IV
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n'hésite que quand il aoujiçonne qu'il va rencontrer Dieu lui-même. , ,..■.... '
L'Avocat.
Passe pour le Sauveur. Nous savons qu'il est Dieu, et le dém' il ne peut rien sur le Saint des Saints.
Pour les hommes, la chose est diffé/'ente. Nous ne savons pas ce qu'ils sont, et, quand nous voyons le démon les travailler habileuieut nous sommes alarmés, ce n'est pas le mot, nous sommes " scandalisés ".
' . ^ Le Villageois. ■ ! •
Alors, monsieur, tous les hommes vous scandalisent, car tous les hommes sont travaillés par le démon.
La femme du Villageois.
Je ne conseillerai pas à monsieur de lire la vie de St. Antoine, que nous avons lue dernièrement : au lieu d'être édifié il serait fort scandalisé ; pendant de longues années ce grand saint est entouré de démons qui lui apparaissent sous toutes les formes.
XÂ FEMME DE l'AvOCAT.
Que St. Antoine ait vu les démons, soit! qu'il ait été aveuglé par eux, comme on le dit des messieurs de St. Sulpice, c'est différent et là commence le scandale.
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La FEMME DU Villageois. ; .. . .
Presque toujours St. Antoine est sorti triomphant de ses luttes avec le démon.
Quelquefois, pourtant, le démon a gagné quelque chose. Ainsi un jour St. Antoine se croit le plus grand saint.
La FEMME DE L'AVOCAT.
Vous avouerez, madame, que ce dernier ti*ait d'orgueil n'est pas très édifiant. . - -
lA. COMÉDIE INff£aNAL£.
La femme du Villaoeois.
Si ce trait ne vous édifie pas, il est consolant par un côté du moins ; car il nous enseigne à ne pas trop désespérer de lios faiblesses et à nous tenir sur nos gardes.
L'iNSir-UTEUIl. , ,»
Et ceux qui liront la Comédie Infernale apprendront que, malgré leur piété et leur vertu, ils doivent craindre la séduction des doctrines gallicanes et libérales.
Ils apprendront à se mettre en garde contre ces prétentions des laïques et de certains prêtres qui veulent que l'autorité ecclésiastique soit subordonnée à la puissance politique.
Enfin, ils sauront au juste ce qu'il faut penser de l'obstination des messieurs de St. Sulpice et de leurs malheureux partisans dans l'affaire du démembrement.
Tout cela, diront-ils, estj l'œuvre du diable : Veillons, voyons et prions, afin que nous n'entrions pas en tentation, ;'-
L'Avocat.
A vous entendre, monsieur, on serait portié à croire que toute cette histoire de ia Comédie Infernale est la plus naturelle ; que bon gré, mal gré, il faut se persuader désormais que le démon est partout, chez les justes comme chez les pécheurs ; qu'il est surtout chez les messieurs de St. Sulpice, et qu'il y fait de son mieux pour pervertir cette sainte société. ^v ■
L'Instituteur.'
Vous m'avez parfaitement compris, monsieur. 'Et celui qui nierait cette action du malin, ne la niât-il qu'à l'égard de St. SulpicCj je dis que celui-là blasphémerait et que sa prétention serait impie.
La femme de l'Avocat.
Certes ?
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L'Instituteur.
Oui î il blaHpht^merait ; car il foulerait aux pleda l'Eglise qui nous enseigne l'orme ilcnient que le démon tente les hommes. Oui ! sa préteption serait impie, car elle tendrait à atfîrmer que les messieurs de 8t. Sulpice sont des anges ooniirmés dans la gi*àee et d'une manière irr<?vocable.
Ke me faites pas dire ce que je ne dis pas. '^' . i .r ; r^- Je ne nie pas que ies messieur» de St. Sulpice ne soient
tentés ::i^,y-y\ '.i-'i ; ;> <; ;*i|^ ;;! «-vi^t!»- .
■ L'Instituteur. ;;: ;^i<.<;
Que niez- vous donc ? *>"• ^'^ -i ;j'-i' ■• -'-^i
, L'Avocat^ ^^, ,;. ^^. .;. JJ,;,^,,M:. .-
• Je nie qu'il soit chrétien et orthodoxe d'aller jusqu'à écrire que le démon se transforme afin de mieux égarer les jjrêtres.
L'Instituteur.
Ce n'est que cela ! Eh bien soyez en paix ; je vais vous rappeler de mémorables faits qui dissiperont vos scrupules.
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L'Avocat.
.v„ Je vous en défie. ^ ■.:i<-^-^iH vè 'V^^ : xti^<>^K,Ak[ ^^^l v.^iii5 ■' ' L'Instituteur. ^.^.. ^.^ ,,mra^ '.«h^m
Je pourrais vous citer cent exemples où les démons se sont présentés aux Saints sous la figure des bons anges ; je ferai plus ; je vais vous rapporter des faits plus étonnants encore ; je vais vous faire voir le malin se transformant en homme, devenant moine, portant le froc et donnant de bons conseils, le tout pour égarer. ... j- •. < ,
.T.^h L'Avocat, i hl
Pour le coup, si vous faites cela je me rends. - «^^^'^'^^
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LA COÎIÉDIE INFERNALE.
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L'iNSTITUTEbl .
I!ouJez-vou8 de suite. \
ï L'Avocat.
Citez vos autorit<S.s, d'ulH^rd. •
L'IvSTITTTErR.
Je comprends. Les m"moirt^ d^s Frères Mi nevrs, mémoires qui sont pour ces saints religieix, ceque les Livres Saints étaient pour le peuple juil', feront-ils autorité auprès de vous ?
Oui.
L'Avocat.
L'Institt-teur.
A merveille. Au Tome premier, Livre dixième. Chapitre vingt-quatrième, de ces mémoires, on lit ce qui suit : Les religieux de Saint-François du Mont-AIverne, vivant dans la même pauvreté et la même austérité où leur saint fondateur les avait élevés, le démon, ennemi de tant de vertus et crevant de dépit de voir une oraison si continuelle, un silence si exact, une humilité si profonde, une abstinence si rigoureuse, une mortification ai grande et une vie si parfaite, s'efforça par plusieurs tentations et par mille moyens différents, d'amollir leur courage, de leur faire quitter quelque chose de cette rigueur et de les dérégler.
Mais ne pouvant, avec tous ses efforts, en venir à bout, il s'avisa, pour y réussir, d'un merveilleux stratagème.
Il y avait dans le pays un gentilhomme fort riche qui n'avait aucune affection pour ces bons religieux ; il était dui" ù, leur égard, et ne leur faisait aucune aumône.
Le démon, prenant la forme d'un homme, va le trouver et se donne à lui pour le servir. II s'acquitta avec tant de soin et d'adresse de son ofSce, qu'il se mit en peu de temps fort b.en dans l'esprit du gentilhomme et lui gagna entièrement le cœur.
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LA COMÉDIE IXFEKNALE.
Alors son maître lui confia le gouvernement de sa maison, et lui donnant le maniement absolu de ses affaires, il suivit en tout son conseil.
Un jour donc, comme ils parlaient fort tranquillement ensemble, cet esprit rusé, jugeant le temps favorable pour faire réussir son dessein, commença l'éloge des Fnves Mineurs du Mont- Aie crue.
11 disait qu'ils étaient de très bons religieux et des saints, que ceux qui leur faisaient du bien et leur envoyaient des aumônes rendaient un grand service à. JJieu et méritaient beaucoup. Puis s'étendant là-dessus, il apporta tant de raisons, que son maître en fut extrêmement touché et devint fort aftectionné à ces religieux, puisque tous les jours il leur envoyait du pain, de la viande, du poisson, des fruits et en telle abondance qu'ils en avaient de reste.
Ainsi, tandis qu'ils vivaient auparavant avec beaucoup de peine, ils commencèrent au contraire par le moyen de ces aumônes à vivre bian à leur aise. Mais de là s'ensuivit une diminution dans leur ferveui', un relâchement dans l'oraison, dans le silence, la mortification et d'autres vertus.
Quelques bons religieux anciens s'aperçurent de ce désordre, et, voulant y apporter remède, l'un d'entr'eux, après avoir bien prié Dieu, prit un compagnon et s'en alla par forme de visite chez le gentilhomme.
Après l'avoir beaucoup remercié de tant de bonne volonté pour eux et des aumônes considérables qu'il leur envoyait,il lui en demanda la cause, attendu qu'auparavant il faisait tout autrement. Le gentilhomme répondit qu'il devait ce changement à un serviteur qu'il avait, lequel lui avait dit mille biens d'eux, et qui même ne manquait pas tous les jours de le faire penser à envoyer tout cela, et que parmi tous les services que ce serviteur lui avait rendus, il estimait celui-là comme un des j^rincipaux, puisqu'il lui était très-utile pour son salut. •;
Le religieux, surpris de la charité extraordinaire de ce serviteur, voulut le voir. Le gentilhomme le fait appeler, et comme il ne venait pas, il le mande une seconde et plusieurs fois. , , ^ .
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