REPRODUCTION
La reproduciioUy c'est-à-dire la destination du produit, voilà une troisième idée contenue dans la notion du capital. Produit, accumulation^ reproduction : trois idées différentes qui entrent dans cette notion, eu apparence simple, de capital.
Or, de même que tous les produits peuvent être accumulés, de même ils peuvent servir, et servent effectivement, quand c'est le travailleur qui les consomme, à la reproduction. Le pain qui sustente l'ouvrier, le fourrage qui alimente les animaux, la houille qui produit la vapeur, aussi bien que la terre , les chariots et les machines, tout cela sert à la reproduction, tout cela, au moment où il se consomme, est du capital. Tout ce qai se
consomme, en effet, se consomme, du moins est censé se consommer reproduclivement : ce qui sert à entretenir ou a faire mouvoir l'instrument, aussi bien que l'instrument même; ce qui nourrit le travailleur, aussi bien que la matière même du travail. Tout produit devient donc, à un moment donné, capital : la théorie qui distingue entre consommation reprodwc^ire et consommation improductive^ et qui entend par celle-ci la consommation quotidienne du blé, du vin, de la viande, des vêtements, etc., est fausse. Nous verrons plus bas qu'il n'y a de consommation improductive que celle du capitaliste même. *^
Ainsi le capital n'est point chose spécifique et déterminée, ayant une existence ou réalité propre, comme la Terrcj qui est une chose ; le Travail, qui en est une autre; et le Produit , qui est la façon donnée par le travail aux objets de la nature, lesquels deviennent par là une troisième chose. Le capital ne forme point, comme l'enseignent les économistes, une quatrième catégorie avec la Terre , le Travail et le Produit : il indique simplement, comne j'ai dit, un état, un rapport; c'est, de l'aveu de tous les auteurs, du Produit accumulé et destiné à la reftroducti/m.
Un pas de plus, et nous tenons notre définition. Comment le produit devlenl-il capital? Car il ne suffit pas, il s'en faut bien, que le produit ait été accumulé et emmagasiné, pour être censé capital. Il ne suffit pas même qu'il soit destiné à la reproduction ; tous les produits ont cette destination. N'entendez-vous pas dire tous les jours que l'industrie regorge de produits, tandis qu'elle manque de capitaux? Or, c'est ce qui n'aurait pas lieu, si la simple accumulation des produits, comme dit Say, ou la destination reproductive de ces produits , comme le veutRossi, suffisait aies faire réputer capitaux. Chaque producteur ^'aurait alors qu'à reprendre sou propre produit, et à se créditer lui-même de ce que ce produit lui coûte, pour être en mesure de produire encore, sans fin et sans limite. Je réitère donc ma question : Qu'est-ce qui fait que la notion de produit se transforme
tout à coup en celle de capital? Voilà ce que les économistes ne disent pas, ce qu'ils ne savent point, je dirai même, ce qu'aucun d'eux ne se demande.
C'est ici que se place une idée intermédiaire, dont la vertu particulière est de convertir le produit en capital, comme, au souffle du vent d'ouest, la neige tombée à Paris ces jours derniers est passée à l'état de liquide : cette idée est l'idée de valeur.
Voilà ce qu'entrevoyait J. Garnier quand il définissait le Capital iA?i6 somme de y alevks consacrées à faire des avances à la production ; — ce que vous sentiez vous-même, quand vous cherchiez la notion de Capital, non pas simplement, avec J. B. Say, dans Vaccumulation des produits^ ni avec Rossi, dans Y épargne destinée à làlreproduction , mais dans la partie non consommée du salaire de l'ouvrier, c'est-à-dire évidemment dans la valeur de son travail ou produit.
Cela veut dire que le Produit, pour devenir Capital, doit avoir passé par une évaluation authentique , avoir été acheté, vendu, apprécié, son prix débattu et fixé par une sorte de convention légale. En sorte que l'idée de capital indique un rapport essentiellement social , un acte synallagmatique, hors duquel le produit reste produit.
Ainsi le cuir, sortant delà boucherie, est le produit du boucher; quand vous en empliriez une halle,.ce ne serait jamais que du cuir, ce ne serait point une valeur, je veux dire une valeur faite; ce ne serait point capital, ce serait toujours produit. — Ce cuir est-il acheté par le tanneur ? Aussitôt celui-ci le porte, ou , pour parler plus exactement, en porte la valeur à son fonds d'exploitation, dans son avance, conséquemment la répute capital. Par le travail du tanneur, ce capital redevient produit; lequel produit acquis à son tour, à prix convenu , par le bottier, passe de nouveau à l'état de capital, pour redevenir encore, par le travail du bottier, produit Ce dernier produit n'étant plus susceptible de recevoir une façon nouvelle, sa consommation est dite, par les économistes, im-
productive, ce qui est une aberration de la théorie. I^ chaussure faite par le bottier, et acquise par le travailleur, devient, par le fait de cette acquisition, comme le cuir passant du boucher au tanneur, et du tanneur au bottier, de simple produit valeur : cette valeur entre dans Tavance de l'acheteur, et lui sert,-comme les autres objets de sa consommation, comme le logement qu'il habite, comme les outils dont il se sert, mais d'une autre manière^ à créer de nouveaux produits. La consommation est donc toujours production ; il suffit, pour cela, que le consommateur travaille. Ce mouvement, une fois commencé, se perpétue à Tinfîni.
Tel est le capital. Ce n'est pas simplement une accumulation de produits, comme dit Say : — ce n'est pas même encore une accumulation de produits faite en vue d'une reproduction ultérieure, comme le veut Rossi : tout cela ne répond point à la notion de capital. Pour que le capital existe, il faut que le produit ait été, si j'ose ainsi dire, authentiqué par l'échange. C'est ce que savent parfaitement tous les comptables, lorsque, par exemple, ils portent dans leurs écritures les cuirs verds achetés par le tanneur, à son débit, ce qui veut dire à son capital ; et les cuirs tannés ou corroyés à son crédit ou avoir y ce qui veut dire à son produit; ce que comprennent encore mieux le commerçant et l'industriel, quand, à la moindre émotion de la politique, ils se voient périr à la fois d'inanition et d'inertie à côté des marchandises accumulées dans leurs magasins, sans qu'ils puissent les employer à aucune reproduction : situation douloureuse, que Ton exprime en disant que le capital engagé ne se dégage plus.
Tout ce qui est capital est nécessairement produit ; mais tout cequi est produit, même accumulé, même destiné à la reproduction, comme les instruments de travail qui sont dans les magasins des constructeurs, n'est pas pour cela capital. Le capital, encore une fois, suppose une évaluation préalable, opération de change, ou mise en circulation, hors de laquelle pas de capital. S'il n'existait au monde qu'un seul homme, un travailleur unique, pro-
duisant tout pour lui seul : les produits qui sortiraient de ses mains resteraient produits; ils ne deviendraient pas capitaux. Son esprit ne distinguerait point entre ces termes : produit, valeur ^ capital, avance y reproduction^ fonds de consommation^ fonds de roulement^ etc. De telles notions ne naîtraient jamais dans Tesprit d'un solitaire.
Mais, dans la société, le mouvement d'échange une fols établi, la valeur conlradictoirement fixée, le produit de Tun devient incessamment le produit de l'autre; puis, à son tour, ce capital, soit comme matière première, soit comme instrument de travail, soit comme subsistance, se transforme de nouveau en produit. En deux mots, la notion du capital, opposée à celle de produit, indique la situation des échangistes les uns à Tégard des autres. Quant à la société, à l'homme collectif, qui est justement ce travailleur solitaire dont je parlais tout à l'heure, la distinction n'existe pas : il y a identité entre le capital et le produit, de même qu'entre le produit net et le produit brut.
J'ai donc eu raison de dire, et je m'étonne qu'après l'exégèse que vous avez faite vous-même du capital, vous n'ayez su comprendre mes paroles :
« Le capital ne se distingue pas du produit. Ces deux » termes ne désignent point, en réalité, deux choses » distinctes ; ils ne désignent que des relations. Produit, » c'est capital ; capital, c'est produit. »
Et mon ami Duchêne, soutenant la même thèse contre Louis^Blanc, a eu bien plus raison encore de dire :
« Les distinctions de capital et de produit , retenet-le » bien une fois pour toutes, n'indiquent que des relations » d'individu à individu r dans la société , il y a simple- » ment productions consommution, échange. On peut dire D de toutes les industries qu'elles créent des capitaux ou » des produits indistinctement. Le mécanicien est fabri- » cant de capitaux pour les chemins de fer, les usines, les D manufactures; le drapier est fabricant de capitaux pour Dles tailleurs; le taillandier est fabricant de capitaux
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» pour la menuiserie, la charpente, la maçonnerie; une » charrue est produit pour le charron qui la vend , et » capital pour l'agriculteur qui Tachèle. Toutes les pro- » fessions ont besoin de produits pour produire, ou, ce » qui revient au même, de capitaux pour confectionner des » capitav>x, y>
Cela vous semblerait-il donc inintelligible? Il n'y a pas d*antinomie, cependant
Au point de vue des intérêts privés, le capital indique un rapport d'échange , précédé d'une évaluation synallagmalique. C'est le produit apprécié, pour ainsi dire, juridiquement, par deux arbitres responsables, qui sont le vendeur et l'acheteur, et déclaré, à la suite de cette appréciation, instrument ou matière de reproduction. ^— Au point de vue social, capital et. produit ne se distinguent plua. Les produits s*échangent contre des produits, ou bien Les capitaux s'échangent contre les capitaux, sont deux propositions parfaitement synonymes. Quoi de plus simple, de plus clair, de plus positif, de plus scientifique, enfin, que tout cela ?
J'appelle donc capital, Toute valeur faite, en terreyinstru^ ments de travail , marchandises, subsistances ou monnaks, et servant ou susceptible de servir à la production.
La langue usuelle confirme cette définition. Le capital est dit libre, quand le produit, quel qu'il soit, ayant été seulement évalué entre les parties, peut être considéré comme réalisé, ou immédiatement réalisable, c'est-à-dire, converti en tel autre produit qu'on voudra : dans ce cas , la forme que le capital affecte le plus volontiers, est celle de monnaie. Le capital est dit engagé, au contraire, quand la valeur qui le constitue est entrée définitivement dans la production : dans ce cas, il prend toutes les formes possibles.
La pratique est aussi d'accord avec moi. Dans toute entreprise qui se fonde, l'entrepreneur, qui, au lieu d'argent, engage dans son iudustrie des instruments ou des matières premières, ôonmience paf en foire l'estimation vis-
à-vis de lui-même , à ses risques et périls ; et cette eslimatioD» pour ainsi dire unilatérale, constitue son cwpitaÀy ou sa mise de fonds : c'est la première chose dont il soit passé écriture.
Nous savons ce qu'est le capital i il s'agit maintenant de tirer les conséquences de cette notion, en ce qui concerne l'intérêt. Ce sera peut-être un peu long , quant à l'exposé, mais très- simple de raisonnement.
Les produits s'échangent contre des produits, a dit J.-B. Say ; ou bien , les capitaux s'échangent contre des capitaux ; ou bien encore, les capitaux s'échangent contre des produits, et mce versa : voilà le fait brut.
La condition absolue, sine quâ non^ de cet échange , ce qui en fait l'essence et la règle, est l'évaluation contradictoire et réciproque des produits. Otez de l'échange l'idée de prix, et l'échange disparaît. Il y a transposition; il n'y a pas transaction, il n'y a pas échange. Le produit, sans le prix, est comme s'il n'existait pas : tant qu'il n'a pas reçu , par le contrat de vente et d'achat, sa valeur authentique, il est censé non avenu , il est nul. Voilà le fait intelligible.
Chacun donne et reçoit, d'après la formule de J.- B. Say, énonciative du fait matériel ; — mais, d'après la notion du capital , tftlie que nous la fournit l'analyse, chacun doit donner et recevoir une valeur égale. Un échange inégal est une idée contradictoire : le consentement universel l'a appelé fraude et vol.
Or, de ce fait primitif que les producteurs sont entre eux en rïipport perpétuel d'échange, qu'ils sont les uns pour les autres, tour à tour et tout à la fois, producteurs et consommateurs, travailleurs et capitalistes ; et de l'appréciation numériquement égalitaire qui constitue l'échange, il résulte que les comptes de tous les producteurs et consommateurs doivent se balancer les uns les autres; que la société , considérée au point de vue de la science économique, n'est autre chose que cet équilibre général des produits , services , salaires, consommations et for-
tunes; que, hors de cet équilibre, Téconomie politique n'est qu'un mot, et Tordre public, le bien-être des travailleurs , la sécurité des capitalistes et propriétaires , une utopie.
Or , cet équilibre , duquel doivent naître l'accord des intérêts et l'harmonie dans la société, aujourd'hui n'existe pas : il est rompu par diverses causes, selon moi, faciles à détruire, et au nombre desquelles je signale, en première ligne, Tusure, l'intérêt, la rente. Il y a, comme je l'ai dit tant de fois, erreur et malversation dans les comptes, falsification dans les écritures de la société. De là le luxe mal acquis des uns, la misère croissante des autres; de là, dans les sociétés modernes, l'inégalité des fortunes et toutes les agitations révolutionnaires. Je vais, monsieur, vous en donner, par écritures de commerce, la preuve et la contre-preuve.
CoDstatons d'abord les faits.
Les produits s'échangent contre les produits, ou, pour parler plus juste, les valeurs s'échangent contre les valeurs : telle est la loi.
Mais cet échange nese iait pas toujours, comme l'on dit , donnant , donnant ; la tradition des objets échangés n'a pas toujours lieu simultanément de part et d'autre; souvent, et c'est le cas le plus ordinaire, il y a, entre les deux livraisons, un intervalle. Or, il se passe, dans cet intervalle, des choses curieuses, des choses qui dérangent l'équilibre et faussent la balance. Vous allez voir.
Tantôt l'un des échangistes n'a pas le produit qui convient à l'autre, ou, ce qui revient au même, celui-ci, qui consent bien à vendre, veut se réserver d'acheter. Il entend bien recevoir le prix de sa chose ; mais il ne veut , pour le moment du moins, rien accepter en échange. Dans l'un et l'autre cas, les échangistes ont recours à une mar* chandise intermédiaire, faisant dans le commerce l'office de proxénète, toujours acceptable et toujours acceptée : c'est la monnaie. Et comme la monnaie , recherchée de tout le monde, manque pour tout le monde, l'acheteur
8*en pfocurè, contre son obligation, auprès du banquier , moyennant une prime plus ou moins considérable , appelée esœmpte, — L'escompte se compose de deux parties : Idi œmmissiony qui est le salaire du service rendu par le banquier, et Vintérét Nous dirons tout à l'heure ce que c'est que VintérêL
Tantôt Tacheteuf n'a ni produit, ni argent à donner en échange du produit ou capital dont il a besoin ; mais il offre de payer dans un certain laps de temps, en un ou plusieurs termes. Dans les deux cas sus-mentionnés la vente était au comptant ; dans celui-ci, elle a lieu d crédit. Ici donc , la condition du vendeur étant moins avantageuse que celle de l'acheteur, on compense l'inégalité en faisant porter au produit vendu, et jusqu'à parfait payement, un intérêt. C'est cet intérêt compensatoire, origine première de l'usure, que j'ai signalé dans une de mes précédentes lettres comme Tagent coërcitif du reraboursemant. Il dure autant que le crédit ; il est la rémunération du crédit: mais il a surtout pour objet, notez ce point, d'abréger la durée du crédit. Tel est le sens, la signification légitime dQ l'intérêt.
Souvent il arrive , et c'est l'extrémité où se trouvent généralement les travailleurs, que le capital est absolument indispensable au producteur, et que cependant celui-ci n'espère pouvoir de longtemps, ni par son travail , ni par son épargne , bien moins encore par les sommes de monnaie dont il dispose, en recomposer l'équivalent, en un mot, le rembourser. Il lui faudrait vingt ans, trente ans, cinquante ans , un siècle quelquefois ; et le capitaliste ou propriétaire ne veut point accorder un si long terme. Comment sortir de cette difficulté ?
Ici commence la spéculation usuraire. Tout à l'heure nous avons vu l'intérêt imposé au débiteur comme indemnité du crédit, et moyen do hâter le remboursement: à présent nous allons voir Tinlérôt cherché pour lui-même, l'usure pour l'usure, comme la guerre pour la guerre, ou l'art pour l'art. Par convention expresse, légale, authentique, consacrée par toutes les jurisprudences, toutes les légis-
lations, toutes les religions, le demandeur s'engage envers le bailleur à lui payer, — àperpétuité, — Tintérêt de son capital , terre, meuble ou argent ; il s'inféode, corps et âme, lui et lessiens, au capitaliste, et devient son tributaire advitam (Bternam, C'est ce qu'on appelle Constitution de rente, et , dans certains cas, emphytéose. Par cette espèce de contrat, l'objet passe en la possession du demandeur, qui n'en peut plus être dépossédé; qui en jouit comme acquéreur et propriétaire ; mais qui en doit , à tout jamais , payer le revenu, comme un amortissement sans fin. Telle est l'origine économique du système féodal.
Mais voici qui est mieux.
La constitution de rente et l'emphytéose sont aujourd'hui, presque partout, hors d'usage. On a trouvé qu'un produit ou capital échangé contre un intérêt perpétuel était encore trop de la part du capitaliste : le besoin d'un perfectionnement se faisait sentir dans le système. De nos jours, les capitaux et immeubles ne se placent plus en rente perpétuelle, si ce n'est sur l'État : ils se looknt, c'est-à-dire se prêtent, toujours contre intérêt, mais à courte échéance. Cette nouvelle espèce d'usure a nom loyer ou fermage.
Concevez-vous, monsieur, ce que c'est que le prêt à intérêt (loyer ou fermage) à courte échéance? Dans l'emphytéose et la constitution de rente, dont je parlais tout à i'here, si la rente était perpétuelle, la cession du capital l'était aussi : entre le payement et la jouissance, il y avait encore une sorte de parité. Ici, le capital ne cesse jamais d'appartenir à celui qui le loue et qui peut en exiger, à volonté, la restitution. En sorte que le capitaliste n'échange point capital contre capital, produit contre produit : il ne donne rien, il garde tout, ne travaille pas, et vit de ses loyers, intérêts et usures, comme 1,000, 10,000 et 100,000 travailleurs réunis ne vivent pas de leur production.
Par le prêt à intérêt, — fermage ou loyer, — avec faculté d'exiger, à volonté, le remboursement de la somme prêtée, et d'éliminer le fermier ou locataire, le capitaliste
— no —
a imaginé quelque chose de plus grand que Tespace , de plus durable que le temps. Il n'y a pas d'infini qui égale rinfini de l'usure locative, de celle usure qui dépasse autant la perpétuité de la rente, que la perpétuité de la rente elle-même dépasse le remboursenient à terme ou au comptant. L'emprunteur à in térêt et courte échéance, paye, paye encore, paye toujours; et il ne jouit point de ce qu'il paye; il n'en a que la vue, il n'en possède que l'ombre. N'est-ce pas à cette image de l'usurier que le théologien a imaginé son Dieu, ce Dieu atroce, qui fait éternellement payer le pécheur, et qui jamais ne lui fait remise de sa dette? Toujours, jamais I Voilà le Dieu du catholicisme , voilà l'usurier I...
Eh bien, je dis que tout échange de produits et de capitaux peut s'effectuer au comptant;
Qu'en conséquence, l'escompte du banquier doit se réduire aux frais de bureaux et à l'indemnité du métal improductivement engagé dans la monnaie ;
Partant, que tout intérêt, loyer, fermage ou rente, n'est qu'un déni de remboursement, un vol à l'égard de l'emprunteur ou locataire , la cause première de toutes les misères et subversions de la société.
Je vous ai prouvé, en dernier lieu, par l'exemple de la Banque de France, que c'était chose facile et pratique d'organiser l'égalité dans l'échang'e, soit la circulation gratuite des capitaux et des produits. Vous n'avez voulu voir dans ce fait catégorique et décisif, qu'un cas particulier de monopole, étranger à la théorie de Tlatérêt. Que me fait, répondez-vous avec nonchalance , la Banque de France et son privilège ? Je vous parle de l' intérêt des capitaux. — Comme si, lé crédit foacier et commercial étant organisé partout sur le pied de 1/2 p. 100, il pouvait exister quelque part encore un intérêt!...
Je vais vous montrer à présent, à la façon des teneurs de livres, que ce solde particulier, qui vient se placer constamment entre les deux termes de l'échange, ce péage imposé à la circulation, ce droit établi sur la conversion des pro-
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duîts en valeurs, et des valeurs en capitaux, cet intérêt, enfin, ou, pour l'appeler par son nom, cet entremetteur (in^esse] du commerce, dont vous vous obstinez à prendre la défense, est précisément le grand faussaire qui, pour s'approprier, frauduleusement et sans travail, des produits qu'il ne crée pas, des services qu'il ne rend jamais, falsifie les comptes, fait des surcharges et des suppositions dans les écritures, détruit l'équilibre des transactions, met le désordre dans les affaires, et produit fatalement dans les nations le désespoir et la misère.
Vous trouverez, dans ce qui va suivre , la représentation graphique des opérations de la société, exposées tour à tour dans les deux systèmes , le système de Vintérêt , actuellement régnant, et le système de la gratuité, qui est celui que je propose. Tout raisonnement, toute dialectique, toute controverse tombe devant cette image intelligible du mouvement économique.