LIV. YI, SECT. II, CHAP, XIV
monde., dont saint Jean décrit plus bas le .règne et la ruine sous la figure de Babylone. C'est dans l'un et l'autre de ces deux sens, qu'il faut comprendre même à la lettre cette Babylone citée dans le texte, et c'est pour cela que sa ruine est répétée deux fois : Elle est tombée, elle est tombée la grande Babylone. La première chute s'applique à la ruine de l'empire turc, et la seconde doit être rapportée à la ruine du royaume de ce monde, comme nous le verrons plus bas. Et un autre ange le suivit, disant, etc. Cet ange représente aussi deux personnes ; celle qui annonce la chute de Babylone à saint Jean, et celle de la personne représentée. 1° Cet ange, c'est saint Michel qui annonçait plus haut la chute de l'empire turc, et la ruine finale de ce monde. 2° Cet ange représente en même temps le monaniue puissant sous l'empire duquel le règne des nations sera détruit, et l'empire des Turcs sera blessé mortellement. C'est pourquoi saint Michel, représentant l'Église militante sur la terre, félicite cette Église sur la chute de l'empire turc et du règne des nations, et lui en fait un motif de consolation. Il est dit que cet autre ange suivit le premier, cette différence vient de ce que l'annonce d'un événement précède naturellement sa réalisation. En eôet, dans l'espace de temps qui séparera l'annonce de l'événement luimême, Dieu suscitera un monarque puissant parmi les princes de la terre, pour abattre la grande corne de la bête, c'est-à-dire, l'empire de Constantinople, ou l'empire d'Orient, et pour en occuper le siège. Elle est tombée, elle est tombée ; ces paroles expriment une joie et une félicitation sur un événement qui était désiré et attendu depuis longtemps. Elle est tombée, elle est tombée ; l'ange annonce cette chute au passé, pour la consolation de l'É-
glise et de toute la chrétienté qui gémissaient à cause de la durée et de la grande puissance de l'empire de Mahomet, et qui étaient sur le point de désespérer de jamais voir la ruine et l'humiliation de cet empire. Elle est tombée, elle est tombée : s'exprimant au passé et non au futur, comme pour garantir l'infaillibilité de l'événement. Elle est tombée, elle est tombée ; c'est comme s'il disait : quelque puissant, quelque vaste et quelque prospère que soit l'empire turc, il est aussi certain qu'il tombera, que si c'était déjà fait. Or il en sera de même de la fin du monde si longtemps désirée par les justes, et à laquelle les méchants refusent de croire. Elle est tombée, elle est tombée ; il le répète pour deux raisons. 1" Pour confirmer la vérité de ce si gi and événement qui parait d'autant plus éloigné, qu'il est attendu avec plus d'impatience. 2« Pour désigner deux choses qui sont la ruine de l'empire turc et des nations en particulier, et ensuite la ruine universelle de ce monde dont il parle très-long dans la suite. Elle est tombée, elle est tombée cette grande Babylone. C'est une manière de parler avec emphase pour exprimer cette chute et cette ruine en deux manières. 1° La bête tombera de son siège qui est Constantinople et l'empire d'Orient ; car elle perdra par là sa puissance, l'étendue de son empire, la multitude de ses peuples, le faste de son orgueil et sera humiliée jusqu'au point de ne plus posséder qu'un petit État. La seconde manière est que ce monde avec toutes ses voluptés, les délices de sa gloire, le faste dé sa pompe et l'éclat de ses richesses, finira. Tous les mondains qui auront oublié Dieu leur créateur, et auront vécu sans crainte de ses jugements et selon leurs désirs corrompus, périront avec lui, pour