SCENE IL
: i , ■ ■■ , ii ■ -' ' - ■ ^ ' ■ ' -
JLes mêmes. -
L'Avocat.
Je veux bien avouer que mettre les démons en rapport avec les prêtres soit un bénéfice de l'enseignement de l'Eglise et de la foi catholique.
Partant de là, j'admets l'orthodoxie u^ " forme de la Comédie. Mais, et ici je sais d'avance que vous allez m'appeler libéral, je crDis que l'auteur a gravement manqué i la plus simple prudence.
Autrefois on pouvait parler librement des démons et de leurs rapports avec l'homme. Aujourd'hui que la foi est affaiblie et que l'on «roit à peine à l'existence de Dieu, c'est froisser les opinions et appeler avec le rire des impies, le rire même de plus d'un catholique, de vouloir ressusciter les crojanced aux esprits malins. C'est le grand tort de la Comédie. •
Vous 8V«5 deviné juste, lorsque vous avez pressenti l'épithète de libéral. Vous avez la conscience parfaite de votre péché. Croyez, cependant, qu'en essayant de parer les coups d'avance, vous ne les évitas pas. Si un homme venait vous dire : Ecouta, monsieur, vous allez m'appeler annexionniste, toutefois je ne le suis pas, je pense eeul»ment que nous devrions, nous Canadiens, nous détacher de l'Angletôrre afin de prendre une place dans la Grande République voisine ; que lui répondriez-vous ?
L'Avocat.
"iiA K'I^i ..-^
'--f:vy-
Que, malgré ses protestations, il est annexitmhie,
L'Instituteur. -
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Se 8*U s'obstinait?
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fne de la «8 allez ïnanqué
118 et de i foi est e Dieu, ire des vouloir grand
98senti lite de parer »mme )peler eeule^ .
icher ande
L'Avocat. * *
Je lui prouverais que son idée ce voir le Canr ^a abandonner l'Angleterre pour devenir un état de la république Américaine est l'idée fondamentale, l'idée mère de l'annexion. ' :
L'Instituteur.
Et vous auriez raison. Maintenant, laissez-moi profiter de vos lumières et vous dire ; Monsieur, nudgré vos protestatioHSy vous êtes Uheral
L'Avocat.
Par exemple !
j, . .. , L'Instituteur, '
Vous VOU3 obstinées n'est-ce pas? ■ ♦
L'Avocat.
A coup sûr.
L'Instituteur,
Connaissez-vous bien l'eiTeur maudite qui a nom : Libéralisme Catholique ?
L'Avocat,
Je ne la connais pas ni ne veux la connaître. Je la désavoue, voilà tout ce que je sais.
L'Instituteur,
Tiens î vous parlez comr^e la Minerve, Comme elle, vous lêtes animé des meilleurs sentiments : comme elle vous avez déjà rendu à la Patrie et à 1 Eglise plus d'un service signala; comme elle aussi, hélas ! vous vous abusez étrangement, et pourrez, si vous n'y prenez garde, nuire grandement aux plus saintes causes.
Oui ! et vous vous rendez justice en l'affirmant, vous ne connaissez point le Libéralisme. Si vous le connaissiez, vous
seriez forcé d'avouer que vous le partagez, et que vous faites tout poui' le propager.
La prétention du Libéralisme Catholique consiste à vouloir bâillonner certaines vérités, v . ■r'.'ii-'riï I 1 sn r ^ .-^
Etudiez de Montalembert, l'abbé Grodard, Mgr Kette- 1er, l'évêque d'Orléans, le comte de Falloux et tous les chefs les plus autorisés de cette malheureuse école libérale catholique, et vous verrez que tous deinandent que l'on tienne compte des aspirations modernes, des formes gouvernementales et politiques, de la faiblesse des esprits, des malheui's de l'époque, et ce, en ayant soin de pas soulever les ombrages, les inquiétudes des politiques, ni des consciences individuelles, par l'exposé imprudent de certaines vérités.
Etudiez le libéralisme catholique et vous vous convaincrez que toutes leei fois que vous demandez de la vérité qu'elle ne soit pas enseignée ouvertement, vous donnez bel et bien dans le libéralisme, comme voXxQamiexionisteàonnsLit bel et bien dans l'annexion, '^--
L' Avocat, avec un peu d'aigreur.
Soit î je suis libéral ! En attendant vous ne dites rien de mon objection.
Au contraire. Je viens de vous prouver qu'elle est libérale catholique, ' ' .
■■- '■ ■'" '- ■■ L'Avocat, •■': ■ -\. ■-- \v 'lii'-^X -
Est-ce là tout ? r' : ;-o; . T.-'
L'Instituteur.* ji Vous faut-il autre chose ? ,.. / '
ti;. ^>.^- > ./?■- :, i; L'Avocat. -^ '— '' ^' i: ^?i»l?H; f;|-/';
..ii jae laut des principes. . ^^
L'Instituteur. .-^i^^^f^-y^^^mir^^ntH
Des principes cathoUqueSr ultramontains. Je le croi» comme vous.
la?
|que vous à. vouloir
r tr.
r Kettetous Jos libéra Je l'ontienouverne-
Ides mallever les ■'^t'iences vérités, onvain-
a vérité
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Tien de
est II.
iroÎB
Ij Ayoc AT y d' un ton piquf\
Je saisis la pointe et ne vous la retoi.rnerai pus.
Donnez-moi seulement des principes qui justifient l'auteur de la Comédie d'avoir posé devant le public la question surannée des esprits malins et je "vous tiens quxtte.
-«»;î''Î' J. . ... 1,'lNSTITTTTEUR. ^
Vous avez dit, et je veux dire avec vous, que notre siècle ne croit guère, ou plutôt ne croit pas aux démons.
L'Avocat.
Je l'ai dit et je le tiens pour dit.
Très-bien ! Maintenant qu'est-ee qui fait le mérite d'une œuvre catholique? N'est-ce point de combattre ouvertement les grandes erreurs du temps ? ,) .
L'Avocat.
Sans doute! ■ ,;
L'Instituteur. .. -
i^dmirable! Nous sommes faits pour nous entendre.
,.,,,.- , ■:i... , . L'Avocat. ^ .^., .j:. .„,„^^.^..^,...
Après? ^ •'' ' '■" '■ '■ -'i -■■'''' '
^^.:. L'Instituteur. .;v,-î.>. ■-- ^> - .■
Vous avez hâte. Vous avez faim et soif de la vérité.
Eh bien! vous serez désaltéré et rassasié. '" ^'^ -
Toutefois, monsieur, le monde chrétien croyait aux démons. .--'- ' • »ï' ^-^ -rr.. . t
Il croyait que ces esprits méchants ont envahi toute la création, qu'ils sont répandus dans l'air respirable, et qu'ils tournent autour des hommes comme des bêtes furieuses pour les dévorer. Il croyait que ces esprits font plus encore. Déchaîner les vents, soulever les tempêtes,
LA COMÉDIE INPÏRNALE.
agiter les masses profondes de l'Océan, promener la foudre, et faire vomir aux volcans leur laves incendiaires ; détruire les maisons, faire périr sur pied les plantes, rendre stériles les arbres fruitiers et donner la mort aux animaux les plus utiles à l'homme ; corrompre l'air, appeler les grandes épidémies, évoquer chaque jour de nouvelles souffrances et déterminer en certains cas de déplorables aberrations dans l'esprit de l'homme, voilà ce que le monde chrétien croyait de la puissance des démons, et cette croyance ne le trompait pas.
Je sais cela.
L'Avocat.
L'Instituteur.
Loin de le tromper, loin de lui nuire, cette foi était sa fortune. t ' ' ' " ^ — ' -
Les chrétiens d'alors croyaient et craignaient. Leur crainte était leur sagesse.
Voulant, à tout prix, échapper aux piégea du malin, déjouer tous ses plans et se préserver de ses maux innombrables, les chrétiens, priaient veillaient et sejmunissaient de cous les secours dont l'Eglise dispose pour vaincre l'ange des ténèbres. C'est ainsi qu'on bénissait tout, l'humble chaumière du pauvre comme les somptueuses demeures du riche ; depuis la tige verdoyante de l'arbre gigantesque, comme l'imperceptible germe des moissons, l'animal le plus immonde comme le plus noble; les sources, les fontaines, les ruisseaux, les fleuves et les océans, la nourriture, les vêtements, les instruments de travail, en un mot, tout était bénit ; tout était arraché au démon. . - .^ /
>i\jii\
La femme de l'Avocat.
Qu'est-ce que cela prouve en faveur de la Comédie Infernale f
Voue allez le voir dans quelques minutes, madame.
LA COMÉDIE INFIRNALK.
«ener la |iicliaire8 ; piantee, »ort aux |J*e J'air, ' jour de ^8 de dévoiJà ce pémons,
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maJin, maux lunislincre tout; leuees arbre «ons, ; les '< les « de é au
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Autrefois donc les chrétiens croyaient à l'intervention formidable dos démons, et ils s'efforçaient de combattre un si redoutable ennemi. Deux siècles n)us séparent de ce temps de foi ; deux siècles de philosopiie rationaliste sont venus qui ont considérablement affaibli nos forces et centuplé celles de Satan. L'esprit de ténèbrtjs a senti qu'il devaii B'effacer si je puis dire le mot du symbole, chrétien.
1\ a eu peur du souvenir vivant qui rappelait sans cesse au monde la ruse, ia perfidie et la malice de l'ancien serpent, et il a résolu de faire périr ce souvenir en voulant disparaître du symbole catholique.
Prétention vaine et folle; car ce que le symbole chrétien garde, est gardé éternellement. N'importe ; ce que l'ancien serpent voulait, il l'a tenté et s'il n'a pu réussir en tout, il a réussi en partie. L'Eglise n'a pas cessé de croire à Satan car tel est son symbole éternel ; mais dans les sociétés, chex les individus, cette croyance a faibli.
La femme de l'Avocat.
Comment, monsieur? je ne comprends pas.
L'Instituteur.
Je vais m'exprimer autrement. Le démon, qui est le Singe du bon Dieu, s'est dit: Dieu a son symbole, j'aurai le mien ; Dieu a son culte, j'aurai le mien; Dieu a ses adorateurs, j'aurai les miens.
La femme de l* Avocat.
Ma foi ! je n'y comprends plus rien. Tous dites : on ne croit plus au diable^ et pour preuve vous paraissez apporter que le diable a son symbole, son culte, ses adorateurs.
L'Instituteur.
Le symbole de Dieu a pour objet la vérité et est par ce fait même une affirmation. . » ?^ ^ ^ ^ .^^^ .v;^ ;
Le symbole de Satan a pour objet l'eiTeur et est par le fait même une négation, v, .^ . >r-<.i^^i^ * « -s ' ; ♦
LA COUÉDIE INFEBNÂLE.
' Dieu dit : je suis ; Satan dit : je ne suis pag. Les hommes disent à Dieu : vous rtes, et cette assertion venue de l'amour et du respect est un culte ; ceux qui la font sont des adoratfnrs. Les hommes disent à Satan : tu n'espas, et cette négation venue de la haine et du mépris de la vérité est un culte. Ceux qui lu prononcent sont des adorateurs. v ^ j
La femme de l'Avocat.
Je commence à saisir.
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L'Instituteur, i.pi; , * .,
Satan, madame, sait qu'il est l'affirmation du mal.
Voilà pourquoi il ne tient pas à être connu. Il sait bien les frayeurs trop légitimes qu'il peut causer à ceux qui croient en lui. Il n'ignore pas qu'il est suffisant de le connaître pour le fuir et ne point l'écouter. '^'^ '^*'^ -"'' ' ' ' *^
C est un brigand qui se retire dans l'épaisseur des forêts, c'est un assassin qui se déguise, c'est un serpent, enfin, qui se cache dans l'herbe.
Moins on attend le brigand, moins on se mé^e de l'assassin ; moins on redoute, mtiins on soupçonne la présence du serpent, et plus on est proche d'un malheur.
La FEMME de l'Avocat. -:> f '
Je suis satisfaite. -; , •'
L'Instituteur.
Alors, je poursuis ma première idée. Si l'Eglise n'a pas cessé d'avertir les chrétiens de la malice des démons, les chrétiens, au moins en partie, sont devenus sourds à ces hautes et sages leçons. Ils ont trop oublié le tentateur, et le tentateur a eu accès presque partout.
Le Villageois. '
En ôflfet, voyez donc comttie les démens s*en donnent depuis quelque temps. Croyez-vous, T^ar exemple, que toutes les maladies et les ipidêmies qui ru ^ tgent dans presque tous les pays, les moissons, les troupe aux et les plantations,
''■j!SKinga>LMWMW.wi* 'vsnmm
mm
ne soient pas l'œuvre du démon? ('os maladies étaient-elles connues de nos pères ? Non ! i*orrquoi ? Purceque nos pères avec leur eau bénite et surtout leur foi, chassaient le» démons. ' j
i La femme du Vilim^ceots.
Aussi, combien nous sommes tous coupables d'oublier ainsi les démons. ..
" L'Instituteur.
Combien sont coupables ceux surtout qui, éclairés des lumières de la science, conspirent avec l'enfer pour effacer de partout cette croyance salutaire.
La femme de l'Avocat. ' La science doit-elle s'occuper de cette question ?
L'Instituteur.
Oui, madame. Et c'est pour avoir méconnu cette stricte obligation, que la science s'est mise si déplora blement au service du mal. Voltaire avait dit : " Satan î mais c'est le christianisme tout entier ! Pas de Satan, pas de Sauveur ! " Fidèles au maître de l'impiété, les r'isciples sont venus et ont déclaré que : " dans nos temps modernes, sous peine d'être , pris pour un fou halluciné, on ne saui*ait plus se prétendre en communication avec un agent surnaturel, quelqu'il soit. Tout homme qui s'avise de croire à un esprit doit être immédiatement renfermé à Charenton ". *' Graduellement affaibli de siècle en siècle, le surnaturalisme a été définitivement chassé du domaine de la science dès la fin du siècle dernier, et c'est à peine aujourd'hui, s'il se trouve sérieusement accrédité chez un petit nombre d'individus appartenant aux classes les plus infimes et les plus ignorantes de nos sociétés civilisées. Les sciences modernes ont porté à cette croyance aux esprits, un coup dont elle ne se relèvera jamais et cette crédulité serait à peine excusable aujourd'hui chez les intelligences faibles ou ignorantes. " Est-ce assez significatif? «eit ^«^"^^1"*^^'-
Oui, et après ?
la comédit infernale.
L'Avocat.
L'Instituteur,
Après monsieur ? Voici : En f:ice des prétentions de la science il s'agit de savoir si lu Bible a menti, si l'Eglise a trompé en affirmant le monde des esprits ! Si encore St. Paul était un imposteur lorsqu'il proclamait que : " Ce n'est pas seulement contre la chair et le sang que vous avez à lutter, mais contre les maZ/res spirituelles répandue» dans les cieux et contre les esprits recteurs de ce monde de ténèbres ? " Enfin il s'agit de savoir si Jesus-Christ se méprenait en accordant à ses disciples le flon, et en leur donnant les règles de C expulsion des démous !
Ensuite ?
L'Avocat.
L'Instituteur.
Ensuite ? Il s'agii'a de savoir s'il est permis aux catholiques de donner gain de cause à la science, d'accepter sa prétention et de dire comme elle : " Il n'y a pas d'esprits, il n'y a pas de démons? "
L'Avocat.
Ensuite ? Car enfin je suis curieux de savoir où vous allez et qui vous combattez en ce moment. Qui nie ici l'existence des démons ?
Ensuite ? Il s'agira de savoir s'il est permis à un catholique d'appeler la question une" question surannée ". Comprenez-vous, maintenant ? Toyez-vous où je vais ? Sentezvous qui je combats ?
%-Ai .
L'Avocat.
J'ai appelé cette question " surannée, " et j'ai eu raison,
mais je n'ai pas nié les démons.
■^Tv^Té^'
ns (le la 'ËgliBe a icore St.
e : " Ce
X cathocepter sa d'esprits,
m cathoe".Com-
? Sentez-
^u raisop.
la comédie infernale.
L'Instituteur.
Non, vous ne les avez pas niés. Seulement vous avez servi la " négation, " avec votre question " surannée. "
L'Avocat.
La preuve ?
L'Instituteur.
Vous voulez que l'on donne raison à la science qui se rit des esprits. C'est quand, de votre aveu, le monde ne croit presque plus à la " puissance de Satan, " que vous condamnez ceux qui, sous une forme ou sous une autre, viennent la rappeler, la prêcher et l'afl^mer.
Vous faussez ma pensée.
Je fausse votre pensée I N'avez vous pas dit : " Le grand tort de la Comédie est de froisser les opinions et d'appeler avec le rire des impies, le rire même de plus d'un catholique, en voulant ressusciter la croyance aux esprits malins. "
Oui, je l'ai dit.
L'Avocat.
L'Instituteur.
Cela ne signifiait-il pas que la Comédie avait eu tort en rappelant, prêchant et affirmant la puissance de Satan et ses ruses diaboliques ?
L'Avocat.
La Comédie pouvait affirmer les démons ; mais il ne lui était pas permis de le faire en dévoilant des choses qui sont de véritables scandales. ..^^^^î.^?,.*^^--* . .^ -^
i,a comédie iffernale.
L'Institiiteuh.
Attendez ! Vous Hortez de la question. Il s'agit de la forme intcrmife donnée à la Comédie, et non du fond.
L'Avocat.
Si vous ne voulez pas me permettre de discuter, dites-le moi, et je vaiH me taire.
L'Instititteur.
Je ne vous empêche pas de discuter. Je vous rappelle simplement au lait. Je vous demande une seule chose : de ne p)rter qu'une accusation à la fois, de la juger entièrement avant de passer à une autre. Vous avez reproché l'iX forme infernale de la (-'omédie. J'ai tâché de la justifier. Qu'avez-vou8 à dire ? Maintenez-vous votre accusation ? Si oui, elle est encore en jeu, et nous ne pouvons raisonnablement passer à une autre. Si non, dites-le, et je vous suis sur un nouveau teiTain. ■ ? , J
L'Avocat.
Je suis prêt à vous accorder que l'auteur a eu raison de fftire interseair les démons dans son œuvre. Et, pourtant, je ne puis ne pas croire qu'en agissant ainsi, il n'ait froissé les opinions.
L'Instituteur.
Mais c'est là, mon cher monsieur, la raison la meilleure à invoquer contre vous. / ;
C'est précisément parceque les hommes ont oublié les démons qu'il est nécessaire de les ieur rappeler. Et si la " forme infernale " de la Comédie a froissé les opinions en Canada, c'est qu'en Canada, comme ailleurs, on a perdu de vue l'adresse la ruse, la perfidie et la malice des démons.
sut -Ml }' ■ \^ :^\
Très bien ! Très bien !
La femme du Villageois.
.^*i«-m^:T-»?* ÎK>f4.f}U-j'J-V Ml -iJ-iUï
or, ditos-lo
3U raison de
la meilleure
LA C0M£I)1£ infernale.
L'Instituteur.
Si la forme infernale de la Comédie n'avait soulevé aucun étonnemont, on aurait ))U en conclure que cette forme n'avait pas sa raison d'être ; car il eût été certain que la foi aux ruses diaboliques étaii encore pleine de vigueur et do force chez nous. \
Parfait !
La femme pr Villageois.
L'Instituteur.
C'est le contraire qui est arrivé ; c'est le contraire qui est prouvé !
Le Villageois et sa femme.
Très bien I Très bien !
L'Instituteur.
Quand on sait dans quels termes les sociétés contemporaines se trouvent actuellement avec le dogme des anges, des mauvais anges surtout ; quand on voit ce que la science la plus vantée a fait pour ruiner le monde des esprits; quand on apprécie, pour ce qu'il est véritablement dans l'économie du christianisme, ce dogme si décrié et si suranné des esprits tentateurs, il n'est pas permis de blâmer les voix courageuses qui s'élèvent pour le rappeler.
Bravo !
Le Villageois.
L'Instituteur.
Lorsqu'on regarde autour de soi, je ne dis pas dans le cercle des esprits perdus, des caractères tombés, des consciences perverties ou des âmes déshonorées, mais dans le cercle des âmes grandes, des caractères élevés, des consciences généreuses et des esprits nobles, et que l'on voit de tels esprits, de telles consciences, de tels caractères ;^t de telles âmes combattre la vérité qu'ils voudraient
ii^.
-jar-
^.^,aÉ0^
LA COMÉDIE INFERNALK.
(léfendrt; nuire à l'Eglise qu'ik voudraient servir, perdref les âmes qu'ils voudraient sauver, oh ! alors, on demeure étonné, et on se demande avec tristesse d'où proviennent tant de faiblesses ot d'égarements I
•' ' '' • ' til TfLLAÔlOIS. *
£t involontttiremeut on se rappelle les démous !
L'iNSTITTITErR.
Oui I on se rappelle involontairement Tanc/m serpent. On se rappelle qu'il y a des moments où l'action du démon est telle, qu'elle séduirait les élus eux-mêmes, si les élus pouvuient être séduits.
Le Villageois.
Et si alors un livre comme la Comédie Infernale nous tombe sous la main, quelque dur que soit son langage, il faut, bon gré mal gré, reconnaître que ce livre, que ce langage, est l'expression de la vérité.
La pemme DtJ Villageois.
Et nu' il est chrétien et orthodoxe comme la vérité dont il ebt l'expression.
' L'Instituteur.
Et qu'étant chrétien et orthodoxe ce livre ne manquera pas de porter son fruit.
La femme de l'Avocat, ironiquement.
Et que tous ceux qui mangeront de ce fruit, mourront d'une indigestion d'orthodoxie.
L'Instituteur.
L'orthodoxie ne tue point, madame. Il y a dans notre
temps malheureux des hommes pieux, mais égarés, mais
illusionnés, qui se sont fait de l'orthodoxie cette triste idée.
Ils ont cru et ils croient encore que la vérité est dan-
■ gereuse, qu'elle peut entraîner les plus grandes catas-
LA COMÉDIK IFFERNAI.K.
trophes. Et ils ont demandé à la vérité de se retirer de la presse, do lu publicitCj de l'enNeignement, des sociétés, des gouvernements, des lettres encycliques et même des conciles. Ils ont appelé certaines vérités, des vérité h irritantes, contpromettantes, alarviantea et les ont consiciér^es comme des causes de discorde et de division entre lee catholiques.
Des laïques rocommandables parleur science et leur piété ont donné dans cette erreur ; dos prêtres s'y sont laissé prendre, et on a même vu d'illustres évêques devenir la proie facile d'une prétention aussi erronée, laquelle forme une école, l'vi olo de la prudence ou mieux l'école de la peur, l'école du Libéralisme catholique.
L'Avor^AT, malicieusement.
En effet le Libéralisme catholique devaiC se trouver là C'est le cauchemar de monsieur.
L'Instituteur.
Cette malheureuse école catholique-libérale s'est séparée autant que possible de l'orthodoxie. Elle a méprisé les enseignements des Pontifes romains ; elle a pactisé avec beaucoup d'erreurs sociales; elle est devenue le véhicule des principes subversifs de 89 ; et on l'a vue dans ces derniers temps opposer la digue da ses prétentions, aux torrents des lumières que versait sur le Concile du Vatican y î'Esprit-Saint dans son infinie sagesse et son éternelle prudence.
Lk ViLLAGEOrS.
Et le St. Esprit a rompu la digue ?
L'Instituteur.
Il était temps. Le monde agonisait. La société offi*ait partout le triste spectacle de l'affaiblissement. La vérité politique, la vérité sociale étouffée et pervertie par les doctrines libérales catholiques, ne jetait plus sur les nations, ses clartés fécondes, et les nations, marchant dans des voies sans lumière, s'en allaient à l'abîme. . ; -, ,
îJi COMÉDIE INFERNALE.
Mais Dieu a 8ondé la profondeur du mal, et, dans sa bonté, il a résolu de sauver le monde.
Il a défini, par son Eglise, la source infaillible de l'orthodoxie.
Il a indiqué aux sociétés, l'admirable flambeau capable de les diriger dans les voies du salut social et éternel.
Il a donné à la parole du Yicaire de Jésus-Christ la sanction de l'infaillibilité, et désormais tous ceux jui croiront à la parole de Pierre seront sauvés : l'orthodoxie sera leur part, la meilleure part, la part qui ne leur sera pas ôtée
La femme de l'Avocat.
Je pairie que vous allez nous dire que la Comédie Infernale a choisi la meilleure part ?
Je le redirai simplement. Vous avez reproché à la Comédie Infernale des jDersonnages allégoriques, il n'a fallu qu'un mot pour prouver le contraire. Ensuite, vous trouviez énorme d'avoir mis les prêtres et les évêques en rapport direct avec les démons.
La discussion a établi invinciblement que tous les hommes sont tentés par les mauvais anges. Mais, avez-vous objecté, les mauvais anges peuvent-ils se transformer en anges de lumière ?
Des faits irrécusables vous ont prouvé plus encore : vous avez vu le démon se transformant en serviteui*, en médecin, en moine, en prédicateur, le démon conseillant le bien à celui-ci, pour conduire celui-là au mal, etc. Enfin est venue une dernière prétention. Pourquoi, disiez-vous, pourquoi rappeler la question surannie des démons ?
Et il a été prouvé qu'en rappelant une telle question, qu'en la vulgarisant, la Comédie avai' combattu une des plus grandes erreurs du temps.
Dites maintenant s'il est possible qu'une œuvre soit plus orthodoxe et plus catholique ?
Je l'affirmerai donc hautement, du moins en ce qui regar
'ft
I If
ns sa bon-
le de l'or-
u capable ôrnel. -Christ la X juicroioxie sera sera pas
clo les points jusqu'ici débattus, la Comédie Infernale a viioisi la meJleuic part.
Malgré ce que pouiTont dire et faire eonire cette œuvre les joiynalistes, les politiques, les prêtres liliérauxet gallicans, elle n'eu fera pas moins son chemin et son bien !
Ici lu porte do la sallo s'ouvre pour lai^-î'-r iiitivr un j"*uae iiomme exzouave pontitical, (jui, après \v6 suluts d'tisagf, va prendre place à côté de l'Instituteur.
lie Infer-
é à la Co-
n'a fallu
DUS trou-
8 en rap-
les homivez-vous )rmer en
ore ; vous en médeit le bien n est veus, pour-
luestion, une des
soit plus
Li regar
SCEXE III.
Les mêmes, le Zouave.
Le Zouave, s' adressant à V Instituteur.
Vous ne maigrissez pas, Monsieur.
L'It^stituteur, souriant.
J'aurais bien mauvaise grâce à aigrir un beau zouave tel que vous.
Le Zouave, sur le même ton.
Pour peu que vous jouiez ainsi sur les mots, vous prendrez un exercice qui vous fera certainement maigrir,
La femme de l'Avocat, avec malice.
Surtout s'il persiste à prendre cet exercice sur le terrain de la Comédie Infernale, il m'aigrira pour tout de bon.
L'Instituteur, souriant.
Vous êtes toujours méchante, madame. Si vous teniez compte des sentiments de re8}>ect et d'intérêt que je voua porte, vous vous reprocheriez vos petites malices. Vous savez bien que je ne puis vous aigrir , sans m' aigrir moi-même et sérieusemeut.
Ik
îiO
LA COMÉDIE INFERNALC,
La femme de l'Avocat, avec ironie.
Vous êtes bien flatteur. D'ailleurs qui ne sait que vouar êtes un fort, un très fort en bons points f et qu'il est difficile de vous en rendre de ce côté- là.
L'Instituteur, rian< d'abord, puis sérieux.
Cest probablement à cause même de mon embonpoint j que vous vous servez, madame^de pointes si aiguës. Vous voulez absolument piquer la moelle, n'est-ce pas? Eh bien, c'est fait depuis longtemps. Plus même : vous avez piqué le cœur, le cœur du chrétien, du catholique en censurant si sévèrement li- Comédie Infernale,
La femme de l'Avocat.
La Comédie vous tient donc bien au cœur.
L'Instituteur.
D'autant plus, madame, qu'elle renferme plus de principes catholiques.
L^ Avocat, avec malice.
Et qu'elle scandalise plus de gens en rendant publiques les querelles cachées du clergé.
L'Instituteur.
Vous dites, monsieur l'avocat, que l'auteur de la Comédie a causé un profond scandale, en rendant publiques les que^ relies cachées du clergé.
Précisément.
L'Instituteur.
Moins un mûtj votre prétention serait juste.
L'Avocat.
Diantre I Ujparait que je suis bien près de la vérité, cette
-ti
fois du moins. Si je connaissais ce mot, je le retirerais. La <rho8e en vaut bien la peine,
, L'Instittjteur. I ^ 'Oui "! mais en retirant ce mot, vous dëtiTiiyez tout le reste.
L'Avocat.
Ah ! Le mot est plus gérieux que je ne le croyais. Quel •est-il donc ? Il me tard© de le connaitre.
L'iNgTITUTEUR.
Le mot caché ! Il est faux. S'il était vrai, il y aurait «caudale ; mais comme il est faux, il n'y a, point de scandale.
L'Avocat.
C'est du nouveau !
L'Instituteur.
Au contraire, c'est ancien comme la Yérité. Il n'y a jamais eu scandale à parler de choses connues. Lorsque vous dites : Judas a trahi Jésus ; Pierre a renié son divin maître, vous ne faites pas un scandale ; oes choses sont du domaine de l'histoire.
L'Avocat.
Certes 1 Vous allez loin dans les âges I
L'Instituteur.
Je puis me rapprocher si ça vous fait plaisir. Chiniquy a apostasie, le P^re Hyacinthe est excommunié ; Mgr, Dupanloup, l'abbé Gratry, Mgr. Maret se sont opposés au dogme de l'Infaillibilité I Est-ce produire un graad scan* -dale, que d'énoncer tous ces faits? ? -^ ia
L'Avocat,
:Nbnl
i v-( j«-^|rï*:;
L'ÏNSTITUTErR.
De même en est-il de la Comédie Infernale. Tout ce qu'elle dit, tout ce qu'elle rapporte, est connu, très connu.
S'il vous plait.
L'Instituteur.
Les difficultés qui existent entre Mgr. de Montréal et les Messieurs de St. Sulpice ont fait le tour de la presse canadienne; il y a des journaux qui ont discuté les décrets de l'Evêque de Montréal, qui ont parlé des démarches faites à Eome par les Messieurs de St. Sulpice.
L'Archevêque de Québec est venu à Montréal, en mission officielle, relativement à ces difficultés.
Le nombreuses assemblées ont eu lieu à Montréal, où les Messieurs de St. Sulpice se sont opposés publiquement à leur évêque. Les commissaires civils ont été nommés par le gouvernement, pour examiner des questions touchant directement l'affaire du démembrement ; on en a même appelé pour certains détails à l'autorité judiciaire, etc, etc, etc. Est-ce là ce que vous rangez dans l'ordre des querelles crtcAt'es ?
L'Avocat.
Si encore la Comédie se bornait à ces querelles !
L'Instituteur.
Elle parle du curé Dowd. Et ce qu'elle en dit est connu, non-seulement de toute la population irlandaise, mais même de la population canadienne ; et ce par la voie des journaux, V Ordre par exemple. ■ * '■'■> - -'^ ;
L'Avocat.
Je n'ai jamais lu Y Ordre. ' ' "
L'Instituteur.
D'autres l'ont lu pour vous. Que reste-t-il dans la Comédie qui ne soit du domaine de la publicité? Est-ce le Code des Curés? Est-ce le programme catholique ? Sont-ce les polémiques qu'il a soulevées ? Ou bien encore, les lettres d'évêques qu'il a appelées ? I
L'Avocat.
J'ai eu tort de me servir du mot caché ; je le retire, tout en maintenant mon accusation de scandale.
L'Instituteur.
Qu'est ce que le scandale ?
L'Avocat.
Vous le savez aussi bien que moi I
Le scandale est une parole, une action ou une œm'ssion mauvaise, capable d'entraîner les autres dans le péché.
Convenienter dicitur quod dictum vel factum. minus rectum^ vrœbens occasionem^ dit St. Thomas, le prince des théologiens.
La femme de l'Avocat, avec moquerie.
Comme quoi il sera prouvé que St. Thomas a posé par avance les chers principes, capables de justifier la Comédie Infernale !
Le Zouave.
Qui sait, madame ? St. Thomas a touché à tant de vérités ! ^
La femme de l'Avocat, ironiquement»
Peut-être I Taisons-nous, en tout cas. Laissons parler le " séraphique " instituteur !
Plusieurs voix riant.
Ahl Ahf Ah!
ïi
L'Instituteur.
Monsieur l'avocat accepte-il la définition du scandale ?
L'Avocat, f
Certainement. . .
L'Instituteur.
Eeprochez-vous quelques omissions k la Comédie?
L'Avocat.
Loin de là. ,
L'Instituteur, ■Que lui reprochez vous ? •
Une action : celle de décrier le prochain, et des paroles, •de nombreuses paroles de médisance.
L'Instituteur.
Yous reconnaissez, cependant, que tout ce que dit la Comédie, est depuis longtemps connu du public
L'Avocat.
Il le faut bien.
L'Instituteur,
Pour être une parole et uns action de scandale, il faut,
n'est-ce pas, que cette action et cette parole soient mauvaises ?
L'Avocat.
Oui I Toute parole et toute action de médisance sont
mauvaises.
^k »f.fs
L,. » I l.WlW.j(|Pl|l
LA COMÉDIE INFEENALE.
L'Instituteur.
Cependant, je vais vous prouver, la théologie en ma.n, que la médisance cesse, lorsque les faits sont connus, i
L'Avocat.
Une autorité, s'il vous plait ?
t L'Instituteub.
Ce sont tous les théologiens qu'il faudrait citer. Pour vous satisfaire, je cite le Cardinal Grousset : " Nous avons dit, écrit-il au No. 1071 de sa Théologie morale, qu'il y a médisance, lorsqu'on révèle les fautes ou les défauts cachés du prochain ; car celui-là n'est point coupable de médisance qui parle des vices ou des désordres de quelqu'un à des personnes qui les connaissent, ou qui en parle dans un endroit où ils sont publics : on ne nuit point à la réputation de la personne dont on parle, si toutefois on ne se permet point d'exagération."
L'Avocat.
L'auteur de la Comédie a exagéré.
L'Instituteur.
En quoi, s'il vous plait ?
L'Avocat.
En tout.
Des preuves ?
L'Avocat.
Des preuves ! Des preuves ! toujours des preuves I
L'Instituteur.
C'est une nécessité. Je n'y suis pour rien. Mentionnez des faits qui prouvent l'exagération. En avez-vous ?
L'Avocat.
Je n'en ai pas de présents à la mémoire.
L'Instituteur.
Vous devez en avoir. Cherchez un peu. Je ne croirai jamais que vous accusiez sans avoir en votre possossion au moins un fait, un simple fait à alléguer.
Le Zouave.
C'est cela ! On ne va à la guerre, qu'armé de la tête aux pieds.
L'Instituteur, à l'Avocat.
Voyons, monsieur, j'attends. Avez-vous des preuves ou n'en avez vous pas ?
Je n'en ai pas de présentes à l'esprit.
Le Zouave.
Alors, rentrez au quartier. Vous viendrez au feu lorsque vous serez muni.
L'Instituteur.
L'auteur n*a rien exagéré. Il a atténué, et voilà tout. Tout ce qu'il dit est vrai, tout ce qu'il touche de difficultés est connu depuis longtemps du public. Seulement il rétablit la vérité sur des points importants.
Le Zouave. . ^
Le public croyait que l'Evêque de Montréal avait tort dans l'affaire du démembrement; l'auteui'^ a, prouvé le contraire.
ne croirai x>ssossion
i têto aux
•euves ou
au feu
ilà tout, uche de public, •tants.
vait tort rouvé le
Le Villageois.
Chacun croyait que le Programme catholique était une <BUvre inopportune ; la Oomédie prouve le contraire.
La femme du Villageois.
Plusieurs étaient sous l'impression que le progr imme avait été désavoué par les Evêques ; la Comédie proi ve le contraire.
Le Zouave.
On a voulu donner le Code des Curés comme une œuvre
pie et catholique ; la Comédie prouve le contraire.
Le Villageois.
On a voulu insinuer que les politiques s'étaient toujours fait un devoir d'accorder aux Evêques ce qui était dû à la religion ; la Comédie prouve le contraire.
Le Zouave.
En prêchant des doctrines gallicanes et libérales, beaucoup de gens se disaient uitramontains ; la Comédie a prouvé le ridicule d'une telle prétention.
La femme de l'Avocat, avec ironic^r
Mais c'est un psaume que ces messieurs soAt à chanter!
Le Zouave, riant.
C'est le Laudate des uitramontains, Madajne.
La femme de l'Avocat, d'un air malicieux.
J'espère que vous allez le chanter en entier, afin que nous ayons la consolation de savoir une jérémiade de plus.
Le Zouave.
S'il ne faut que cela pour faire plaisir à, madame^nous: sommes à ses ordres. La Gomi'die Infernaky en prouvantr le/j
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\Ji COMÉDIE INFERNALE.
droits de l'Evêque, et en rétubliHsant la vérité sur toute r.'iffaire du démembrement, a fuit cesaor uu grand scandale !
La femme du Villageois.
Les journaux libéraux prônaient partout que trois évoques avaient pu désavouer une œuvre essentiellement orthodoxe : sans la Comédie le public serait encore sous cette impression, et grand serait le scandale des &mes honnêtes, de voir la vérité combattue par ceux qui ont le devoir strict de la défendre.
Le Villageois.
On en avait tant dit sur ce pauvre programme, qu'à la fin plusieurs s'étaient persuadé que la vérité catholique est une chose dangereuse qu'il faut cacher à tout prix, et qu'il n'est pas permis d'affirmer publiquement sans le consentement des chefs politiques ! Sans la Comédie Infernale, on serait demeuré avec cette conviction fausse et scandaleuse.
Le Zouave.
Le Code des Cans, auprès d'une certaine catégorie d'intelligences, ne passait-il pas pour une œuvre de haute raison canonique et légale ? Combien d'esprits n'eut-il pas égarés, si la Comédie Infernale, ne l'eut fait connaître pour ce qu'il est en réalité !
Le Villageois.
Le Programme, disait-on, n'a pas sa raison d'être. Les politiques n'ont jamais entravé l'Episcopat. Cependant les politiques avaient retiré les registres à certaines paroisses de Montréal, sous le prétexte que l'évêque n'a pas le droit d'ériger des paroisses canoniques.
L'évêque est libre, seulement il ne peut pas neci, il ne peut pas cela. l'Eglise est libre ; seulemontjelle ne peut pas cecif elle ne peut pas cela ! L'admirable liberté ! Les fameux politiques qui n'entravent que peu ou point 1 Heureusement la
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LA COMÉDIE I!fFKRNAI.K.
Comédie a dit ce qu'il fallait penser de ces politiques et de cette liberté.
Le ZouAve.
A ceux qui se disaient ultramontains, tout en proela. ment des doctrines gallicanes, la Comédie a prouvé combien grande était leur erreur, et a empêché par 14 - mênie^ le plus grand des scandales : celui des loups recouverts de.«» habits du véritable berger. i
La femme de l'Avocat, avec une aigreur mal contenue.
Votre psaume est bien long. Je serais heureuse d'entendre le Gloria Fatri.
^ Le Zouave.
Nous y sommes, madame. St. Sulpice n'a pas craint
d'accuser publiquement, dans les assemblées de paroisses
l'évêque de fausser l'interprétation du décret de 1865, de
travailler à l'œuvre impie de la séparation de l'Eglise et de
l'Etat
L'Avocat, vivement.
Les MM. de St. Sulpice n'ont jamais rien écrit, ni rien dit d'aussi monstrueux.
Le ZouAviç.
Kéférez au protêt de M. Bayle, Supérieur du Séminaire, fait à V assemblée publique de Xotre-Dame de Toutes-Grâces, et vous trouverez ces choses.
L'Avocat.
Je n*y comprends plus rien.
Le Zouave.
Je reprends mon Gloria. Les MM. du Séminaire n'ont pas craint d'affirmer que la conduite et les prétentions de l'évêque jetteraient le trouble, la discorde^ la desunion, le mécontentement parmi les catholiques ; qu'elles scandaliseraient
■ * J p fi
les protestant S f ot qu'elles iraient jusqu'à appeler dos procôa ruineux, scandaleux et peut-être uiteniùiuibks.
Le Villageois.
Et les catholiques devaient être édifias d'avoir un tel ^vêque .'
Le ZorAVE.
C'est ce qu'a compris l'auteur de la Comédie. Il a voulu peser les accusations portées contre son évêque.
L'Instituteur.
Sachant le public préjugé dans les plul graves et les plus importantes questions, l'auteur a cru servir la bonne cause en prouvant, que l'évêque n'était ni un fourbe, ni un entête, ni un ayiiateur, ni une cause de scandale.
L'Avocat.
Pour justifier l'évêque, il n'était pas nécessaire d'incri miner le Séminaire
Comme les accusateurs publics étaient les MM. de St. Sulpice, il fallait bien prouver la fausseté de leurs accusa' tions.
L'Avocat.
On pouvait arriver à ce résultat par un moyen plus cha ritable.
L'Instituteur.
^on ! De deux choses Tuue : Ou les MM. de St Sulpice sont des accusateurs de bonne foi, ou ils sont des accusateurs de mauvaise foi. Accepter la dernière alternative est
-'mom
avoir un tel
). Il a voulu
moins que charitable. Il faut nécessairement accepter la première. Mais comment expliquer charitablement que des hommes instruite, connaissant parfaitement le débat, se laissent tromper au point de dénaturer les intentions et les actes de leur Evéque ? Sinon, en établissant qu'ils ont été victimes des ruses de Satan, de 8atan dont les stratagèmes ont illusionné de tout temps les âmes les plus saintes.
Plusieurs voix. »
Très bien ! Très bien I
lire d'incri
La femme de l'Avocat.
Enfin, les Vêpres achèvent ; nous sommes au Magnificat/
Le Zouave.
Pardonnez, madame, nous ne sommes pas à Vêpres f mais à Compiles ; et ce que vous prenez pour le Magnificat, n'est que le Capitule.
La femme de l'Avocat.
J'aurais du m'en douter : d'aussi braves gens que vous sont toujours accomplis ! Et vous êtes au Capitule î Tant mieux I On en verra la fin ! Que monsieur l'Instituteur entonne le Nunc dlmittis.
L'Instituteur.
Volontiers ! La Comédie Infernale parle de querelles généralement connues ; elle le fait pour rétablir la vérité et pour démasquer le mal. Se trouvant en présence d'odieuses accusations, de démarches inexplicables, de menées perfides et d'insinuatioiiS scandaleuses, le tout tombant sur la personne sacrée d'un évêque, ou sur des principes essentiellement catholiques, elle a cru nécessaire de défendre ces principes et cet évêque. On ne scandalise pas lorsque l'on défend les réputations, et que l'on combat au service des éternels principes de la vérité catholique.
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..,f/rSTT.
LA COMÉ'^IE INFERNALE
On ne scandalise pas lorsque l'on démasque ren-our, lo mensonge et l'intrigue, surtout quand on a le soin de prouver que l'intrigue, l'erreur et le mensonge, sont inspirés à de bonnes âmes par le malin ! Enfin, on ne scandalise pas, lorsque l'on divulgue les trames infernales. Or, voilà l'œuvre même de la Comédie Infernale : Donc, l'œuvre même de la Comédie Infernale n'est pas scandaleuse I
Plusieurs voix.
Oui ! Oui ! Parfait ! Parfait !
La femme de l'Avocat, avec un dr'pit marqué.
Deo grattas !
Le Zouave.
Alléluia !
La porte de la salle s'onvre, et on introduit Tin notairtî et sa femme, ainsi qu'un employé du gouvernement. — Après les saints d'usage, chacun prend son siège et la cenversation continue.
scE^^: i\.
Les mêmes, plus les derniers venus.
La femme de l'Avocat, s adressant aux derniers entrés.
Vous ne vous doutez pas, je lo parie, de ce que vous venez faire ici ?
Le Xo taire.
!N'ous venons saluer des amis et assister à la messe de minuit.
La femme de l'Avocat.
Vous n'y êtes pas. Je vous le donne en cent.
Le Notaire.
En cent ! Certes ! Il parait bien que la chose est difficile à trouver.
LA COMÉDIE INFEBNALB. 163
La femme de l'Avocat, à la femme du Notaire. Vous, madame, devinez-vous ?
La femme du Notaire.' Ma foi ! non !
La femme de l'Avocat à F Employé du Gouvememtnt,
Et vous, monsieur ? |
L'Employé du Gouvernement.
S'agit-il de chiffres ?
La femme de l'Avocat.
Allons donc I
L'Employé du Gouvernement.
Alors, je jette ma langue aux chiens.
La femme de l'Avocat.
Eh bien I Vous venez assister à une canonisation.
Le Notaire. .
Une canonisation ?
La femme de l'Avocat.
A la canonisation d'un auteur.
La femme du Notaire.
Le nom de cet heureux mortel. i . :
La femme de l'Avocat. '
Son nom est un mystère. Il se dit illuminé, voilà tout ce qu'on sait.
L'Employé du Gouvernement.
Je m'oppose à ce que cet illuminé reçoive le moindre honneur. C'est un misérable ! .
hi
« V-<-,Ai»*/*'*»'>-,-«
164 la comédie infernale.
• La femme du Notaire. •
Un esprit diabolique !
Le Notaire.
Une pierre de scandale l
La femme de l'Avocat.
Allons ! Allons î Ne soyez pas sévères à ce point. Il y a quelqu'un au milieu de nous que votre langage blesserait profondément.
L'Employé du Gouvernement.
Qui donc ?
La femme de l'Avocat, regardant V Instituteur.
Un brave homme ! Un gi*and chrétien ! Un catholique du bon vieux temps ! Un progi'ammiste ! Un tout ce que vous voudrez de bon, de sage, de modéré et de charitable !
L'Institutefï^. ' ' ■ ■ ■ " '
Un homme, enfin, qui n "trouve la Comédie Infernale.
La FEM, DE d'Avocat.
Et qui la justifie avec un zèle digne d'une meilleure cause.
Le Notaire.
Monsieur l'Instituteur, car, je le vois, c'est de lui qu'il s'agit, M. l'Instituteur n'est pas sérieux, s'il essaie une défense de la Comédie Infernale.
L'Instituteur.
Pourquoi ? s'il vous plait. , .
--^.î'fv^t '-- n-n---'" ' Le Notaire. ., , . ,, - . ,
La Comédie scandalise les protestants.
mi'^.'^
LA COMÉDIE IFPERNALE.
L'Instituteur.
Les protestants qui liront la Comédie, ne sont-ils pas au courant des difficultés du démembremont et du p'X)gramme catholique ?
Je le croiSs
Le Notaire.
L'Instituteur,
Ainsi, ces protestants connaissent déjà, sans que la Comédie ait besoin de le leur apprendre, ro]iposition faite par les messieui's de St. 8ulpice, aux décrets de Kome e* lie V Ordinaire, et la guerre acharnée d'un trop grand nombre de catholiques à une mesure électorale toute entière au service de la liberté de l'Eglise.
Certainement^
Le Notaire.
Et les protestants qui savent toutes ces choses en sont «édifiés ? Ils se disent, avec les messieurs de St. Sulpice : l'évêque dans l'Eglise catholique, l'évéque même qui n'agit qu'avec la haute approbation de Rome, que d'après les décrets les plus exprès d« la Propagande, peut travailler contrairement aux intérêts des âmes ; iï peut soulever la révolte, la désunion et les mécontentements les plus graves au sein de son troupeau ; il peut amener la séparation de l'Eglise •et de l'Etat, C'est une preuve frappante de l'assistance directe de l'Esprit-Saint à l'égard de Bome d'abord, et des évêques ensuite i ! .' Comme tout cela est édiiiant i I 1
Le Notaire.
Assurément non^
La femme du Notaire.
L'auteur de la Comédie ponrait se taire.r '-^'^^^ ^"*i ^*»
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— M«H i^wjrf— — - — '-
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LA COMÉDIE INPERNALK.
Lk Villageois.
En se taisant, le grand mal l'emportait : l'Eglise do Montréal passait pour être dirigée par un évoque et des décrets apostoliques injustes, déraisonnables, dangereux pour les âmes et menaçants pour la politique.
La femme de l'Avocat.
La conclusion de tout ce que nous venonjpd'entendro peut se formuler de la manière suivante :
Les protestants seront édifiés d'apprendre que l'opposition faite dans l'affaire du démembrement, par les MM. du Séminaire, les marguilliers, les juges, etc. , est l'œuvredu diable.
Admirable I
L'instituteur.
Les fautes de ceux dont vous parlez, madame, n'édifieront pas les protestants. Seulement, nos frères séparés sauront, qu'il n'est pas permis aux catholique^!, pas même aux MM. de St. Sulpice, de manquer de déférence, pour ne pas dirttj de soumission, à l'autorité légitimement constituée, sans s'attirer sur le champ le blâme général.
Ils sauront, qu'il n'est pas permis aux catholiques de prê' cher des doctrines condamnées par les Papes infaillibles, Bans qu'il s'élève de partout, de vigoureuses, solennelles et généreuses prot^tations.
Ils sauront, enfin, que s'il y a des catholique aveuglés, il y a aussi des catholiques illuminés.
Le Villageois.
Ils apprendront qu'il y a des catholiques romains I
Le Zouave.
Des catholique* ultramontains î
La femme du Villageois.
Des catholiques capables de faire connaître à leurs frères, leti plu» secrètes tramée de l'enfer. .. ,- ;. wsiHiiM
La femme de l'Avocat, maliciemsement
A coup sur , c'est un psaumq qui nous revient et un long encore, puisque pas moins do trois antiennes l'annoncent.
L'Instituteur. \
Soit, madame.
Le Zouave.
Et si vous le voulez, madame, ce sera le psaume du Zouave pontifical,
La femme de l'Avocat, riant.
Je le veux, no serait-ce que pour la nouveauté de la chose.
Le Zouave.
1, Quand la cité sainte fut désolée par le schisme de Lu-
ther, l'autorité de l'Eglise fut niée.