LIV. IX, SECT. I, CHAP. XIX
son créateur. Car il écrit, I, Cor., II, 9 : « L'œil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, et le cœur de l'homme n'a jamais compris ce que Dieu a préparé à ceux qui l'aiment. » Peut-on trouver des comparaisons plus touchantes et plus magnitiques que celles dont saint Jean s'est servi pour nous dépeindre les délices de la gloire éternelle ? Certes non. Si l'Apôtre a eu recours à des images sensibles pour nous instruire, c'est qu'il a dû parler le seul langage possible pour se faire comprendre des hommes. Et quand le bonheur et la gloire du paradis ne consisteraient que dans la possession de ce que nos facultés intellectuelles nous permettent de concevoir de plus parfait sur la réalisation de cette figure, quel est l'homme qui, comprenant bien ses intérêts les plus chers ne sacrifierait pas tous les biens du monde et n'endurerait pas tous les supplices du temps, pour être admis un jour au nombre des citoyens de cette Jérusalem céleste ? Que sont les richesses, les honneurs et les plaisirs de la terre comparés aux délices de cette ville ? Et cependant quelqu'en paraisse à nos^eux mortels la magnificence et la splendeur, ce n'est après tout qu'un tableau. Or, s'il y a déjà une extrême difïerence entre un homme et son portrait, entre une lumière et l'ombre qui en résulte, entre le jour et la nuit, qu'elle ne sera pas la différence, entre les biens du ciel et ceux de la terre, entre la réalité de ces biens et leur figure, entre la vérité et l'expression, entre le temps et l'éternité ? Cette différence, on l'exprime en un seul mot ; mais ni les siècles ni les espaces ne peuvent en contenir la réalité ; car cette réalité c'est l'infini.