Enfin, et ce sera là pour les protestants la grande
lumière qu'ils recevront de la Comédie Infernale, ils comprendront les torts de ceux qui, dans l'Eglise catholique, se font, par intérêt ou autrement, d'une façon ou d'une autre, les champions du gallicanisme, véritable contrefaçon du protestantisme.
Le Villageois.
Ainei-soit-il !
.ti-±~.i.él
ai. \
LA COMÉDIE INFEaNALE.
L'Instituteur, axi Notaire.
Eh bien, mon cher monsieur, que dites-vous maintenant de la question du scandale relativement aux protestants ?
Le Notaire.
Ma foi ! je ne sais pas ! La Comédie peut en effet avoir rendu service on rétablissant la vérité sur des difficultés connues, mais mal 7w^^ PS jusqu'ici jmr les protestants et les catholiques eux-mêmes.
Avez-vous encoi'e quelque chose à reprocher à la Comédie ?
Le Notaire.
Je ne vois pas.
La femme du Notaire.
Mon mari a formulé un reproche et il a été vaincu. Moi, qui suis su moitié, j'ai aussi un reproche à adresser à V illaminé. Je serai peut-être vaincue. Eh bien ! Je ne m'en fâcherai pas. Unie à mon mari dans l'attaque, je le serai encore dans la défaite.
La femme du Villageois.
C'est cela : ne séparons pas ce que Dieu a uni.
L'Instituteur, à la femme du Notaire.
Eh bien, madame, votre reproche ?
La femme du Notaire.
La Comédie Infernale n'autorisera-t-elle pas des publications dans lesquelles le clergé sera attaqué ?
L'Instituteur.
Oui, madame.
la comédie inf£bnal£.
La fem»ie du Notaire.
No sera-ce pas un mal ?
Ça dépond.
Comment ?
La femme du Notaire.
L'Instituteur.
La Comédie ne peut autoriser que ce qu'elle fait.
La femme du Notaire.
La Comédie attaque les prêtres.
L'Instituteur.
Elle le fait sur des points rendus publics.
Elle le fait, pour réfuter l'erreur, pour dévoiler le mal, rétablir des réputations, des principes, des faits. Elle ne dit rien que de vrai, rien que de nécessaire. Elle combat le mensonge, la perfidie, l'hypocrisie, la mauvaise foi ; elle éclaire l'ignorance trompée, etc, etc. Une œuvre qui remplit ce cadre peut être imitée sans péril.
La femme du Notaire.
Si quelqu'un faisait une Comédie contre l'Evêoue, vous raisonneriez différemment.
L'Instituteur.
Je distingue, madame. En s'autorisant de la Comédie Infernale, c'est-à-dire en prenant la vérité |k)ur base, il est impossible, ayant pour thème la personne, la conduite, le ministère ou l'épiscopat de notre saint évêque, de faire une Comédie qui ne soit édifiante, très édifiante même.
La femme du Notaire.
"Tons savee bien qn'en faisant une Contre-Comédie y on se
Mil vtm
gardera bien do dire la vérité, sui'touî si la vérité» est en faveur de l'Kvéque.
L'IxsTiTrTErR.
Alors, il serait faux de dire que cette Contre-Comédie a été autorisée par celle de VUlnmin>\ La vérité n'autorise • point Terreur, ni la Iranchise le monsonge, ni la droiture la duplicité, etc., etc., etc.
Le Zouave.
Très bien I
L'Instituteur,
S'il fallait poser en principe, qu'il faut se garder de publier des œuvres vigoureuses en faveur de la vérité, sous lejrétexte qu'elles eu autoriseront d'aussi vigoureuses en fa"veur de l'erreur, il faudrait condamner tous les apolojisteS', tous les écrivains et tous les polémistes catholiques. "^
La femme du Notaire.
Ces catholiques n'ont pas fait de Comédie.
L'Instituteur.
Qu'importe le nom, qu'importe la forme de l'œuvre, si c'est le même mal qu'on combat, et la même vérité qu'on défend ?
La femme du Notaire.
La forme infernale, diabolique, est quelque chose de si étrange et d« si blessant ! :^m
L'Instituteur
Quelle différence voyez-vous, madame, entre faire un livre dans lequel on avertit ses lecteurs que les erreurs du siècle sont inspirées *de l'enfer, et en faire un, dans lequel on montre tout bonnement l'enfer organisant ses trames maudites ?
la comédie infernale. 173
Le Vill.4(ieois.
C'est l'histoiro do bonnet blunc et do blanc bonnet.
L'Instittteur.
UlUumin' pouvait dire : le gallicanisme et le libéralisme sont des productions diaboliques, ceux qui donnent dans ces erreurs sont les victimes de Satan ; et faire un livre pour prouver sa thèse. Il a cru plus simple de mettre les démons en scène et de donner à sa tl.èse une forme animée ; n'est-ce pas au fond la même chose ?
A merveille !
Le Villageois.
On fera, dit-on, une Contre-Comédie ? Si l'Ilhiminé eut condensé son sujet dans une œuvre ordinaire, un mémoire ou une étude, n'aurai-t-on pas dit, il y aura un contremémoire, une contre-étude ? f,.
Bravo !
Le Villageois et le Zouave.
La femme du Notaire.
L'Illuminé aurait dû, au moins, se taire sur la conduite des messieurs du clergé ! C'est là qu'est le péril.
L'Instituteur.
Vous voulez dire : l'auteur de la Comédie a stigmatisé les prétentions du Séminaire, ou s'en est autorisé, pour vilipender, ridiculiser le clergé ?
Précisément.
La femme du î^otaire.
L'Instituteur.
D'abord, en Canada, on n'a pas attendu la Comédie pour vilipender et ridiculiser le clergé.
LA COMÉDIK INFERNALE.
Ensuite, la Comédie ne vilipende, ni ne ridiculise personne ; elle arrache des iiiuHques; elle montre ses gens tels qu'ils sont ; s'il en est parmi le nombre qui font une mine ridicule, c'est qu'ds sont ridicules par oax-mêmes ; s'il en «ot parmi qai offrent une mine méprisable, c'est qu'ils étaient tels sous leur masque.
La femme du Notaire.
Alors, ce n'est \Ynnt la charité qui a démasqué ces pauvres gens.
L'Instituteur.
La charité, madame, ne consiste pas à laisser faire le mal, mais à l'empêcher. Quand les masques entravent les grandes œuvres ; quand ils luttent contre l'autorité légitime ; quand ils troublent les fidèles et les excitent à protester contre les décisions de leur évêque ; quand ils donnent pour vrai ce qui est faux ; quand ils énoncent des principes condamnés, le devoir (L| la charité est de faire tomber les masques, de les briser, de les pulvériser, afin que jamais plus ils ne servent à personne. -■
En sus, la Comédie respecte parfaitement le prêtre, comme caractère et comme ministère.
Elle reconnait la vertu, le zèle et les autres qualités des messieurs du Séminaire.
Ce qu'elle leur reproche, c'est ce qu'ail est impossible do ne pas reprocher, de ne pas combattre, de ne pas stigmatiser : " l'opposition ouverte à l'autorité ecclésiastique."
La FEMME DU Notaire. •
Vous m'accorderez, du moins, que les laïques ne doivent pas s'ingérer dans les difficultés du clergé ?
L'Instituteur.
Excepté lorsque le clergé les y invite. Les messieurs du Séminak*e en ont appelé aux laïques. Ils ont immédiatement ou médiatement, c'est-à-dire par
oiix-mêmes ou par des margui liera, prié lofi laïques de droHsor des requêten, don j)étiti(>nH, dos protêts, des op})08Ltious, le tout pour blâmer, censurer l'évêque et le citer devant les tribunaux ecclésiastiques de Québec et de liome. Ils ont écrit ou fait écrire des articles dans .os journaux, afin de combattre le démembrement. Les laïques se sont ainsi trouvés mêlés aux querelles du clergé, par la faute du clergé même. Si les messieurs de St. Sulpiee, n'ont pas trouvé mauvaise l'intervention dos laïques on leur faveur, ils doivent trouver raisonnable la même intervention en faveur du droit, de la justice et de l'autorité.
La femme du Notaire.
N'est-ce pas une ingratitude de traiter aussi sévèrement ces " pauvres " messieurs de St. Sulpiee, " eux, qui ont tant fait avec leur argent dans la ville de Montréal ? "
L'Instituteur.
Ce que le Séminaire a fait, il était tenu de le faire ; il y était tenu en conscience, devant Dieu et devant les hommen.
Leurs biens ont été donnés à Dieu pour le service des catholiques dans l'Ile de Montréal. Quand le Séminaire donne des secours pécuniaires aux bonnes œuvres, il paie une dette ; s'il employait ses revenus ailleurs et à d'autres fine, il commettrait une faute que je me refuse à nommer.
La femme du Notaire.
Les biens du Séminaire ne lui appartiennent donc pas en propre ?
L'Instituteur.
Ils appartiennent à Dieu, à l'Eglise, aux fidèles de l'Ile de Montréal.
Les lettres patentes disent formellement, en parlant de la Seigneurie du Séminaire, qu'elle est <* à Dieu dédiée et consacrée ".
'-tf&MqJït,^.,^ -
LA COMÉDIE INFEKNALE.
La femme du Notaire.
N'importe, les messieurs du Séminaire ont tout fait à Montréal.
L'iNSTITriEtR.
Ils ont fait bien des choses ; mais pas tout. Avant 1837, que faisaient-ils pour " l'éducation populaire des garçons "?
Ils avaient une '■- seule école, " tenue par un unique instituteur ".
La FE3IME DU Notaire.
Et leur collé<;e ?
L'Instituteur.
C'est l'éducation classique. Puis, les élèves y paient leur
pension.
La femme du Notaire.
Pas tous.
L'Instituteur.
Non, Mais la bonne partie paie. Ce qui prouve que le Séminaire ne fait pas tout, même au collège de Montréal.
La femme du Notaire, Et les écoles d<> la Congrégation Notre-Dame ?
L'Instituteur.
Beaucoup de ces écoles sont payantes.
Il y a seulement une division des pauvres dans chacun de ces établissements.
Le Séminaire est donc loin de tout faire pour l'éducation des tilles.
La femme du Notaire.
jEt les églises ?
tout fait à
Lvant 1837, garçons "?
un unique
paient leur
3uve que le 3 Montréal.
ans chacun >ur l'éduca-
LA COMÉDIE INFERNALE. 1T7
L'iNSTITrTKUE.
Lesquelles ?
. , La femme du Xotaiee.
Notre-Dame L
L'Instituteur. '
Les messieurs du Séminaire affirment que l'Eglise Notre-Dame, qui perçoit les revenus d'une paroisse de près de 80,000 âmes, doit " quatre cent mille piastres ". Preuve que les messieurs de St. Sulpice n'ont pas tout f»it pour Notre-Dame.
St. Patrice ?
La femme du Notaire.
L'Instituteur.
Allez demander aux Irlandais ce qu'ils ont donn^, eux, pour St. Patrice et Ste. Anne. Vous verrez si le Séminaire a tout fait.
La femme du Notaire.
Et St. Jacques ?
L'Instituteur.
Et les souscriptions des citoyens pour cette église ? Et les revenus des bancs ?
Est-ce 1© Séminaire qui donne tout cela ?
La femme du Notaire.
Et les pauvres ?
L'Instituteur.
Comptez-vous pour rien les Conféreaces St. Vincent do Paml ?
^Mmèit^
Dans le seul faubourg Québec, deux Conlereneee distribuent, chaque hiver, plus de 200 cordes de bois, et du pain en propt>rtion, aux pauvres.
Ajoutez à cela les autres Conférences, les aumônes des diiférentes communautés, celles des familles privées, et vous verrez si le Séminaire fait tout pour les pauvres.
La femme du Notaire.
Et les communautés ? . ; .
L'Instituteur.
Que fait le Séminaire pour l'Kôtel-Dieu, les Sœurs-Grises, la Congrégation Notre-Dame ?
Ces communautés sont richement dotées : le Séminaire les favorise, mais ne les soutient pas. Est-ce le Séminaire qui soutient l'Evêché, les Jésuites, les Oblats, les Soeurs de la Providence, de la Miséricorde, du Sacré-Cœur, de Ste. Anne, des SS. Noms de Jésus-Karie, de Ste. Croix, du Bon- Paeteur? Qui soutient les Viateurs, les Frères de la Charité ? Est-ce le Séminaire ? St. Sulpice a pu aider quelquesunes de ces maisons d'un secours passager, mais il ne les a pas soutenues.
Ce n'est pas par le Séminaire qu'elles se sont établies et qu'elles ont vécu.
Plusieurs même se sont établies au grand déplaisir du Séminaire.
Maintenant, est-ce que pour plusieurs de ses œuvres, le Séminaire ne réclame pas l'aide du public ?
L'Union de Prières, par exemple, se soutient entièrement par elle-même.
Dites, maintenant, si le Séminaire, avec un revenu annuel qui s'élève, dit-on, au-deîi de Quatre cent mille piastres, fait tout avec son argent dans la ville de Montréal.
La femme du Notaire, à son mari.
Allons ! donne-moi la main : comme toi je suis vaincue 1
LA * "'tT)IE INFERNALE.
e8 distri- ; du pain
lônes des ivées, et Tes.
rs-Grises,
Séminaire •Séminaire So&urs de r, de Ste.
c, du Bonle la Chaquelques- 11 ne les a
établies et
îplaisir du
œuvres, le
tit entière-
m revenu
JENT MILLE
i de Mont-
ÎB vaincue I
Plusieurs voix, riant.
Bravo ! Bravo !
La femme du Villageois.
Pour célébrer le vainqueur et reconforter les vaincus, un petit doigt de vin ne fera pas de mal.
Tous.
Oui ! Oui !
(Ici, ce qui fat dit fut fait, et pas n'est besoin de dire comment c'a été fait.)