‹ Intérêts généraux du protestantisme françaisChapitre 16 sur 16 · DROITS QUI SB · texte numérisé non relu

DROITS QUI SB

Des difficultés matérielles? Il n'y en a aucune. L'isolement des lits réservés aux protestants est partout praticable. Partout, il est aussi facile de s'informer du culte des malades qui veulent entrer à l'hos-

pice, et de transporter tous ceux (jui sont protestants à un seul hdpital, à une seule salle, à une seule chambre, que de les transporter à l'hôpital le plus proche et au premier lit vacant.

La crainte de nous priver du secours des sœurs de charité? Mais, d'abord, il faudrait nous permettre d'apprécier nous-mêmes ce motif, et de préférer mille fois les simples gardes protestantes avec l'intervention libre de nos pasteurs, à Yavanlage qu'on semble regretter pour nous.

D'ailleurs, ce dernier prétexte tombe ainsi que les autres. L'institution des sœurs protestantes est fondée parmi nous. Il ne lui manque plus que des moyens d'application et de développement. Or, ce sont les salles spéciales, les hôpitaux spéciaux, qui doivent les lui fournir. Nos diaconesses ne peuvent se multiplier, que par la spécialité que je réclame. Par elle seule, elles pourront se former, s'exercer, acquérir ce qui leur manque encore. Par elle seule, elles deviendront nombreuses, parce qu'elles seront immédiatement nécessaires^ et demandées de toutes parts.

Si les salles prQtestantes ne peuvent pas se passer des diaconesses, il est aussi vrai que les diaconesses ne peuvent pas se passer des salles protestantes, et que ces deux grands intérêts seront satisfaits ou sacrifiés par les mêmes mesures.

Sachons les défendre : et on ne les sacrifiera point.

La place de nos sœurs, de nos ministres, est marquée dans les hôpitaux militaires comme dans les hôpitaux civils. Dans les premiers connue dans les seconds, nous devons réclamer la spécialité religieuse. L'isolement d'un certain nombre de lits est aussi aisé ici que là.

Nous ne nous faisons pas une juste idée de l'importance des besoins qui revendiquent ce changement.

Il y a toujours un vingtième des soldats dans les hôpitaux militaires; c'est-à-dire qu'ils renferment habituellement quinze miUe honunes ; et, sur ce nombre, six à sept cents protestants.

Ce sont d'immenses établissements, qui occupent 2,000 infirmiers, près de 900 médecins, chirurgiens ou élèves, et coûtent plus de 10 millions tous les ans.

Y assurer notre position, n'est donc pas une chose de médiocre importance.

Or, disons^le, notre position y est indigne, inacceptable de tous points, indépendamment même de la confusion des malades des divers cultes ; et, ce que la force des choses, les instances naturelles et inévitables des sœurs, produisent contre nous dans les hôpitaux civils, c'est l'administration elle-même qui a pris soin de l'établir officiellement dans les hôpitaux militaires.

Il existe une circulaire ministérielle, du 26 janvier 1839, qui en exclut les pasteurs, ou, tout au moins, rend leur entrée si difficile, qu'il y a exclusion de fait , et que les soldats protestants malades, auprès desquels les laïques eux-mêmes pouvaient pénétrer

autrefois, sont privés aujourd'hui de tout secours religieux.

Je citerai seulement ce qui s'est passé à Toulouse.

Au moment des troubles, la garnison fîit considérablement augmentée, et le nombre des soldats malades s'éleva beaucoup. L'église protestante fit des réclamations, et obtint pendant trois Dimanches la permission de visiter les militaires de sa communion.

Mais, le clergé romain ayant réclamé l'exécution de la circulaire, les pasteurs furent de nouveau renvoyés ; et, depuis lors, il n'est presque jamais arrivé qu'un d'entre eux ait pu pénétrer dans l'hôpital mili* taire, tant est difficile l'accomplissement des conditions imposées par l'administration. Ajoutons que le consistoire a refusé avec raison de déléguer un de ses pasteurs, pour ne pas accepter, en le faisant, une restriction illégale de nos libertés.

Ce qui s'est passé à Toulouse, s'est passé et se passe encore dans toutes les villes qui ont garnison. Dans toutes, une décision, que des églises vivantes auraient poursuivie de leurs incessantes réclamations, poursuivie devant toutes les juridictions, dénoncée à quiconque a du cœur et du sens ; une décision que des églises vivantes n'auraient pas tardé à lacérer, à anéantir ; et que notre église prudente a trouvé moyen de respecter, d'oublier presque ; dans toutes, une décision tyrannique empêche que les ministres, qui savent qu'il y a dans l'hôpital des soldats protestants près de mourir, ne remplissent le premier de leurs devoirs en se rendant auprès d'eux, en prévenant un^appel, qui ne viendrait pas, car la

Élusse honte, au défaut de l'indifférence, suffirait pour l'empêcher. Dans toutes, on consigne à l'entrée, le pasteur qui n'a pas été formellement demandé par un malade ; c'est-à-dire qu'on nous ferme le seuil de tous les hôpitaux militaires.

Hais c'est donc un parti pris de défendre nos soldats contre l'Évangile ! Quoi ! après l'avoir exilé des régiments, on l'exile des hôpitaux ! on lui dispute ce que le monde même lui attribue : l'état de maladie, les moments qui précèdent la mort !

Ahl si nous avons une goutte de sang dans les veines, cet état de choses cessera, cessera promptement. Il faut que les portes de tous les hôpitaux militaires soient assiégées par nos pasteurs. Refusés aujourd'hui, il faut qu'ils se fassent refuser demain. Il faut que le bruit de ces refus s'élève contre un acte odieux, contre un acte que l'administration actuelle abandonnera sans peine, mais qu'il est aussi important de flétrir que de détruire ; car on ne reproduit plus ce (jui a été une fois flétri.

C'est dans la prévision des mauvaises époques , qu'on est tenu de poser les bons principes ; comme c'est pendant la paix qu'on doit se préparer à la guerre , organiser son armée, bâtir ses forteresses, garnir ses arsenaux. La guerre déclarée, il ne serait plus temps. De même, c'est pendant que l'État est disposé à favoriser les tendances sérieuses, morales, évangéliques , qu'il faut poser les principes qui l'arrêteraient, le jour où il serait devenu violent, impie, oppresseur. Ce jour venu , il ne serait plus temps de lui résister.

Avec la spécialité religieuse » les tentatives de tyrannie sont presque impossibles; la pensée même n'en vient pas. Avec elle, plus de fausses démarches ; et d'autre part, plus de défiances. La sécurité du gouvernement naît en même temps que la sécurité des églises. Tout est pacifié du même coup.

Je ne puis douter de la solution que recevra cette question importante. Mais, il faut qu'elle soit résolue, dans tous les hôpitaux militaires sans exception. L'Hôtel des Invalides de Paris et la succursale d'Avignon, renferment toujours un assez grand nombre de malades. Si nos jeunes soldats fournissent à l'hôpital un vingtième de l'effectif, je laisse à penser jus-» qu'où s'élève cette proportion, pour des vieillards criblés de blessures. Sur les 5,500 invalides, il doit y en avoir au moins 500 dans les infirmeries. Or, les infirmeries, exclusivement desservies par des sœurs catholiques, et (je le crains) exclusivement visitées par des curés et chapelains catholiques, contiennent des protestants. N'est-ce pas assez que, seuls, ils ne voient pas célébrer dans l'établissement même, le culte auquel ils sont attachés? Les privera-t-on encore, sur leur lit de douleur et au terme d'une vie où leur religion n'a le plus souvent tenu que bien peu de place, les privera-t-on de ces secours, de cet entourage tout protestant, auquel ils ont droit? Des chambres spéciales, dont nos diaconesses feront le service, et que visiteront régulièrement nos pasteurs ; voilà ce que nous demandons pour eux, et ce que nous sommes certains d'obtenir.

Je ne répéterai pas, pour les hôpitaux de la

marine, ce que j'ai dit sur les hôpitaux de Farmée.

Ici encore, des obligations étroites ; car s'il est une classe qui ait plus à se plaindre que nos soldats (et c'est tout dire) de la législation en vigueur; s'il en est une qu'elle condamne plus durement à l'irréligion absolue; s'il en est une qui, pat* conséquent, mérite des soins plus particuliers, quand la maladie la rend enfin accessible aux exhortations chrétiennes, c'est la classe des marins.

Ici encore, des besoins considérables ; car les cinq hôpitaux maritimes traitent journellement dix-sept cents hommes.

Ici encore, une exécution facile ; car chaque établissement de la marine renferme une vingtaine de protestants ; et rien n'est plus aisé que de séparer ce nombre de lits et d'appeler quelques diaconesses.

Je n'ai garde d'oublier, en finissant, que les intérêts de nos coreligionnaires pauvres ne sont pas tous enfermés dans la question des hôpitaux.

Il existe en France d'autres institutions charitables, qui ont également un caractère national, et aux bienfaits desquelles nous devrions participer comme tous les autres citoyens ; mais dont le catholicisme s'est tellement emparé, qu'il nous est rarement possible d'en profiter pleinement.

Je veux parler des bureaux de bienfaisance.

Pour faire sentir leur importance, il suffit de dire que leur nombre dépasse six mille ; qu'ils distribuent chaque année une somme de neuf millions, et secourent à domicile sept cent mille individus.

Pour faire comprendre à quel point notre position

y est fausse et gênée, il suffit de dire que les distributions s'opèrent par les soins de sœurs catholiques, et qu'il en résulte des inconvénients qui, peut-être, se font sentir en province plus vivement encore qu'à Paris. En province, où l'on coimaît tout le monde, où l'on a le temps d'interroger, d'exhorter, de réprimander, il est impossible que les pauvres protestants recourent aussi librement que d'autres à ces secours, qui deviennent aux mains des sœur» (et comment en serait-il autrement?) une arme de propagande romaine.

Quel moyen y aurait-il de prévenir un si grand mal? Serait-il partout facile de diviser les sommes à répartir, et de confier aux sœurs protestantes la distribution des secours réservés à nos coreligionnaires?

Ce sont des questions que je n'ai pas assez approfondies pour les résoudre; et sur lesquelles je me contente d'appeler les sérieuses méditations des protestants.

On se récriera, si je demande que le principe de la spécialité religieuse soit appliqué à notre armée et à notre marine militaire.

Rien, cependant, n'est plus nécessaire ; et j'espère prouver aussi que rien n'est plus facile.

La nécessité est ici tellement évidente, que je n'essaierai pas de la démontrer en détail. Il n'y a rien à dire à quiconque ne comprend pas le caractère sacré de Tobligation qui nous prescrit de fournir des secours religieux aux soldats et aux marins, à ces jeunes gens qu'on transporte brusquement, du sein de leur famille, au milieu de mille tentations, de mille périls.

Pour eux, la contagion du vice est toujours active, toujours présente ; et rien ne les protégerait ! pour eux, les chances de mort sont multipliées ; et rien ne les préparerait à la mort !

Je ne pense pas que l'église catholique prenne mieux que nous son parti , de voir nos régiments et nos vaisseaux sans aumôniers. Qui ne sait à quel point certains désordres sont communs dans les rangs de l'armée de terre , et surtout dans ceux de l'armée de mer? Qui ne sait que dans les ports militaires, les équipages qui ont reçu leur paie , pavent les rues d'ivres-morts, et remplissent les mauvais lieux ? Qui ne sait que leurs grossiers excès , tolérés et presque consacrés comme un utile tempérament à la discipline, viennent de souiller à Taïti notre prise de possession, après avoir souillé nos interventions précédentes ; en sorte que le nom des Européens , qui commençait à s'associer dans la pensée des naturels aux idées de religion et de pureté, ne^réveille plus que des idées de dépravation et de débauche?

Eh bien ! c'est à des hommes, dont le brillant courage s'allie à une corruption si profonde et si générale, que la France refuse les secours du christianisme.

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Tandis que tontes les antres nations installent des ecclésiastiques à bord de lenrs navires de guerre ; tandis que les capitaines anglais se font un devoir de remplir eux-mêmes l'office de chapelains sur les vaisseaux marchands, et prient Dien avec leurs matelots et leurs passagers , nous seuls niainten<»is un état de choses qui compromet Thonneur national et qui perd les âmes; nous seuls promenons obstinément sur toutes les mers le monument authentique de notre incrédulité ; nous seuls croyons n'avoir pas d'autres devoirs à remplir envers ces malheureux, qui expirent sous notre uniforme, que de les soigner pendant leur maladie et de les jeter à la mer quand ils sont morts!

Voici comment s'exprimait naguère un homme compétent , directeur-général au ministère de la marine, M. le baron Tupinier : c II est probable que chez aucune nation, cet objet de dépense (les 18,000 francs consacrés aux aumôniers de la marine) n'est coté aussi bas ; et la marine française est, en effet, la seule dont les bâtiments sillonnent les mers, sans que jamais leurs équipages entendent parler d'autre morale que de celle qu'on peut puiser dans la lecture du Code pénal. »

Encore une fois, je n'insisterai pas sur cet ordre de considération. Je craindrais de faire injure à mes concitoyens protestants ou catholiques, et même à ceux qui repoussent pour leur compte les vérités de la religion, en prenant à tâche de leur prouver qu'on ne peut maintenir Torganisaticm actuelle sans honte et sans crime.

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Peu m'importe que les aumôuiers aient été supfNrîmés par la république et par Tempire ; qu'ils aient été partiellement rétablis en 1816 par la restauration; que la révolution de Juillet les ait fait disparaître de nouveau. Il ne s'agit pas de savoir si Fou nous accusera de reprendre les traditions de la branche aînée ; mais de savoir si nous remplirous ou non un devoir impérieux.

Je ne crois pas me tromper en disant que le gouvernement est favorable au rétablissement des au* môniers, et qu'il s'essaie dans les expéditions d'Ainque à une mesure plus générale.

Mais cette mesure ne saurait être admise sous la forme qu'on lui avait donnée en 1816. L'institution des aumôniers ne saurait être reconstituée au profit des seuls catholiques. Nous ne saurions accepter pour nos enfants le privilège de l'impiété officielle. La conscription serait odieuse si elle était suivie de semblables inégalités. La loi commettrait un véritable meurtre moral , si elle disait à une classe de citoyens, à mie seule : € Vous affronterez les hasards des batailles et de la tempête » sans qu'une voix amie vous appelle à plier le genou devant le Maître de la mer et le Dieu des armées. A l'âge où les habitudes ie prennent, où les convictions se forment, vous serez enlevés à vos parents, à vos pasteurs, et condamnés à passer cinq ou six années dans un dénuement absolu de secours spirituels. >

Nous rencontrons ici l'objection ordinaire : les soldats et les matelots protestants sont en trop petit nombre. On ne peut pas attacher un aumônier évan-

gélique à chaque régiment» à chaque vaisseau de guerre. Les dépenses qu'entraînerait une telle mesure seraient hors de proportion avec l'importance du troupeau qu'il s'agirait de surveiller et d'instruire.

Rien n'est plus vrai. Aussi, sommes-nous conduits à proposer le système de la concentration des protestants dans un certain nombre de régiments et à bord d'un certain nombre de navires.

Il y a au moins quinze mille soldats de notre communion dans l'armée.

Il y en a deux mille au moins dans la marine militaire.

Or, qui empêcherait qu'on ne fixât à trois cents, par exemple , le nombre de protestants qu'on juge nécessaire pour motiver la nomination d'un aumônier de leur culte , et qu'on ne désignât une quarantaine de régiments et cinq ou six vaisseaux , sur lesquels nos coreligionnaires seraient exclusivement dirigés ?

Les inconvénients d'une telle mesure ne sauraient me frapper.

Nulle part , les protestants ne seraient assez nombreux pour donner de l'ombrage.

D'un autre côté, le chiffre des corps qui les recevraient ne serait pas assez restreint pour gêner la distribution des conscrits de notre communion entre les différentes armes.

Ce que je demande s'opérait autrefois jusqu'à un certain point, par le seul fait du mode de recrutement. Chaque régiment correspondait à une pro-

vince , et , par conséquent, les soldats protestants se trouvaient concentrés pour la plupart dans un petit nombre de corps. Ces corps avaient des aumôniers évangéliques, et tout le monde sait qu'en 1767, Oberlin refusa une place semblable qui lui était offerte^

A présent encore, Tancien système n'est pas tellement répudié, que les conscrits d'un même département ne se trouvent habituellement réunis ; et je crois qu'on pourrait réaliser, sans efforts, sans innovation considérable, la spécialisation religieuse que je réclame.

Il faut, au reste, que je le redise encore. C'est pour justifier l'établissement de nos aumôniers, que je la réclame. Si l'on est disposé à en créer dans tous les corps de l'armée, je n'ai rien à objecter. Mais, ne le laissons pas ignorer; que la dispersion des protestants soit maintenue, ou que leur concentration s'opère, on leur doit des secours religieux ; et tant que l'État placera mi seul de nos soldats ou de nos marins dans une situation telle , qu'il lui soit impossible de pratiquer régulièrement sa religion, nous ne cesserons d'élever la voix.

L'ordonnance du 10 novembre 1830 assure, en principe, des aumôniers catholiques aux garnisons, lorsque le clergé des paroisses est insuffisarU. Elle en assure à chaque brigade, lorsqu'il y a des rassemblements de troupes en divisions ou en corps d'armées.

Or, nous sera-t-il défendu d'invoquer, nous aussi, le principe de cette ordonnance, et de faire remarquer que, partout ou presque partout , les soldats protestants se trouvent dans les cas d'exception

aSk DROITS QUI SB RATTAGHBNT

qu'elle a prévus ? que, partout ou presque partout, il y a pour eux insuffisance du clergé des paroisses ?

Certes , si Finstitution des aumôniers est plus nécessaire à un culte, c'est au culte de la minorité, qui n'a pas ses temples et ses ministres dans toutes les villes, dans tous les bourgs où sont établies des garnisons.

Toutefois, les intérêts des deux cultes se trouvent également satisfaits par la mesure que je propose. Le rétablissement des aumôniers catholiques est à ce prix ; et, d'un autre côté, la réunion des militaires protestants nous permettra de leur offrir plus régulièrement les secours dont ils ont besoin; de leur donner, à tous, ce livre saint, que la Prusse a soin de placer dans la giberne de ses soldats; de former, pour les régiments et les vaisseaux où nos coreligionnaires seront admis , des bibliothèques aussi édifiantes qu'instructives.

Ce qui étonnera, ce qui choquera le plus ici, c'est ce qui concerne la marine. On admet qu'il y ait quelque chose k faire dans l'intérêt de l'armée de terre ; mais l'armée de mer semble repousser absolument l'introduction des aumôniers. La restauration ellemême s'était arrêtée devant cet obstacle.

Je ne l'ignore pas. Mais je n'ignore pas non plus, que jamais devoir aussi clair, aussi positif, aussi impérieux n'a provoqué l'action courageuse d'un gouvernement. S'il y avait à opter entre le rétablissement des aumôniers maritimes et celui des aumôniers de régiments, je n'hésiterais pas à donner la préférence aux premiers ; car les matelots sont éloi-

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gnés des ressources que possèdent les soldats ; et , d'ailleurs, nos vaisseaux renferment toute une popu« lation d'enfants, livrés aux mauvais traitements et aux mauvais exemples. La situation des mousses est telle, qu'elle justifierait, à elle seule, la grande réforme dont j'ai parlé.

Je crois avoir parcouru les applications principales du principe de la spécialité religieuse ; et cette rapide revue me semble avoir démontré , d'une part , l'extrême importance d'un tel principe ; de l'autre, l'exagération extrême des reproches dont il est l'objet.

On ne l'accuse de rien moins que de partager la nation en deux camps ; de faire cesser l'empire des intérêts communs , des habitudes communes.

Or , il s'agit d'accroître le nombre (déjà considérable ) des écoles spéciales , de fonder des collèges spéciaux, d'avoir des quartiers particuliers dans les hôpitaux et dans les prisons , d'assurer enfin dans un certain nombre de corps une concentration modérée de militaires protestants.

Est-ce là une révolution? Et s'il est vrai, qu'au moyen de ces faibles changements, on puisse lever les difficultés légales ou pratiques qui gênent l'action régénératrice du christianisme, n'est-il pas plus sage

de les désirer que de les combattre , même au point de vue de la paix , de Tunion et du bon gouvernement ?

Mon travail n'est pas terminé. Mais le temps me manque. Après avoir examiné, bien à la hâte, les questions qui se rattachent aux devoirs et aux droits du protestantisme français, je suis obligé d'ajourner la troisième partie de cet essai, consacrée à l'appréciation de nos tendances et de notre avenir.

Je ne voudrais pas poser la plume, sans répondre, en très-peu de mots, à trois objections que les pages qu'on vient de lire ne peuvent manquer de soulever.

On dira d'abord que les réclamations présentées par l'église protestante mènent au-delà du but avoué; qu'elles sont communes à toutes les minorités religieuses, et que les israélites ont les mêmes droits à faire valoir.

Cette conséquence ne m'effraie en aucune façon. J'ai toujours gémi de l'oppression qu'on fait encore peser sur les juifs dans plusieurs parties de l'Europe. Quand la Prusse les met à part; quand la Bohême ne leur accorde qu'une partie des privilèges de citoyens ; quand la Suède hésite à accueillir leurs justes demandes ; quand Genève leur refuse la faculté de célébrer leur culte intrà muros ; quand l'Italie, quand

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l'Espagne les placent en dehors de la loi conunune ; je me révolte et m'indigne. Je me réjouis, au contraire, en voyant les principes d'égalité religieuse, que la France a eu la gloire de proclamer la première en faveur des juifs, pénétrer progressivement au sein de plusieurs états. La Hongrie, la Norvège, Francfort commencent à accepter ces principes ; c'est très-bien. Mais, que la France les complète et les applique résolument ; c'est encore mieux.

Je serais donc heureux d'avoir plaidé sur quelques points la cause des Israélites français, en plaidant celle de mes coreligionnaires. Je sais, au reste, que j'aurais mauvaise grâce à prendre en mains des intérêts quejeconnaismaletquimesont étrangers. Peutêtre les Israélites français ne désirent-ils pas ce que nous désirons nous-mêmes. Je n'ai garde de parler en leur nom. Tout ce que je veux dire; c'est qu'il n'y a pas de droit revendiqué dans cette seconde partie, qui ne puisse leur profiter.

Indépendance du spirituel (et les juifs allemands s'en préoccupent, puisqu'ils demandent un synode général, pour réformer la synagogue,) liberté, égalité des cultes, spécialité même ; il n'y a rien là qui ne puisse s'appliquer aux israélites comme aux protestants. Si leur petit nombre oppose parfois un insurmontable obstacle à certaines mesures, il est souvent possible d'en triompher, et rien n'honorerait plus réellement notre nation, que les sacrifices accomplis dans ce but, que les privilèges accordés par elle aux faibles minorités.

La seconde objection que je tiens à écarter, est celle

qui met en cause nos sentiments d'affection et de fidélité dévouée envers le gouvernement qui nous

régit.

Ici la réponse est simple et facile. Nous l'avons faite plus d'une fois.

Personne n'a le droit de se dire plus attaché que les protestants au gouvernement de 1830. Personne n'a donné plus de preuves de cet attachement.

La branche aînée nous tolérait. L'empire nous mutilait en nous administrant. La monarchie et les institutions nouvelles nous ont apporté » pour la première fois, une reconnaissance explicite de nos droits, une égalité légale» qui» pendant quelques années, a semblé tendre à devenir une égalité pratique.

Nous n'avons pas oublié les témoignages précieux d'une auguste bienveillance. Nous n'avons pas oublié qu'une princesse protestante s'est alliée à l'héritier de la couronne, et a paru destinée à faire briller sur le trône la représentation ta plus ferme et la plus pure de notre foi. Nous n'avons pas oublié qu'un jeune prince du sang de Bourbon (le premier depuis Henri lY) a été inscrit à sa naissance parmi les membres de notre église.

Mais, c'est précisément notre amour, notre loyal dévouement qui nous défendent de garder le silence, quand les traditions de 1850 s'effacent, pour faire place à celles d'une autre époque. Nous devons avertir l'administration, avant qu'elle ne se soit engagée sans retour dans une voie qui mène plus loin qu'on ne le sait, plus loin qu'on ne le veut, dans une voie où l'on s'arrête malaisément, et qui aboutit

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à un abîme. Nous deyons la supplier de ne pas s'appuyer sur la religion d'État, sur ce roseau cassée sur lequel si quelqWun s^appuie, il lui entrera dans sa main et la percera.

Nous voudrions qu'on pût lire dans nos cœurs. On y verrait moins d'inquiétude pour l'église évangélique défendue par son divin Chef, que pour le gouvernement qu'on cherche à égarer, en l'armant contre elle.

La troisième objection est empruntée à la faiblesse apparente de cette église au milieu de nous. Il semble que, se cacher, se taire, se faire oublier, profiter sans bruit des occasions favorables, accepter sans murmures les tendances hostiles, ce soit la conduite naturelle d'une petite minorité.

Hé bien ! rien n'est imprudent comme cette prudence. Elle a compromis l'Église. Elle a compromis le gouvernement. C'est par notre faute qu'il s'est abandonné à des influences funestes. Si nous avions élevé la voix ; si nous avions résisté, il se serait arrêté peut-être , arrêté depuis longtemps, à son profit et au nôtre. Le silence et l'immobilité ne sont possibles, ne sont légitimes pour personne au sein d'une organisation politique comme celle de la France. On méconnaît les droits qui n'ont pas le courage de se produire et de réclamer. Les droits de la couronne, les droits du parlement, les droits de la presse ont été respectés, parce qu'ils ont été défendus par la couronne , par le parlement et par la presse. Il n'y a pas de privilège pour notre église ; et quand elle souffre, c'est d'abord à elle-même qu'elle doit d'en prendre.

690 DROITS QUI SE fiATTACHBNT A LA SPÉCIALITÉ.

Relevons donc la tète, et sachons dire avec le Psalmiste : Nous marcherons à enseignes déployées au nom de notre Dieu. Les difficultés sont grandes , et nous sommes bien petits. Mais, VÉtemel règne^ et, s'il le veut, nous serons vainqueurs. N'a-t-il pas dit au roi Josaphat et à son peuple : c Ne craignez point et ne soyez point effrayés à cause de cette grande multitude^ car ce ne sera pas à vous à conduire cette guerre, mais à Dieu? »

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