‹ Intermèdes espagnols (entremeses) du xviie siècle, traduits, avec une préface et des notesChapitre 6 sur 36 · Cervantes, prologue à ses Ocho comedias · texte numérisé non relu

Cervantes, prologue à ses Ocho comedias

eafin que nous saluons en Lope de Rueda le iprem.ÏQT enlremesista (auteur à^ entremeses) sûr de lui et de ses principes, maître absolu de sa pensée et de sa forme, digne en un mot de ses successeurs du XYU^ siècle qui souvent l'ont imité sans s'élever toujours à sa hauteur (1).

Lope de Rueda eut-il conscience qu'il dotait d'un élément nouveau l'économie théâtrale? 11 dut, au moins, entrevoir quelle serait un jour la véritable fonction des pasos et entremeses, puisqu'il en a intercalé dans ses comédies, sous forme de scènes incidentes. Son élève, éditeur et ami, Juan de Timoneda, s'en rendit compte plus exactement encore. Publiant en 1367 un ouvrage posthume de Lope, il lui donne le titre suivant : Recueil

1. Il peut être intéressant de signaler ici les principales de ces imitations. Le paso V du Deleitoso, rpie La Barrera désigne sous le titre de La tierni de Jauja, a donné lieu, soit directe ment, soit de proche en proche, h l'interiiiède que l'on trouvera traduit dans ce volume, sous le titre Les beignets. — Las aceitunas ont été refaites sous le titre ùqEI melonar y la respondona, (traduit par Linguet, t. IV de son Théâtre espagnol.) — Le paso [du Registro de representantes : El médico simple, etc. est passé par des transformations que l'on peut suivre de plus près encore. Sous le iUve de El doctor simple, on le retrouve très fidèlement imité, et en prose, parmi les douze intermèdes qui font suite à la Parte primera de las camelias de Lope de Vega, Valladolid, 1609. Et c'est sans doute d'après cette deuxième version que fut écrite la troisième, en vers, que j'ai traduite plus loin sous le titre de ¿ei/octeur Borrego. — Enfin, il n'est pas impossible (\\\e ïe^ pasos 11 et IV du Registro de representantes aient suggéré à Cervantes ridée première de sa célèbre nouvelle Rinconele y Cortadillo.

appelé Le Délectable, lequel contient nombre de pasos gracieux de r excellent poète et plaisant comédien Lope de Rueda^ propres à être placés au début et dans les intervalles de colloques et comédies. Luimême, deux ans auparavant^ avait fait paraître un recueil dont le titre est tout à fait sig^nificatif : Turiana{[),qzii contient diverses comédies et farces très élégantes et gracieuses, avec nombre d'entremeses et de pasos agréables^ etc. Les entremeses de Timoneda, inspirés par ceux de Lope, ne donnent lieu à aucune observation particulière. L'un d'eux Los ciegos y el mozo, a été refait par Manuel de Léon Marchante, sous le titre de FA gato y la montera.

Jusqu'ici nous avons pu procéder avec méthode et interroger les documents un à un, pour ainsi dire. Mais vers les dernières années du xvi'^ siècle, les intermèdes, d'après le témoignage des auteurs contemporains, se multiplièrent dans des proportions surprenantes. « Vers Tàgo de onze ou douze ans (c'est-à-dire vers lo73 ou d574), dit Lope de Vega dans son Arte nuevo de hacer comedias,] écvivais des comédies en quatre actes... Et la coutume était alors de représenter trois petits entremeses^ un pendant chaque entr'acte. » Îlojas qui, vers

1. Le mot Turiana vient du fleuve Turia qui passe à Valence, patrie de Juan de Timoneda.

lo96, faisait partie, à Séville, de la troupe de comédiens dirigée par Antonio de Yilleoas, nous apprend dans le Viaje entretenido que cette troupe infatigable a mis à la scène, en dix-huit mois, « cinquante-quatre comédies nouvelles ç^\ quarante entremeses, pleins de grâce et d'esprit. »

En I086 « le nombre toujours croissant des comédiens, divers abus qui se glissèrent peu à peu, comme des danses licencieuses et de^? chansons obscènes, attirèrent l'attention des autorités (1). » On consulta les théologiens pour savoir s'il fallait ou non supprimer les comédies. Les avis furent partagés; un groupe, cependant, ayant à sa tête Alonso de Mendoza, moine au^ustin de Salamanque, se déclara favorable aux représentations et finit par l'emporter. « Aussitôt, dit Pellicer (2), le nombre des poètes comiques et des histrions augmenta, les entremeses se multiplièrent, la musique occupa plus de place, et de nouvelles danses, non des plus décentes, envahirent la scène » Í3).

1. Von Schack. Historia de la literatura y del arte dramntico en España traducida por Eduardo c/e 3/íe;-,l'=f periodo, cap, xin.

2. Tratado histórico sobre el origen y progresos de la comedia y del histrionismo en España, t. I.

3. Consignons ici une opinion plus ingénieuse, à ce qu'il semble, que plausible, mais que nous devons accueillir comme émanant de l'un des écrivains les plus érudits de l'Espagne moderne. Dans sa Vie d^Alarcon, — qui n'est pas seulement une œuvre biographique et critique de premier ordre, mais aussi une recons-

Comment expliquer que si peu d'intermèdes de cette époque soient parvenus jusqu'à nous? Il faut le reconnaître, une prévoyance mesquine n'était nullement dans les mœurs littéraires de l'Espagne. Lope de Yega ne se décide à publier lui-même son théâtre que lorsque les huit premiers volumes, défigurés par des fautes grossières, courent déjà de main en main. Calderón se refuse à réunir ses comédies, et s'il fait exception en faveur de ses autos, c'est uniquement par respect pour leur caractère sacré. Chez les entremesitas cette incurie est plus habituelle encore. Si les œuvres de Lope de Rueda et de Benavente nous ont été transmises nous en sommes redevables à leurs admirateurs et à leurs ndèles. Car la plupart des écrivains dramatiques, ceux-là même que la renommée consacra de leur vivant, semblent avoir attaché fort peu d'importance à la destinée de leurs ouvrages, dont les copies manuscrites furent anéanties à jamais ou reposent encore ignorées sous la poussière des archives et des bibliothèques. Les entremeses no-

tilution vivante et pittoresque de la société espagnole au Mexique, à Séville etàMadril, entre 15'J3 et 1639, — D. Luis Fernandez- Guerra, citant à Tappui un ouvrage du P. José de Acosta, Historia natural y moral de las Indias, Sevilla, 1590, signale « l'influence incontestable que les farces mexicaines durent exercer sur les danses représentées, les pasos et les entremeses espagnols. » — Voir Luis Fernandez-Guerra, D. Juan Ruiz de Alarcon y Mendoza, part. I, cap. xvti.

tamment ne parurent, imprimés en collections ou en sueltas (feuilles volantes), que vers le milieu du xvii- siècle.

Avant d'aborder l'âge d'or où nous saluerons en Bena vente le Lope de Vega des intermèdes, il ne reste plus qu'un nom à citer. Mais ce nom, universellement célèbre et vénéré, résume en lui la gloire de toute la littérature nationale ; c'est celui de Miguel de Cervantes Saavedra. Si son œuvre dramatique appartient au xvu^ siècle par l'année de sa publication (161o), Cervantes, par la date de sa naissance, par l'héroïsme aventureux de son âme, par le caractère de son génie, est une figure du XVI*. Tous les critiques, tant espagnols qu'étrangers (I), s'accordent à déclarer que ses Piitremeses remportent de beaucoup sur ses comédies. « On pourrait, dit D. Marcelino Menendez y Pelayo (2), les considérer comme des esquisses de nouvelles exemplaires. » Ce point de vue est en effet très juste, car tels des personnages mis en scène par Cervantes semblent parfois sortir du cadre et du ton de la bouffonnerie pour s'élever jusqu'à un art plus soutenu. On pourrait même supposer que son but, en écrivant certaines de ces petites pièces,

1. Florian, dans une étude où il se montre sévère pour les Nouvelles de Cervantes, reconnaissait toutefois la supériorité de ses entremeses.

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