LIV. VII, SECT. I, CHAP. XV
par des miracles d'amour et par l'espoir des récompenses. Et l'un (les quatre animaux donna aux sept anges sept coupes d'or pleines de la colère de Dieu. Par ces coupes d'or saint Jean désigne le contenant pour le contenu, c'est-à-dire, les plaies dont il est question dans ce chapitre. Ces coupes d'or indiquent la cause de la colère de Dieu, et cette cause sera l'horrible hérésie de ce temps, appelée l'abomination de la désolation. Car la coupe d'or représente la Passion de Jésus- Christ et le saint sacrifice de la messe dont l'Antéchrist cherchera à effacer jusqu'au souvenir ; il l'abolira même entièrement selon Daniel, XII, 11 : « Depuis le temps que le sacrifice perpétuel aura été aboli, et que l'abomination sera mise dans la désolation, etc. » Ces coupes d'or rappellent aussi l'idée de la charité, car c'est dans un but de charité et pour préserver les âmes de la mort éternelle que les derniers apôtres affligeront les hommes dans les choses passagères et périssables de ce monde. C'est du moins la pensée qui ressort des dernières paroles du texte : Qui vit dans les siècles des siècles. Ce passage indique en effet l'éternité de Dieu et les châtiments éternels de ceux qui auront refusé de se soumettre à la pénitence temporelle qui leur aura été prêchée ou infligée dans les dernières plaies.
Enfin ces coupes d'or font allusion à la coupe dont on se servait anciennement dans les grands festins, et dans laquelle devaient boire tous ceux à qui elle était présentée ; or l'Ecriture se sert fréquemment de cette coupe pour figurer la colère et la vengeance divine. Voir Isaïe, II, 17, 22 et Jéréni., XXV, 15, etc.
IV. Vers. 8. — Et le temple fut rempli de fumée, à cause de la inajesté et de la puissance de Dieu ; et nul ne II. 12
pouvait entrer dans le temple jusqu'à ce que les sept plaies des sept anges fussent consommées. Le temple représente ici l'Église militante, et ce temple sera rempli de fumée, à cause de la majesté et de la puissance que Dieu manifestera par les plaies dont il est ici question. Ces plaies s'élèveront comme une grande fumée du grand feu de la charité de ces apôtres animés et éclairés de l'Esprit-Saint. Ces plaies s'élèveront aussi du grand feu de la colère de Dieu pour purifier les bons et pour châtier les méchants dans le temps et dans l'éternité. Cette comparaison de la fumée est vraiment admirable ! 1" La fumée qui sort du feu s'étend et se dilate dans l'air. 2<» Elle est visible et touche les sens, elle attire l'attention des hommes, surtout si elle est grande, et elle obscursit et aveugle ceux qui en sont enveloppés. 3° Elle incommode et peut même faire mourir les hommes en les asphyxiant. ^° Elle est pasagère et se dissipe avec le temps, surtout s'il s'élève un grand vent. 5° Elle excite les larmes. 6° Enfin elle préserve les viandes de la corruption. Or, tels seront parfaitement les effets de ces dernières plaies, qui seront comme une grande fumée que le grand vent de la tribulation de l'Antéchrist répandra sur la terre par la permission de Dieu, Il suffit de considérer chaque point en particulier pour se persuader de la justesse de cette comparaison. Cette fumée s'étendra et se dilatera de telle sorte qu'elle sortira même du temple immense de la chrétienté et arrivera jusqu'au parvis du temple, c'est-à-dire, jusque dans le royaume même de l'Antéchrist : Apoc, XVI, 10 : « Et le cinquième ange répandit sa coupe sur le trône de la bête, etc. » 2° Elle sera visible et incommodera les hommes par toute la terre au point de les faire mourir