joste^ légitime, dans ua lenps, al fausse, inique, epiminelley dans un autra^ Voua ne pouvea pa» ne pas )e eoneevoir, puisque cala eal.
Or, se demande le philosophe, comment une chose, vfafe un jour, ne ras|*^le ^>as un aulre jour t la vérité peutelie changer ain^9 La ¥érilé n'est*al)e pas la Tépité9 Faul-ii Gloire qu^elle n'aak qu^una fantaisie» une appsffenee^ un préjugé? Ya-t^iienftn, ou n'y a-t^il pas una cause à ce ehangeaient? Au^essus da la vérité quiehanga, e»stetaitri^y pav basaad, une venté qui ne change point, une véfité ahsohia, immuable f
in daui 90tfi, la philosopàia na s'arvéta point au fhit tel que le lui pév^ant k*eipMenee et l'histoôpe; elle chercha à l^xpliquev.
£h hian, la philosophie a tn>uvé,^a«i si vous aimez mieux, alla a cru voir qua cette altéiation des institutions sociales, ce revirement qu'elles éprouvent après \m certain nombre de siècles» provient de ce que les idééls dont elles sont l'axpression, possèdent en al los -W( ftm es une sorte de foeoUé évolative , un principe é» mobilité perpétuelle, provenant de leur essence conlrâdictoire.
Cest ainsi que Fintérôt du capital, Intime alors que le prêt est un service rendu de citoyen à citoyen, mais qui cesse de l'être quand la société a conquis le pouvoir d^erganiaer le crédit gratuitement pour tout le monde, cet intérêt, dn^je» est contradictoire dans son essence» en ee que, d'une part, le service rendu par le prêteur a droit à une rémunération; et que, d'un autre côté, .tout salaire supposa produit ou privation, ce qui n'a pas lieu dans le prêt. La révoluteaqiii aVTpève danala lé^^tàmitéAa prêt vient delà.Veilà
iftifil tenpain les défoiiseiiM d« i^MieieB régime diMtenl se pkoer.
^ reDfeiraier dans la tvidhîoDy se borner à dire : Le (urAt eiit UB service rendu , done il doit être payé, sans vouloir entrer dans les coDsidéralions qui tendent à abroger Fin^ lérèt, ce n'est pas répondre. Le Socîalismo , redoublant d'énei^e, proteste et vous dit : Je n*ai que faire de votre service, service pour vous, spoliation pour moi, tandis (^u'il esl loisible à la société de me faire jouir des mômes avantages que vous m'oiVez, etoela sans rétribution. Mimpoaer un tel service , malgré moi , en refusant d*organtser la circulation des capitaui , o>est me Ibiro supposer un prélèvement injuste, G>est me voler.
Ainsi, toute votre argumentaticm en Ibveur de fintérét consiste à confondre les époques, je veux dire à eonfondre oe qui dans le prêt est légitime avee ce qui ne Test pas , landi» que moi , au contraire, je les distingue soigneuse^ ment : c'est ce que je vais achever de vous rendre intelH* gible par l'analyse de votre lettre.
Je prends un à un tous vos arguments.
Dans ma première réponse, je vous avaia faH observer que eehii qui prête ne se ppive pas de son capital. — Vous Boe répondez :QuHmporte, s'il a créé son capital tout exprès pour le prêter ?
' En disant cela, vous trabissea votre propre cause. Vous acquiescez, par ces paroles, à mon cmtUMêe^ qui consisle à <lipe : La cause secrète pour laquelle le prêt à intérêt, légi* lime hier, ne Test plus aujourd'hui , c>e9t que le prêt, en kii-mème, n'entraîne pas privation, ie prends acte de cet aveu.
Mais vous vous accrochez à Tintention î Qu'importe, diles-vous, si le prêteur a créé ce capital tout exprès pour le prêter î
A quoi je réplique: Et que me fbil à mon tour votre intention, si je n'ai pas réellement besoin de votre service, si te prcten<ki service que vous voulez me rendre ne me devient nécessaire que par le mauvais vouloir et Timpé* riUe de la société ? Votre crédit ressemble à celui qu^ fait te ^OTâdii^ à l'^lave, quand \k lui donne la liberté eontre
rançon. Je proteste contre votre crédit à S p. 0/0, parce que la société a le pouvoir et le devoir de me le faire à p. 0/0; et si elle me refuse, je Taccuse, ainsi que vous, de vol, je dis qu'elle est complice, fautrice, organisatrice du vol.
Assimilant le prêt à lai^enfe, vous dites : Votre argument s'attaque à celle-ci aussi bien qu'à celui-là. En effet, le chapelier qui vend les chapeaux ne sV.nprtt7e pas.
Non, car il reçoit de ses chapeaux, il est censé du moins en recevoir immédiatement la valeur, ni plus ni moins. Mais le capitaliste prêteur, non-seulement n'est pas privé, puisqu'il rentre intégralement dans son capital; il reçoit plus que le capital, plus que ce qu'il apporte à l'échange ; il reçoit en sus du capital un intérêt qu'aucun produit positif de sa part ne représente. Or, un service qui ne coûte pas de travail à celui qui le rend, est un service susceptible 4e devenir gratuit : c'est ce que vous*même vous nous apprendrez tout à l'heure.
Après avoir reconnu la non-privation qui accompagne le prêt, vous convenez cependant « qu'il n'est pas idéalement » impossible que Vintérêt , qui aiyourd'hui fait partie inté- » granle du prix des choses, se compense pour tout le monék, » et, par conséquent, s'annule. » — « Mais, ajoutez-vous, il » faut d'autres façons qu'une banque nouvelle. Que le So- » cialisme égalise, chez tous les hommes, l'activfté, l'han bileté, la probité, l'économie, la prévoyance, les besoins, » les goûts, les vertus , les vices, et même les chances, et » alors il aura réussi. »
Eu sorte que vous n'entrez dans la question que pour l'éluder aussitôt. Le Socialisme, au point où il est parvenu, prétend justement que c'est à l'aide d'une réforme de la banque et de l'impôt que l'on peut arris or à cette compensation. Au lieu de passer, comme vous faites, sur cette prétention du Socialisme , arrêtez-vous-y, et réfutez-la : vous en aurez fini avec toutes les utopies du monde. Car le Socialisme affirme, — et sans cela le Socialisme n'existerait pas, il ne serait rien, — que ce n'est point en égalisant chez tous les hommes « l'activité , l'habileté , la probité , » l'économie, la prévoyance, les besoins, les goûts, les
» vertus^ les vices et même les chances, » qu'on parviendra à compenser l'intérêt et égaliser le revenu net; il soutient qu'il faut, au contraire, commence par centraliser le crédit et annuler Tintérêt, pour égaliser les facultés, les besoins et les chances. Qu'il n'y ait plus parmi nous de voleurs, et nous serons tous vertueux, tous heureux ! voilà la profes« sion de foi du Socialisme I J'éprouve le plus vif regret à vous le dire : mais vous connaissez si peu le Socialisme, que vous vous heurtez contre lui sans le voir.
Vous persistez à attribuer au capital tous les progrès de la richesse sociale, que j'attribue, moi, à la circulation; et vous me dites, à ce propos, que je prends la cause pour reflTet.
Mais, en soutenant une pareille proposition, vous ruinez, sans vous en apercevoir , votre propre thèse. J. B. Say a démontré, et vous ne l'ignorez pas, que le irangport d'une valeur, que cette valeur s'appelle argent ou marchandise, constitue lui-même une valeur; que c'est un produit aussi réel que le blé et le vin; qu'en conséquence, le service du commerçant et du banquier mérite d'être rémunéré tout comme le service du laboureur et du vigneron. C'est sur ce principe que vous vous appuyez vous-même quand vous réclamez un salaire pour le capitaliste, qui, par la presta* tion de son capital, dont on lui garantit la rentrée, fait office de transport, de circulation. Par cela seul que je prête, disiez-vous dans votre première lettre, je rends un service, je crée une valeur. Telles étaient vos paroles, que nous avons admises : en cela» nous étions l'un et l'autre d'accord avec le maître.
Je suis donc fondé à dire que ce n'est pas le capital luimême, mais la circulation du capital ; c'est cette nature de service, produit, marchandise, valeur, réalité, qu'on appelle en économie politique mouvement ou drculaiion, et qui, au fond, constitue toute la matière de la science économique, qui est la cause de la richesse. Ce service, nous le payons à tous ceux qui le rendent; mais nous affirmons qu'en ce qui concerne les capitaux proprement dits, ou l'argent, il dépend de la société de nous en faire jpuir ^emême , et gratuitement; que si elle ne le fait pas, il y a
fraude 6l spoliation. -*- GompreBOK-vous maintenant où est le véritable point delà question sociale?...
Après avoir déploré de voir les oapitalistes et les travailleurs réparés en deui classes antagoniques, — ce c|ui n*est pas la ftiute du Socialisme assurément, — Vous prenez la peine, fbrt inutile, de me démontrer par des exemples que tout travailleur est, à quelque degré, capitaliste, et fait œuvre de capitalisation, c'est-à-dire d'usure. Qui donc a jamais songé à le nierf Qui vous a dit que ce que nous reconnaissions comme légitime, en un temps, chez le capitaliste, nous le réprouvons, dans le même temps , chez l'ouvrier?
Oui, nous savons que le prix de toute marchandise et service se décompose actuellement de la manière suivante:
V Matière première ;
9^ Amortissement des instruments de travail et frais;
S« Salaire du travail;
4* Intérêt du capital.
Il en est ainsi dans toutes les profési^onS) agriculture^ industrie, eommerce, transports. Ce sont les fburcbes caudines de tout ce qui n'est point parasite, capitaliste ou manœuvre. Vous n'avez que ftiire de nous donner à ce sujet de longs détails, très-intéressants^ du reste, et où Ton voit que se complaît votre imagination.
Je vous le répète : la question , pour le Socialisme , est de foire que ce quatrième élément, qui entre dans la eom* peaîllon du prix des choses, à savoir, rinlérét du capital^ se compense entre tous les producteurs, et, papeenséquen^ s'annule. Nous soutenons que cela est possible ; que, si cela est possible, c'est un devoir à la société de procurer là gratuité du crédit à tous; qu'autrement, ce ne serait pas une société, mais une conspiration des capitalistes contra les travailleurs, un pacte de rapine et d'assassinat.
Concevez donc, une fois, qu'il ne s'agit point pour voua de nous expliquer oomment les capitaux se ibrment, oom^ ment ils se multiplient par l'intérêt, comment l*iotérèl e^tre dans la composition du prix des produits, comment tous las travailleurs seni eux-mêmes coupables du péehé
4'(Uiiu^ : nous savons dèi Ipngtempi toutes oas choses, autant que oous sommes convaincus de la bonne foi des rentiers et des propriétaires.
Nous disons : le système économique, fondé sur la fiction de productivité du capital, jusiifiable à une autre époque, est désormais illégitime. Son impuissance, sa malfaisance est démontrée; c'est Iqi q^ii est la caus^ fie toutes les misères actuelles, lui qui soutient encore cette vieille fiction du gouvernement représentatif, dernière formule de la tyrannie parmi les hommes.
Je ne vous suivrai point dans les considérations, toutes religieuses , par lesquelles vous terminez votre lettre. La religion, permettez-moi de yous le dire, n'çi rien à faire avec l'économie politique. Une véritable science se suffit à elle-même; hors de cette (condition, elle n'est pas. 5'il fiaut, à l'économie politique, une sanction rellgieus^our suppléer è l'impuissance de ses théories ; et si, de son côté, la religion, pour excuser la stérilité de son dogme, allègue les exigences de l'économie politique : il arrivera queTéconomie politique et la religion, au lieu de se soutenir mutuellement, s'accuseroqt Tune l'autre; elles périront toutes deux.
Commençons par faire justice , et nousi aurons de surcroît la liberté, la fraternité, la richesse; le bonheur môme de l'autre vie n'en sera que plus assuré. L'inégalité du revenu capitaliste est- elle, oui ou non, la cause première de la misère physique, morale et intellectuelle qui afflige aujourd'hui la société? Faut-il compenser lereveqvt efltpe tous les hommes, rendre gratuite la circulation de$ capitaux, en l'assimilant à l'échange des produits, et annuler l^ntérét? Voilà ce que demande le Socialisme, et à quoi il feut répondre.
Le Socialisme, dans ses conclusions les plus positives, vous fournit la solution dans la centralisation démvocratique et gratuite du crédit, combinée avec un système d'impôt unique, remplaçant tous les autres impôts, et assis sur le capital.
Ou'on vérifie cette solution; qu'on essaie de l'appliquer. C'esl la seule manière de réfuter le Socialisme ; hors de là,
nous ferons retentir plus fort que jamais notre cri de guerre : La propriété, c'est le vol !
P.-J. Prouduon.
TROISIÈME LEnRE.
40 décembre 1849.
Monsieur,
Je veux rester sur mon terrain; vous voulez m'altirer sur le vôtre, et vous me dites : Qu'êtes-vous venu faire à la Foix du Peuple, si ce n'est réfuter la théorie du crédit gratuit, etc.?
Il ^ a U un malentendu. Je n'ai point été à la -Toix du Peuple ; la Foix du Peuple est venue à moi. De tous côtés, on parlait du crédit gratuit, et chaque jour voyait éclore un plan nouveau pour la réalisation de cette idée.
Alors je me dis : Il est inutile de combattre ces plans Tun après l'autre. Prouver que le capital a un droit légitime et indestructible à être rémunéré, c'est les ruiner tous à la fois, c'est renverser leur base commune.
Et je publiai la brochure Capital et Renie.
La Foix du Peuple^ ne trouvant pas ma démonstration concluante. Ta réfutée. J'ai demandé à la maintenir, vous y i avez consenti loyalement: c'est donc sur mon terrain que doit se continuer la discussion.
D'ailleurs, la société s'est développée perpétuellement et universellement sur le principe que j'invoque. C'est à ceux qui veulent que, à partir d'aujourd'hui, elle se développe sur le principe opposé, à prouver qu'elle a eu tort. VonuB probandi leur incombe.
Et après tout, de quelle importance réelle est ce débat préalable? Prouver que l'intérêt est légitime, juste, utile, bienfaisant, indestructible, n'est-ce pas prouver que la gratuité du crédit est une chimère ?
Permettez-moi donc, monsieur, de m'en tenir à cette question dominante : L'intérêt est-il légitime et utile ?
' Par pitié pour Tignorance oh vous me voyez (ainsi que bon nombre de nos lecteurs), de la philosophie germanique, vous voulez bien , métamorphosant Kant en DIafoirus , substituer à la loi de la conlradiction celle de la distinction.
Je vous remercie de cette condescendance. Elle me met à Taise. Mon esprit se refuse invinciblement, je l'avoue, à admettre que doux assertions contredictoires puissent être vraies en même temps. Je respecte, comme je le dois , quoique de confiance^ Kant, Fichte et Egel. Mais si leurs livres entraînent Tesprit du lecteur à admettre des propositions comme celles-ci : Le Fol c'est la propriété ; La Propriété c*esl le Fol ; le jout, c'est la nuit ; je bénirai le ciel , tous les jours de ma vie, de n'avoir pas fait tomber ces livres sous mes yeux. A ces sublimes subtilités, votre intelligence s'est aiguisée ; la mienne y eût infailliblement succomW, et bien loin de me faire comprendre des autres, je ne pourrais plus me comprendre moi-même.
Enfin, à cette question : L'intérêt est-il légitime? vous répondez, non plus en allemand : Oui et non, mais en latin : Distinguo. « Distinguons ; oui, l'intérêt du capital a pu être considéré comme légitime dans un temps; non, il ne peut plus l'être dans un autre. »
Eh bien 1 votre condescendance hâte, ce me semble , la conclusion de ce débat. Elle prouve surtout que j'avais bien choisi le terrain ; car que prétendez-vous ? Vous dites qu'à un moment donné, la rémunération du capital passe de la légitimité à Tillégitimité ; c'est-à-dire que le capital lui-même se dépouille de sa nature pour revêtir une nature opposée. Certes, la présomption n'est pas pour vous , et c'est à celui qui veut bouleverser la pratique univer>elle sur la foi d'une affirmation si étrange, à la prouver.
J'avais fait résulter la légitimité de l'intérêt de ce que le prétest un service, lequel est susceptible d'être évalué, a, par conséquent, une valeur, et peut s'échanger contre toute autre valeur égale. Je croyais mémo que vous étiez convenu de la vérité de celte doctrine en ces termes :
« Il est très-vrai, comme vous l'établissez vous-même » péremptoirement, que le prêt est un service. Et comme » tout service est une valeur, comme il est de la nature
»d«tDat service d*êlre rérhunéré, il s'Otarait qtiè le|ffêt » doit avoir son prix, ou^ pour employer le mot tebbnique, » qu'il doïiporter iiUériU »
Voilà ce que vous disiez, il j a quinze Jours. Aujourd'hui vous dites: Distinguons, prêter C'était Kendreserrice autrefois, ce n'est plus rendre service maintenant.
Or , si prêter n*est plus rendre service, il va sans dire que rintérêt est^ je ne dis pas illégitime, mais impossible.
Votre argumentation nouvelle implique ce dialogue:
l'emphumtbur. Monsieur^ je voudrais monter un magasin^ j'ai besoin de dix mille franco, veuillez me les prêter.
LE PRÉTEUR. Volontlers, nous allons débattre led con* ditions«
l'emprunteur. Monsieur^ je n'accepte pas de conditionst Je gardreai votre argent un an » deux ans , vingl ans, après quoi je yous le rendrai purement et âimple* ment , attendu que tout ee qui^ dans le remhoursemmt dm prêt, est donné tn sus du prêt, est usure^ spoliation.
LE prêteur. Mais puisque vous venez me demander uù servictt il esl bien naturel que je vous endemaode un Autre»
l'emprunteur. Monsieur» je n'ai que faire de i?otre sef^icti
le prêteur. En ce cas je garderai mon capital, dussé^ge le manger.
L'^t»RUMTEUR. « Monsiour, je suis socialiste^ et le Soda- » lisme, redoublant d'énergie, proteste et vous dit par ma » bouche t je n'ai que feire de votre service, service pour » vous et spoliation pour moi^ tandis qu'il est loisible à \A » soriété de me faire jouir desnaêmes avantages que vobs » m'offrez ^ et cela sans rétribution. M'imposer un tel ser- )) vice> nia^ré moi^ en refusant d'organiser la circulation » des capitaux, c'est me faire supporter un prôlèvemenl » injuste, c'e^it me voler» »
LE PRÊTEUR. Jo ne VOUS impose rieo malgré vous. Dès que vous ne voyez pas dans le prêt un service, abstenee*' vous d'emprunter, comme moi de prêter. Que si la société vous offre des avantages sans rétribution, adressez^vous à elle , c'est bien plus commode, et quant à organiser la circulation des ce^itaux, ainsi que vous me sommez de le faire, si vous entendes par là que les miens vous arrivent gratis
par riûtermédialf e de la société, J'ai contre ee procédé in^ direct tout juste les mêmes objections qui m'ont foit vous refbser le prêt direct et gratuit*
La Société I J'ai été surpris^ je Tavoue» devoir apparaître dans un éorit émané de vous^ ce peraonnage nouveau , ee capitaliste accommodant.
£h quoi I monsieur» vous qui, dans la même feuille où vous m'adressee votre lettre , avec combattu avec une si rude énergie les systèmes de Louis Blanc et de Pierre Leroui^ n'avei voua dissipé la fiction de V£iai, que p0ur j substituer la fiction de la Seeiélé?
Qu'est-ce donc que la société» en dehors de quiconque prête ou empruntes perçoit ou paye l'intérêt inhérent au prit de toutes choses? Quel est ce Devê êso mnchinâ que vous faites intervenir d'une manière si inattendue pour donner le mot du problème? Y a*t<-il d'un eôté la masse entière des ^availleurs» marchandai artisansicapilaliste^^ et^ de Tautre, la Société^ personnalité distincte, possédant des capitaux en telle abondance^ qu'elle en peut prêter à chacun sans compte ni mesure , et cela sans réfribulion ?
€e n'est pas ainfti que vous l'entendes ; je n'en vetix pour preuve que votre artiple sur l'État« Vous saves bien, -94 bien que la soeiété n'a d'autres capitaux que ceux qui sont entre les mains des capitalistes grands et petits. 8e^ rait^ce ce que là Société doit s'empafer de ces capitaux et lei faire circuler gratuitement sous prétexte do les orga* niser? En vérité^ je m'y perds» et 11 n^e semble que^ sous votre piyme^ Cette liMie s'efface sans cesse, qui sépare^ aux yeux de la eenseienœ publique» la propriété du vol»
En cherchant h pénétrer jusqu'à la racine de l'erreur que je combats ici, je crois la trouver dans la confusion que vous faites entre les/raû île ùireriiaiion de» eapitatmeï les intérêtê des capitmuc. Vous croyex qu'on peut arriver à la cii^ctllation gratuite, et vous en conclhés que le prêt sera gratuit. C'est comme si l'on disait qufl lorsque les frais de transport de Bordeaux à Paris seront anéantis, lès vins de Bdtfdeadx se donneront pour rien à Paris. Vous n'êtes pas le pttolier qui se smi fait cette illusion. Law disait t « ,La loi de la circulation est la seule qui puisse sauver les em-
phres. » Il agit sur ce prindpo, et au lieu de sauver la France, il la perdit.
Je dis : Une chose est la circulation des capitaux et les Arais qu'elle entraîne; autre chose est l'intérêt des capitaux. Les capitaux d'une nation consistenten matériaux de toutes sortes, approrisionnements, outils, marchandises, espèces, et ces choses-là ne se prêtent pas pour rien. Selon que la société est plus ou moins avancée, il y a plus ou moins de facilité à faire passer un capital donné, ou sa valeur, d'un lieu à un autre lieu, d'une main à une autre main : mais cela n'a rien de commun avec l'abolition de Tintérêt. Un Parisien désire prêter, un Bayonnais désire emprunter. Mais le premier n'a pas la chose qui convient au second. D'ailieurs, ils ne connaissent pas réciproquement leurs intentions; ils ne peuvent s'aboucher, s'accorder, conclure. Voilà les obstacles à la dreuUUian. Ces obstacles vont diminuant sans cesse, d'abord par l'intervention du numéraire, puis par celle de la lettre de change, successivement par celle du banquier, de la Banque nationale, des banques libres.
C'est une circonstance heureuse pour les consommateurs de capitaux, comme il est heureux pour les consommateurs de vins que les moyens de transport se perfectionnent. Mais, d'une part, jamais les frais de circulation ne peuvent descendre à zéro, puisqu'il y a toujours là un intermédiaire qui rend ierviee ; et, d'autre part, ces frais fussentils complètement anéantis, l'Intérêt subsisterait encore, et n'en serait même pas sensiblement affecté. Il y a des banques libres aux Etats-Unis ; elles sont sous l'influence des ouvriers eux-mêmes, qui en sont les actionnaires, et de plus, elles sont, vu leur nombre, toujours à leur portée ; chaque jour, les uns y déposent leurs économies, les autres y reçoivent les avance qui leur sont nécessaires; la circulation est aussi facile, aussi rapide que possible. Bstce à dire que le crédit y soit gratuit, que les capitaux ne produisent pas d'intérêt à ceux qui prêtent, et n'en coûtent pas à ceux qui empruntent? Non, cela signifie seulement que prêteurs et emprunteurs s'y rencontrent pkis Cstcilement qu'ailleurs.
Ainsi , gratuité absolue de la circulatioD,— chimère.
Gratuité du crédit, — chimère.
Imaginer que la première de ces gratuités, si elle était possible, impliquerait la seconde, — troisième chimère. . Vous voyez que je me suis laissé entraîner sur votre terrain, et puisque j'y ai fait trois pas, j'en ferai deux autres.
Vous voulez organiser la circulation de telle sorte que chacun perçoive autant d'intérêts qu'il en paye, et c*est là ce qui réalisera, dites-vous, l'égalité des fortunes.
Or, je dis :
Compensation universelle des intérêts — chimère.
Egalité absolue des fortunes, comme conséquence de cette chimère — autre chimère.
Toute valeur se compose de deux éléments : La rémunéreftion du travail et la rémunération du capital. Pour que ces deux éléments entrassent en proportions identiques dans toutes valeurs égales, il faudrait que toute oeuvre humaine admit le même emploi de machines, la même consommation d'approvisionnements, le même contingent de travail actuel et de travail accumulé.
Votre banque fera-t-elle jamais que le commissionnaire du coin, dont toute l'industrie consiste à louer son temps et ses jambes, fasse intervenir autant de capital dans ses services que l'imprimenr ou le fabricant de bas? Remarquez que pour qu'une paire de bas de coton arrive à ce commissionnaire, il a fallu l'intervention d'une terre , qui est un capital; d'un navire, qui est un capital ; d'une filatu'O, qui est un capital. Direz-vous que lorsque le commissionnaire échange son service, estimé trois francs, contre un livre estimé trois francs , il est dupe en ce que l'clément travail actuel domine dans le service, et l'élément travail accumulé dans le livre? Qu'importe si les deux objels de l'échange se valent, si leur équivalence est déterminée par le libre débat? Pourvu que ce qui vaut cent s'échange contre ce qui vaut cent, qu'importe la proportion des deux éléments qui constituent chacune de ces valeurs égales? Nierez- vous la légitimité de la rémunération afférente au capital ? Ce serait revenir sur un point déjà acquis à la discussion. D'ailleurs sur quel fondement le travail
ancien serait-il , phiS que le tapiUtl c^^tuèl^ eielu de toute rétribution î
Le travail 3e divise en deux eatég^ied bien diàtinetes :
Ou il est excludivemeat consacré à la production ë'uft objet) comme lorsque Tagriculteur sème » sarcle 5 moissonne et égraine son blé^ Icnrsque le tailleur cotipe et coud un habit, etc. ;
Ou il sert à la production d'une série indéterminée d'objets semblables ) comme quand l'agriculteur clôt, amende, dessèche son champ, ou que le tailleur meuble soD atelier.
Dans le premier cas ^ tout le travail doit être pajé par Taquéreur de la récolte ou de Tbabit; dans le second , il doit être payé sur un nomt^re indéterminé de récoltes ou d'habits. Et certes^ il serait absurde de dire que le traçait de cette seconde catégorie ne doit pas dtre pajé du tout> parce qu'il prend le nom de Capital,
Or, comment parvient-il à répartir la rémunération qui lui est due sur un nombre indéfini d'acheteurs successifs t par les combinaisons de ramortissement et de Tintérêt» combinaisons que rhur&anité a inventées dès rorigitie , combinaisons ingénieuses^ que les soi ialis'es seraient bien embarrassés de remplacer. Aussi tout leur génie se borne à les supprimer , et ils ne s'aper^ivent pas que c'est tout simplement supprimer l'Humanitô.
Mais quand on accorderait coiitme réalisable tout ce qui Vient d'être dénontré chimérique : gratuité de circulalionj gratuité de prêt^ componction d'intérêts, je dis qu'on n'arriverait pas encore à rÉgalité absolue des fortunes. Et la raison en est simple. Est-ce que la Banque du Peuple aurait la prétention de changer le c<Bur humain ? Fera-t-elle que tous les hommes soient également forts, actifs^ intelligents, ordonnés, économes, prévoyants? Fera-t-elle que les goûts, les penchants, les aptitudes, les idées ne varient à l'infini ? Que les uns ne préfèrent dormir au soleil, pendant que les autres s'épuisent au travail ? Qu'il n'y ait des prodigues et des avares, des gens ardents à poursuivre les biens de ce monde, et d'autres plus préoccupa de la vie future? tl est clair que l'égalité absolue des fortunes n#
pqurrait être que la résultante de toutes 6es égalités impossibles e^ de bieps d'^Utyes»
Mais, si V^^Ut^ absolue de«| fortunes est cbimérique, oe q\i\ ne V^i p^, c'est Tapproiinaâtion eonstante do tous les )\pp3f»es ve?^un po^me niveau physique, intellectuel el V^Qiç^] I sous )q régime de la liberté. Parmi toutes les énergies qui cpnppurent à ce grand nivellement, une des plv)S p^|s^ntes, c'est celle du Capital. Et puisque vous f^'fivez puvort vos colonnes, permettez-moi d^appeler un qiQiqepj Tattention de v^ lecteurs sur ce sujet. Ce n^est p.fis (oui d^ ()éWQ))trer que l-intérét est légitime, il faut encore prouver qii'il ^t utile, même à ceux qui le supportent. Vûu$ ^yeï çlit que Vintérêt a été autrefois • un instrument 4'EgaUié et de Prpgrèç. » Ç& qu'il a été, il Test encore et le S^a ^pujûurs, parc§ qu'^ se développant il ne change pa# de nature.
I^s travailleurs seront peul-fitre étonnés de m'entendre afflrmer cm :
pe tous les élén^nts qui entrent dans le prix des choses, ç^lui qu'ils doiveut pajer avec le plus de joie, c'est précii^pient l'intérêt ou la rémunération du capital, parce que ce payement leur en épargne toujours un plus grand.
Pierre est un artisan parisien. 11 a besoin qu'un fardeau joit transporté ^ Ullf^; c'est un présent qu'il veut faire h s^ mère. S'il n'y avait pas de capital au monde (et il n^y on ^nrait PliS k\ toute rémunération lui était déniée), ce transport coûterait à Pierre au moins deux mois de fatigues, soit qu'ii le nt l^i-mêiOie» Spit qu'il se fit rendre ce servie par uu autre* Car il ne pourrait reiénuter lui-onéme qu'en charriant Iç ferdefiu par monts et psr vaux, sor ses épaules, et nul ^e pounr^it re^^écuter pour lui que de la même mi^ni^e-
Pourquoi se ren^ontre-t-il des entrepreneurs qui ne demandent à Pierre qu'une jouinéa de son travail pour lui en ép«irgner spixanleî Parce que le capital est intervenu sous forme de cba^ de cheyauK, de rails, de wagons, de locomotive. Sans doute Pierre doit payer iribut à ce capitfi^l, m«li§ c'est justement paur ceîa qu'il fait ou ûtit faire ^A un i/>^t oe qui lui aurait demandé deux mois.
Jean est maréchal ferrant, fort honndte homme, mais qu'on entend souvent déclamer contre la propriété. Il gagne 3 fir. par jour ; c'est peu» c'est trop peu, mais enfin, comme le blé vaut environ 18 fir. l'hectolitre , Jean peut dire qu'il fait jaillir de son enclume un hectolitre do blé par semaine ou la valeur, soit cinquante-deux hectolitres par an. Je suppose maintenant qu'il n'y eût pas de capital, et que, mettant notre maréchal en face de mille hectares de terre, on lui dise : Disposez de ce sol qui est doué d'une grande fertilité; tout le blé que vous ferez croître est à vous. J(an répondrait sans doute : <c Sans chevaux, sans charrue, sans hache, sans instruments d'aucune sorte, comment voulez-vous que je débarrasse le sol des arbres, des racines, des herbes, des pierres , des eaux stagnantes qui l'obstruent? Je n'y ferai pas pousser une gerbe de blé en dix ans. » Donc que Jean fasse enfin cette réflexion : « Ce que je ne pourrais faire en dix ans, d'autres le font pour moi, et ne me demandent qu'une semaine de travail. Il est clair que c'est un avantage pour moi de rémunérer le capital, car si je ne le rémunérais pas, il n'y en aurait pas, et les autres seraient aussi embarrassés devant ce sol que je le suis moi-même. »
Jacques achète tous les matins, pour un sou, la Foix du Peuple. Gomme il gagne 100 sous par jour, ou 50 centimes par heure, c'est six minutes de travail qu'il échange contre le prix d'un numéro, prix dans lequel se trouvent comprises deux rémunérations , celle du travail et celle du capital. Comment Jacques ne se dit-il pas quelquefois : « Si aucun capital n'intervenait dans l'impression ûe la Foix du Peuple, je ne l'obtiendrais ni à un sou ni à cent francs? »
Je pourrais passer en revue tous les objets qui satisfont les besoins dos travailleurs, et la même réflexion reviendrait sans cesse. Donc le Capital n'est pas le tyran que l'on dit. Il rend des services, de grands services; il est do toute justice qu'il en soit rémunéré. Cette rémunération diminue de plus en plus à mesure que le capital abonde. Pour qu'il abonde, il faut qu'on soit intéressé à le former, et pour qu'on soit intéressé à le former, il faut être soutenu par l'espoir d'une rémunération. Quel est l'artisan, quel est
l'ouvrier qui portera ses économies à la caisse d'épargnes, ou même qui fera des économies y si Ton commence par déclarer que Tintérét est un vol, et qu'il faut le supprimer?
Non, non, c*est là une propagande insensée; elle heurte la rai^oD, la morale, la science économique, les intérêts du pauvre, les croyances unanimes du genre humain manifestées par la pratique universelle. Vous ne prêchez pas, il est vrai, la tyrannie du capital, mais vous prêchez la gratuité du crédit^ ce qui est tout un. Dire que toute rémunération accordée au capital est un vol, c'est dire que le capital doit disparaître de la surface du globe, c'est dire que Pierre, Jean, Jacques doivent exécuter les transports , se procurer le blé, les livres, avec autant de travail qu'il leur en faudrait pour produire ces choses directement et sans autre ressource que leurs mains.
Marche, marche. Capital I poursuis ta carrière, réalisant du bien pour l'humanité I Cest toi qui as affranchi les esclaves; c'est toi qui as renversé les châteaux- forts de la féodalité I Grandis encore; asservis la nature; fais concourir aux jouissances humaines la gravitation, la chaleur, la lumière, Télectricité; prends à ta charge ce qu'il y a de répugnant et d'abrutissant dans le travail mécanique, élève la Démocratie; transforme les machines humaines en hommes, en hommes doués de loisirs, d'idées, de sentiment et d'espérances!
Permettez-moi, monsieur, en finissant, de vous adresser un reproche. Au début de votre lettre, vous m'aviez promis de renoncer pour aujourd'hui à l'antinomie; vous la terminez cependant par cette antinomie que vous appelez votre cri de guerre : La propriété^ c'est le vol.
Oui , vous l'avez bien caractérisée ; c'est , en effet , un lugubre tocsin, un sinistre cri de guerre. Mais j'ai l'espoir que, sous ce rapport, elle a perdu quelque chose de sa puissance. Il y a dans l'esprit des masses un fond do bon sens qui ne perd pas ses droits, et se révolte enfin contre ces paradoxes étranges donnés pour de sublimes découverles. Oh I que n*avez-vous établi votre active propaj^ande sur cet autre axiome , assurément plus impérissable que le vôtre : Le vol, c'est le contraire de la propriété / Alors, avec
— «fil —
xoira iodompMila énesgicry votre sfyle fx^j^^laUre, vdFe (Uai^cUque iavincible, je ne puU- mesurer le bien qu'il vous eCU été donna dâ répi^^dre sur nolie ohève pai^e et sur rbumanité.
Frwhuc Bastiat.
RÉPQP^SjÇ.
Monsieur,
Notre discussion n'avance pd4, «»( l^ fe^ en eil à vous seul. Par yotr^ reftis lysiéift^Uqw^ dQ vowa placer «wr le VerraiMi où i^ yws appelle, e& vo^re ohaluiAUon h m'attirer ^^r \(^ vO^e, Yo^9 mécQnnâ^e;e ça m^ pi^rsonne to droit qu'^ tpiiit nov^tçiir ^ i'exaixien; vous mAuquez au devo» qvi^iovppse à tQ.yt ^ocouiis^, dé£(uvsaur naturel de la tras diiiion, ettd^ v^sagQs étabUs^ l'apparition des idées nouvettea; ^01^3 çoiApromeiteZ) e^Gi^, la cbarlté publique, en w^^oUkgpant à attaque]? ce qu^ je ifçcQpnaissNQds, dans une cexv- ^in,ç. W^^W^ çomnq irçépiocliia^le ci légi^opie.
Vous Tavez voulu : que voire désir soit accomplit
P<praiettez-moi d'abord de résun?,çr uoitre coatroverse.
Pajis une première lettre, voi\s avez essayé de montrer, par la^ théorie et p^r de nombreux temples, que le pr 4t£ut un servie^, et que, tout service ayant une vakiêtty il avait le droit de se fiaire pa^ ; d'oi^ you$ déduisiez woh ipédis^tement codQtrç moi cette caoçly^ioA que la gratuité du crédit était une cb\mè|^e, partant» le Socialisme une protestation sans princi{>e comme sans motifs^
Ainsi» peu importe do savoir si c'est vous qui avez sol^ Uçité Ventrée de la Foix d^ Peuple, ou si c'est moi qui vous ai offert la, publicité do ses colonnes : en £ait» ^ cbaeune de vos lettres m témQigo^, vo^m* n'avez eu d'autre but que de renyejcser, pw uiiq fin 4e non rocevoiri la ti^rie d,u crévlit gratu.it,.
Ift yrn^ êi âo^o répoii^ «I yai dû vous répondre, sans entrer dans Texamen de votre théorie de IHntérôt, que si \m^ ¥0ttUe9 eombaltoo utilement et sérieusement le Soeia- Ikme» il feUait Tattac^uâr en lui-méine et dans ses profH^es doctrines; que le Socialisme, sans nkr dh^ne manière absolue la légiHmitéde F^Itérit considéré à un certain point d§ yi^ et è une eerlaine époque àe Thistoire, affirmait la possibilité, dana Fétat aetuel de l'^éeonomie sodale, dV)V- ^a^iser par le concouis des travailleuvs un système de prêt sans réteibi^n, et par suite, de donner à tous la ga- Italie du opédit et du travail. Pai dit, enfin, que e'élait là c§ que vous aviez à examiner, ai yous vouliez que la di&çumm abouUt.
Wm votre seconde lettce, vous avez péremptoirement i^efuai de suivre cette marche, alléguant que pour vous, et d'i^piès mon aveu, Fintérél ne cx)nstitudnt, dans son prince» ni crime ni d^lit, il était impo^ble d'admettre que te pcdt Plût s'efi^uer sans intérêt ; qu*il était inconcevable qui'une cht)se p&t être vraie et finusse tout à la fois; bref, gu^ ^ant quç^ la onminalité de Itntérét n^ vous serait pas démotivée» vous tiendriez la théorie du crédit gratuit comme fton avenue. ïout cela assaisonné de force pktsantartes sur la k)i de contradiction, que vous ne comprenez point, et flanqué d^exemptes très-propres, je Tavoue, à laûre comprendre le mécanisme de riotérôt, mais qui ne prouvent absolument rien contre la gratuité.
Bans ma réplique, Je crois vous avoir prouvé, en me servant de votre propre méthode, que rien n^est moins rare, ^&xu la sociéié, que <te voir une institution, un usage, d'abord Mbéral e^ légitime, devenir, avec le temps, une entvavéà la liberté, et une atteinte à la justice; qu'il en était ainsi du prôt à intéor^ le jour où il était démontré que le crédit peut être donné à tous sans rétribution ; que dorea et éé^^ reliiser d'ezanûner^ cette possibilité du crédit gratuit conâ^luaLt un déni de juâtioe, une o^nse à la foi puU^ue, un défi au prolétamt. le reoouvelai donc auprès de vous mes installes, et je. vous dis : Ou vous examinerez les diverses propositions <^ Socialisme; ou je déclare que VintàBâtde Vargent, la rente, de la tei^e, le loyer des mai-
sons et des capitaux est une spoliation, et que la [propriété, ainsi constituée, est un vol.
Chemin faisant, j'indiquais sommairement les causes qui, selon moi , altèrent la moralité de l'intérêt , et les moyens de le supprimer.
Certes, il semblait qw, pour justifier votre théorie, désormais accusée de vol et de larcin, vous ne pouviez plus vous dispenser d'aborder enfin la doctrine nouvelle, qui prétend donner l'exclusion à l'intérêt. C'était, j'ose le dire, CQ à quoi s'attendaient tous oos lecteurs. En évitant de faire la critique de l'intérêt, je fei^ais ; rouve de conciliation et d'amour de la paix. Il me répugnait d'incriminer la bonne foi des capitalistes et de jeter la suspicion sur les propriétaires. Je désirais surtout abréger une dispute fatigante, et hâter la conclusion définitive. Vraie ou fausse, vous disais*-je, légitime ou illégitime, morale ou immorale, j'accepte l'usure, je l'approuve, je la loue même ; je renonce à toutes les illusions du Socialisme et me refais chrétien, si vous me démontrez que la prestation des capitaux, de môme que la circulation des valeurs, ne saurait, dans aucun cas, être gratuite. C'était, comme l'on dir, faire roodement les choses, et couper court à bien des discussions tout à fait oiseuses dans un journal, et, permettezmoi de le dire, fort périlleuses en ce moment.
Est- il, oui ou non, possible d'abolir l'intérêt de l'argent, par suite, la rente de la terre, le loyer des maisons, le produit des capitaux , d'une part en simplifiant l'impôt, et de l'autre en organisant une banque de circulation et de crédit, au nom et pour le compte du Peuple? C'est ainsi, selon moi, que la question devait être posée entre nous. L'amour de Thumanité, de la vérité, de la concorde, nous en faisait à tous deux une loi. Que fait le Peuple depuis Février? Qu'a fait l'Assemblée constituante? que fait auaujourd'hui la Législative? si ce n'est de rechercher les moyens d'améliorer le sort du travailleur, sans alarmer les intérêts légitimes, sans infirmer le droit du propriétaire? Cherchons donc si la gratuité c^u crédit ne serait point, par hasard, un de ces moyens.
Telles étaient mes paroles : j'osai croire qu'elles seraient
entendues. Au lieu d'y répondre, comme je Tespérais, vous vous retranchez dans votre fin de non-recevoir. A cette interrogation de ma part : Prouver que la gratuité du crédit est chose possible, facile, pratique, West- ce pas prouver que V intérêt du crédit est désormais chose nuisible et illégitime ? — vous répondez, en retournant la phrase : « Prouver que » rintérêt est (ou a été) légitime» juste, utile, bienfaisant, » indestructible, n'est-ce pas prouver qu^ la gratuité du » crédit est une chimère? » Vous raisonnez juste comme les entrepreneurs de roulage à Pégard des chemins de fer.
Voyez-les, en effet, adresser leurs doléances au public qui les délaisse et qui court à la concurrence : — Est-ce que le chariot et la malbrouck ne sont pas des institutions utiles*, légitimes, bienfaisantes, indestructibles? Est-ce qu'en transportant vos personnes et vos produits, nous ne vous rendons pas un service? Est-ce que ce service n'est pas une valeur? Est-ce que toute valeur ne doit pas être payée ? Est-ce qu'en faisant le transport à 25 centimes par tonne et kilomètre, tandis que la locomotive le fait, il est vrai, à 10 centimes, nous sommes des voleurs? Est-ce que le commerce ne s'est pas développé perpétuellement et universellement par le roulage, la bête de somme, la navigation à voiles ou à rames? Que nous importent donc et la vapeur, et la pression atmosphérique, et l'électricité? Prouver la réalité et la légitimité de la voilure à quatre roues, n'est-ce pas prouver que l'invention des chemins de fer est une chimère?
Voilà, monsieur, où vous conduit votre argumentation. Votre dernière lettre n'a, comme les précédentes, et du commencement à la fin, pas d'autre sens. Pour conserver au capital l'intérêt que je lui refuse, vous me répondez par la question préalable; vous opposez à mon idée novatrice votre routine; vous protestez contre le rail et la machine à vapeur. Je serais désolé de vous dire rien de blessant; mais, en vérité, monsieur, il me semble que j'aurais le droit, dès ce moment, de briser là et de vous tourner le dos.
Je ne le ferai point : je veux vous donner satisfac^on
jusque la û^, en voua inontrant comment, peut me swvir de vos propres paroles, la rémumèraiion an capital pasm de la légitimité à IHUégiiiwité, et oeipment la gratuité du crédit est la conclusion finale de la pratique de Tintérât. Cette discussion, par elle-même, ne manquant pas dMmportance, je m'efforcerai surtout de la rendre pacifique*
Ce qui fait que Tintérêt du capital , excusable , juste même, au point de départ (le l'économie des sociétés, devient, avec le développement des institutions industrielles, une vraie spoliation, un vol, c'est que cet intérêt n'a pae d'autre principe, d'autre raison d'être, que la nécessité et la force, La nécessité, voilà ce qui explique l'exigence du prêteur; la force, voilà ce qutftiit la résignation de l'emprunteur. Mais, à mesure que, dans les relations humaines, la nécessité fait place à la liberté, et qu'à la 'forée succède le droit, Iç capitaliste perd son excuse, et la revendication s'ouvre pour le travailleur contre le propriétaire.
Au commencement, la terre est indivise ; chaque Emilie vit do sa chasse, pêche, cueillette ou pâture; l'industrie est toute domestique, l'agriculture, pour ainsi db*e^ nomade. Il n'y a ni commerce, ni propriété.
Plus tard, les tribus s'agglomèrent, les nations commencent à se former : la caste apparaît, née de la guerre et du patriarcat. La propriété s'établit peu à peu ; mais, selon le droit héroïque, le maître, quand il ne cultive pas de ses propres mains, exploite par ses esclaves, comme plus tard le seigneur par ses serfe. Le fermage n'existe point encore; la rente, qui indique ce rapport, est inconnue*
A cette époque, le commerce se fait surtout en échanges. Si For et Targent apparaissent dans les transactions, c^t plut&t comme marchandise que comme agent de cireulation et unité de valeur : on les pèse, on ne les compte pas. Le change, l'agio qui en est la conséquence, le prêt à intérêt, la commandite, toutes ces. opérations d'un commerce dévelo]p|)é, auxquelles donne lieu la monnaie, sont inconnues. Longtemps ces mœurs primitives se sont conservées parmi les populations agricoles. Ma mère , simple pa^siaûne» nous racontaitqu'avantSd, elle se louait Thiver
p6^T filer lé ehàriVté, recevant, pouf«aîàit*e de hix ^ftiâlhéi dfe tl?àVêtl, fttet Sà hôumttiré, Une paii^e de sabots et uil t)aiii dfe éel.
C'est dfeins le fcoittmërce de ttier qu'il mut reeherchet Fdrigine du prêt 6 intérêt, te Contrat à lô grosse, variété ou plutôt démembrement dU contrat de pacotille, Hil sa prerilièré former de même qUe le bail à [ferme ou à cheptel fut l'analogue de lô commandite.
Qu'est-ce qde le contrat de pacotille t un traité péf letruel titi ihdbstl*lel et dfa patron dé navire cdiitienneut de niettre en côlnmuti, pdut le tommerce étrarigerj le prenliér, uil6 certaine quantité de marchandises qii'il se bharge de prc^ curefr; le Setond, son travail de tiatigatëur: lé binéliee tê^uMril de la vente déVaUt être partagé par pbrtibni égales; dil sUitaht tine proportion boîiVenue; leà tisqiies ël AvèMëS mii à la ^hifgb de la société.
Le bétaéflcë aihM pi-évu, qdelque Considérable qtt'il puisse fttré, éàt-il légitime? On né saui^âit le i'évoqiiér en dbtite. Lé bénéfice, à Cette premiferë époque de^ relations CfcJtïlrfiercittlës^ n*est pas autre choâë qiie l'infcertUudé qui règhë, èiit^é lë^ échangistes, Siir la valeùt deleur^pi^odiiit^ respectifs: c'est un avantage qui existe plutôt dans Toplilioti qiië datid la réalité; et qu'il n'est pas rare de voir \^ deux ëartiéS; aVfet Utlé égalé raison, s'attribuer l'une et Fautrë; Cdtnblëh «hë «ricé d'dt taut-éllo de livres d'étaiti ? QUël ttipport dé ptiî étitrè la pourpre de Tyr et la peaii de «beliftë? Nul ne le sait, liul tie le peut dire. Le Phétlicien qlil^ ^trr \xû balldt de Ibuf Mites, livre dit paimeâ de son éVoffê, ôMpplàudit de Éoû frialfché : âutétt ed pense, de sou côté, le chassëtlr hyperboréëti, fier dé sa casaque rouge. Et telle est encore la pratique dés Européens avec les sauvàges de rAdstl'alie, heureux de donner un porc potir une habhe, tiné pOulé pour un clou du uU graih de verre.
L'itlcommensUrabilité dés valeurs : telle est, à rorlfelné, 1« source dés bénéfices du commercé. L'or et l'^i-^efit enifèn\ donc dans le trafic, d'abord Cortimo nlarchaddlèes; pttis, bientôt; éh tértu de lètir éminénte échangeabililë, comrtie termes de Ctliîipâraiàoti, comme moUnaies. Dans l'un et l'autre cas, l'or et l'argent portent bénéfice k Té-
change, en premier lieu, par le fait même dei'échang^; ensuite, pour le risque couru. Le contrat d'assurance apparaît ici comme le frère jumeau du contrat à la grosse ; la prime stipulée dans le premier est corrélative, identique è la part de bénéOce convenue dans le second
Cette part de bénéfice, par laquelle s'exprime la participation du capitaliste ou industriel, qui engage ses produits ou ses tonds (c'est tout un) dans le commerce, a reçu le nom latin dHnter-esse, c'est-à-dire participation, iniérêL
A ce moment donc, et dans les conditions que je viens de définir, qui pourrait accuser de dol la pratique de l'intérêt? L'intérêt, c'est Valea, le gain obtenu contre la fortune; c'est le bénéfice aléatoire du commerce, bénéfice irréprochable tant que la comparaison des valeurs n'a pas fourni les idées corrélatives de cherté, de bon marché^ de proportion, de prix. La même analogie, la même identité, que l'économie politique a signalée de tout temps et avec raison, entre rintérêt de l'argent et la rente de la terre, existe, au début des relations commerciales, entre ce même intérêt et le bénéfice du commerce : au fond, réchange est la forme commune, le point de départ de toutes ces transactions.
Vous voyez, monsieur, que l'opposition énergique que je fais au capital ne m'empêche point de rendre justice à la bonne foi originelle de ses opérations. Ce n'est pas moi qui marchanderai jamais avec la vérité. Je vous ai dit qu'il existait dans le prêt à intérêt un côté vrai, honnête, légitime; je viens de l'établir d'une façon qui, ce me semble, vaut encore mieux que la vôtre, en ce qu'elle ne sacrifie rien à l'égoïsme, n'ôte rien à la charité. C'est l'impossibilité d'évaluer les objets avec exactitude, qui fonde, au commencement, la légitimité de l'intérêt, comme, plus tard, c'est la recherche des métaux précieux qui la soutient. Il faut bien que le prêt à intérêt ait eu sa raison positive et nécessitante pour qu'il se soit développé et généralisé comme on l'a vu ; il le faut, dis-je, à peine de damner, avec les théologiens, l'humanité tout entière, que je fais profession, quant à moi, de considérer comme infaillible et sainte.
Mais qui ne voit déjà que le bénéfice du commerçant doit diminuer progressivement avec le risque couru et avec Tarbi traire des valeurs, pour n*être plus à la fin que le juste prix du service rendu par lui, le salaire de son travail? Qui ne voit pareillement ()ue l'intérêt doit s'atténuer avec les chances que court le capitaJ, et la privation qu'éprouve le capitaliste : en sorte que s'il y a garantie de remboursement de la part du débiteur, et si la peine du créancier est zéro, l'intérêt doit devenir zéro?
Unô autre cause, qu'il importe ici de ne point omettre, parce qu'elle marque le point de transition ou de séparation entre la part de bénéfice, inter-essc, afférente au capitaliste dans le contrat à la grosse, et l'usure proprement dite, une autre cause, dis-je, tout à fait accidentelle, contribua singulièrement à vulgariser la fiction de la productivité du capital, et par suite la pratique de Tintérêt. Ce furent, chez les gens de commerce, les exigences do la comptabilité, la nécessité de presser les rentrées ou recouvrements. Quel stimulant plus énergique, je vous le demande, pouvait-on imaginer à Tégard du débiteur indolent et retardataire, que cette aggravation, fœnus, cet enfantement, loUos, incessant, du principal? Quel huissier plus inflexible, que ce serpent de l'usure? comme dit l'hébreux. L'usure, disent les vieux rabbins, est appelée Serpent, neschek, parce que le créancier mord le débiteur, lorsqu'il lui réclame plus qu'il ne lui a donné. Et c'est cet instrument de police, cette espèce de garde du commerce lancé par lo créancier à la gorge de son débiteur, -dont on a voulu faire un principe de justice commutative, une loi de l'économie sociale! Il faut n'avoir jamais mis le pied dans une maison de négoce, pour méconnaître à ce point Tesprit et le but de cette invention vraiment diabolique, du génie mercantile.
Suivons maintenant le progrès de Tinstilution, car noi^s touchons au moment oh le nêschek, le tokos, le fosnu$, Yusure, enfin, se distinguant du bénéfice aléatoire, ou intéresse, de l'expéditeur, va devenir une institution ; et voyons d'abord comment s'en est généralisée la pratique. Nous
tftcheronS) après, de déUrminer les causes qui doivent en amener l'abolition.
Nous venons de voir que ce fui chez les Peuples navigaleurs,faisant pourlesautreslecourtage el Tentrepôt, et opérant surtout sur les marchandises précieuses et les métaux, que se développa d'abord la spéculation mercantile, et du même coup, la pratique de Vinter^iêe^^ixcjonifti à la grosse. C'est do là que Tusure, comme une peste, s'est propagée sous toutes les formes, chez les nations agricoles.
L'opération , irréprochable en soi, de Yinter'esse avait créé un précédent justificatif^ la méthode, qu'on pourrait appeler de coercition et sûreté, du fœnus^ aggravation progressive du capital, donnait le moyen j la prépondérance acquise par For et l'argent sur les autres marchandises, le privilège qu'ils reçurent, du consentement universel, de représenter la richesse et de servir d'évaluateur commun à tous les produits, fournit l'occasion. Quand For fut devenu le roi de l'échange, le symbole de la puissance, l'instrument de toute félicité, chacun voulut avoir de l'or; et comme il était impossible qu'il y en eût pour tout le monde, il no se donna plus qu'avec prime; son usage fut mis à prix. Il se loua au jour, à la semaine et à Tan, comme le joueur de flûte et la prostituée. C'était une conséquence de l'invention de la monnaie, de faire estimer, à vil prix, en comparaison de l'or, tous les autres biens, et de faire consister la richesse réelle, comme J'épargne, dans les écus. L'exploitation capitaliste, honnie de toute l'antiquité, qui était mieux renseignée que nous assurément sur celle matière, car elle touchait aux origines, fut ainsi fondée : il était réservé à notre siècle de lui fournir des docteurs et des avocats.
Tant que, se confondant avec la prime de l'assurance ou la part de bénéfice du contrat à la grosse, l'usure s'était renfermée dans la spéculation maritime, et n'avait eu d'action que sur l'étranger, elle avait paru inoffensive aux législateurs. Ce n'est que lorsqu'elle commença de s'exercer entre concitoyens et compatriotes, que les lois divines et humaines fulminèrent contre elle l'interdit. Tune placeras point ton argent à intérêt sur ton frère, dit la loi de Moïse,
mais oui bien sur rélraoger : Non femerah%9 proximo tuo, sed aliéna. Comme si le législe^eur avait dit : De Peuple h Peuple, le bénéflco du commerce et le croît des capitaux n'expriment qu'un rapport çnire valeurs d'opinion, valeurs qui, par conséquent, s'équilibrent; de citoyen à citoyen, le produit devant s'échanger contre le prodoil, le travail contre le travail, et le prêt d'argent n'étant qu'une anticipation de cet échange, l'intérêt constitue une différence qui rompt l'égalité commerciale, enrichit l'un au détriment de l'autre, et entraîne^ à la longue, la subversion de la société.
Aussi fut-ce diaprés ce principe que le même Moïse voulut que toute dette fût périmée et cessât d'êlre^ exigible à chaque cinquantième année : ce qui voulait dire que cinquante années d'intérêt, ou cinquante annuités, à 2 p» 100, en supposant que le prêt eût été fait la première année après le jubilé, remboursaient le capital.
C'est pour cela que Selon, appelé à la présidence de la république par ses concitoyens, et chargé d'apaiser les troubles qui agitaient la cité, commença par abolir les dettes, c'est-à-dire par liquider toutes les usures. La gratuité du crédit fut pour lui la seule solution du problème révolutionnaire posé de son temps, la condition $ine quâ non d'une République démocratique et sociale.
C'est pour cela, enfin, que Lycurgue, esprit peu versé dans les questions de crédit et de finance, poussant à l'extrême ses appréhensions, avait banni de Lacédéraone le commerce et la monnaie : ne trouvant pas, contre la subalternisation des citoyens et l'exploitation de l'homme par l'homme, d'autre remède que cette solution icarlenne.
Mais tous ces efforts, mal concertés, plus mal encore secondés, des anciens moralistes et législateurs, devaient rester impuissants. Le mouvement usuraire les débordait, sans cesse activé par le luxe et la guerre, et bientôt par l'analogie tirée de la propriété elle-même. D'un côté, l'état antagonique des Peuples, entretenant les périls de Ja circulation, fournissait sans cesse de nouveaux prétextes à l'usure ; de Fautre, Tégoïsme des castes régnantes devait étouffer lesprlncipesd'organisûtion égalltaire, ATyr,à Car-
th^ge, à Athènesyà Rome, partout, dans Tan tiquiié comme de nos jours, ce furent les hommes libres, les patriciens, les bourgeois, qui prirent Tusure sous leur protection, et exploitèrent, par le capital, la plèbe el les affranchis.
Le christianisme parut alors, et» après quatre siècles de combats, commença Tabolition de l'esclavr.ge. C'est à cette époque qn*il faut placer la grande généralisation du prêt à intérêt sous la forme du bail à ferme et à loyer.
J'ai dit plus haut que, dans lantiquité, le propriétaire foncier, lorsqu'il ne faisait pas valoir par lui-même et par sa famille, comme cela avait lieu chez les Romains, dans les premiers temps de la République, exploitait par ses esclaves : telle fui généralement la pratique des maisons patriciennes. Alors le sol et Tesclavage étaient enchaînés l'un à l'aulre; le colon était dit adscriplus glebœ, attaché à la glèbe : la propriété de l'homme et de la chose était indivise. Le prix d'une métairie était à la fois en raison 1° de la superficie et de la qualité du soi, 2° de la quantité du bétail, 3° du nombre des esclaves.
Quand Témancipation de l'esclave fut proclamée, le propriétaire perdit l'homme et garda la terre ; absolument comme aujourd'hui, en affranchissant les noirs, nous réservons au maître la propriété du sol et du matériel. Pourtant, au point de vue île l'antique jurisprudence, comme du droit naturel et chrétien, l'homme, né- pour le travail, ne peut se passer d'instruments de travail; le principe de réniHncipatioQ impliquait une loi agraire qui en fût la garantie et la sanction : sans cela, cette prétendue émancipation n'était qu'un acte d'odieuse cruauté, une infâme hypocrisie. Et si, d'après Moïse, l'intérêt ou l'annuité du capital rembourse le capital, ne pouvait-on dire que le servage rembourse la propriété?... Les théologiens et les légistes du temps ne le comprirent pas. Par une contradiction inexplicable, et qui dure encore, ils continuèrent à déblatérer contre Tusure, mais ils donnèrent l'absolution au fermage et au lover.
Il résulta de là que l'esclave émancipé, et, quelques siècles plus tard, le serf affranchi, sans moyens d'existence, dut se faire fermier, et payer tribut. Le maître ne s'en
trouva que plus riche. Je le fournirai, dit-il, la terre; tu fourniras le travail : et nous partagerons. C'était une imitation rurale des us et coutumes du négoce. Je te prêterai dix talents, disait au travailleur Thomme aux écus>; tu les feras valoir : et puis, ou nous partagerons le bénéfice, ou bien, tant que tu garderas mon argent, tu mepoyercs un vingtième; ou bien, enfin, si tu Taimes mieux, à Téciiéance tu me le rendras double. De là naquit la rente foncière, inconnue des Russes et des Arabes. L'exploitation de rhomme par l'homme, grâce à cette métamorphose, passa en forme de loi: l'usure, condamnée dans le prêta intérêt, tolérée dans le contrat à la grosse, fut canonisée dans le fermage. Dès lors les progrès du commerce et de l'industrie ne servirent qu'à la faire entrer de plus en plus dans les mœurs. 11 fallait qu*il en fût ainsi pour rhettre en lumière toutes les vérités de la servitude et du vol, et poser la vraie formule de la liberté humaine.
Une fois engagée dans cette pratique de Tinter-esse, si étrangement compris, si abusivement appliqué, la société commença de tourner dans le cercle de ses niisères. C'est alors que l'inégalité des conditions parut une loi de la civilisation, et le mal une nécessité de notre nature.
Deux issues, cependant, semblaient ouvertes aiix travailleurs, pour s'affranchir de l'exploitation du capitaliste : c'étaient, d'une part, comme nous l'avons dit plus haut, l'équilibration progressive des valeurs, et, par suite, la baisse de prix des capitaux; de l'autre, la réciprocité de l'intérêt.
Mais il est évident que le revenu du capital, représenté surtout par l'argent, ne peut totalement s'annihiler par la baisse; car, comme vous le dites très-bien, monsieur, si mon capital ne doit me rapporter plus rien, au lieu de le prêter, je le garde, et, pour avoir voulu refuser la dîme, le travailleur chômera. Quant à la réciprocité des usures, on conçoit, à toute force, qu'elle puisse exister d'entrepreneur à entrepreneur, de capitaliste à capitaliste, de propriétaire à propriétaire ; mais de propriétaire, capitaliste ou entrepreneur, à celui qui n'est qu'ouvrier, cette réciprocité est impossible. 11 est impossible, dis-je, que, l'inté-
rét du capital s'iyoutant, dans le commerce, au salaire de Touvrier pour oomposer le prix de la marchandise, Touvrier puisse racheter ce qu'il a lui-même produit. Fivre en travaillant est un principe qui, sous le régime de l'intérêt, implique contradiction.
La société une fois acculée dans cette impasse , Tabsurdité de la théorie capitaliste est démontrée par Tabsurdité de ses conséquences; l'iniquité, en soi, de Tintérêt, résulte de ses effets homicides : et, tant que la propriété aura pour corollaire et postitialum la rente et Tusure, son affinité arec le vol sera établie. Peut-elle exister dans d'autres condilionô? Quant k moi, je le nie : mais cette recherche est étrangère à la question qui nous occupe en ce moment^ et je ne m'y engagerai point. .
Considérez, maintenant, dans quelle situation se trouvent à la fois, — par suite de l'invention de la monnaie, de la prépondérance du numéraire, et de l'assimilation faite entre le prêt d'argpnt et la location de la terre et des immeubles, — le capitaliste et le travailleur.
Le premier, — car je tiens à le justifier, même à vos yeux, — obligé par le préjugé monétaire, ne peut se dessaisir gratuitement de son capital en faveur de l'ouvrier. Non que ce dessaisissement lui cause une privation, puisque, dans ses mains, le capital est stérile; non qu'il coure risque de le perdre, puisque, par les précautions de l'hypothèque, il est assuré du remboursement; non que cette prestaiion lui coûte la moindre peine, à moins que vous ne considériez comme peine le compte des écus et la vérification du gage : mais c'est qu'en se dessaisissant pour un temps quelconque de son argent, de cet argent qui, par sa prérogative, est, comme on l'a si justement dit, du pouvoir, le capitaliste diminue sa puissance et sa sécurité.
Ce serait toute autre chose si l'or et l'argent n'étaient qu'une marchandise ordinaire ; si l'on ne tenait pas plus à la possession des écus qu'à celle du blé, du vin, de l'huile ou du cuir; si la simple faculté de travailler étonnait à l'homme la même sécurité que la possession de l'argent. Sous ce monopole de la circulation et de l'échange» l'usure
devient, pour le capitaliste, une nécessité. Son intention, devant la justice, n'est point incriminable : dès que son argent est sorti de son coffre, il n'est plus en sûreté.
Or, celte nécessité qui, par le fait d'un préjugé involontaire et universellement répandu, incombe au capitaliste, constitue pour le travailleur la plus indigne spoliation, comme la pi us odieuse des tyrannies, la tyrannie de la force.
Quelles sont, en effet, pour la classe travailleuse, pour celte partie vivante, productrice, morale, des sociétés, les conséquences théoriques et pratiques du prêt à intérêt et de son analogue, le fermage? Je me borne, pour aujourd'hui, à vous en énumérer quelques-unes, sur lesquelles j'appelle votre attention, et qui pourront, si vous y tenez, devenir d'objet ultérieur de notre débat.
C'est qu'en vertu du principe de Fintérêt, ou du produit net^ un individu peut réellement et légitimement vivre sans travailler : c^est la conclusion de votre avant-dernière lettre, et telle est, en effet, la condition à laquelle aujourd'hui tout le monde aspire.
C'est que si le principe du produit ti«« est vrai de l'individu, il doit l'être aussi de la nation ; qu'ainsi, le capital niobilier et immobilier de la France, par exemple, étant évalué à 182 milliards, ce qui donne, à 5 0/0 par an d'intérêts, 6 milliards 600 millions, la m<litié au moins du Peuple français pourrait, si elle voulait, vivre sans rien faire ; qu'en Angleterre^ où le capital accumulé est beaucoup plus considérable qu'en France, et la population beaucoup moindre, il ne tiendrait qu'à la nalion toute entière, depuis la reine Victoria jusqu'au dernier allacheur do fils de Liverpool, de vivre en rentière, se promenant la canne à la main, ou grognant dans les meetings. Ce qui conduit à cette proposition, évidemment absurde, que, grâce à son capital, telle nation a plus de revenu que son travail n^en peut produire.
C'est que la totalité des salaires en France, étant annuellement d'environ six milliards, et la somme des revenus du capital aussi de six milliards, ce qui porte à douze milliards la valeur marchande de la production annuelle , le Peuple producteur, qui est en môme temps le Peuple
consommateur, peut et doit acheter, avec six milliards de salaires qui lui sont alloués, les douze milliards que le commerce lui demande pour prix de ses marchandises, sans quoi le capitaliste se trouverait sans revenu.
Cestque l'intérêt étant de sa nature perpétuel, et ne pouvant, en aucun cas, ainsi que le voulait Moïse, être porté en remboursement du capital ; de plus, chaque année d'intérêt pouvant être replacée à usure, former un nouveau prêt, et engendrer par conséquent un nouvel intérêt, le plus petit capital peut, avec le temps, produire des sommes prodigieuses que ne représenterait pas même une masse d'or aussi grosse que le globe que nous habitons. Price l'a démontré dans sa théorie de l'amortissement.
C'est que la productivité du capital étant la cause immédiate, unique, de l'inégalité des fortunes, et de Taccumulation incessante des capitaux dans un petit nombre de mains , il faut admettre , malgré le progrès des lumières, malgré la révélation chrétienne et Texlension des libertés publiques, que la société est naturellement et nécessairement divisée en deux castes, une caste de capitalistes exploiteurs, et une caste de travailleurs exploités.
C'est que ladite caste de capitalistes, disposant souverainement, par la prestation intéressée de ses capitaux, des instruments de production et des produits, a le droit, selon son bon plaisir, d'arrêter le travail et la circulation, comme nous la voyons faire depuis deux ans, au risque de faire mourir le Peuplej — de changer la destination naturelle des choses, comme cela se voit dans les États du Pape, oh la terre cultivable est depuis un temps immémorial livrée, pour la convenance des propriétaires, à la vaine pâture, et où le peuple ne vit que des aumônes et de la curiosité des étrangers ; — de dire à une masse de citoyens : Fom êtes de trop sur la terre ; au ba/nquet de la vie, il n'y a pas de place pour vous, comme fît la comtesse de Strafford, lorsqu'elle expulsa de ses domaines, en une seule fois, 17,000 paysans , et comme fit Tannée dernière le gouvernement français, quand il transporta en Algérie 4,000 familles de bouches inutiles.
Je vous le demande à présent : si le préjugé de For, si la
fatalité de Tinstitution monétaire excuse, justifie le capitaliste, n'est-il pas vrai qu'elle crée pour le travailleur ce régime de force brutale, qui ne se distingue do l'esclavage antique que par une plus profonde et plus scélérate hypocrisie?
La FORCE, monsieur, voilà le premier et le dernier mot d'une société organisée sur le pricipe de l'intérêt, etqui, depuis 3,000 ans, fait effort contre l'intérêt. Vous le constatez vous-même, sans retenue comme sans scrnpule, quand vous reconnaissez avec moi que le cnpilaliste ne se prive point ; avec J. B. Say, que sa fonction est de ne rien faire; quand vous lui faites tenir ce langage effronté que réprouve loute conscience humaine :
« Je ne vous impose rien malgré vous. Dès que vous ne » voyez pas dans le prêt un service, abstenez-vous d'em- » prunier, comme moi de prêter. Que si la société vous » offre des avantages sans rétribution, adressez-vous à elle, » c'est bien plus commode. Et quant à organiser la civcula- » iion des capitaux, ainsi que vous me sommez de le faire, » si vous entendez par là que les miens vous arrivent gra- » tis par l'intermédiaire do la société, j'ai contre ce procédé » indirect tout juste les mêmes objections qui m'ont fait » vous refuser le prêt direct et gra.uit. »
Prenez-y garde, monsieur; le Peuple n*est que trop disposé à croire que c/est uniquement par amoûf de ses privilèges que la caste capitaliste, en ce moment dominante, repousse l'organisation du crédit qu'il réclame; et le jour où le mauvais vouloir de cette caste lui serait démontré, toute excuse disparaissant à ses yeux, sa vengeance ne connaîtrait plus de bornes.
Voulez-vous savoir quelle démoralisation épouvantable vous créez parmi les travailleurs, avec votre théorie du capitaliste, qui n'est autre, comme je viens de vous le dire, que la théorie du droit de la force ? 11 me sufûra de reproduire vos propres arguments. Vous aimez les apologues : Je vais, pour concréter ma pensée, vous en proposer quelques-uns.
Un millionnaire se laisse tomber dans la rivière. Un
prolétaire Tient à passer; ie capitaliste lui fait ^gne : le dialogué suivant s'établit.
LE MILLIONNAIRE. Sauvez-moi, ou je péris*
LE PROLÉTAIRE. Jo suis à VOUS, mais je veux pour ma peine un million.
LE MiLUONNAiRE. Uu milUon pour tendre la main à ton frère qui se noie! Qu'est-ce que cela te coûte? une heure de relard I Je te rembourserai, et je suis généreux, un quart de journée.
LE PROLÉTAIRE. Dltes-^ol, u'ost-il (pas vrai que je vous rends un service en vous tirant de là?
LE MILLIONNAIRE. Ouî.
LE PROLÉTAIRE. Tout scrvice a-t-il droit à une rémunération?
LE MILLIONNAmE. Oui.
LE PROLÉTAIRE. Ne suis-jo pas libre ?
LE MILLIONNAIRE. Ouî.
LE PROLÉTAIRE. Alops, je vcux uu milUon; c'est mon dernier prix. Je ne vous force pas; je ne vous impose rien malgré vous; je ne vous empêche point de crier : A la barque! et d'appeler quelqu'un. Si le pécheur, que j'aperçois là-bas, à une lieue d'ici, veut vous foire cet avantage sans rétribution, adressez-vous à lui : c'est plus commode.
LE MILLIONNAIRE. Malhcureuxl tu abuses do ma position. Ijx religion, la morale, rhumanitél...
LE PROLÉTAIRE. Ccci regarde ma conscience. Au reste, rheiire m'appelle, finissons-en. Vivre prolétaire, ou mourir millionnaire : lequel préférez-vous ?
Sans doute, monsieur, vous me direz que la religion, la morale, rhumanité, qui nous commandent de secouru: notre semblable dans la détresse, n'ont rien de commun avec rîtitérôt. Je le pense comme vous, et c'est précisément pour cela que je condamne Tintérêt.Mais que trouvez-vous à redire à l'exemple suivant ?
Un missionnaire anglais, allant à la conversion des infidèles, fait naufrage en route , et aborde en canot, avec sa femme et quatre enfants, à Tîlede... — Robinson, propriétaire de cette île par droit de première occupation, par dtoit de conquête, par droit de travail, ajustant le naufragé
arec scm ftisil, loi défend de porter atteinte à sa propriété. Mais comme Robinson est humain, qu'il a l'âme chrétienne, il veut bien indiquer à celle famille infortunée un rocher voisin» isolé au milieu des eaux» où elle pourra se sécher et se reposer, sans crainte de l'Océan*
Le rocher ne produisant rieni le naufragé prie Robinson de lui prêter sa bêche et un petit sac de semences.
J'y consens, dit Robinson ; mais à une condition : c'est que tu me rendras 99 boisseaux de blé sur cent que m récolteras.
LE ifAUFRAsÀ. C'est uue avanîel Je tous rendrai ce que vous m'aurez prêté» et à charge de revanche.
ROBiKsoK. As-tu trouvé un grain de l^é sur Ion rocher f
LE IfAUVRASB. NOU.
ROBINSON. E^-ce que je te rends service en te donnant les moyens de cultiver ton île et de vivre en travaillant ?
LE NAUPRAOi. Oui.
ROBINSON. Tout service mérite-t-il rémunération t
lb naufragé. Oui.
ROBINSON. Eh bien! la rémunération que je demande, c'est 99 pour 100. Voilà mon prix.
ut NAUFRAOB. Transigomis : je rendrai le sac de blé et la bêche, avec 5 pour lOa d'intérêt. C'e^t le taux légal.
ROBINSON. Oui, taux légal lorsqu'il y a concurrence, et que la marchandise abonde : comme le prix légal du pain est de 30 centimes le kilogramme quand il n'y a pas disette.
LE NAUFRAGÉ. 99 pour 100 dc ma récolle î mais c^est un vol, un brigandage!
ROBINSON. Est-ce que je te fais violence? est-ce que je t'oblige à prendre ma bêche et mon blé? Ne sommes-nous pas libres Tun et l'autre?
LB NAUFRAGÉ. Il ïc faut : je périrai à la fâche ; mais ma femme, mes enfants I... Je consens à tout; je signe. Pr^êtez-moi, par-dessus le marché, votre scie et votre hache, pour que je me fasse une cabane.
ROBINSON. Oui-dà! J*ai besoin de ma hache et de ma scie. Il m'en a coûté nuit jours de peine pour les fabriquer. Je le les prêterai cependant, mais à la condition que tu me donneras 99 ï^anches sur 100 que tu fal^queras.
LR MAVFBAGé. Eh parbleu I je vous rendrai votre hacfae et votre scie, et vous ferai cadeau de 5 de mes planches, en reconnaissance de votre peine. -
noBiNsoN. Alors, je garde ma scie et ma hache. Je ne Voblige point. Je suis libre.
LB N AUFRAGB. Mais VOUS uo croyez donc point en Dieu ! Vous êtes un exploiteur de rhumaoité, un malthusien, un juif!
ROBiNSOif. « La religion,^ mon frère, nous enseigne que » rhomme a une noble destination, qui n'est point cir- » consente dans Fétroit domaine de la production indus- » trielle. Quelle est cette fin? Ce n'est pas en ce moment » le lieu de soulever cette question. Mais, quelle qu'elle » soit, ce que je puis te dire, c'est que nous ne pouvons » l'atteindre, si, courbés sous le joug d'un travail inexo- » rable et incessant, il ne nous reste aucun loisir pourdé- » velopper nos organes, nos affections, notre intelligence, » notre ^ns du bean, ce qu'il y a de plus pur et de plus » élevé dans notre nature... Quelle est donc la puissance » qui nous donnera ce loisir hienfaisani, image et avant- » goût de réternelle félicité? C'est le capital.» J'ai travaillé jadis; j'ai épargné, précisément en vue de te prêter : tu feras un jour comme moi.
LB NAUFBAGÉ. Hypocrilel
ROBiNSON. Tu m'injuries: adieu ! Tu n'as qu'à couper les arbres avec tes dents, et scier tes planches avec tes ongles.
LB NAUFRAGE* Je cèdc à la force. Mais, du moins, faitesmoi l'aumône de quelques médicaments pour ma pauvre fille qui est malade. Cela ne vous coûtera aucune peine: j'irai les cueillir moi-même dans votre propriété.
BOBiNsoN, Halte-là! ma propriété est sacrée. Je te défends d'y mettre le pied; sinon lu auias affaire avec ma carabine. Cependant, je suis bon homme ; je te permets de venir cueillir tes herbes ; mais tu m'amèneras ton autre fille, qui me paraît jolie...
LE NAUFRAGÉ. Infâme I lu oâes tenir à un père un pareil langage 1
ROBiNsnN. Est-ce un service que je vous rends à tous, à
toi et à tes filles, en vous sauvant la vie par mes remèdes? oui ou non î
LB NAUFBAoé. Assurémeut ; mais le prix que tu y mets I .. .
R0B1M80N. Est-ce que je la prends de force, ta fille? N'est-elle pas libre? ne l'es- tu pas toi-même î... Et puis, pe sera-t-elle pas heureuse de partager mes loisirs ? Ne prendra-t-elle pas sa part du revenu que tu me payes? En faisant d'elle ma fille de compagnie, ne deviens-je pas votre bienfaiteur? Va, tu n'es qu^un ingrat !
LE NAUFRAGE Arrête, propriétaire ! J'aimerais mieux voir ma fille morte que déshonorée. Mais je la sacrifie pour sauver l'autre. Je ne te demande plus qu'une chose : c'est de me prêter tes outils de pêche ; car, avec le blé que tu nous laisses, il nous est impossible de vivre. Un de mes fils, en péchant, nous procurera quelque supplément.
ROBiNsoN. Soit : je te rendi;ai encore ce service. Je ferai plus : je te débarrasserai de ton autre fils, et me chargerai de sa nourriture et de son éducation. Il faut que je lui apprenne à tirer le fusil, à manier le sabre, et à vivre comme moi, sans rien faire. Car, comme je me méfie de vous tous, et que vous pourriez fort bien ne me pas payer, je suis bien aise, à l'occasion, d'avoir main-forte. Coquins, qui prétendez qu'on vous prête sans intérêt I Impies, qui ne voulez pas de l'exploitation de l'homme par l'homme !
Un jour, Robinson, s'échauffant à la chasse, prend un refroidissement, et tombe malade. Sa concubine, dégoûtée de lui, et qui entretenait avec sou jeune compagnon des relations intimes, lui dit : Je vous soignerai et vous guérirai, mais à une condition : c'est que vous me ferez donation de tous vos biens. Autrement, je vous laisse.
ROBiNsoif.' toi que j'ai tant aimée, à qui j'ai sacrifié honneur, conscience, humanité, voudrais-tu me laisser sur ce lit de douleur?
LA SERVANTE. Et moi je ne vous aimais pas, c'est pour cela que je ne vous dois rien. Si vous m'avez entretenue, je vous ai livré ma personne : nous sommes quittes. Ne suis-je pas libre? Et suis-je obligée, après vous avoir servi de maîtresse, de vous servir encore de garde-malade?
ROBINSON. Mon enfant, ma chère enfant, je te prie, calme-
U^ Soig boBoe, soit douée» sois gefitille $ )e Yais, en ta fo* veur, faire mon testament, u sBRYAim. Je yeux une donation, ou je pam* moBiNiON. Tu m'assassines ! Dieu et les hommes m'abandonnent. Malédiction sur l'uni?er8t Que le tonnerre m*écrase» et que Tenfer m'ragloutissel 11 meurt désespéré.
P. h Pft^lWKOlf.
QUATMEME LETTRE.
14 décembre 1849.
Monâeur»
La gratuité du crédit est-elle possible?
La gratuité du crédit est*elle impossible?
Il est clair que, résoudre une de ces qnesUons, c^est ré* soodre l'autre.
Vous me reprochez de manquer à la charité, parce que je maintiens le débat sur la seconde. Voici mon motif :
Rechercher si la gratuité du crédit e^t pombU, c'eût été me laisser entraîner è discuter la Banque du Peupk, Yimpôt 8wr le e^iialf les ateliers nationaux^ Vorganisaîion du iravailj en un mot, les mille moyens par lesquels chaque école prétend réaliser cette gratuité ç tandis que, pour s'assurer qu'elle est impoeseible , il suffirait d'analyser la nature intime du capital ; ce qui remplit mon but, et, à ce qu'il me semble, le vôtre.
On oppose à Galilée cinquante arguments contre la rotation de la terre. Faut-il qu'il les réfute tous? Non; il prouve qu'elle tourne et tout est dit : Epur si muote.
Comme novateur, dites-vous, j'ai droit à l'examen. — Sans doute; mais avant tout, la société, comme défenderesse, a droit qu'on lui prouve son tort. Vous traduisez le capital et l'intéri^t au tribunal de l'opinion , les accusant d'injustice, de spoliation. A vous, à prouver leur culpabilité; à eux, à prouver leur innocence. —Vous avez, dites-
voi»t, plusieurs moyens ée les faire rentrer dans le droit. Il faut d'abord savoir s'ils en sont sortis. L'examen de vos inventions ne peut veûir qu'après, puisqu'ils supposent l'accusation fondée, ce qu'ils nient.
Celte marche est tellement logique, que vous y acquiescez en ces termes :
« Vraiaoufausso, légitime ou illégitimo, moraîe ou im- » morale, j'accepte l'usure, je l'approuve, je la loue même; » je renonce à toutes les illusions du Socialisme, et me rc- » fais chrétien, si vous me démontrez que la prestation des «capitaux, de même que la circulation des valeurs, ne » saurait, en aucun cas, 6tre gratuite. »
Or, que fais-je autre chose? C'est bien là mon terrain ; prouver que le capital porte en lui-même l'indestructible principe de la rémunérabilité.
Cetle doctrine, vous l'avez d'abord combattue par la théorie des coniradic(ion$ f ensuite par celle des disiinctiont. L'intérêt , avez-vous dit, a eu sa raison d'existence autrefois, il ne l'a plus aujourd'hui. H fut un instrument d'égalité et de progrès, il n'est plus que vol et oppression. — Et, là-dessus, vous citez plusieurs institutions et usages d'abord légitimes et libéraux, devenus plus tard injustes et funestes à la liberté, entre autres, la torture, Te jugement par l'eau bouillante, l'esclavage, etc.
Je repousse, quant à moi, ce Fatalisme cruel qui consiste à justifier tous les excès comme ayant servi la cause de la civilisation. L'esclavage , la torture, les épreuves judiciaires, n'ont pas avancé, mais retardé la marche de l'humanité. Il en eût été de même de l'intérêt, s'il n'avait été, comme vous le dites, qu'un abus de la force.
En outre, s'il y a des choses qui changent, il y en a qui ne changent pas. Depuis la création , il a été vrai que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits, et cela sera vrai jusqu'au jugement dernier et au delà. De môme, il a toujours été vrai, il le sera toujours que le travail accumulé ou le Capital, mérite récompense.
Vous comparez ma logique à celle d'un entrepreneur qui dirait : « Que m'importe la vapeur, la pression almo* sphérique, l'électricité? Prouver la légitimité du char à
quatre roues, n'est-ce pas prouver que Pinvention des chemins de fer est une chimère? »
J'accepte la similitiide; mais voici comment :
Je reconnais que le chemin de fer est un progrès. Je me réjouis de ce qu'il fait baisser le prix des transports; mais si Ton en voulait conclure à la gratuité des transports; si Ton disait : un prix quelconque pour les transports a pu être légitime autrefois, mais le temps est venu où ils doivent s'exécuter gratuitement, je répondrais : la conclusion est fausse. De progrès en progrès, ce prix peut diminuer sans cesse, mais il ne peut arriver à zéro, parce qu'il y aura toujours là une intervention de travail humain, un service humain , qui porte en lui-même le principe de la rémunérabilité.
De môme, je reconnais que le loyer des capitaux va baissant en raison de leur abondance. Je le reconnais et m'en réjouis, car ils pénètrent ainsi de plus en plus dans toutes les classes, et les soulagent, poyr chaque satisfaction donnée, du poids du travail. Mais, de cette baisse constante de rintérét, je ne puis conclure à son anéantissement absolu, parce que jamais les capitaux ne naîtront spontanément, qu'ils seront toujours le produit du travail humain , que leur cession ou prestation sera toujours un service plus ou moins grand, et que dès lors ils portent en cur- mêmes, ainsi que les transports , le principe de la rémunérabilité.
Ainsi , monsieur, je ne vois aucun motif de déplacer ce débat au moment de le clore ; et il me semble qu'il n'est pas un de nos lecteurs qui ne considérât ma tâche comme remplie, si je prouvais ces propositions :
Tout capital (quelle que soit sa forme, moissons, outils, machines, maisons, etc.), tout capital résulte d'un travail antérieur, et féconde un travail ultérieur.
Parce qu'il résulte d'un travail antérieur , celui qui le cède reçoit une rémunération.
Parce qu'il féconde un travail ultérieur, celui qui l'emprunte doit une rémunération.
Et vous le dites vous-même : « Si la peine du créancier est zéro, l'intérêt doit devenir zéro. >>
Donc, qu'avons-nous à rechercher? Ceci ;
ËsUil possible qu'un capital se forme sans peine?
Si c'est possible, j'ai tort; le crédit doit être gratuit.
Si c'est impo^ible, c'^t >ous qui avez tort, le capital doit être rémunéré.
Vous avez beau faire ; la question se réduit à ces termes : Le temps est-il arrivé, arrivera-t-il jamais où les capitaux écloroDt spontanément sans la participation d'aucun effort humain?
Mais, dans une revue rétrospective pleine de verve, vous élançant vers la Palestine, vers Athènes, Sparte, Tyr, Rome, Carthage, vous m'entraînez par la tangente hors du cercle où je no puis vous retenir. Eh bien I avant d'y rentrer, j'essaierai , sinon de vous suivre , du moins de faire quelques pas avec vous.
Vous débutez ainsi :
<( Ce qui fait que l'intérêt du capital, excusable, juste » même au point de départ de l'économie des sociétés, de- » vient, avec le développement des institutions industriel- » les, une vraie spoliation, un vol, c'est que cet intérêt n'a » pas d'autre principe, d'autre raison d'être, que la néces- » site et la force. La nécessité , voilà ce qui explique Texi- » gence du prêteur ; la force, voilà ce qui fait la résigna- » lion de l'emprunteur. Mais à mesure que, dans les rela- » tiens humaines, la nécessité fait place à la vérité, et qu*à » la force succède le droit, le capitaliste perd son excuse. »
H perd plus que cela ; il perd le seul titre que vous lui reconnaissez. Si , sous l'empire de la liberté et du droit, l'intérêt persiste, c'est sans doute qu'il a, quoi que vous en disiez, une autre raison d'être que la force.
En vérité je ne comprends plus votre disUngtu). Vous di* siez : « L'intérêt a été juste autrefois, il ne Test plus aujourd'hui. Et quelle raison en donnez-vous? Celle-ci : « Jadis la force régnait, aujourd'hui c'est le droit. » Loin de conclure de là que l'intérêt a passé de la légitimité à Tillégitimilé, n'est-ce pas le contraire qui se déduit de vos prémisses?
Et certes, le fait confirmerait cette déduction ; car l'usure a pu être odieuse quand on devenait capitaliste par la
rapine ^ et Tintérêt est justifié depuU qu'on lé devient par le travail,
« C'est dans le commerce de mer qu'il faut chercher » Torigiae de Tintérôt. Le contrat à la grosse variété ou » plutôt démembrement du contrat de pacotille^ fut sa pre- 9 miëre forme. »
Je crois que le capital a une nature qui Ini est propre , parfaitement indépendante de Télément par lequel les hommes exécutent leurs transports. Qu'ils voyagent et fassent voyager leurs marchandises par terre, par eau ou par Fair, en char, en barque ou en ballon , cela ne confère ni ne retire aucun droit au capital.
Il est d'ailleurs permis de penser que la pratique do Tintérét a été antérieure à celle du commerce maritime. Trèsprobablement le patriarche Abraham ne prêtait pas des troupeaux sans se réserver une part quelconque dans le croît, et ceux qui, après le déluge, bâtirent à Babylone les premières maisons, n'en cédaient sans doute pas 1* usage sans rétribution.
Eh quoi! monsieur, ces transactions, qui ont prévalu et s'accomplissent volontairement depuis le commencement du monde, sous les noms dé location, intérêt, fermage, baux, loyer, ne seraient pas sorties des entrailles mêmes de l'humanité ! Elles seraient nées du Contrat de pûcotilk !
Ensuite, à propos du contrat à la grosse, vous faites une théorie du bénéfice qu'en vérité je crois inadmi^lble. — Mais le discuter ici, ce serait nous écarter du sujet.
Enfin vous arrivez à cette tige de toutes les erreurs économiques, à savoir : la confusion entre les capitaux et le numéraire ; confusion à l'aide de laquelle il est aisé d'embrouiller la question. Mais vous n'y croyez pas vous-même, et je n'en veux pour preuve que ce que vous [disiez naguère à M. Louis Blanc : « L'argent n*est pas une richesse » pour la société : c'est tout simplement un moyen de ciry^ culation qui pourrait très-avantageusement être remplacé » par du papier, par une subtance de nulle valeur. »
Veuillez donc croire que lorsque je parle de la productivité du capital (outils, instruments, etc., mis en œuvre
par le travail)» je n'entends pas attribuer une merveillmiae rertu politique à l'argent.
Vous suivrai-je, monsieur, en Palestine, à Athènes, à Lacédémone? Vraiment, cela n'est pas nécessaire. Un mot seulement sur le non faenaberis de Moïse.
J'admire la dévotion qui a saisi certains socialistes (avec lesquels je ne vous confonds pas), depuis qu'ils ont découvert, à l'appui de leur thèse, quelques textes dans Tancien et le nouveau Testament, les conciles et les pères de l'Eglise. Je me permettrai de leur adresser celte question : Entendent-ils nous donner ces autorités comme infaillibles en matière de science et d'économie sociale?
Certes, ils n'iront pas jusqu'à me répondre : Nous tenons pour infaillibles les textes qui nous conviennent, et pour feillibles ceux qui ne nous conviennent pas. — Quand on invoque les livres sacrés, à ce titre, et comme dépositaire de la volonté indiscutable de Dieu, il faut tout prendre, sous peine de jouer une puérile comédie. Eh bien ! sans parler d'une multitude de sentences de Tancien Testament, qui ne peuvent, sans danger, être prises au pied de la lettre, il y a, dans TEvangilfr, d'autres textes que le fameux muiuum date, dont ils veulent déduire la gratuité du crédit, entre autres ceux-ci :
« Heureux ceux qui pleurent.
» Heureux ceux qui souflfîrent.
» Il y aura toujours d^ pauvres parmi vous.
» Rendez à César ce qui appartient à César.
» Obéissez aux puissances.
» Ne vous préoccupez pas du lendemain.
» Faites comme le lys, qui de file ni ne lisse.
» Faites comme l'oiseau, qui ne laboure ini ne sème.
» Si on vous frappe sur la joue gauche, tendez encore la joue droite.
» Si on vous vole votre manteau, donnez encore votre robe. »
Que diraient messieurs les socialistes si nous fondions sur un de ces textes la politique et Téconomie sociale?
11 e^t permis de croire que lorsque le fondateur du christianisme a dit à ses*àisciples : ifueiMm daUy il a entendu
leur donner un conseil de charité et non faire un cours d'écpnomie politique. Jésus était charpentier, il travaillait pour vivre. Dès lors, il ne pouvait faire du don une prescription absolue . Je crois pouvoir ajouter, sans irrévérence, qu'il se faisait payer très-légitimement, non-seulement pour le travail consacré à faire das planches, mais aussi pour le travail consacré à faire des scies et des rabots, c'est-à-dire pour le Capital.
Enfin, je ne dois pas laisser passer les deux apologues par lesquels vous terminez votre lettre, sans vous faire observer que, loin d'infirmer ma doctrine, ils condamnent la vôtre; car on n'en peut déduire la gratuité du crédit qu'à la condition d'en déduire aussi la gratuité du travail. Votre second drame me porte un grand coup d'épée ; mais, par le premier, voxis m'aviez charitablement muni d'une cuirasse à toute épreuve.
: En effet, par quel artifice voulez-vous m'amener à reconnaître qu'il est des circonstances où on est tenu en conscience de prAter gratuitement? Vous imaginez une de ces situations extraordinaires qui font taire tous les instincls personnels et mettent en jeule principe sympathique, la pitié, la commisération, le dévouement, le sacrifice. — Un insulaire est bien pourvu de toutes choses. Il rencontre des naufragés que la mer a jetés nus sur la plage. ~ Vous me demandez s'il est permis à cet insulaire de tirer , dans son intérêt, tout le parti possible de sa position, de pousser ses exigences jusqu'aux dernières limites, de demander mille pour cent de ses capitaux , et même de les louer au prix de l'honneur.
Je vois le piège. Si je réponds : Oh 1 dans ce cas, il faut voler, sans conditions , au secours de son frère, partager avec lui jusqu'à la dernière bouchée de pain. Vous triompherez, disant : Enfin mon adversaire a avoué qu'il est des occasions où le crédit doit être gratuit.
Heureusement, vous m^avcz fourni vous-même la' réponse dans le premier apologue, que j'aurais inventé, si vous ne m'aviez prévenu.
Un homme passe sur le bord d'un fleuve. Il aperçoit un de ses frères qui se noie, et n'a, pour le saui-er, qu'à lui
tendre la main. Pouita-t-il, en consciqnce, profiter de Toecasion pour stipuler les conditions les plus extrêmes, pour dire au malheureux qui se débat dans le torrent : Je suis libre, je dispose do mon travail. Meurs ou donne-moi toute ta fortune !
Je me ligure, monsieur, que si un brave ouvrier se rencontre dans ces circonstances, il se jettera dans l'eau sans hésiter, sans calculer, sans spéculer sur son salaire et même sans y songer.
Mais ici, veuillez le remarquer, il n'est pas question de capital ; il s'agit de travail. Cesldu travail qui, en censcience, doit être sacrifié. Est-ce que vous déduirez de là , comme règle normale des Iransaclions humaines, comme loi de Véconomie politique, la gratuité da travail? Ei parce que, dans un cas extrême, le service doit être gratuit, renoncerez-vous théoriquement à votre axiome mutualité des
services? , ^ , "
Et cependant, si de votre second apologue vous concluez qu'on est toujours tenu de prêter pour rien, du premier vous devez conclure qu'on est toujours obligé de travailler
gratis. . j, .
La vérité est que, pour élucider une question a économie politique, vous avez imaginé deux cas où toutes les lois de l'économie politique sont suspendues. Qui jamais a songé à nier que, dans certaines circonstances, nous ne soyons tenus de sacrifier capital, intérêt, travail, vie, réputation, affections, santé, etc.? mais est-ce là la loi des transactions ordinaires ? Et recourir à tels exemples pour faire prévaloir la gratuité du crédit, ou la gratuité du travail, n'est-ce pas avouer son impuissance à faire résulter cette gratuité de la marche ordinaire des choses?
Vous recherchez, monsieur, quelles sont, pour la classe travaiUeuse, les conséquences du prêt à intérêt , et vous en énumérez quelques-unes, m'invitant à en faire fobjot ultérieur de ce débat.
Je ne disconviens pas que, parmi vos objections il n y en ait de très-spécieuses et même de très-sérieuses. Il m'est impossible, dans une lettre, de les relever une à une; j'esscierai de les réfuter toutes à la fois, par la simple exposi-
Uon de la loi selon laquelle se répartissent, suivant moi , entre le capital et le travail, les produits de leur coopération ; et c'est par là que je rentrerai dans ma modeste circonférence économique.
Permeltez-moi d'établir cinq proposifions qui me sem- Uent susceptibles d'être mathématiquement démontrées.
1® Ze capital féconde le travail.
Il est bien clair qu'on obtient de plus grands résultats avec une charrue que sans charrue ; avec une scie que sans scie ; avec une route que sans route ; avec des approvisionnements que sans approvisionnements, etc. ; d'où nous pouvons conclure que l'intervention du capitfi^l accroît la masse de? produits à partager.
2* Le capital est du travail.
Charrues, scies, routes, approvisionnements, ne se font pas tout seuls, et le travail à qui on les doit a droit à être rémunéré.
Je suis obligé de rappeler ici co que j'ai dit dans ma dernière lettre sur la dififérence dans le mode de rétribution , quand elle s'applique au capital ou au travail.
La peine que prend chaque jour le porteur d'eau doit lui être payée par ceux qui profitent de c^tte peine quotidienne. Mais la peino qu'il a prise pour fabriquer sa brouette et son tonneau doit lui être payée par un nombre indéterminé de consommateurs.
De mémo l'cnsi^mencement, le labourage, le sarclage, la moisson^^ne regardent que la récolte actuelle. M^is lesclô*tures, les défrichements, las d^séchements, les bâtisses, entrent dans le prix de revient d'une série indéfinie de récoltes sueeessives.
Autre chose est le travail actuel du cordonnier qui fait des souliers, du tailleur qui fait des habits, du charpentier qui fait des madriers, de l'avocat qui fait des mémoires ; autre chose est le travail accumulé qu^ont exigé la forme, rétabli, la scie, l'étude du droit.
C'est pourquoi le travail de la première catégorie se rémunère par le salaire; celui de la seconde catégorie par les combinaisons de Tintérèt et do l'amortissement, qui ne
soni autre chose qu'un salaire ingénieusement réparti sur une multitude de consommateurs,
3<* A mesure que le capital $*aecrùil Vintérit baisêe, mais d$ t^ sorte que le revenu Mal du eapitalisle augmente.
Ce qui a lieu sans injustice et sans préjudice pour lo travail, parce que, aiosi que nous allons le voir, l'excédant du revenu du capitaliste est pris sur Texcédant de produits dû au capital.
Ce que j'afOrme ici, c'est que, quoique l'intérêt baisse, le revenu total du capitaliste augmente de toute nécessité, et voici comment ;
Soit 1001e capital et le taux de l'intérêt 5. Je dis que l'intérêt ne peut descendre à 4 sans que le capital ne s'accu* mule au moins au-dessus de 120. En effet, on ne serait pas stimulé à accroître le capital sUl en devait résulter di« minution, ou même stationnement du revenu. Il est absurde de dire que le capital étant 100 et le revenu 5, le capital peut être porté à 200 et le taux descendre à 2 ; car, dans le premier cas, on aurait 5 fr. de rente, et dans le second on n'aurait que 4 fr. Le moyen serait trop simple et trop commode : on mangerait la moitié du capital pour faire reparaître le revenu.
Ainsi, quand Tintérêt baisse de 6 à 4, de 4 à 3, do 3 à 2, cela veut dire que le capital s^est accru de 100 à 200, de 200 à 400, de 400 à 800, et que le capitaliste touche successivement pour revenu 5, 8 et 12. Et le travail n'y perd rien, bien au contraire, car il n'avait à sa disposition qu'une force égale à 100, puis il a une force égale à 200 , et enfin une force égale à 800, avec cette circonstance qu il paye de moins en moins cher une quantité donnée de celte torce.
Il suit de ïk que ces calculateurs soàt bien malhabiles qui vont disant : « L'intérêt baisse, donc il doit cesser, » Ehl morbleu, il baisse, relativement à chaque 100 fr.; mais c'est justement parce que le nombre des 100 fir. augmente que l'intérêt baisse. Oui, le multiplicateur s'amoindrit, mais ce n'est que par la raison môme qui fait grossir le multiplicande , et je défie le dieu de l'arithmétique luimême d'en conclure que le produit arrivera ainsi à zéro.
4^ A mesure que les capitaux augmentent ( et avec eux les produits ) la part absolue qui revient au capital augmente et SA PYRT PROPORTIOMNELLLE diminue.
Cela n'a plus besoin de démonstration. Le capital retire successivement 5, A, 3 pour chaque 100 francs, qu'il met dans Tassociation ; donc son prélèvement relatif diminue. Mais, comme il met successivement dans Tassociation 100 fr. , 200 fr. , 400 fr. , il se trouve qu'il retire, pour sa part totale, d'abord ô, puis 8, ensuite 12 et ainsi de suite ; donc son prélèvement aUolu augmente.
5^ A mesure que les Capitaux augmentent (et avec eux les produits), là part proportionnelle et la part absolue du travail augmentent.
Comment pourrait-il en être autrement? puisque le capital voit grossir sa part absolue, encore qu'il ne prélève successivement que 1/2, 1/3, 1/4, 1/5 du produit total, le travail, à qui successivement il revient 1/2, 2/3, 3/4, 4/5, entre évidemment dans le partage pour une part progressive, dans le sens proportionnel comme dans le sens absolu.
La loi de cette répartition peut être flgurée aux yeux par les chiffires suivants, qui n'ont pas la prétention d'être précis, mais que je produis pour élucider ma pensée.