LIV. VI, SECT. I, CHÂP. XII
aient enlevé à l'Église une multitude de fidèles en Occident, elle y conserva néanmoins toujours son lieu de retraite, que Dieu lui a réservé, selon qu'on peut le voir dans l'histoire des nations occidentales. Au lieu de sa retraite, hors de la présence du serpent, parce que vers la fin des temps, c'est-à-dire, sous le règne de l'Antéchrist, l'Église aura son lieu de retraite en Occident, et se cachera dans les montagnes, les lieux arides ou déserts, et dans les fentes des rochers. C'est pourquoi Jésus-Christ dit en saint Matthieu, XXIV, 16 : « Alors, que ceux qui sont dans la Judée s'enfuient sur les montagnes ; que celui qui sera sur le toit, ne descende point pour emporter quelque chose de sa maison ; et que celui qui sera dans les champs ne retourne point pour prendre son vêtement.»
Vers. 15. — Alors le serpent lança contre la femme de l'eau comme un fleuve pour l'entraîner dans ce torrent. L'eau que le serpent lança de sa bouche comme un fleuve, contre la femme, sont les grandes tribulations que Lucifer excita contre l'Église latine par les schismes qui la scindèrent continuellement l'espace de 200 ans. L'eau représente les peuples et leurs armées nombreuses que Satan fit mettre en mouvement par l'avarice et par l'ambition des empereurs, pour introduire de faux papes et de faux évêques dans l'Église latine. Il suffit de lire à ce sujet les déplorables tragédies des XP, XIP et XIII" siècles, et l'on comprendra ce que signifient ces eaux lancées contre la femme par le serpent. Il est dit expressément que le serpent lança contre la femme de l'eau comine un fleuve, parce que la tribulation de ce schisme fut très-grande, et devait durer trèslongtemps. De môme qu'un fleuve contient beaucoup
d'eau qui coule continuellement, ainsi ces schismes déplorables de l'Église latine des XI", XIP etXin« siècles, furent comme un torrent de calamités., de guerres et de tribulations continuelles. Alors le serpent lança contre la femme de l'eau comme un fleuve pour l'entraîner dans ce torrent, c'est-à-dire, pour faire disparaître de l'Allemagne et de l'Occident la foi de Jésus-Christ ; mais Dieu vint à son secours en comprimant toujours à temps tous ces schismes, jusqu'à ce qu'enfin ils fussent complètement éteints. C'est pourquoi saint Jean dit :
Vers. 16. — Mais la terre aida la femme, elle ouvrit son sein, et elle engloutit le fleuve que le dragon avait lancé de sa gueule. En effet, ces schismes ne purent jamais prévaloir, et lorsque ces' schismatiques combattaient l'Église et voulaient la contraindre par leurs armées à accepter leurs honteuses idoles, qu'ils s'obstinaient d'introduire sur le siège pontifical et sur les sièges épiscopaux, ces armées périrent, et leurs cadavres furent engloutis ou ensevelis dans le sein de la terre. C'est par là que l'Église recouvra son repos et sa stabilité ; et c'est pourquoi :
Vers. 17. — Le dragon s'irrita contre la femme, c'est-à-dire, contre l'Église latine ou d'Occident, qui est la plus grande, la plus étendue et la plus peuplée. Et le dragon s'irrita contre la femme parce qu'il ne put jamais la vaincre, quelques moyens qu'il entreprit pour lui nuire. Et il alla combattre ses autres enfants qui gardent les commandements de Dieu, et qui rendent témoignage à Jésus-Christ. Les autres enfants de cette femme sont les chrétiens de l'Église grecque qui sont dispersés en Orient et que le dragon, après la honteuse défaite qu'il essuya en Occident, se mit à persécuter à outrance. C'est pourquoi il est dit :