‹ Intermède de La Comédie infernale ou Conjuration libérale aux enfers [microforme]Chapitre 2 sur 9 · IV · texte numérisé non relu

IV

Le Villageois, Le Notaire, .

La femme du YillageoiS; La femme du Notaire,

L'Avocat, Le Zouave Pontifical.

La femme de l'Avocat, L'Employé du Gouvernement.

L'Instituteur.

MikààsÂ

ou

IT^ÏTEIIMEDE

La scène se passe dans "ne cami>agne vnisino de Montréal, et chei un hcyinete villageois, le 24 Décembre 1871, qu'jlquet heures avant la messe de Minuit.

SCEKE I.

Le Villageois et sa femme, V Avocat et sa femme, V Instituteur.

L'avocat, s' adressant à VInstitutevr.

Je vous dis, moi, que c'est une œuvre indigne et qui appelle le mépris des honnêtes gens» ; , , , , . t

Vous le dites et vous le redites avec une persistance qui iatiguerait, si vous n'y mettiez la diversité des tons.

Cej^endant, permettez-moi de vous le rappeler, votre affirmation est assez grave pour mériter que vous l'appuyiez de preuves et de raisons solides.

L'Avocat.

J'entends certainement traiter la Comédie Infernale avec tout le sérieux voulu.

Aussi, est-ce bien sincèrement queje vous dëclaio, pour la centième fois, que cette publication est un mauvais, un très mauvais livre, tout ce qu'il y a de plus mauvais.

Pourquoi ?

L'Instituteur.

Comment ! Pourquoi ? Mais parce que c'est un mauvais livre, un livre infernal, quoi !

L'Instituteur.

Un mauvais livre ! Un livre infernal ! Ce sont là des accusations faciles à porter, mais plus diflSciles à prouver.

Expliquez-vous, mon cher monsieur. Voilà près d'une heure que vous répétez, sur un ton ou sur un autre, que la Comédie Infernale dut une œuvre déplor:\bie, dangereuse etc., et tout cela sans preuves.

Vous êtes trop avocat pour croire qu'il suffise de porter une accusation, sans la prouver, quand on veut avoir gain de cause.

Vous accusez, eh bien ! dites ce en quoi la Comédie Infernale est une œuvre si perverse.

L'Avocat.

La chose n'est pas maligne. La Comédie Infernale est indigne, premièrement parcequ'elle ravale le caractère sacré du prêtre jusqu'à le personnifier dans des démons ; deuxièmement

L'Instituteur

Attendez ? Xe vous pressez pas ! Arrêtons-nous au premier chef d'accusation et vidons-le avant de passer outre,

L'AvocAï.

Soit. Qu'avez-vous à répondre à ma première proposition ?

LA COMÉDIE TNPERXALE.

L iN-»TITUTEUK.

Je la nie formellement. L'auteur de la Comédie n'a jamais eu la pensée de maH][ut les prêtres, ni qui que ce soit, sous la personne des démons, et si vous avez lu l'œuvre que vous combattez avec tant do Ibrco, vous avez pu vous convaincre do la chose.

Comment ?

L'Avocat.

L'Instituteur.

Est-ce que l'auteur ne désigne pas formellement tous ceux qu'il croit devoir attaquer ?

Oui.

L'Avocat.

L'Instituteur.

Ne les nomme-t-il pas, le plus souvent, par leur propre nom ? No dit-il pas en toutes lettres : " Le Curé Eousselot, Sir Georges Etienne Cartier, le Juge Baudry, Je Curé Dowd, Cauchon, Fabre ? "

Et quand les appellations propres ne se rencontrent pas sous sa plume, est-il moins clair ?

Lorsqu'il écrit : " Le Supérieur des Curés perpétuels,' " les rédacteui's et les amis de la Minerve," " les rédacteurs de V Opinion- Publique,'' " les associés de Sir Georges dans le Barreau," ne désigne-t-il pas suffisamment les personnes en question ?

L'Avocat.

Sans doute î Mais qu'est-ce que cela prouve ?

L'Instituteur.

Cela prouve une première chose, savoir : l'intention bien arrêtée et formelle chez l'auteur d'appeler les gens par leur nom, et de les mettre en évidence devant le public.

If

Ensuite ?

L'Avocat.

L'Instituteur.

Et que. s'il a nommé, désigné du bout du doigt, tout son monde, les personnages allégoriques n'avaient pas leur raison d'être.

Le simple fait des noms propres est la négation la plus complète de l'allégorie.

L'Avocat.

Soit. Ma ilors, pourquoi l'auteur donne-t-il à ses démons des appellations qui n'aijpartiennent pas au vocabulaire infernal ?

L'Instituteur.

Voilà encore ce qui vous trompe, monsieur.

Les noms des démons de la 6*om'<i^>appartiennert8i bien au vocabulaire infernal, que les anciens sorciers les avaient vulgarisés, en les invoquant dans des litanies expresses.

Ouvrez le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy, et à la page 286, article : Litanies du Sabbat, vous trouverez tous les acteurs de la Comédie.

Un seul nom a été changé, et ce afin, précisément, d'éviter tout semblant d'allégorie, Olivier est devenu Olivor.

L'Avocat.

J'ignorais cette particularité. Evidemment l'auteur, s'il avait voulu personniÔDr quelqu'un dans ses acteurs diaboliques, eut inventé des noms et se fut bien gardé d'en prendre de tout faits.

Voyez-vous, ce qui a autorisé le public à croire à des personnages allégoriques, c'est que plusieurs diables portent des noms assez semblables à ceux de certaines personnes qui se trouvent désignées dan« la Comédie.

L'Instituteur.

Un exemple, s'il vous plait?

L'Avocat.

Baal ressemble beaucoup à Buyle, et Carreau à Cartier.

L'Instituteur.

Comme bûche ressemble à cruche et original à virginal. Puis Baal est un vieux chef retiré du service, jouant dans la Comédie un rôle plus que secondaire, et Messire Bayle est la tête de St. Sulpice, Tâme de l'opposition au démembrement, l'acteur le plus actif et le plus entêté dans toute cette lutte du gallicanisme contre l'autorité ecclésiastique.

Et on appelle cela ressemblant ! C'est ainsi qu'on expliquera bientôt que les extrêmes se touchent, et que la meilleure idée qu'on puisse donner d'une tête d'homme, est assurément de présenter à la vue la peinture de deux magnifiques pieds !

Et Cartier ?

L'Avocat.

L'Instituteur.

Le rapprochement de Cartier avec Carreau est plus vraisemblable, car si ce dernier est le démon du Canada, le premier est bien, de tous nos hommes publics celui qui exerce sur les Canadiens l'inflence la plus étendue.

Cependant, l'auteur, tout en blâmant sévèrement l'action prise par Sir Georges dans une cause re'igieuse et malheureuse, est loin de le considérer comme un mauvais génie.

Sir Georges a des torts, des torts très graves ; mais aussi il a des mérites, et on ne peut, en aucune façon, l'assimiler à un esprit tel que Cari'eau.

Enfin, CaiTcau est le démon de St. Sulpice. C'est lui qui, se déguisant adi'oitement, égare si profondément les Supérieurs de cette maison toujours si vénérable et si respectable en dehors de son misérable gallicanisme. Et 'est St. Sulpice qui, au lieu de se laisser influencer par Sir Georges, exerce sur celui-ci une funeste pression. Sans Carreau, St. Sulpice se fut soumis, et sans St. Sulpice, Sir Georges n'eut rien entrepris, rien fait contre l'évêquo de Montréal et contre Kome.

Yous voyez donc, mon cher monsieur, que la supposition de la personnOication des diables de la Comédie est sans fondement et que, par suite, votre première accusation ne valant rien, doit être retirée.

Je la retire d'autant plus volontiers, que j'en ai de plus sérieuses à porter.

Voyons ?

L'Instituteur.

L'Avocat.

La Comédie met les prêtres en rapport direct avec les démons, n'est-ce pas là un fait scandaleux?

L'Instituteur, appuyant sur chaque mot.

C'est " chrétien, " c'est " orthodoxe, " c'est" de foi " et voilà " tout ".

La femme de l'Avocat.

Pour le coup, monsieur, vous n'êtes point sérieux. Vous voulez que nous trouvions " orthodoxe," " chrétien " les rapports quotidiens des démons avec des hommes vénérables et qui dirigent nos âmes dans la voie du salut. C'est trop fort ! ' >

L'Instituteur.

Vous croyez aux démons, madame ?

La femme de l'Avocat.

Certainement.

.'>i. .*-■ .-. *v- L'Instituteur. : . ,j . ^--..t-.-,

Vous croyez que les démons tentent les hommes ?

, i La femme de l'Avocat.

Mon Dieu ! Oui !

■m ut

LA COMÉDIE IFFERNALE.

L'iWSÏ TUTEUR.

Vous croyez que les démons tentent les hommes les plus saints ? .

liA FEMME DE l'AVOCAT.

Et bien Oui!

L'Instituteur.

Vous croyez que les démons sont très rusés, qu'ils so présentent sous les dehors les plus séduisants, qu'ils vont même jusqu'à nous conseiller des bonnes œuvros, dtins le but de nous égarer, en nous faisant agir contrairement aux dessoins de Dieu sur nous ?

Oui.

La femme de l'Avocat, avec embarras.

L'Instituteur.

Vous croyez que les hommes les plus saints pèchent sept fois par jour ?

La femme de l'Avocat, avec hésitation.

Oui.

L'Instituteur.

Ainsi, madame, vous croyez à tout cela ?

La femme de l'Avocat.

Vous le savez bien. MEis où vouiez-vous en venir avec toutes ces questions ?

L'Instituteur.

A ceci, madame : Tous les hommes, même les plus saints, sont tentés par les démons ; or, les MM. de St. Sulpice sont des hommes, même de saints hommes ; donc les messieurs de St. Sulpice sont tentés par les démons.

La femme de l'Avocat.

Oui, mais.

LA C031ÉDIE INFERNALE.

L'Instituteur.

cit,^

Permettez, madame, je n'ai pas fini. ' ^* ^ • ' T' Les plus grands saints pèchent sept fois par jour ; or, les m'^ssiours de St. Sulpice sont de très saints hommes : donc les messieurs de 8t. Sulpice pèchent sept fois par jour, et sept fois sept foi», c'est-à-dire quarante-neuf fois, quand ils font la guerre à l'autorité épiscopale !

Voilà ce qu.» dit la Comédie, et que dites-vous autre chose, madame ? . • -^ , , -..

, ; .-.T La femme pe l'Avocat. .. ju .u^ji 'mf^r,!

Je dis, monsieur, qu'il est indigne de traiter ainsi de saints hommes. ' ' - - * -------

L Instituteur.

Sans doute, les démons devraient respecter davantage les saints et ne point les harceler du matin au soir et du soir au matin, comme ils le font habituellement.

Malheureusement, il parait que c'est un parti pris chez eux, et ni vous, madame, ni l'auteur de la Comédie, ni moi, n'auront jamais la puissance de les enchaîner. t

Voilà pourquoi, n'y pouvant rien, l'auteur a cru ne surprendre personne en fesant jouer aux démons, en Canada, le rôle qu'ils jouent partout, depuis des siècles et des siècles, dans l'humanité.

La femme de l'Avocat.

Tout cela est bel et bon, monsieur. Cependant, voub avouerez qu'il y a de l'odieux à niettre ainsi les prêtres en rapport avec les démous....... ' """ ""^''i' "' ' '''^^""

L'Avocat. *

Et de forcer la note jusqu'à transformer les démons çn anges de lumière. '*' '-'^*r'^ *^^ .*- ;--*.'. M'''^(*i«f|«.«*i^ •>«.»,-

La FEMie DE x^AvocATV«y«c ^ronze*^ \^.^h-

C'est sans doutt, ce dernier trait qui fait que monsieur l'Instituteur trouve la chose '' chrétienne" et " très ortho-

LA COMÉDIE p PEBNAI.E.

i L'Instititteur. m>

Vous avez raison, madame. Les catholiques croient à la parole de Dieu ; ils croient à la Sainte-Ecriture, à l'Evangil'3, à l'Eglise. Or, la parole de Dieu, l'Eglise, l'Evangile et la Sainte-Ecriture enseignent que le démon rôde sans cesse autour de nous, comme un lion rugissai.t, qu'il use de mille artifices, de mille stratagèmes, pour nous égarer et nous perdre.

S'il fallait rejeter, comme mauvais livres, comme œuvre» infernales, tous les écrits, où, comme dans la Comédie, on met les hommes et les esprits dos ténèbres en rapport, il faudrait commencer par brûler VEcangile, les Actes des Apôtres, la Vie des Saints, les Ecrits des Pères de rEylis'-, les livres de vie spirituelle, etc.

..E Villageois.

Monsieur a raison. L'Evangile rapporte que le diable a tenté notre divin Sauveur, et qu'il a été jusqu'à demander au Fils de Dieu de l'adorer, et m'est avis que l'Evangile est un bon livre. ,, . ^ , ... - . . -:

La femme de l'Avocat.

Seulement, le diable ne savait pas qui il tentait.

Le Villageois.

Je n'en sais rien. Toujours est-il que le démon, s'il ignorait avoir affaire avec le Fils de Dieu, ne pouvait pas se méprendre sur la haute sainteté de celui qu'il s'efforçait de perdre. ^^^'-^ ' --^ '^^^^ --

L'Instittttetjb.

'fii

Le démon ignorait le mystère de l'Incarnation. '

Cependant il voyait en Jésus une si grande vertu qa'il se doutait bien un peu de la vérité.

Voilà pourquoi il hésita avant de s'approcher du divin maître. Toutefois ceci prouve une chose : que le démon ne craint point d'aborder les âmes les plus saintes et qu'il

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