LÎV. V, SECT. I, CHAP. XI
massacré ou conduit en captivité tous les chrétiens qui habitaient cette ville, s'en empara, et ses successeurs continuèrent d'en être les maîtres jusqu'à ce jour, excepté un intervalle de peu d'année pendant lesquelles Godefroi et son frère en furent les rois. Toutes les expéditions qui se firent ensuite pour reprendre la Terre- Sainte, et qui sont connues sous le nom de croisades, quelque grandes ou quelque puissantes qu'elles fussent, n'aboutirent à rien, et furent rendues inutiles par les guerres, les discordes et l'orgueil des chrétiens. C'est pourquoi il est dit à saint Jean : Mais laisse le parvis qui est hors du temple, et ne le mesure point, parce qu'il a été abandonné aux gentils. C'est de nouveau là une manière de parler d'un chef de guerre ou d'un prince qui, désespérant de pouvoir conserver une ville sous sa domination, soit à cause du voisinage et de la puissance de ses ennemis, soit parce que ses habitants lui sont hostiles, ordonne que cette ville ne soit point comptée parmi celles de son royaume et qu'elle soit abandonnée à la merci des étrangers. Or, c'est ainsi que saint Jean dans la circonscription des limites de l'Église du Christ, limites qui seront extrêment étendues au sixième âge, est chargé d'informer expressément la chrétienté, que Jérusalen et la Judée ne doivent pas être comprises dans ces limites. Il en donne immédiatement la raison suivante : Parce qu'il (ce parvis) a été abandonné aux gentils, c'est-à-dire, qu'abstraction faite du peu d'années, pendant lesquelles Jérusalem a appartenu aux chrétiens sous Godefroi et son frère, ce dont il ne vaut pas la peine de faire mention, ce pays continuera d'être abandonné aux nations, jusqu'à ce que la prévarication soit consommée. Et ils fouleront atix pieds la cité
sainte pendant quarante-deu.r mois. Ces paroles indiquent le temps que ces nations posséderont ce pays sous l'empire et la secte de Mahomet et des Turc^, dont nous parlerons plus bas. Tout le temps de leur règne sera donc de quarante-deux mois, qui font mille deux cent soixante et dix-sept années et demie. Mais il n'existera pas toujours avec la même puissance ; car vers la fin, il sera réduit à un petit royaume, comme nous l'avons dit plus haut. Au reste, pour savoir combien d'années il a déjà existé, il faut revenir à son origine dont nous parlerons ailleurs. Et ils fouleront aux pieds la cité sainte, etc. Par la cité sainte on comprend la ville de Jérusalem actuelle, elle est appelée sainte à cause de la sainteté du lieu où elle fut construite, et parce que Jésus-Christ y fut crucifié. Par la cité sainte le prophète entend toute la Palestine, prenant la partie pour le tout. Les nations la fouleront aux pieds, c'est-àdire qu'elles y domineront. Car ce qu'on foule à ses pieds est au-dessous de soi, on le domine, et on le traite d'après son bon plaisir. Ces mots signifient donc l'empire des nations sur la ville sainte. Maintenant pourquoi saint Jean nomme-t-il les nations et non pas leur chef ? C'est parce qu'il cite le corps pour la tète, puisque ces nations professeront toujours la secte de Mahomet, qui fut aussi le fondateur de son empire. Car ces nations n'existèrent pas toujours sous ce même empire de Mahomet par succession immédiate, puisque ce règne subit des changements et passa en d'autres mains ; mais la secte demeura toujours, comme nous le verrons plus bas. Or, comme ici le prophète ne décrit pas le chef de cette secte impie lui-même, qui fut Mahomet, type et précurseur de l'Antéchrist, mais qu'il décrit le temps